CHAPITRE XXIV
Don Juan d'Autriche, avec un tact et une mesure admirables, mettait à profit toutes les circonstances qui devaient amener l'heureux dénouement de ce drame sanglant et prolongé. L'éloignemetit du duc d'Arcos lui permit de se concilier le cardinal Filomarino. En effaçant peu à peu les anciens ressentiments du prélat, il Tamena graduellement à mettre dans la balance le poids de son influence. Il noua des relations avec Gennaro Annese, fit stimuler Vicenzo Andréa et les républicains, sans cesser de correspondre a^ec les cappes noires et, maniant adroitement tous les intérêts, il put avancer d'un pas sûr dans la voie des négociations. Tant d*habileté, de secret et de prudence devaient porter leurs fruits, et cependant toujours présomptueux et léger, le duc
de Guise n'en concevait aucun soupçon, Févénement seul pouvant faire tomber le bandeau qui couvrait ses yeux. Le caractère de ces deux princes formait le plus singulier des contrastes.
Tout s'acheminait donc vers le triomphe qu'avait si bien mérité la constance des Espagnols au milieu de tous les revers de la fortune, lorsque le comte d'Onate, dont nous avons eu souvent l'occasion de signaler le talent diplomatique , fut investi de la viceroyauté, que Don Juan n'exerçait qu'en attendant la désignation faite par la cour d'Espagne d'un successeur définitif.
Le cabinet de Madrid s'était alarmé à la nouvelle de la déposition insolite , quoique salutaire, du duc d'Arcos, jugeant non sans raison que cette mesure était un précédent dangereux, quelque confiance qu'on eût d'ailleurs dans la loyauté et le dévouement d'un prince dont le père était le souverain lui-même. Déterminé par des considérations si puissantes, «e cabinet se hâtait d'envoyer un nouveau vice-roi qui tint directement sa nomination et ses pouvoirs du roi catholique.
La cour fut quelque temps indécise sur un choix
conciliant les convenances et les garanties. Quelques Toix s'élevèrent même dans le conseil en faveur du duc de Médina de las TorreSy peu favorablement connu des Napolitains ; mais, par une détermination judicieuse, on préféra le comte d'Onate. Également ferme et habile, le comte jouissait à Rome d'un grand crédit; ses qualités personnelles ajoutaient encore à l'éclat du nom de son père, célèbre parles services qu'il avait rendus en Allemagne, soit en découvrant et en déconcertant la conjuration de Waldstein, soit en luttant énergiquement contre les projets audacieux de Gustave Adolphe.
Le comte d'Oiiate reçut sa nomination à Rome; il en donna immédiatement avis à Don Juan , et, le 2 mars 1648^ il arrivait à Naples avec cinq galères, de l'argent, des munitions et quelques troupes de renfort. Il débarqua à l'arsenal, salué par l'artillerie des châteaux ; et canonné par la tour du Garmel dont les boulets tuèrent deux rameurs de sa chaloupe, au moment d'aborder.
La conduite de Don Juan fut, en cette occasion, celle qu'on pouvait attendre de lui; comme prince, comme fils, comme gentilhomme et comme vassal^
il montra autant de noUesse que de déférence et de loyauté. ATec une généreuse simplicité et sans h moindre hémtation, il renonça à ce pouvoir irrégniier qu'il ne tenait que de la force des circonstances^ pour le remettre à celui qui venait en prendre possessioD selon toutes les formes prescrites légalement. Afin de rendre au comte d'Ouate sa tâche plus facile, il le mil au courant de toutes les négociations secrètes, ne lui laissant rien ignorer de l'état des affaires, sur lesquelles il lui donna les renseignements les plus sûrs, et même des conseils d'une prudence consommée. Le comte répondit comme il devait le faire à une conduite si désintéressée et si loysde; il loua hautement les sages mesures qui avaient marqué l'admiiûstration du jeune prince ; et jugeant qu'il ne pouvait mieux faire que de suivre la route déjà tracée, il n'entreprit jamais rien d'important sans avoir con* suite son royal prédécesseur.
Le nouveau vice-roi alla reconnaître en personne les châteaux et les postes fortifiés de Naples ; il fit l'épandre des proclamations et des offres d'amnistie complète pour la capitale et les provinces, et se mit en communication avec les villes de second or-
dre et a\ec toutes les forteresse^ qui tenaient pour la cause du roi d'Espagne ; puis il fit passer des ordres et des instructions précises à toutes les colonne» mobiles qui parcouraient le pays. Les places de Gapoue et de Gaëte reçurent des secours en hommes, en munitions et en vivres : il activa les relations secrètes déjà nouées avec Gennaro Annese et les cappes noires^ et sut flatter, en l'encourageant à propos par des lettre» pleines de félicitations sur son dévouement, la noblesse qui soutenait dans les provinces les intérêts castillans : quant aux barons qui guerroyaient aux environs de Naples, il les invita à venir renforcer la garnison, ce qu'ils firent avec empressement.
Déconcerté par l'étonnante activité du comte, et par la facilité et le succès avec lesquels il organisait ses ressources, le duc de Guise commença à soupçonner que le terrain sur lequel il marchait pouvait être miné : mais au lieu de reconnaître que ses favoris le conduisaient à sa perte, au lieu de changer de conduite, il s'abandonna les yeux fermés à leurs mauvais conseils et sembla prendre à tâche d'étaler plus scandaleusement encore son luxe
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(lu moins était incontestable^ et qui n'hési-
à payer de sa personne, courut arrêta le
réprimer l'insolence de l'arquebusier qui se
pris sur le fait, s'enfuit lâchement et, sui-
^ utume, se réfugia dans sa tour. Cet incident
ut autrement que ne l'avait espéré Gennaro
tous les meneursde conspirations républi*
ue l'on put découvrir furent pendus, après
-)i les tortures de la question. Sur ces entrefai-
i ait se répandit que l'escadre française allait
iivec des forces considérables; ce qui raffermit
•lelque temps l'autorité du duc, et ranima un
s espérances. Quelques succès de Pappone
s rives du Yoltumo, et de Pastena, près du
leScafati, ajoutèrent à l'effet favorable pro-
')ar cette nouvelle; le peuple, toujours si pron^
)érer, reprit confiance et courage.
c duc de Guise, soit qu'effectivement il comptât
* des secours, sinon du gouvernement français,
moins des bâtiments que pouvaient lui expé*
er ses agents particuliers, soit qu'il jugeât néces-
nre d'accréditer ces espérances, résolut de s'assurer
* un bon mouillage, précaution indispensable dans II. Il
210 INSUHRECnON DE NAPLES.
une saison où il est si difficile de tenir la mer. U eut la malheureuse idée de jeter les yeux sur Tile de Nisida^ qui, abritée par le mont Pausilippe, offre un abri sûr aux navires tirant peu d'eau.
L'ile était défendue par un petit château que gardait une faible garnison espagnole. Le duc essaya d'abord de la gagner à prix d'ai^ent , mais ayant échoué dans cette tentative, il résolut de s'en emparer de vive force, et sans plus de réflexion, il sortit de la ville à la tète de cinq mille hommes, emmenant pour faciliter son expédition, toutes les barques des pécheurs napolitains.
Le comte d'Ooate qui épiait chacune de ses démarches , toujours prêt à tirer parti de ses fautes^ conçut aussitôt après son départ le projet de faire une sortie générale des châteaux. Les Espagnols offriraient la paix,et agiraient avec vigueur si le peuple opposait de la résistance. Le comte réunit sur-lechamp un conseil de gueri*e sous la présidence de Don Juan d'Autriche, et il exposa son plan, sans dissimuler ce qu'il avait de hardi et de périlleux. Accoutumés à la prudence patiente et aux temporisations du duc d'Arcos^ tous les membres du conseil
s'alarmèrent de la témérité du projet ; mais le prince Don Juan dont le fier courage ne s'accommodait point de tant de lenteur, et le vieux Don Dionisio de Guzman, esprit vif et entreprenant, défendirent l'idée du vice-roi avec tant de force et de chaleur qu'ils emportèrent enfin la sanction de la majorité.
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