CHAPITRE XVI
Réfugié pour la seconde fois à Castelauovo, le duc d'Arcos était fort abattu et fort découragé. Il voyait crouler tous ses plans^ son inépuisable condescendance n'avait rien produit de bon, Tautorité dû ^"\/digieux plébéien allait toujours croissant; le peuple se montrait d'instant en instant plus furibond, plus tenace, moins disposé à entendre la raison. Le duc eut plusieurs conférences avec l'archevêque et Genovino pour chercher avec eux quelque remède à la situation. Les deux conseillers, appréciateurs habiles des circonstances et désireux d'en sortir le plus tôt possible, exhortèrent le vice-roi à la prudence. On ne pouvait en finir d'un seul coup avec le pouvoir colossal de Masaniello ; il fallait donc temporiser jusqu'au moment où son prestige commencerait à décli-
ner, ce quinepouvait manquer d'arriver promptement, grâce à ses cruautés et à ses folies. Us tombèrent tous trois d'accord que le point important était de ne pas différer la cérémonie du serment qui devait être prêté solennellement dans la cathédrale, afin d'enlever tout prétexte plausible à la révolte et de frapper la multitude par un spectacle imposant.
Le cardinal et Genovino se chargèrent des pompeux préparatifs. Le vice-roi s'occupa de faire imprimer rapidement les conventions arrêtées, lesquelles, ^ distribuées au peuple avec profusion, témoigneraient de sa bonne foi et de sa bonne volonté.
Le 13 juillet, au point du jour, les meneurs recommençaient déjà leurs prétendues recherches de brigands. C'était, on le sait, le manteau le plus commode pour couvrir le pillage et les vengeances privées; d'ailleurs ces craintes affectées de machinations occultes et de dangers permanents servaient très-utilement à entretenir l'effervescence populaire. Masaniello siégeant toujours à son tribunal, reprit aussi le gouvernement des affaires publiques. Les premiers prisonniers amenés devant lui furent de vieux mariniers saisis dans les boutiques au moment
MASANIELLO. iVS
OÙ ils quêtaient pour certaines fortifications mystérieuses. Leurs têtes tombèrent à côté de celles des misérables que Ton présentait sous le nom de bandits. De soi-disant serviteurs de Maddaloni subirent le même sort. On les accusait de cacher des correspondances en chiffre au fond de leurs chaussures.
Le poissonnier poursuivit activement les perquisitions dans les couvents et dans les églises, de peur de laisser échapper quelques trésors. Il fit élever de nouveaux instruments de mort en différents endroits de la ville ; enfin la septième journée de l'insurrection s'annonça sous d'aussi affreux auspices que la précédente.
Dès le matin, le dictateur publie des ordonnances de police, en infligeant la peine de mort sans rémission pour la plus légère contravention à leur plus insignifiant article. Puis il s'occupe de pourvoir à diverses charges publiques. Il nomme mestre^de camp un certain Andréa Polito, batteur d'or, homme de la plus infime populace , brutal et ignorant , grand ennemi des Espagnols, et l'un de ceux qui s'étaient brillamment distingués dans les récents assassinats, n assigne le commandement d'un faubourg au frère