‹ Insurrection et régénération de la Grèce (volume 2)Chapitre 4 sur 11 · II. L'HETAÎRIE · texte numérisé non relu

II. L'HETAÎRIE

INSURRECTION DANS LES PRINCIPAUTÉS DANUBfflWNES.

r^t d^^nonvMii ^^^^ ^^^ années où la France , la Russie et l'AnglecïîïfdeIrRM- terre, engagées dans la guerre, se disputaient la supré-

ne.

matie, il était naturel que les différentes classes du peuple grec se partageassent en trois partis, suivant 'les espérances qu'ils mettaient en lun ou en l'autre fle ces trois peuples et en leurs gouvernements. Depuis la paix, lorsque la France avait été abattue et que l'Angleterre négligeait son influence à l'extérieur, il était également naturel que les regards de tous les Grecs se concentrassent de nouveau sur la Russie seule. En eflTet, jamais ce redoutable voisin des Turcs n'aviSt encore possédé une telle puissance et une autorité aussi démesurée qu'à cette époque. Les destinées du monde étaient entre les mains du czar ; pourquoi alors n'aurait-il pas saisi la rare faveur du moment pour diriger les destinées de la Grèce ? Jamais la Turquie n'avait été travaillée et déchirée par des troubles intérieurs et continuels comme pendant les derniers trente ans ; jamais la peur qu'éprouvaient les Osmanlis de voir s'accomplir la fatalité terrible qui lesi, menaçait n'avait été si vivement excitée; janiais les Turcs n'avaient encore offert spontanément aux rayas autant de soulagement dans leur sort ; jamais la civilisation européenne ne s'était tant approchée des Grecs, dont les espérances et le désir de recouvrer leur liberté n'avaient jamaiq^ été aussi vifs qu'à cette époque. Alexandre, ce prince

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d'un esprit si philanthropique et si bien disposé pour I(K Grecs , si désireux de s'élever et Bi Ouvert à. toutes les influences généreuses, aurait-il pu méconnattre son époque et ses tendances, lui dollt les diplomates si fins de race grecque savaient très-bien que, sans hésiter, il avait recueilli le projet grec^ cet héritage de sa grand'mère, et avec quel ièle il avait profité de chaque occasion , pen-daut les troubles de l'Europe, pour le faire avancer? Lorsqu'il était allié avec l'Angleterre contre la France, il avâit^lk^'sonder Pitt (1805) pour savoir pourquoi on hésiterait h faire passer Gonstantinople entre les mains de la Russie. Lorsqu'à Tilsit il s'était laiss'é prendre aux pr^ets de Napoléon voulant partager le monde, lorsque le Corse, dans sa colère contre T Angleterre, lui livra « la Turquie, la Suède et tout l'Orient*, » Alexandre, avec une impatience bien plus grande que celle de Napoléon, voulut se mettre au-dessus de tous les scrupules et de toutes les considérations, pour obtenir ta clef de m maison. Et c'était pourtant au moment même oîi l'ambassadeur de France à Gonstantinople craignait une résistance désespérée de la part des Turcs, oîi l'empereur des Français, refroidi déjà, craignait une lutte désespérée avec l'Angleterre et 011 le czar aurait dû craindre une guerre désespérée avec Napoléon lui-même, pour lequel la possession de Gonstantinople était c la domination du monde. • L'em peràir Alexandr<^ par égard pour l'Autriche et pour l'An- ^eterre, n'osa pas se prêter aux projets hardis de Tchitchagùif qui, pendant l'invasion française de 1812, voulait préparer une diversion grandiose et bien conçue par la pr^e de Gonstantinople; cependant, il écrivit encore à cette époque à l'amiral t que l'affaire de Gonstantinople

^ Ménurires inéMs de l'amiral TûhUchagoffj^ fierlin^ 1855, p. 20.

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pourrait être recommencée plus tard , et que ses projets contre les Turcs pourraient être aussitôt repris dès qu'on se trouverait dans une bonne position vis-à-vis de Napoléon. » Depuis que la paix du monde avait ensuite terminé les guerres françaises qui avaient épuisé toute l'Europe, ces projets fantastiques semblaient devoir , à la vérité , s'écrouler d'eux-mêmes. Néanmoins, déjà au congrès de Vienne, Alexandre s'occupa encore de la pensée de régler la question d'Orient. Celle-ci était pour lui une des questions se rattachant au bonheur de l'humanité qu?on ilgitait dans ce congrès ; elle rentrait dans le domaine de la Sainte-Alliance que tant de peigonnes ont soupçonnée d'être un complot contre la Turquie, de même que, aans les faveurs accordées à la France par la seconde paix de Paris, on a cru voir l'intention du czar de s'assurer, dans cette puissance , un appui contre les résistances que l'Angleterre et T Autriche n'auraient pas manqué d'opposer à ses projets futurs contre la Turquie. Ce qui plus que toute autre chose entretenait les espérances que les Grecs fondaient sur le czar, c'était que, dans son

entourage immédiat et dans sa faveur particulière, se trouvait le Corfiote comte Kapodistrias , l'orgueil de ses compatriotes, et dont les talents politiques avaient été découverts par TchitchagofF, dans la chancellerie duquel Kapodistrias avait commencé sa fortune (1812) pour s'élever rapidement à la place de ministre §t pour devéhir le favori de l'empereur. Il plaidait auprès de ce dernier h cause des Grecs , comme Czartoryski celle des Polonais, et c'était avec la chaleur la plu^ sincère que Kapodistrias défendait cette cause. L'empereur lui-même lui repro(diait quelquefois de ne travailler toujours que pour ses compatriotes et non pour l'empereur; mais, avant de lui faire ces reproches, Alexandre s'informait toujours avec bien-

veîllance de « ses Grecs. » En effet, on conçoit que le czar personnellement était beaucoup plus prévenu en faveur de la délivrance de la Grèce que de celle de la Pologne ; la première pouvait être un gain pour lui et la seconde une perte. Les -Grecs, de près et de loin, avaient bien soin de ne laisser jamais sommeiller en lui ridée de la ruine des Barbares et la délivrance de la Grèce ; aussi Alexandre ne la rejetait jamais, il exhortait seulement les Grecs à la « patience ». Au congrès de Vienne, Alexandre Stourdza lui présenta un écrit traitant ce sujet*. Les Souliotes adressèrent *, à cette même époque * ti août isu. et sur le même sujet, èr l'empereur russe « le grand et le père du peuple grec » une lettre dont les porteurs furent cependant renvoyés de Trieste; plus tard, ils s'adressèrent à Kapodistria^ pour demander un asile en Russie; mais dans sa réponse* celui-ci les en dissuada en ajournant leurs * 11/23 octobre, espérances. Anthimos Gazis aussi parla à Kapodistrias, pendant son séjour à Vienne, de la condition si lamentable des Grecs. « Quand se trouvera-t-il , répondit le comte en soupirant, un Thrasybule pour nous 1 » Il aurait volontiers amené les princes chrétiens à faire une démarche commune en faveur de la Grèce ; mais , en revanche, Metternich, qui ne voulait entendre parler que de sujets turcs en Turquie, mais non pas d'une nation grecque, chercha, déjà à cette époque, à miner l'influence de ce conseiller dangereux auprès du czar, tandis que Alexandre YpBilantis, l'ami de Kapodistrias, trouva occasion de protéger et d'appuyer, à l'aide de la czarine, le ministre et de lui conserver la confiance de son maître. Ce même homme, fils de l'ambitieux Konstantin Ypsilantis, aida encore puissamment Kapodistrias, lorsque, nommé pré-

* Perlz, Bioffraphk de Steiny t. IV, p. 479.

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