CHAPITRE XIX
Maniiara et ses deux compagnons airivèrent rapidement à Naples, et furent très-bien accueillis par le nûarquis de Fontenay. Ils se présentèrent ensuite chez le duc de Guise qui, probablement d'après les conseils du baronde Modène et d'autres personnages éclairés, les reçut avec bienveillance, mais ne consentit à écouter leurs propositions officielles qu'en présence de l'ambassadeur. En conséquence, sur les instances des délégués eux-mêmes, une entrevue fut ménagée le même jour dans les salons du marquis. On y pria officiellement et solennellement le duc de vouloir bien se rendre à Naples, pour y prendre le commandement des années populaires. Le prince^ toujours bien conseillé, après avoir témoi|;né sa gratitude aux délé-
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gués, et son désir ardent de complaire aux Napolitains, ajouta que pour voler à leur secours, il n'attendait plus, comme féal sujet du roi de France, que d'en recevoir Tordre du représentant de son seigneur et roi (1).
La position de Fontenay était critique et emltarrassante au plus haut degré. Il voyait toute la portée de la résolution qu'il allait prendre, et Timmense responsabilité qui pèserait sur lui. Il balbutia quelques paroles dont le vague dénotait sa perplexité, et déclara qu'il n'avait point d'instructions suffisantes pour donner des ordres à un prince du sang ; que. d'un autre côté cependant, il n'était pas non plus autorisé à s'opposer formellement à l'élection spontanée qu'avaient faite le peuple napolitain et son généralissime, surtout lorsqu'il s'agissait d'un prince français ; qu'il n'avait pas encore reçu de réponse à ses dernières dépêches; qu'il pouvait seulement assurer une chose d'une manière positive, c'était que Tescadre française avait déjà mis à la voile, se dirigeant vers Naples, et que dans cette flotte la nouvelle ré-
(1) Comte de Modcnc.
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publique trouverait le plus ferme de tous les appuis pour assurer son indépendance et sa liberté.
Tout ambiguë qu'était cette réponse, le duc de Guise n'en demandait pas davantage ; il accepta surle-<;hamp les propositions de Naples, et promit de s'y rendre aussitôt que les felouques napolitaines seraient arrivées.
Quant aux envoyés de Gennaro Annese, enchantés du succès de leur mission, ils expédièrent par terre et par mer des courriers pour demander que les felouques chaînées de transporter le prince fussent immédiatement dirigées sur Fiumicino.
Transporté de joie, en se voyant si près de toucher au but de son ambition, le duc de Guise, au milieu de ses préparatifs de voyage, et des soins qu'il devait prendre pour se procurer de l'argent et des munitions, semblait affecter de donner une imprudente pubhcité à ses négociations, n'en faisant pas même mystère à ses ennemis déclarés. Avec dix mille écus que lui procure le cardinal de Sainte-Cécile, et une médiocre quantité de poudre que lui vend le duc de Bracciano, il se dispose à partir, prend pour confesseur le père Capece, auquel il promet uûe
if.
134 INSURRECTION UË NAPLES.
mitre, et dépèche en toute hâte à Paris un de i crétaires avec des lettres pour sa mère à laquelle il demande des foqds, la chargeant de préparer, en son nom, toutes sortes de sei^ours, et la priant aussi de ne rien négliger pour que les ministres du roi appuient chaleureusement son aventureuse entreprise.
Rien de ce qui se tramait par les uns et par les autres dans cette affaire si compliquée n'échappait au comte d'Onate, ambassadeur d'Espagne à Rome ; et ce diplomate entretenait avec Madrid une correspondance active au moyen de laquelle on y était instruit de tout ce qui se passait en Italie. Le comte, appréciateur profond des hommes et des choses, jugea que le départ de Henry de Lorraine pour Napies était une bonne fortune dans la situation où se trouvait oe royaume. U connaissait persomiellement le jeune prince ; il savait qu'il était suspect à la cour de France oii sa témérité connue devait éveiller des craintes et tempérer, sinon éteindre^ le désir d'envoyer des forces qui iraient sans nul doute arrivées à leur destination, s'il ne s'était jeté à la traverse.
ANNESË. m
i|[ie. comte d*Onate n'ignorait pas non plus la mauvaise volonté du marquis de Fontenay^ toutes circonstances qui, joiijtes à Tétat de désordre où était tombée la rébellion, et aux sentiments peu honorâbles de Tenvieux Annese, devaient iapdanqiiablement ruiner le crédit du duc de Guise et précipiter la crise qui assurerait le triomphe des armes espagnoles.
Avec une telle sécurité pour Tavenir, et un espoir fondé su r des données presque certaines^ le diplomate espagnol, loin d'agir contre le duc,- ne^eonge» au contraire qu'à lui aplanir adroitement le ch^nin qui le conduisait à sa perte* Don Juan d'Autriche et le duc d'Arcos, tenus au courant de tout par leur am* bassadeuri mirent d'ailleurs le temps à profit, .et «'aidant d'un grand nombre d'agents secrets, ils tra« vaillètent de façon à ce que l'aventureux prince trouvât en arrivant le terrain glissant et hérissé de difficultés.
Autant le voyage des trois délégués avait.été prompt et heureux,, autant fut i«t et péniUe ceki die Fran-* cesco Patti. Quand^iil débarqua, la négociation était déjà close, ce qui* ne l'empêcha point de commencer
130 INSUKRËCnON DE NAPLBS.
à agir avec autant de secret que d'activité. Mais rebuté dès ses premières tentatives auprès du Saint-Père, qui refusait d'écouter ses propositions, il se tourna, comme le portaient ses instructions, du côté du marquis de Fontenay.
Celui-ci ressentit une joie extrême aux nouvelles dumessager; mais persuadé qu'il venait trop tard, et qu'il était désormais impossible de s'opposer à la résolution du duc de Guise, il le dit à Patti, l'engageant en même temps à se rendre à Paris, afin de traiter directement avec la cour.
L'avocat consulta d'abord son intérêt et jugea dès lors plus avantageux pour lui de servir le duc de Guise. H s^excusa donc de ne point faire le voyage de Paris sur son manque de ressources, d'instructions et de pouvoirs; puis il prit congé de l'ambassadeur, en lui exprimant qu'il se résignait à accepter les faits acconiplis, dans l'espoir que cette abnégation pourrait tourner à l'avantage de sa patrie. Elisuite il alla trouver les autres délégués, feignant d'arriver à l'instant de Naples pour presser le départ du duc. Il poussa même l'impudence jusqu'à se rendre chez ce prince lui-même et à lui faire une pro-
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testation semblable, qu'il accompagna des plus basses adulations (1).
Sur ces entrefaites, arrivèrent à Fiumicino quatorze felouques, napolitaines, destinées au voyage du nouveau généralissime. Celui-ci pressa les préparatifs, et après avoir donné à ces soins une publicité inconsidérée, il s'arrogea, par anticipation, une importance extravagante et sortit de Rome dans l'équipage d'un triomphateur. 11 se montra même inconséquent et léger au point de passer avec sa suite, que précédait un trompette, sous le balcon du comte d'Onate qui peut-être, à travers les vitraux de sa fenêtre, le regardait partir en souriant de compassion.
Le marquis de Fontenay, le cardinal de Sainte-Cédle et d'autres seigneurs et prélats français l'accompagnaient en carrosse : ils allèrent jusqu'à la basilique de Saint-Paul-extra-muros. Là, ils prirent congé de lui, et le duc continua son voyage à cheval jusqu'à la mer avec le baron de Modène et les envoyés napoUtains. Us emmenaient le sire de Gérisantes, nommé par le marquis de Fontenay, repré-
(i) Comte de Modène.
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sentant de la France à Naples, ou , en d'autres termes, son espion , Geronimo Fabrani en qualité de secrétaire, et Agostino de Lieto en celle de capitaine des gardes. Chaque felouque ne pouvant contour que deux ou trois personnes, le duc entra dans Tune d'elles, accompagné seulement de son yalet de chambre ; sa suite se distribua dans les autres barques, et l'on mit à la voile par un temps favorable, le 13 novembre 1647, vers minuit.
Le lendemain, près de File de Ponza, les passagers découvrirent vers le soir, trois galères espagnoles qui les guettaient au passage. Hais ces galères ne purent leur donner lâchasse; les felouques s'étant aussitôt dispersées dans toutes les directions , et les E^Mgnols n'ayantsu deviner quelle barque montait le prince. Une nuit des plus obscures et des plus orageuses ^int d'ailleurs les .dérober aux yeux même de leurs ennemis»
Enfin» par Une manœuvre aussi prompte qu'halûlei la felouque sur laquelle était le duc passa eaiie les lies d'Ischia et de Procida, longea celle de Gaprée, et parut dans le golfe au point du jour. Elle essuya sans accident la motisqueterie des chaloupes armées que Doh JUan aVait lancées à sa poui*suite , et vint preu-
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dre terre à la tour del Greco. De là elle cingla immédiatement vers la plage du Carmel où le peuple salua son arrivée avec les démonstrations du plus vif enthousiasme.
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