‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 41 sur 82 · II · texte numérisé non relu

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finissent par faire irruption dans les galeries basses du couvent, les soldats demeurant maîtres des étages supérieurs et prolongeant longtemps encore une de ces luttes fanatiques et désespérées, dont le' patriotisme espagnol devait un siècle et demi plus tard, fournir à rhistoire moderne un si mémorable exemple en défendant Saragosse contre l'armée impériale.

Les cris de vive le roi d Espagne ! commençaient à devenir rares. Plusieurs chefs plébéiens firent d'ailleurs observer combien il était absurde de crier vive le roiy en chargeant ses troupes, et en défiant ses drapeaux ; alors on renversa les bannières aux armes de Castille, et quelques voix lancèrent cette acclamation nouvelle : vivent le peuple et Saint-Pierre! Elle excita des applaudissements unanimes, et bientôt chacun la répéta.

Cette innovation plut extrêmement au cardinal Filomarino; il en profita pour créer des partisans au pape, cm ravivant le souvenir de son ancienne domination; et fort satisfait des sympathies qu'il crut avoir réveillées, il s'empressa d'écrire à Rome, demandant à être nommé capitaine général du royaume. Mais le Saint-Père fut loin de se prêter à

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de semblables intrigues (1); il voulait; au contraire, maintenir les Ëtats napolitains sous la dépendance de l'Espagne, de peur de les voir tomber entre les mains des Français. D désapprouva hautement le zèle de Tarchevéque et lui envoya les ordres les plus précis d'éviter toutes démarches compromettantes, en refusant même d'écouter les propositions qui ten-draient à invoquer la souveraineté du Saint-Siège.

Plus la cause populaire obtenait d'importants avantages, plus le soulèvement tournait à la rébellion ; ces principes d'amour et de fidélité pour le souverain qui paraissaient naguère inébranlables, étaient maintenant complètement oubliés. Les troupes espagnoles, écrasées par cette lutte inégale, succombaient sous le nombre de leurs adversaires sans aucun espoir de secours. Les forts et les galères n'avaient plus rien à détruire. L'escadre réclamait impérieusement des vivres et des munitions ; les châteaux épuisaient leurs derniers approvisionnements. Les yeux du vice-roi se dessillèrent enfin. Il comprit quelle faute énorme il avait commise en n'acceptant point la suspension d'armes lorsqu'elle

(f) De Santifl.— Comte de Modëne. — DoazzelLi, M. S.

était proposée par le peuple lui-fnéme. Mais comme 9on inconséquence gâtait toujours les meilleures déterminations, en les rendant inopportunes, il lui vint Tétrange idée de solliciter une trêve à son tour, persuadé qu'il l'obtiendrait sans difficultés et qu'elle lui donnerait le temps de venir voir les événements. Il écrivit donc au prince Toraldo un billet rempli de ces belles promesses et de ces paroles dorées qu'il savait toujours prodiguer.

Le capitaine-général ouvrait une tranchée sur la place du Port, afin de mettre le si^e devant Castelnuovo. Il dirigeait le travail en personne, lorsque arriva le message du vice-roi, et désirant prouver à tous la loyauté de sa conduite, il fit signe à ceux qui l'entouraient de décacheter la dépèche et de la lire à haute voix. — La multitude s'exalte en voyant qu'on lui demande ce qu'on avait d'abord si dédaigneusement repoussé ; ce symptôme de faiblesse rend l'audace aux plus abattus ; la proposition est accueillie par un cri de guerre unanime, et le drapeau rouge arboré à la tour du Carmel annonce au duc d'Arcos le résultat de sa déplorable politique (1).

(1) De Santls.— Raphaël de TurriB.

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Le peuple voulaii à tout prix s'emparer de l'église de Sainte-Claire, située au centre de la ville. Les troupes qui s'y étaient fortifiées tiraient avec une telle justesse, et entretenaient un feu si bien nourri, que les assaillants n'osaient avancer jusqu'aux retranchements. Ils eurent l'idée de creuser un énorme fossé dans la rue Torcella, afin de se mettre à couvert; puis un rempart, composé de sacs de terre et de madriers, permit d'établir une batterie formidable qui ne tarda * pas à faire écrouler un pan de mur. Les malheureux soldats avaient brûlé toute leur poudre, et ne possédaient point d'armes blanches ; ils durent se rendre à discrétion; c'est dire qu'ils furent égorgés sans pitié.

Ce sanglant épisode fut suivi d'un autre également déplorable pour la cause espagnole. Les châteaux manquant absolument de vivres, le vice-roi avait envoyé une galère vers la tour del Greco, afin d'y embarquer des grains et des farines; mais, à l'approche des côtes, la chiourme échoua le navire et brisa ses fers. Le capitaine et ses quelques matelots, impuissants à contenir la révolte, se sauvèrent à grand'peine avec la chaloupe, en gagnant à force de rames le rocher de Caslelnuovo; tandis que les gens de la plage, entrant dans

Feau jusqu'à la ceinture^ recevaiwt les galériens à bras ouverts, et incendiaient le bâtiment après avoir inutilement essayé de le remettre à flot. Ds eurent smn, toutefois, d'en retirer préalablement les pièces d'artillerie qu'un nombreux cortège conduisit auCannel^ annonçant de loin son arrivée par ses chants et ses acclamations (1).

(1) De SanUB. — Capecdatro, M. S.

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