‹ Insuline et ParkinsonismeChapitre 7 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

- L’Insuline

Ces quelques notions étaient indispensables à résumer pour faire mieux comprendre la raison d’être physiologique de l'introduction, par notre Maître M. le Professeur J. Froment, dans la maladie de Parkinson, d’un élément thérapeutique nouveau, l’Insuline.

« La notion de la dystasie parkinsonienne ne conduirait-elle pas à une étude plus approfondie du tremblement et de la rigidité du parkinsonien ? Les caractères et les variations incessantes de ladite hypertonie — si voisine de cette rigidité de déséquilibre que, par une cuisante expérience, nous savons génatrice de fatigue — n'incitait-elle pas à réviser de fond en comble toute la question ? Il n’en fallait pas plus pout constater que le coefficient de Maïllard-Lanzenberg. tout comme l'élimination créatinique et l’étude du métabolisme basal, justifiaient amplement l’immense et incompréhensible fatigue qu'accuse le parkinsonien. De là à mettre en cause le surmenage muscu-

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laire générateur d'effets seconds, voire de lésions — surmenage musculaire dont la cachexie parkinsonienne serait l'ultime aboutissant — il n’y a qu’un pas. Ces étapes franchies, on était conduit à l’idée que l’Insuline pouvait venir efficacement en aide aux surmenés parkinsoniens toujours en état de sub-acidose, et parfois d’acidose avérée (1) ».

Pressentie par R. Lépine, Laguesse et Gley en France, l’Insuline ne fut découverte qu’en 1922, par Banting et Best, à Toronto. Le point capital de leur découverte (?) fut de séparer les deux sécrétions pancréatiques, l’une endocrinienne, l’autre digestive. Banting et Best, après avoir lié les canaux pancréatiques de plusieurs chiens, les tuent dix semaines plus tard et enlèvent les pancréas dégénérés. Ces pancréas sont pilés avec du liquide de Ringer et le produit obtenu est filtré. Le filtrat injecté à des chiens auxquels le pancréas a été enlevé, les accidents mortels qui suivent habituellement la dépancréatisation sont évités. Depuis les auteurs américains, on s’est servi d’autres animaux que le chien. Le bœuf, le cheval, le mouton, le porc et certains poissons (Mac Leod) ont tour à tour servi à préparer le produit appelé « Insuline », du nom des îlots de Langherans par lesquels il est secrété. Et pourtant d’autres tissus en contiennent : Best, Smith et Scott ont montré que des chiens dépancréatés pré-

. (1) J. FROMENT, A. BaniNanp et M. Duvar, L’Insuline, atténuant les effets seconds du parkinsonisme, tend à normaliser le taux, parfois abaissé, de la réserve alcaline. (Revue Neurologique, mars 1930. Séance de la Société de Neurologie du 6 mars 1930.)

(2) BanniG et Best, Journal of Laboratory and Clinical Medicine, Saint-Louis, (n° 7, pp. 251-266, février 1922).

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sentent de l'insuline dans l'intestin (en particulier) jusqu'à huit semaines après l'opération ; les mêmes auteurs ont trouvé que le système musculaire tout entier en contient plus que le pancréas lui-même (A merican Journal of Physiologie. Avril 1924, pp. 161 et 162).

- Collip, le premier (dans le blé, l'oignon, la laïtue), puis Best et Scott (dans la pomme de terre, le riz, le blé, la betterave, le céleri), ont trouvé de l'insuline dans les végétaux.

Quel est donc le rôle de ce produit dans l'organisme normal et dans l'organisme pathologique ? |

Une injection d'insuline provoque une chute passagère du taux du sucre sanguin chez un animal normal, si bien qu'on l’a tout d’abord considérée comme un régularisateur électif du métabolisme hydro-carboné. Or, les matières azotées, les substances protéiques et les graisses subissent également l'influence de la sécrétion pancréatique. Pourtant 1” « Unité » physiologique d'insuline est définie de la manière suivante par les auteurs qui l'ont découverte : c’est la dose qui, injectée à un lapin de 2 kilogrammes, à jeun depuis vingt-quatre heures, abaisse, en l’espace de quatre heures, la glycémie au taux de 0,045 pour cent (taux déterminant les convulsions).

Un des pouvoirs qui nous intéresse le plus dans ce travail, c’est que l’Insuline concourt à rétablir l’équilibre acide-base du sang, rompu au profit des acides. Nous avons vu précédémment que, lors de la fatigue musculaire, cet équilibre est en effet rompu, par accumulation momentanée d'acide lactique dans les tissus.

Nous avons vu également que l'hypothèse du lactacidogène semble avoir vécu. Bissinger et Lesser, en 1926, ont expérimenté sur des souris ; d’après les évaluations d'échanges gazeux et le dosage des hydrates de carbone totaux du corps de l'animal ainsi que celui du glycogène, ils considèrent que la fonction principale de l’Insuline consiste à accélérer le processus de Meÿerhof (dont nous avons parlé plus haut), c'est-à-dire cette réaction couplée dans laquelle l'oxydation du glucose et la synthèse du glycogène sont liées l’une à l’autre, et qui joue un si grand rôle dans le fonctionnement musculaire. Elle agirait alors non comme une diastase (elle n’en possède pas en effet les caractères principaux), mais en tant qu'hormone, c'est-à-dire qu'elle activerait le métabolisme cellulaire ; elle pourrait également être une « co-enzyme », c'est-à-dire une substance activant une diastase cellulaire (5).

Chez le parkinsonien qui, nous l'avons vu, se surmène considérablement et à chaque instant, on conçoit parfaitement que la fatigue puisse aller jusqu'à une rigidité presque tatale. Il se trouve que chez l'animal, à cette phase, on constate un ralentissement du processus de réparation dont nous avons parlé plus haut. Si l'insuline agit chez le parkinsonien, cela peut fort bien s'expliquer par un « rétablissement du métabolisme normal, une disparition de l'acide lactique, une récu-

(3) E. Henon et L. Henow, Pancréas sécrétion interne. Traité de Physiologie normale et pathologique, tome IV, Les sécrétions internes. (Masson et Cie, Paris, 1929, pp. 18 à 96.)

ere des propre physiologiques musculaires Lex | optima ». ,

Ra Voyons maintenant si quelques ttes 1 peuvent pas venir à l'appui d’une telle hypothèse.

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CH \PTIRE IV

Observations

Toutes les observations que nous rapportons concernent des malades du service hospitalier de M. le Professeur Froment, ou d’autres qu’il a suivis et traités hors de l’Hôtel-Dieu. Ces observations ont été recueillies en partie par Mile Feyeux, chef du Laboratoire de Pathologie Interne, en partie par nous-même. Les résultats chimiques qui, fort utilement, les complètent, sont dus aux internes en pharmacie qui se sont succédés dans le service de notre Maître : MM. Velluz, Corajod, Badinand, Chambron et Morelon.

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