‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 35 sur 82 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Grande fut la joie du vice-roi , en apprenant que les insultés renonçaient à s'emparer du château Saint- Elme. De peur de les voir revenir sur cette heureuse détermination, il exigea du prince Toraldo qu'un acte public^ consacrant le désistement, fixât en même temps la pénalité encourue par ceux qui seraient tentés d'en coniester la validité. Le capitaine -général se hâta de convoquer la junte à Saint-Augustin, où l'acte fut immédiatement dressé; il condamnait au supplice des rebelles quiconque parlerait encore de s'emparer du château (1) ; l'élu le signa, et les hérauts le publièrent à son de trompe.

Cependant le peuple ouvrait une tranchée dans la rue San-Bartholomeo, vis-à-vis de la porte principale

(I) Voir r Appendice, n" 15.

de Castelnuovo, tandis que d'autres ou\rages offensifs étaient exécutés dans la rue de Tolède en face du Palais. Le duc d'Arcos en fît d'amers reproches aux députés plébéiens y témoignant que de pareilles infractions à la trêve paralysaient tout le succès des négociations ; et que d'ailleurs ces préparatifs hostiles dirigés contre lui dans le moment même où il était le premier à solliciter la paix, n'indiquaient point un grand désir de conciliation. Les députés se rangèrent de son avis et coururent parlementer avec les chefs populaires afin de leur faire entendre la raison . Ceux-ci ayant répondu qu'ils n'agissaient de la sorte qu'à l'imitation des Espagnols, et parce que la garnison considérablement augmentée s'était fortifiée toute la nuit dans les jardins du palais, le vice-roi ordonna, pDur les détromper, que deux d'entre eux fussent introduits et reconnussent clairement leur erreur. Les visiteurs trouvèrent en effet les choses telles qu'ils les avaient vues huit jours auparavant ; leur déclaration calma subitement la multitude.

Toraldo profite aussitôt de ce beau mouvement de confiance ; il expose que la paix étant désormais assurée, et les Espagnols ne songeant même plus

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à se tenir sur la défensive, toutes ces précautions, devenues inutiles, ces fossés, ces retranchements, ces barricades ne servent plus qu'à interrompre la circulation et rendre la ville inaccessible, au grand préjudice de ses habitants. Il conseille donc de les faire disparaître sans retard. — Il en coûtait beaucoup à la populace de consommer ce dernier sacrifice ; mais lorsqulelle vit les Espagnols donner eux-mêmes l'exemple (en commençant, il est vrai, par ce qu'ils eussent facilement rétabli ), elle se laissa persuader, s'empressa de déblayer les rues pour les prochaines fêtes et détruisit en un instant l'ouvrage de tant de veilles, avec son imprévoyance et sa mobiHté accoutumées.

Le vice-roi obtint aussi une renonciation importante par l'intermédiaire de l'élu Arpaja qui, voyant la situation changer d'aspect, songeait à se faire bien venir. La junte de Saint- Augustin abandonna la clause où l'on exigeait pour l'amiral et les capitaines de galères, la qualité de Napolitain, elle alla même jusqu'à décréter la peine de mort contre ceux qui reproduiraient cette prétention ou qui susciteraient d'une manière quelconque de nouvelles difficultés

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au rétablissement de la paix. Quelques heures après, Arpaja n'hésitait pas à faire passer par les armes, sur la placedelaVicairie, un homme du peuple qu'on venait d'arrêter pérorant publiquement en faveur de la guerre.

Malgré ces concessions inespérées, le terrible duc différa de plusieurs jours encore la ratification du traité; il attendait sans doute l'arrivée des secours espagnols, instamment sollicités et dont le retard était véritablement inexplicable; mais son peu d'empressement à signer une adhésion définitive entraîna tout naturellement de désastreuses conséquences.

La ville demeurait plongée dans une incertitude fiévreuse; on ne tirait pas un coup d'arquebuse de part ni d'autre, personne ne prenait l'attitude aggressi\e, mais chacun demeurait les armes à la main, et le peuple, toujours avide d'émotions et de désordres quand il est oisif et aggloméré, se mit, en attendant la célébration des fêtes, à piller et incendier les palais des grands personnages, partis pour les provinces ou réfugiés à Castelnuovo. Le capitaine général sefforçait vainement d'interposer une auto-

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rite Sans consistance, comme toutes celles qui doi- Yent leur origine à la violation même des principes d'obéissance et de souveraineté. Fort heureusement on ne pensa plus au prieur de la Roccella, ni aux autres gentilshommes enfermés chez Toraldo, sous la garde d'une belle et généreuse femme ; ils purent se retirer en pleine liberté, accueillis par les vivats do ceux qui demandaient leurs têtes peu de jours auparavant. Ainsi passent les haines populaires si furieuses dans le premier moment.

Les provinces du royaume avaient ressenti le contre-coup de chaque mouvement de la capitale ; de nouvelles émeutes, de nouveaux assassinats les main-tenaient toujours en combustion. Les tristes nouvelles qu'on en recevait augmentaient l'inquiétude à Naples, les vivres commençaient à y devenir rares, et le dégoût pour le gouvernement du vice-roi faisait journellement de rapides progrès.

Enfin le 5 septembre le duc se décide à ratifier la capitulation, et l'immense majorité des Napolitains prouve par des acclamations joyeuses combien elle aspirait à voir terminer les discordes civiles.

Tandis qu'on ornait splendidement la cathédrale j

pour la solennité de la promulgation et du serment, ie vice -roi fut averti quelesexaltés et les conspirateurs incorrigibles, peu nombreux il est vrai, mais d'une audace effrénée, songeaient à renouveler la conjuration avortée le jour de l'Assomption. Un grand nombre de prêtres et de religieux lui avouèrent en grand secret avoir appris au confessionnal des complots tramés contre sa vie. Le duc ne savait quel parti prendre ; ses amis, redoutant le mauvais effet d'une manifestation timide et considérant d'ailleurs les avis reçus comme exagérés, lui conseillaient de se rendre hardiment à la cathédrale, en prenant seulement toutes les précautions dictées par la prudence ; mais le brave gouverneur de Castelnuovo, Vargas Machuca, se prononça chaleureusement pour une résolution tout opposée ; il soutint qu'en aucune circonstance l'autorité suprême ne devait risquer de tomber entre les mains des factieux ; que la bonne foi des masses importait fort peu, si les excitations d'une douzaine de meneurs suffisaient pour leur faire commettre les plus odieux attentats; et qu'une fois maîtresse de la personnedu vice-roi qui représentait la majesté royale, l'insurrection pouvait tout à coup se transformer en

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rébellion. L'opinion de cet officier célèbre par sa loyauté chevaleresque et son habileté diplomatique, exerça son influence accoutumée ; il fut décidé que le vice-roi ne sortirait pas du château (1).

En conséquence, le duc convoque les chefs populaires à sa dévotion, et les ayant avertis de veiller soigneusement £ur leur monde , il fait appeler à leur tour ceux qui passaient pour être moins désireux de la conciliation. Il commence par leur prodiguer de magnifiques paroles, et leur annonce ensuite, tout en leur accordant mille éloges, que de nombreux scélérats et quelques émissaires à la solde des ennemis du roi s'étant glissés traîtreusement au milieu du très-fidèle peuple, avec l'intention bien arrêtée d'empêcher l'accommodement, fût-ce au prix d'un crime, il a résolu, afin de rendre impossibles des tentatives dont le déshonneur retomberait sur les Napolitains, de prêter le serment de fidélité à la capitulation dans la chapelle même du château, le choix du sanctuaire demeurant parfaitement indifférent à la vahditéde l'acte.

Ceux des assistants que déconcertèrent ces paroles prirent grand soin de le dissimuler; la plupart les cru-

(1) DeSanti9.

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rent sincères, beaucoup les jugèrent très-fondées, et lorsqu'elles furent connues de la multitude elles ne produisirent point la fâcheuse impression qu'on aurait pu redouter.

Le 6, dans la soirée, le vice-roi sortit à l'improviste entouré de ses aides de camp et fit une promenade achevai à travers la ville, sans craindre de la voir troublée par une surprise, personne n'ayant pu connaître à l'avance son dessein. Cette marque de confiance apparente acheva de rassurer la multitude, et la cavalcade recueillit môme quelques vivats sur son passage avant de rentrer au château.

Le lendemain matin, un cortège pompeux se rendait à Castelnuovo; c'étaient : l'élu, le capitaine général, les mestres de camp, les chefs populaires Desio, Polito et Marchese, et derrière eux dans uo carrosse de cérémonie le cardinal Filomarino avec une suite nombreuse. Une foule immense les suivait. Tous durent laisser leurs chevaux en dehors du pont-levis et déposer leurs armes avant de passer les herses. Ces mesures parurent mortifier beaucoup les plébéiens, qui se plaignirent encore bien davantage lorsqu'ils aperçurent la garnison for-

mée en bataille^ et les. artilleurs debout près de leurs pièces.

Chacun ayant pris sa place hiérarchique dans la chapelle de Sainte*Barbe, et quelques hommes du peuple ayant été introduits, on lut à haute voix les cinquante-huit articles de la nouvelle capitulation additionnelle (1), et le serment fut prêté de part et d'autre avec les formalités sacramentelles.

Après le Te Deum qui suivit immédiatement cet acte solennel, le vice-roi prit la parole et dans un discours aussi adroit qu'éloquent sut attribuer au peuple sa part déloges, tout en flétrissant les excès que le désordre enfante inévitablement. Il déclara sans hésiter que l'origine du soulèvement s'expliquait par de justes causes ; mais il ajouta que rien ne pouvait excuser la violation du premier traité, insistant d'ailleurs sur cette idée que des émissaires étrangers aigrissaient les esprits et trompaient seuls la bonne foi des populations. Enfin il termina en exposant la pénurie du trésor et la nécessité pour la ville de faire un nouvel et généreux effort. Ce n'était plus au nom du roi, c'était au nom des Napolitains eux-

CO Voir rAppendice, n» 16.

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mêmes ; il n'était pas question d'envoyer des secours en Espagne ; il s'agissait de combattre la famine et la misère, conséquences terribles des événements accomplis; il fallait pourvoira la subsistance des troupes, et la flotte qui gardait les côtes réclamait d'indispensables munitions. En réponse à cette harangue aussi favorablement accueillie que religieusement écoutée, le lieutenant Desio proposa spontanément d'offrir à S. M. une contribution volontaire de , quinze carlins par foyer, le service public ne pouvant rester en souffrance et l'abolition définitive de toutes les gabelles devant être prise en considération. L'assentiment était unanime, l'enthousiasme tenait du déhre, on se crut à la fin de l'insurrection (1).

(I ) De Santis. — Raphaël de Turrls.

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