‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 46 sur 82 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Dès le moment où quelques barques de File de Procida, en apportant des fruits à Rome, avaient répandu les premières nouvelles de ce qui se passait à Naples, et de l'élévation de Masaniello au pouvoir dictatorial, l'ambassadeur de France près le Saint- Siège, marquis de Fontenay-Mareuil, avait tenu son gouvernement au courant des progrès de l'insurrection.

Malgré son insistance à signaler l'occasion favorable qui se présentait d'enlever à la couronne d'Espagne le royaume de Naples, et bien qu'il eût envoyé des agents secrets pour exciter l'effervescence populaire^ et donner aux choses la tournure qui convenait le mieux aux intérêts français, le marquis n'avait point reçu de sa cour une réponse aussi précise qu'il

Taurait désiré et qu'il s'y était attendu. Il se voyait donc obligé d'agir avec une certaine circonspection^ sans laisser échapper néanmoins les fils des trames cachées dont il espérait tirer avantage au besoin dans le sens des instructions qu'il se flattait d'obtenir.

Is cabinet français laissait percer l'intention de ne point pousser avec trop de vigueur la guerre contre l'Espagne. Les hostilités étaient mollement poursuivies ; on ne se lançait point dans de nouvelles entreprises, de peur de rendre impossible un accommodement prochain. C'est pourquoi le cardinal Mazarin, tout en comprenant parfaitement quels avantages on pourrait tirer des troubles de Naples, résolut d'attendre les résultats sans se prononcer, et sans aventurer pour le moment le crédit et le pouvoir de la France. Toutefois, ne voulant pas être pris au dépourvu, il ordonna de préparer à Toulon une escadre considérable qui mettrait à la voile au premier avis.

 Paris on s'occupait beaucoup de l'ItaUe, plusieurs personnages influents étaient d'avis qu'on dirigeât des troupes sur Naples, et parmi les plus empressés

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et les plus ardents à conseiller cette détermination, se faisait remarquer le prince de Condé qui offrit d'entreprendre l'expédition à ses frais, mais il rencontra dans son gouvernement une opposition formelle et inébranlable.

Cependant les événements se développaient rapidement. A Rome, Henry de Lorraine, duc de Giijse, travaillait à s'emparer de la situation sans s'inquiéter de l'ambassadeur de France, ni même du cabinet français. Ce jeune prince, d'un courage bouillant et aventureux,, d'un physique imposant et de manières attrayantes, non moins brave que généreux, mais d'un jugement peu mûr, se trouvait alors à la cour pontificale pour solliciter l'annulation de son étrange mariage avec la veuve du comte de Bossu. Il désirait en contracter un autre, aussi mal assorti du reste, avec mademoiselle de Pons, qu'il aimait éperdument.

Désespéré des lenteurs et des obstacles de la curie ecclésiastique, il songeait à retourner à Paris, où l'appelait avec instance sa maîtresse, lorsque la nouvelle des événements de Naples le retint. Le duc était accompagné du sagace et judicieux baron de

110 INSURRECTION DÇ NAPLES.

Modène, le même qui portant plus tard le titre de comte, écrivit une relation historique de ces événements, que nous avons souvent consultée. Le hasard l'avait mis en rapport avec ces mariniers de Procida qui annoncèrent à Rome l'insurrection de Naples, il les présenta au duc, et celui-ci jeta les bases d'un plan hardi dont on verra bientôt les résultats.

Le duc de Guise descendait, par les femmes, de René d'Anjou, et ce souvenir enflammant son ambition, il se crut fondé à revendiquer les droits de ce prince à la couronne de Naples, se flattant de mettre à profit les circonstances dans l'intérêt de son élévation future. Il reçut les gens de Procida avec une grande joie, les traita libéralement, les flatta outre mesure, et les chargea de faire savoir aux Napolitains qu'il se trouvait à Rome un prince de la race de leurs anciens rois, prêt à se sacrifier pour les aider à reconquérir leur liberté. Et en eflfet, ces rudes mariniers furent les premiers à répandre parmi la population révoltée l'idée d'une intervention française.

A partir de ce moment, le duc saisissait toutes les occasions de voir et d'influencer les Napo-

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litains que la peur de rinsurrection ou leurs affaires amenaient à Rome. Il alla même jusqu'à eniroyer à Naples des messagers qui furent reconnus, arrêtés et pendus à Gaëte. Il essaya aussi de (aire appuyer ses prétentions par le marquis de Fontenay ; mais Fhabile diplomate les accueillit avec tant de froideur, que Fambitieux jeune homme se promit de lui cacher désormais ses démarches, et de rechercher par d'autres voies l'appui de la cour de France. Il s'adressa au cardinal de Sainte-Cécile, frère de Mazarin, et offrit de faire épouser à une nièce de ce prélat, son frère, le duc de Joyeuse, s'il réussissait à lui ménager la protection du cardinal-ministre, et l'appui de la France. Le cardinal de Sainte- Cécile entendit avec plaisir et même avec transport les confidences et les propositions du prince français. Aussi léger que lui et d'une imagination non moins vive , il arriva bientôt à se figurer qu'en plaçant la couronne sur la tête du duc de Guise, il assurerait la tiare à son frère Mazarin; en tous cas une alliance avec une famille royale n'était point à dédaigner. Aussi n'eut-il rien de plus pressé que d'écrire au cardinal-ministre dans les termes qu'il

lit INSURRECTION DE NAPLES.

croyait les plus propres à le déterminer. Mais Mazarin, dont le génie avait une plus haute portée, et dont une rare prudence dictait les démarches, lui répondit en employant de ces termes qui ne disent rien de positif^ tout en laissant beaucoup à penser, et peuvent dès lors se prêter également aux éven tualités diverses d'une affaire hasardeuse et compliquée (1).

Cependant le duc de Guise en cherchant de nouveaux moyens de communication avec les Napolitains, avait appris qu'un frère du fameux Domenico Perrone, était à Rome. Il s'empara de lui^et sut le déterminer à partir, muni de lettres et d'instructions précises : mais la fortune qui semblait se jouer de tant d'ambition, fit arriver cet agent à Naples au moment même où Domenico| Perrone venait de disparaître si tragiquement de la scène politique.

Les partisans de la France ne se donnaient pas moins de mouvement. D'autres envoyés napolitains, parmi lesquels étaient Lorenzo Tontoli, et Agostino de Lieto, se rendirent auprès du marquis de Fontenay,

(I) Comte de Modèneu

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et parurent à Rome^ avec le titre donné ou usurpé de Résidents du peuple NapolUain{l).Le duc de Guise noua des relations fort étroites avec eux par l'entremise du baron deModène, et celui-ci comme son maître tomba dans une grave erreur, -grâce aux rapports exagérés de ces agents, qui, étant intéressés à donner de rimportance à leur cause, grossissaient les ressources sur lesquelles on pourrait compter. Jugeant donc l'entreprise plus facile qu'elle ne l'était, le diic et le baron ne négligèrent ni les démarches ni les efforts pour l'amener à bonne fin. De son côté, le me^rquis de Fontenay, malgré toute sa perspicacité, ignorant à quel point les assurances des Napolitains étaient mensongères, se laissait entraîner à d'étranges illusions. Il écrivit de nouveau à son gouvernement pour le conjurer de donner toute son attention aux événements de Naples. Il engagea sous main les insurgés à solliciter ouvertement l'appui de son souverain ; mais la froideur d'accueil et la parcimonie de cet ambassadeur, glaçaient Tontoli et Lieto, autant que les enchantaient la chaleur et la générosité du chevaleres-

(1) De Santis.

que prince firançais (1). Ne connaissant ni ses antécé dents, ni le peu de crédit dont il jouissait en France, ils fondaient sur lui, et sur lui seul, toutes leurs espérances, et ils écrivaient à Naples les éloges les plus pompeux de sa personne.

L'insuccès de Don Juan d'Autriche, le redoublement d'audace excité par l'emploi inopportun defor^ ces insuffisantes, la première déclaration des insui^gés en faveur du pape, et leur résolution définitive de se constituer en république, ne firent qu'aiguillonner encore le zèle et les espérances de Fontenay. Pour cette fois il écrivit au cardinal Mazarin en des termes tels que ce ministre envoya immédiatement à la flotte de Toulon l'ordre de mettre à la voile. Le commandement de cette escadre était confié au duc de Riche* lieu, elle portait les sires du Creuset et de Forgetz, généraux distingués, qui pouvaient diriger habilement l'insurrection. Le cardinal-ministre n'avait point jugé politique de confier une entreprise dans laquelle il s'agissait d'acquérir un royaume, à un prince du sang, ou à quelque personnage d'assez haute naissance pour être tenté de s'approprier au détriment de l'É-

(1) Comte de Modène.

ANNESE, un

tat les fruits de cette i*évolution qu'on espérait voir s'accomplir.

Tel était l'état des choses quand le véritable délë^ gué de Gennaro Annese, Nicolo Maria Mannara, parut à son tour dans la capitale de la chrétienté*

Le duc de Guise et l'ambassadeur de France habitaient tous deux le palais Barberini, bien qu'à des étages différents. Cette singulière coïncidence fourait au duc l'occasion de capter la confiance du délégué avant même que le diplomate connût la mission de ce Napolitain.

Après une longue et pénible traversée Mannare avait débarqué à Fiumicino, d'où il s'était rendu à cheval à Rome. Il arriva dans cette ville le matin, dans une tenue plus que négligée , harassé de fatigue, trempé de pluie, et couvert de boue : c'est en cet état qu'il se présenta à la porte du palais Barberini , et <iu'il monta aux appartements du marquis de Fontenay, précisément au moment oîi celui-ci venait d'en sortir. Les secrétaires et les employés de l'ambassadeur qui avaient souvent observé avec quelle froideur et quelle réserve leur chef accueillait les Napolitains, n'accordèrent aucune attention à un homme aussi

mal vêtu. A peine daigna-t-^n lui permettre d'attendre le retour de Y unbassadeur.

L'envoyé d*Ânnese dut prendre son parti d'un si triste accueil, il s'assit tout mouillé et d'assez mauvaise humeur dans une des premières antichambres.

Le hasard voulut qu'un laquais du duc de Guise traversât en ce moment-là cette pièce : il lui parla et appritson nom, et sa qualité, or, de mêmeque les serviteurs de Fonlenay, imitaient à l'égard des Napolitains l'accueil dédaigneux de leur maître, de même ceux du duc afieclaient de traiter ces étrangers avec la bienveillance et l'intérêt que le prince ne manquait jamais de leur témoigner. Ce laquais fit donc toutes sortes d'avances à l'étranger, uniquement parce qu'il venait de Naples, puis il courut donner avis de son arrivée au baron de Modène» Ce dernier en avertit immédiatement le duc, et profitant de l'absence de l'ambassadeur, il ordonna à l'adroit valet de retourner sans affectation auprès de cet homme^ et de tâcher de le lui amener, comme s'il agissait de son propre mouvement.

Ce manège réussit à merveille, et Mannara se rendit aux appartements du duc sans que personne le remar-

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quàt. Le baron le reçut à bras ouverts, lui donna d'autres vêtements, car les siens ruisselaient d'eau, et lui fit servir un déjeuner, où l'on n'épargna point le vin. Quand il le vit reposé, de meilleure humeur, et surtout reconnaissant de cet accueil hospitalier, il se hâta de l'introduire dans le cabinet de Henry de Lorraine déjà préparé à le recevoir.

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