‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 40 sur 82 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

La journée suivante ne fut ni moins sanglante ni plus décisive. Mus par le vague instinct de la natio* nalité, de nombreux habitants des environs de Naplcs venaient à chaque instant se ranger sous les bannières de l'insurrection. Les chefs du mouvement, voulant s'assurer l'occupation absolue d'une partie de la ville, résolurent d'emporter de vive force les hauteurs de Jésus-Maria où les Espagnols s'étaient habilement retranchés.

L'entreprise offrait de terribles difficultés, mais elle était conduite par de vieux soldats napolitains ayant suivi le roi dans les guerres de Flandres et de Catalogne, et même dans les expéditions du nouveau monde. Accoutumés à mépriser le danger, initiés à toutes les règles de l'art militaire, ils revinrent plu-

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sieurs fois à la charge avec un sang-froid formidable^ et se fussent rendus maîtres de la position sans Thérolque fermeté de ses défenseurs.

On cherchait un moyen de donner Tassant avec plus d'avantage. Toraldo proposa Fessai d'un mantelet mobile, qui fut immédiatement construit ; mais l'ouvrage achevé n'ayant pu rendre aucun service en raison de sa lourdeur excessive, le peuple cria aussitôt à la trahison, accusant son capitaine-général de l'avoir engagé dans un travail inutile, afin de donner à l'ennemi le temps de respirer. Il ne manqua point d'envieux pour propager rapidement cette idée, et la multitude, tout en repoussant la proposition de retirer son grade au prince Toraldo, décida qu'un homme sûr lui serait adjoint, lequel obtiendrait de fait la véritable suprématie. Ce rôle était dévolu tout naturellement à celui qui occuperait l'emploi laissé vacant par la défection ouverte de Desio. Le choix du successeur ne se fit pas attendre ; Geronimo Donnarumraa, vendeur de légumes et parent de Masaniello, fut proclamé lieutenant de mestre de camp général (1).

(!) De Sanlis.

On renonça pour le moment à s'emparer de Jésus- Maria, et l*on se rejeta sur d'autres positions non moins importantes. Les unes demeurèrent imprenables ; d'autres^ accablées par le nombre des assaillants, se rendirent après une défense désespérée. Le bombardement incessant de laville exaspérait les Napolitains plus qu'il ne les intimidait. Ils égorgeaient inhumainement tous leurs prisonniers.

Le 7 octobre, Donnarumma, voulant prouver qu'il était digne de commander, entreprit d'attaquer la douane aux farines, que les Espagnols avaient fortifiée à la hâte à laide d'une palissade, d'un fossé très-étroit et d'un rempart de fascines. Ne se dissimulant point le danger de forcer ces retranchements à découvert, il imagina de rassembler un assez grand nombre de buffles des montagnes, et de leur faire donner la chasse^ dans cette direction, par une meute de chiens trèsanimés. Le succès du stratagème répondit merveilleusement à ses prévisions. Ces animaux féroces trouèrent violemment la palissade, franchirent le fossé et jetèrent le désordre derrière le rempart qu'ils renversaient. T-eflot populaire pénétra dès lors facilement dans la place, et les soldats n'eurent point

à espérer de quartier. Quelques-uns seulement surent échapper au massacre en gagnant à la nage le château (1).

Furieux de cet échec, essuyé sous ses propres yeux, le vice-roi fait sortir immédiatement la faible garnison de CastelnuoYO, pour reprendre la position perdue, et donner une rude leçon aux envahisseurs ; mais la petite colonne fut obligée de reculer décimée en peu d'instants par le feu meurtrier qui fondait sur elle, partant de toutes les fenêtres et de toutes les terrasses, où des insurgés s'étaient embusqués.

Ce jour-là les masses populaires ftirent considérablement grossies par des bandes accourues de la Gava, de Nocera-de-PaganietdeSan-Severino; mais la cavalerie des gentilshommes qui tenaient la campagne, dispersa sur leur route les auxiliaires arrivant de points plus éloignés.

Depuis l'affront que lui avait fait le peuple en lui imposant comme lieutenant et même comme supérieur un homme de la condition de Donnarumma, Don Francesco Toraldo s'était complètement dégoûté

(1) Gapecelatro, M. S. * De Santis. — Raphaël de Turris. n. 4

de son commandement; il n'aspirait plus qu'à sortir de ce chaos. Ses amis et ses nombreux partisans étant parvenus à lui restituer une partie de son ancienne influence, grâce au souvenir si récent de sa loyauté, de sa bravoure et du talent qu'il avait déployé le premier jour ; il profita de ce revirement passager et de la fatigue universelle pour émettre l'idée d'offrir au vice-roi une trêve de six jours, durant lesquels on aviserait peut-être aux moyens de tout concilier honorablement. Le combat devenait si languissant, le besoin de repos si impérieux que la proposition ne fut pas mal accueillie, et Toraldo chargea, sans retard, Ottavio Marchese d'aller ouvrir des négociations à Castelnuovo.

Toujours inexorable lorsqu'il pensait avoir pour lui la fortune, faible et accommodant dès qu'il s'en croyait abandonné, le duc d'Arcos ne sut jamais apprécier avec justesse les phases de ce grand drame dont il jouait le premier rôle. Son aveuglement rendait son sang-froid inutile, et toutes ses résolutions étaient prises à contre-lemps. Malgré l'incandescence des esprits dans la ville et dans le royaume entier, malgré la faiblesse numérique de ses troupes, et le triste

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début (lo son entreprise inconsidérée, . il crut voir l'indice d'un profond découragement dans cette offre d'une suspension d'armes; il sentit renaître ses folles espérances et jugea le moment venu d'assurçr le triomphe de ses plans, en suivant imperturbablement la ligne qu'il s'était tracée.

Il se refusa donc à toute espèce d'accommodement, fit redoubler le feu des châteaux, et donna l'ordre d'attaquer sur-le-champ tous les points reconquis par le peuple. Marchese allait se retirer très-affligé du mauvais succès de son message lorsqu'on le retint prisonnier, uniquement pour s'en être chargé (1).

Les hostilités, reprises avec une fureur croissante, éclatent tout d'abord au poste degli studgi dont le peuple parvient à déloger la garde allemande ; puis tous les efforts de l'insurrection se tournent vers le monastère San-Sebastiano occupé par les Espagnols. Ceux-ci repoussent vingt fois les plus rudes assauts ; mais tandis que leurs forces s'épuisent à combattre sans relâche, d'innombrables légions populaires se succèdent continuellement les unes aux autres, et

(1) Raph. de Tarris. — Acnello de la Porta, M. S.

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