‹ Insurrection de Naples en 1647 (volume 2)Chapitre 53 sur 82 · II · texte numérisé non relu

II

point inacceptables. Les chefs demandaient pour le peuple Foccupation de l'un des châteaux, une intervention efficace dans la nomination des autorités, et la faculté d'envoyer des ambassadeurs au pape, sous la protection duquel devait être mis le traité de pacification. Don Juan répondait : que le peuple *4)ccuperait les remparts et les portes de la ville, qu'il conserverait la tour du Carmel, qu'il serait consulté dans le choix des personnes appelées à le gouverner, à l'exception toutefois du vice-roi, de l'amiral et des commandants des châteaux; qu'il pourrait d'ailleurs envoyer des délégués à Rome pour soutenir ses intérêts.

Ces demandes et ces concessions étaient secrètement pesées, lorsque d'heureux événements vinrent ajouter à la faveur qui entourait déjà le prince espagnol. S'il avait perdu les deux galères, Sm- Francisco de Borja et Santa-Teresa, que leurs chiourn^es révoltées livrèrent au peuple, après avoir assassiné les comités et les officiers de marine, d'un autre côté le prince de Rocca-Romana mit en déroute la bande de Pappone, délivrant ainsi la Terre de Labour, et rétabhssant les communications entre

LE DUC DE GUiSE. 195

Gapoue et Gaête^ tandis que , sur un autre point, le duc de Bovino défit complètement Pastena dans une rencontre de^ plus chaudes, au moment où ce partisan marchait déjà vers Castellamare, et vers la tour de TAnnonciade, dont il se serait facilement emparé, les garnisons de ces places étant très-affaiblies.

Ces avantages acquis aux armes royales consternèrent les rebelles; de tels échecs n'étaient point compensés par la prise d'Âversa dont les ressources, grâce à la folle administration du duc, n'avaient apporté aucun soulagement à la disette des Napolitains. Ceux-ci voyaient alors toute l'étendue delà faute qu'ils avaient commise en repoussant le secours de la flotte française, et lefur abattement était excessif comme leurs regrets. Gennaro Annese, ceux qui rêvaient la République, les partisans de la paix à tout prix et de la cause espagnole ne négligèrent aucun moyen pour tirer parti de ce découragement. Les factions en minorité se réunirent, ainsi qu'il arrive d'ordinaire, pour renvei^ ser le parti dominant, sans s'inquiéter de la complète divergence de leurs vues, et dans l'espoir que l'obstacle une fois renversé, ils triompheraient facilement de leurs alliés, selon leurs vues particulières :

grave erreur qui se reproduit en toutes les discordes civiles!

Le duc de Guise , toujours plein d'une confianee aveugle dans ses propres ressources, et dominé par ses infâmes favoris , était le seul à Naples qui mécon* nût le danger de sa situation. S*exagérant sies forces réelles, et comptant plus encore sur le prestige de son nom, prestige déjà évanoui, il décida une attaque générale et simultanée de tous les points occupés par les Espagnols. Â l'entendre, en un seul moment et d'un seul coup, il allait.se rendre maitrede la ville entière.

Le baron de Modène s opposa de tout son pouvoir à ce projet insensé. Bien que mécontent et profondément blessé des procédés du prince à son égard, il continuait à le servir et aie conseiller avec autant de zèle que de loyauté. II lui représenta, par de solides raisons, combien Tentreprise était hasardeuse, et combien il était plus urgent d'en finir avec le sî^ de Capoue. Mais le présomptueux gentilhomme dédaigna de si sages avis , et persista dans son

(I) De Santifl. — Comte de ModèDe.

LE DUC DE GUISE. i97

dessein, sans prendre même la peine de tenir secrètes les instructions données aux chefs plébéiens chargés de l'exécuter. Tant de présomption et de légèreté laissaient au prince vice-roi tout le temps de se préparer à la défense , de renforcer les postes, et d'assurer la victoire à sa bannière.

Tout étant disposé au gré du duc français, qui avait appelé pour le soutenir un nombre considérable de bandits, et les volontaires échappés à la défaite de Pastena, il fixa l'attaque générale au 12 février. Il distribua la masse des forces populaires en divisions de deux à trois mille hommes, assez bien organisées, dont il confia le commandement aux plus expérimentés et aux plus braves, prenant lui-même position à San Lorenzo avec une réserve nombreuse, composée d'hommes d'élite.

Les colonnes ayant été placées à leurs postes respectifs, et les chefs ayant reçu leurs ordres, le signal de l'attaque fut donné. Aussitôt toutes ces forces s'ébranlèrent, .et chacun, selon la destination qui lui était indiquée, se porta résolument en avant. En un instant le combat devint général. — Il dura furieux et acharné pendant tout le jour et une grande

jMurtie de la nuit ; et bien que l'ordre et l'élan des troupes du duc eussent fait honneur à une année mieux disciplinée, la défense fut si rigoureuse et si ardente qu'aucune des positions où flottait l'étendard de Castille ne fîit enlevée par le peuple. Cependant le nombre des combattants était si inégal, que ehaque Espagnol avait à repousser dix assaillants. Malgré cette énwme disproportion , la victoire se prononça pour les armes du roi. On peut se faire une idée des pertes du peuple, qui dans sa rage impuissante venait et revenait sans cesse se ruer contre les palissades et les retranchements inexpugnables des Espagnols. Le baron de Modène, témoin de la lutte^ reaad lui-même cette hommage au brillant courage de ses ennemis : « Leur valeur, dit-il, acquit plusieurs degrés de gloire dans cette importante journée. »

Le lendemain la ville offrait partout les tableaux les plus déchirants. Les habitants versaient des larmes amères en voyant tous les ruisseaux rouges de sang napoUtain. Un fils cherchait à reconnaifre son père au milieu d'un monceau de cadavres défigurés; d'autres voulaient retrouver un fils, un frère, un époux, un amant, quelques-uns un protecteur ou un ami.

LE DUC DE GUISE. m

Partout régnait une lugubi*e agitation, qu'interrompaient des cris de douleur et de désespoir.

Les yeux étincelants de fureur, le duc de Guise accusait de lâcheté et de trahison les chefe des colonnes expéditionnaires. Gomme il parcourait à che« val toutes les rues de la ville, il entendit sortir des groupes consternés le cri : la paix ! la paix ! nous voulons la paix! ailleurs on criait même : vive le roi d'Espagne! tant au milieu du découragement général, se faisait sentir le besoin du repos à tout prix !

Gomme pour compléter les désastres de cette journée, les bandits qui étaient venus prendre part à Texpédition, au nombre de plus de cinq mille, réclamèrent avec impudence le salaire promis ; et dans l'impossibilité de les satisfaire, le duc ne leur fit distribuer qu'une modique somme d'argent : alors, profitant du deuil où toute la ville était plongée, ils attaquèrent et pillèrent, avant de se retirer, le faubourg Sant'-Antonio, sans que' personne pût s'opposer à ce brigandage (1).

De nouvelles proclamations du duc et les efforts de ses amis rendirent pourtant un peu de calme aux

(0 De Sanlis. — Comte de Modène.

200 INSlRRfiCTlON DB NAPLES.

esprits. On a\ait répandu parmi le peuple, que la flotte française reviendrait bientôt de Tile d'Elbe où elle ne s'était rendue qu'afin de prendre à son bord des troupes de débarquement. Pappone, réunissant de nouvelles recrues, s'était remontré dans les environs de Gapoue. Un corps nombreux de rebelles, que le hasard avait mis sous le commandement d'un aventurier (français, surprit et tailla en pièces un détachement de troupes napolitaines restées fidèles à la couronne, et dont les capitaines, les marquis de Salsa et de Buonalbei^o, et Don Pietro Spinola, combattirent vaillamment de leur personne, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé la mort dans la mêlée. (1)

De tels succès ranimèrent le courage des légions plébéiennes, et leur firent oublier leur cruelle défaite. Quelques-uns de leurs chefs essayèrent, à l'aide d'intelligences secrètes, de s'emparer de la position importante de Pizzo-Falcone ; mais les agents charges de nouer ces trames perfides furent découverts et pendus immédiatement.

L'horizon devenait moins sombre, et l'esprit pu-

(0 DeSantlB.

blic commençait à se rassm*er, lorsque les partisans de la République insistèrent d'une manière plus pressante, pour que Ton prit au sérieux cette forme de gouvernement ; ils voulaient qu'on s occupât d'une organisation définitive, seul moyen , selon eux, de sortir de cette confusion qu'ils regardaient comme la cause véritable des alternatives de succès et de revers, et du peu de consistance du nouvel état de choses.

Sur la place du Marché et sur plusieurs autres points de la ville, se formèrent des groupes nombreux au milieu desquels se faisaient entendre les cris des factions opposées : Vive la Républiqtiel — Vive le duc de Guise! ce qui donnait l'occasion à un troisième parti de crier aussi : Vivent la paix et le roi d Espagne !

Enfin, le duc, pour mettre fin à un désordre qu'il avait lui-même fomenté, et dont le résultat ne répondait pas à ses espérances, déclara qu'il voulait organiser lui-même le gouvernement républicain. Il arbora un drapeau portant d'un côté ses armes, el de l'autre les initiales S. P. Q. N. Il nomma une commission pour travailler au projet de constitution, et

décida quelles seraient la fonne et les attribulioiis du sénat. Ensuite, il fit frapper de la numnaie ayec son effigie, et la légende de la République Napoli* taine(l).

(1) De SanUs. — Ck)iDte de Modène— Capecelatro, M. S.

\AAAA/V\/V%AAAA/\/\AAAA/\AA/\y\/\/VV\/VUVV^^

Page 1