CHAPITRE V
Le jour suivant les différents chefs populaires^ qui venaient d'agir avec tant de bonheur, sans cependant s'être concertés d'avance, se réunirent en conseil, et s'occupèrent de trouver un capitaine-général, pour donner de l'ensemble à leurs efforts. Us désignèrent unanimement le chevalier Don Carlo de la Gatta, fameux par sa défense d'Orbitello dont nous avons déjà parlé. Mais ce brave et loyal gentilhomme r^oussa énèrgiquement la proposition, manifestant que, lors même qu'il n'en serait pas empêché par ses infirmités et son âge, son honneur et la foi jurée ne lui permettraient pas de seconder l'insurrection. Alors, on jeta les yeux sur Dop Francesco Toraldo d'Aragon, prince de Massa, mestre de camp général, dont la réputation miHtaire s'était glorieuse-
ment établie dans les dernières guerres de Catalogne. Étrangement surpris des fonctions auxquelles il était appelé, l'illustre personnage voulut d'abord s'y refuser avec une noble franchise ; mais son amour pour sa jeune femme, dont les émeutiers s'étaient fait un otage, et aussi les instances des agents secrets du viceroi, qui tremblait de voir tomber le commandement entre des mains moins fidèles à la couronne d'Espagne, le déterminèrent enfin, par la crainte de plus grands maux, à prendre la suprême direction d'une rébellîon furibonde.
Nous avouerons, qu'une pareille transaction ne saurait avoir notre assentiment. Celui qui gouverne lès masses, sans partager leurs projets ni leurs idées, doit avoir fort peu d'action sur elles, il doit être impuissant à les contenir ; il manque, sous un prétexte spécieux, aux devoirs de l'honneur et de la conscience. Le prince Toraldo songea pourtant à tranquilliser la sienne, il exigea des chefs populaires une déclaration solennelle, reçue par le notaire de la ville, et attestant qu'en aucune façon le soulèvement ne saurait porter atteinte aux droits de la souveraineté royale (1).
(ODe Santîs.— Capecelatro, M. S.— Comte de Modène.— Rapli.deTurris.
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Il se mit donc à là tête du peuple insurgé, et choisit immédiatement pour mestrc de camp général Onofrio Desio, officier supérieur' distingué, dévoué à la caug^e e^^âgnble, Jouissant d'une graiide influence au conseQ coUaèéral, et très4)ien vu du vice-roi. C'était débuter d'une manière habile dans le rôle si difficile qu'il venait d'accepter.
. Reconnu sans la moindre opposition, par tous les quartiers de la viUe, le nouveau capitaine-général du très-fidèle peuple visita les postes militaires avec son lieutenant, au milieu des plus bruyantes acclamations. Quel fut son étonnement en arrivant à la chartreuse Saint*Martin, où commandait Andréa Polito, de voir que cet homme redoutable, ayant conçu le hardi projet de conduire une mine jusque dans les citernes du château Saint-Ëlme, dirigeait des ouvrages souterrains déjà très-avancés. Toraldo reconnut d'un coup d'œil combien le péril était grand, il loua le projet de peur d'inspirer la défiance, et approuva beaucoup l'exécution ; mais afin de la retarder autant que possible, il parla de la nécessité de ne rien précipiter avant que tout fût prêt pour assurer la victoire aux assaillants ; il proinit de s'en occuper
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sans retard, et fit prévenir en secret la garnisoade se tenir sur ses gardes.
Cependant, le duc d'Ârcos veut essayer encore les moyens de conciliation, il expédie des messagers ■porteurs de nouveOés offres d'aministie, de nouvelles promesses d'observer la- capitulation ; il ne recueille partout que des témoignages de répulsion et de mépris, des insultes dégradantes pour son autorité, des malédictions épouvantables contre sa personne abhorrée, -
Le cardinal-archevêque travaillait avec plus de fruit; en parcourant la ville dès le matin, il avait étudié la véritable situation desei^rits, et concèrté^ur-le-champ ses mesures pour en tirer lé meilleur parti possible. Malgré son terrible aispect de la veille, malgré lés avan tages qu'elle avait obtenus, l'insurrection était loin de réunir cette unanimité compacté qui semblait d abord la rendre formidable. Tandis que la populace et les meneurs exaltés combattaient sans relâche avec 'un acharnement frénétique , tous les gens qui avaient quelque chose à perdre, les marchands, les commerçants, les propriétaires désiraient vivement la fin d'un état de choses si fatal à leurs intérêts. Ce fut sûr
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cette daâse nombreuse que le prélat fimda f espoir de ses n^ociations. Il parriât, non sans pntie, à réiUBr au couvent de Saint-Augustin un conseil com|M»sé de personnages importants, des élus des sédiles, et d'une grande partie des e^itaines plébéiens. Onynoonnut que lés prétentions du présent Cennamo étaient le principe de la nouvelle prise d'armer, et-l^dn décida que des stipulatioins supplèmen^res seraient propo* sées au vice-roi, afin d'établir expressément : que toits ceux dont les maisons avaient été bnS^s p^ le peuple seraieùt exilés à perp^ité flu royaume, èon et leur descendance; que les signataires 4u. certificat eh faveur de Cennamo seraient bannis pour dix années, terme que le peuple, pouirsut même prolonger s'il le jugeait eon veuille; cpi'une amnistie pleina et entière couvrirait les derniers évéiietiieiit&; que Toq ne pour* suivrait «i^wsemetit ceux ipii s'étaient approprié les armes pflléei^ à la Douane; enfin, iju'mi livrerait au pei;^ le château Saint-Ëkne, et que b» garde du pa« im serait confiée aiix milices de la ville. Ces conditions avec leurs gloses minutieuses formaient cinquante-huit articles, et la junte décréta, en outre,
qu'une suspension d'armes protégerait l^gsèonférences 1. if
tout le temps de leur durée. La tour du Carmél hissa un drapeau blanc pour^umonoer lalrêve; CaîsjkelnuoYo arbora le même signala, et le caitlmal s'y rêndit^^salué par des vivats qui exprimaient l'approbation^ sinoa rea(hottfiiasmie«
Tout à coup les révoltés post^ à Piz^o-^Fakone^ soit qu'ils ne voient point le signal^ soit qu'ils ne veuillent' pasle com|>rendre, attaquent le pakisdu €ôlé des jardins, tirant par les fei^tres des maisons voi«nes et se montrant 'plus exaq^rés que. jamaisf Le général TutfcaviUa qui commande les troupes si violemment provoquées, demande des secours au vice-roi^ et celui-ci, toujours» indécis, ne sait que résoudre dans la crainte de rompre les négo-* eiations pendantes; mais un gentilhomme espagnol de ceux qui l'entouraient, indigné des pénibles hési-r talions dont il est témoin, rompt brusopiement le si** lence ^i s'écriant d'une voix tremblante de colère ; a Ques^ce donc que l'an aiieml ? Bedrom^nous passer poiir des lâches et numrir tous, ici œmmedes poules? (1) » Ces paroles, dit l'bistorieu Santîs^ firent
(1) « ^ Que n esp9m?.f. «f Qtneremos aereiiîarnos de eobardes, y morir aqui coifho gallinas F,,»»
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tressaillir le vice^roi^ malgré sa pesante torpeur ; elles lui arrachèrent roidre inespéré d'employer Fartillerie des forts4
. Les pi^mjères vol^s de canon de CastelnuQ^o suffirent pour déloger le peuple des abords du jardin rpyaly et bientôt toutes les pièces étant dirigées vers les rues qui aboutissaient au port, exercèrent de grands ravages dans les masses agglomérées sur ce pc4nt. Les chefs populaires, afin d'obliger à suspendre le feu, imaginèrent d'élever une sorte de dais avec un po^rait du roi Philippe lY ; et comme un boulet vint détruire leur ouvrage, ils se prirent à crier que le duc et les Espagnols étaieat des traîtres et méritaient la mort pour ce crime de lèse-majesté.
Le château Saint-Elme commençait aussi à faire jouer son artillerie, et le peuple se massait précipitamment vers le pont des ioiges, à PLjajo-Falcoue, où le prince Toraldo accourut fort inquiet. Les boulets renversèrent plusieurs maisons, et la confusion fut bientôt à son comble. Pourtant les insurgés ne se dé-* courageaient point ; leurs canons, établji^ à 2a Pprta ii Urevico, répondaient à ceux des Espa^Qls.en-tirafit sur Catt6lnuovo,:fiairle château de i'Q^, et Jiaéme
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jsur \ei galères qui, tourmentées également par le feu de la tour du Carmel, levèrent Tancre et se retiré-^ rent au delà de File Nisida, près du Pau^Kppei * Nous avons faii^ le cardinal FOomarino se dirigeant dû couvert dé Saint-^Augustin au fort de CasteU nuovo..Tant d'événements imprérus Tayant arrêté au milieu du trajet, il s'était réfugié dans le palais dé Gornelio Spinola^ et ce fut de là qu'il envoya quatre membres de la junte réunie par ses soins porter au vïce-roi les nouveaux articles supplémentaires, aveè supplications ardentes de les ratifier sur-lenifhamp. Ce message ranima le duc; il vit briller un rayoii d'espérance, et arborant encore la bannière bbinch^', donna Tordre immédiat de suspendre partout lés'lid&tilîtés. ^
Au château Saint-Eltne , la mine d'Andréa Politô était sur lè point d'attendre son Imt, et lef bravé goi^ verneur Galiano s'apprêtaît déjà, malgré la faiblesse numérique de son monde,- à tenter Une vigc^iréuse sortie, lorsque les orignaux du vicè-rol le eontndgni*:^ i*ent à rîiiàcKôn". • ^ r :;
D'acéord'avec le duc d*Arcos, Don FVancéscio Tc^ raldo travaillait de son côté au rétablissement de For-
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4i^ et parvenait peu à peu à faire respecter la trêve. jU idiargea sou lieutenant Desia de s'entendre avec Polito j^'jl^sonnaissait particulièreoienty et de lui offrir, s'il voulait renoncer à sa mine, une certaine somme d-argent, ainsi qu'utie mitre pour son fils, simple religieux. Grâce à cet accommodement le patriote incorruptible promit d'abandonner son dangereux projet (1).
Enfin la lutte cessa sur tous les points, à la grande joie de tous les gens de bien. Mais le vice-roi laissa passer la journée sans envoyer la ratification des articles proposés, ce qui entretint l'irritation populaire et le fit accuser unanimement par la ville entière d'être la cause incessante des désastres qui la désolaient.
Les provinces n'étaient guère moins agitées que la capitale. Partout l'anarchie régnait en souveraine. A Chietti, à Lanciano, le sang coulait en abondance. Capoue, jusqu'alors d'une tranquillité parfaite, venait enfin de subir à son tour l'influence de la contagion générale. Sa garnison, très-afiTaiblie par les secours envoyés à Nsq>les, s'était trouvée impuissante à contenir le débordement populaire; retranchée dans les
(t) De Saillis. — Gapeceiatro, M. S.
tn INSURRECTION DE NAPLES.
forts, elle voyait du haut des remparts les saogluités horreurs de ^émeute sans pouvoir intervenir. Ces nouvelles achevèrent d'abattre le ducd'Arcos, et augmentèrent de plus en plus sa funeste perplexité.
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