RÉGULIÈRES
Depuis la chute d'Ali-Pacha on pouvait prévoir que le . L-iMcmUée na. Porte, disposant dès lors librement de toutes ses ressour* ▼«>»• ces militaires, ouvrirait la campagne suivante avec des forces bien plus grandes et plus concentrées dans des en^ treprises communes et plus liées entre elles, qu'il ne lui avait été possible de le faire avec les surprises de la première année qu'elle n'avait pu calculer d'avance. Du coié des Grecs il s'agissait donc avant tout' d'opposer à cette action plus méthodique des ennemis une action aussi concentrée que possible et de procéder dans ce but avec vigueur et avec unité à l'organisation intérieure de toutes les éparchies déKyiSèes du joug de l'ennemi, afin d'assurer à la guerre une direction aussi unie et aussi vigoureuse que celle des Turcs. La chute de Tripolitza qui était, sous tous les rapports, le point de départ d'une nouvelle phase
de rinsurrection, donna déjà par elle-même l'impulsion à • p. 300. un tel changement. Le sénat du Péloponèse* n'avait été institué que pour un certain temps qui finissait à cette époque et devait céder sa place à un gouvernement central et plus général. Ypsilantis, au commencement l'adversaire de cette autorité, semblait être alors le seul qui n'eût pas oublié cette disposition, et, mû par un intérêt tout personnel, il fit avec ses procédés arbitraires qui lui étaient habituels tout ce qu'il put pour la mettre en vigueur. Il ne pouvait pas se dissimuler qu'avec la fin de la fortune de son frère et de ses propres ressources son wtorité avait déjà cessé d'exister et qu'il n'y avait plus pour lui d'autre perspective d'une influence personnelle que si la voix du peuple l'appelait à la tête des affaires. C'est pourquoi, imméitoetobrcissi. diatcmout après la prisc de Tripolitza, il fit répandre* par des agents dévoués, une circulaire * dans laquelle il convoqua les représentants du peuple à une assemblée générale à Tripolitza. Avec son ancien manque de tact, il la signa encore toujours comme délégué du commandant en chef, s' appelant, lui le jeune homme, avec des airs de souverain, « le père du peuple dont il avait entendu les gémissements au cœur de la Russie > et disant qu'il était venu combattre pour la liberté des Grecs et leur donner des lois et des tribunaux; car, ajoutait-il, il était temps de mettre un terme à Ja tyrannie non-seulement des Turcs, mais encore de ceux qui, nourrissant les mêmes sentiments que les Turcs, voulaient opprimer le peuple. On comprend que ces accusations grossières exaspérèrent encore bien davantage les chefs grecs civils et militaires contre le prince. Cependant on ne s'opposa pas à sa convocation d'une assemblée nationale. Les partis influents comptèrent faire du prigce
* Zinkeiscn-Gordon, t. V, p. 37Ô.
Tinstrument de leurs désirs. Le peuple espérait trouver dans cette assemblée le remède à tous ses maux. Mais au milieu de tous les préparatifs pour réunir cette représentation générale du peuple hellénique, on vit s'élever dans la Grèce occidentale et orientale deux conseils populaires qui formèrent à leur tour deux autorités locales correspondant au sénat péloponésien et se plaçant Tune sous l'influence de Mavrokordatos et l'autre sous celle de Négris, mesures qu'Ypsilantis avait provoquées lui-même en repoussant ces hommes par ses folies et qui dès l'origine empêchèrent l'union complète de toutes les parties du peuple et du pays. L'assemblée de la Grèce occidentale siégeant à Missolonghi*, sous la direction intelligente de * iMinotwBbr Mavrokordatos, limita les pouvoirs du sénat, institué par elle, à une période qui devait finir avec l'institution d'un pouvoir ài^J^sA et, quant à ses attributs, elle les borna à la soUicituae pour la tranquillité et la sécurité publiques, pour la conduite de la guerre et la distribution des impôts. Le congrès de la Grèce orientale réuni à Salona qui se livrait au même moment à ses travaux et les finit seulement un peu plus tard*, établit, au contraire, sous la présidence * « décembr*. et d'après les inspirations de Négris, une autorité locale et élabora un statut ( vo[jLtx^ StàxaÇiç ) dans un esprit qui était un démenti complet à la légalité circonspecte de Mavrokordatos. Ne se contentant pas d'entasser mal à propos une foule de dispositions théoriques dans son statut * cette assemblée étendit ses attributs à un tel point qu'elle fixa d'abord les pouvoirs d'une future représentation générale de la nation à laquelle elle donna, par exemple, le pouvoir (II, 1) de demander un roi à l'Europe chrétienne;
* Majwuxa, t. P', p. 21. — -^MEaussi dans Orelli : Recueil des do< camenU relatif^ à la canstiMi^fê la Grèce délivrée. Zurich, 1822«
350 LEVÉE DE BOUCUGRS.
mais en même temps elle n'hésita pas à s'attribuer quel* ques-uns de ces pouvoirs et d'en limiter d'autres suivant qu'elle le jugea bon. Le statut reconnut la langue grecque comme langue légale et dominante, comme si on le contestait, et en même temps il admit toutes les autres langues comme si elles étaient persécutées ainsi que les religions. Le gouvernement du pays, appelé l'aréopage, lien qui unissait les éparchies de la Grèce orientale, comme le futur gouvernement national devait ^tre le lien unissant toutes les parties de la Grèce, reçut entre autres droits celui de fairç entrer en Grèce des armées étrangères sans avoir besoin, pour cela, de l'autorisation du gouvernement national. Cette organisation séparée de la Grèce continentale réagit, à son tour, sur le Péloponèse où les archontes se hâtèrent de rétablir de nouveau aussi leur iitoïit provincial, pour la sphère d'action duquel ils accepî^ËpiV cependant, avec quelques modifications, les •dispositions plus sages du statut auquel la Grèce occidentale devait son organisation. Les primats empêchèrent de cette manière que l'assemblée nationale, dans laquelle les jeunes gens avec leur instruction reçue en Europe, étrangers sans possessions et sans relations locales, auraient, suivant toutes les prévisions, la prédominance dans la discussion et la formation de la constitution générale, ne leur fit perdre toute influence locale. Sûr ces entrefaites, les délégués envoyés pour cette représentation nationale commencèrent à se réunir effectivement vers la fin de l'année. On avait choisi pour lieude leur réunion, à la place de Tripolitza infestée à oe moment par des épidémies, d'abord Argos et puis, pour éviter le bruit de la guerre et l'influence des capitaines devant Nauplie, la ville de Piada, non .loin de l'ancienne Epidaure. La nouveauté de ]y|a^ose, l'absence d'une loi électorale, comme Tinquiétui^répandue partout, étaient
cause que les éludons des repi'ésentants de la nation n'avaient pas lieu régulièrement et dans de justes proportions. Parmi les îles, Kassos et Skopélos furent les seules, outre les trois îles qui s'étaient placées au premier rang des combattants, à envoyer des délégués. Du Péloponèse on en envoya vingt, de la Grèce orientale vingt-six et de la Grèce occidentale pas même le tiers de ce nombre. Les Hellènes de Test avaient des représentants si nombreux parce que F aréopage, outre les députés des éparchies, avait encore nommé ce qu'on appelait des mandataires. Malgré cette composition inégale, l'assemblée fut cependant reconnue comme légale par toute la Grèce et ouverte sous la présidence de Mavrokordatos*. * i«'jan?ieri8«
Les partis se dessinèrent de la manière suivante : Ypsilantis et.le^.hétairistes étaient presque complètement éliminés et Ij^tïte influence étrangère était par là arrêtée et écartée. A ce^ moment si agité oîi Ton avait besoin d'hommes présents en Grèce et de leurs bras vigoureux, il ne servait plus à rien d'en appeler à ce gouvernement piystérieux des chefs suprêmes de Thètairie ; ce qui eut en outre une grande influence sur l'assemblée, ce furent les exhortations de Mavrokordatos qui la mit sur ses gardes contre toute communauté et toute relation avec cette société de conspirateurs, pour qu'aux yeux de ceux qui gouvernaient en Europe, Tinsurrection grecque »n'occupât pas le môme rang que les complots des carbonari. En ce qui concerne la position personnelle d'Ypsilantis, depuis que sa tentative sur Nauplie avait échoué, sa considération militaire était complètement tombée ; politiquement parlant, il n'avait su se mettre d'accord avec aucun des partis oligarchiques * ; c'était k peine si les primats civils lui témoi-
gnaient encore quelque respect personnel et si les capitaines, qui autrement auraient voulu se servir de lui dans leurs intérêts particuliers, avaient encore un peu d'égards pour lui. Rolokotronis remplaça sans d'autres façons, par son filsPanos,*le commandant d'Argos que le prince y avait établi. D'après le grand essor que le parti militaire avait pris depuis la chute de Tripolitza, on aurait dû prédire qu'il aurait l'influence principale. Mais dans le Péloponèse, ce parti n'était pas de taille à lutter contre les primats civils. Dans la Grèce continentale, la caste militaire avait été, déjà avant le commencement de l'insurrection, plus forte que le parti civil; plus tard, lorsque la puissance des armes prédomina, cette supériorité se dessina d'une manière encore plus marquée. Dans le Péloponèse, au contraire, il n'y avait pas eu de caste militaire du tout avant l'insurrection, si l'on n'excepte les Magnoles; tout pouvoir et toute influence avaient été entre les mains des chefs civils des communes et des éparchies, et si, en Roumélie, ce furent les capitaines armatoles qui avaient fait naître la révolution et qui l'avaient conduite, ce mérite revint dans le Péloponèse entièrement et complètement aux archontes, c'est pourquoi les capitaines, et même des hommes tels que Rolokotronis, avaient, au commencement, cherché volontiers un appui dans Ypsilantis pour restreindre l'autorité des archontes par la sienne, tout en se rangeant cependant de leur côté quand il s'agissait de rejeter les grandes prétentions du prince. Le principal objet en litige entre les deux partis de l'oligarchie militaire et civile était que les capitaines voulaient arbitrairement prendre en main la guerre qui, disaient-ils, était entièrement et exclusivement leur ouvrage et qu'ils déiiraient laisser aux archontes seulement le soin j^e procurer les ressources nécessaires pour la continuer, tandis que les archontes,
au contraire, élevaient la prétention de vouloir diriger euxmêmes contre les ennemis, les armements, les armes et les troupes des éparchies ; en effet, nous avons vu que les primats de TAchaïe avaient eu assez d'influence pour faire refuser par le sénat, même à Kolokotronis, le commandement du siège de Patras. Il n'était donc pas douteux, au commencement même de rassemblée, que le résultat définitif de leurs délibérations ne fût déterminé par la volonté du parti civil ; ce parti déjà 'par lui-même le plus fort dans la péninsule, fut fortifié encore par les insulaires, par les députés de la Grèce occidentale sous l'influence de Mavrokordatos, par un assez grand nombre des députés de la Grèce orientale, comme par tous les membres de l'assemblée qui avaient été élevés en Europe. Ce même parti s'opposa également à Ypsilantis et à ses prétentions dictatoriales, aux hétairistes et à leurs considérations en faveur de la Russie, aux quelques rares enthousiastes isolés qui voulaient rétablir les anciennes républiques helléniques ou r ancien empire byzantin, et enfin au système oligarchique du parti militaire qui n'avait pas d'idées arrêtées sur aucun principe de gouvernement futur, qui ne pesait ni le but de l'indépendance dont il parlait^ ni les moyens pour l'obtenir et qui dans la guerre, qu'il considérait comme sa mission, ne songeait qu'à la Vengeance à satisfaire et au butin à ramasser. Pendant les travaux constitutionnels auxquels l'assemblée avait à se livrer, la bonne intention du parti dominant était aussi d* opposer, par des lois, des limites bien tranchées^ aux empiétements de r oligarchie des primats civils qui formaient le noyau de cette assemblée. Les orateurs de cette majorité étaient du petit nombre de ces Grecs qui avaient compris l'exhortation contenue dans l'appel à la liberté si poétique de Rhigas et qui cherchaient à la suivre quand ils disaient : « Repré-
sentants, nous distinguant par notre amour de la patrie, érigeons en loi de faire régner Tordre partout ; que la loi soit notre unique guide et qu'un seul soit le maître de la patrie^ car l'anarchie ressemble à l'esclavage où les uns dévorent les autres, semblables à des bêtes. féroces! » Familiers avec les affaires de l'Europe, ces hommes, ralliés autour de Mavrokordatos et de Négris, examinaient prudemment les relations avec l'étranger et en publiant les déclarations solennelles de l'indéjfendance, ils eurent soin de ' réveiller, par leurs travaux relatifs à la constitution et à l'organisation du pays, la confiance des autres peuples dans l'avenir de l.a nation grecque. Au commencement même de ses travaux, immédiatement après avoir fixé l'ordre et la marche des affaires, l'assemblée proclama, le
* 13 janvier, jour dc l'an (aucien style) *, devant Dieu et devant les hom-
mes l'indépendance du peuple grec dans quelques mots pleins d'énergie. A la fin de ses séances, lorsque l'assem-
♦ 27 janvier, bléo s'ajouma* pour se rendre à Corinthe qu'on avait
choisie pour être le siège du gouvernement, elle publia, d'après l'exemple de rAmérique du Nord, une justification de l'insurrection, document dans lequel elle essaya de faire ressortir que cette guerre sainte du peuple bien loin de reposer sur des principes de révolte et de séduction, avait été commencée paf les Grecs pour briser l'esclavage que la domination quatre fois séculaire des Osmanlis avait fait peser sur la Grèce, et pour participer aux droits naturels dont jouissaient tous les peuples chrétiens ; les Grecs voulaient vivre, y disait-on, sous des lois justes ou périr entièrement, puisque, comme les descendants du glorieux peuple des Hellènes, ils croyaient indigne d'eux-mêmes de continuer encore à vivre dans un esclavage qui convenait plutôt à des bêtes privées de raison qu'à des hommes intelligents. L'intervalle entre ces deux proclamations était
rempli de travaux qui avaient pour but la rédaction de la constitution. Quant à la forme future du gouvernement, les orateurs les plus influents s'entendaient tous tacitement sur l'introduction du système monarchique en déterminant l'assemblée à laisser cette question ouverte sans la préjuger et à instituer seulement un gouvernement provisoire. La constitution, élaborée par un comité, était conçue d'après les principes les plus libéraux du système représentatif* ; les attributs des pouvoirs législatif et exécutif y étaient circonscrits d'une manière très-rigoureuse, ceux du pouvoir exécutif étaient fixés avec une jalousie tout à fait républicaine. En ceci, on manqua malheureusement ce qui aurait dû être le but principal des nouvelles institutions. Le gouvernement devait être composé de cinq membres dans le choix desquels on eut tous les égards possibles aux différentes parties du pays * ; ce fractionnement du pouvoir et la limitation de sa courte durée à une année seulement étaient de malheureux essais faits pour donner de l'unité et de la force à l'autorité suprême et, par elle, à l'administration et à la direction de la guerre. La composition du gouvernement, quelque bonne que fût l'intentioii qui y avait présidé, eut d'abord pour conséquence qu'on ne fit pas même une tentative pour abolir les états dans l'État, ces trois sénats locaux de la Grèce oriental^, de là Grèce occidentale et du Péloponèse, dont le dernier commença aussitôt à s'opposer aux dispositions prises par le gouvernement dans les affaires d'impôts, à empêcher les
* Orelïi,p. 63.
^ Mavrokordatos pour la Grèce occidentale, président: Joannésf Logothélis de Livadia, vice-président ; Joannès Oriandos d'Hydra; Thanos Kanakaris de Patras, un des plus riches primats de la Morée ; Anagnostis Papayannopoulos (Délyannis) de Gariténa, àme basse dans un corps défiguré. .
contributions d'argent d'arriver et à disposer des revenus et du butin de guerre, tandis que le gouvernement central était assailli de demandes que lui adressaient les capitaines, les îles et les troupes à gages*. Un vote, acte de vigueur, fut emporté de haute lutte, grâce à l'influence de Mavrokordatos, contre le seul élément étranger au milieu de ces partis en lutte, contre ce fantôme du gouvernement suprême de l'association hétairiste. On scella solennellement la rupture avec Thétairie en abolissant sa couleur (noire) et son symbole (le phénix) et en adoptant comme le sceau de la nation l'image de Minerve et le drapeau aux neuf bandes horizontales de couleur bleu clair et blanc. Ypsilantis ne montra qu'un entêtement puéril et impuissant lorsque, partant, à ce moment, à la tête .d'un corps de troupes péloponésiennes pour les Thermopyles> il arbora néanmoins, en franchissant l'isthme, le drapeau noir et qu'il continua à s'intituler toujours le représentant du général en chef.
La roitp. Pendant qu'on se livrait en Grèce à ces travaux d'organisation, les Turcs à Gonstantinople étaient entièrement absorbés par les affaires militaires et, contrairement à toutes les coutumes ordinaires, ils avaient déjà au milieu de l'hiver préparé la flotte pour ouvrir la campagne. Cette activité et cette vigueur vont nous être expliquées par l'état des choses dans les cercles influents de la capitale. L'homme jouissant de la véritable influence décisive dans • l'entourage du sultan était depuis assez longtemps déjà le favori Ghalet-Effendi, et ce n'avait été que dans les temps les plus récents qu'un rival, Yakoup-Aga, le berber-bachi (barbier du sultan), de Grète, avait osé se mesurer avec lui. La puissance des grands-vizirs, ces majores domus des
* Germanos, p. 125 et 138.
sultans, avait été entièrement effacée par l'autorité impérieuse de Chalet. Lorsque Benderli-Ali-Pacha, l'avantdernier grand-vizir, peu de temps avant l'époque qui nous occupe, avait seulement fait mine de redemander les anciens droits de sa charge, le favori l'avait fait tomber et exécuter après qu'Ali eut été à peine nommé à cette dignité. Ce qui avait procuré et conservé à Chalet cette influence toute-puissante, c'était *son habileté à s'accommodei* aux caprices et aux penchants de son maître et, quand le moment l'exigeait, à ce que lui dictait la nécessité devant les lois de laquelle la tête opiniâtre du sultan lui-même devait quelquefois se courber. Quand les circonstances et les intérêts le commandaient. Chalet se mettait du côté de la diplomatie étrangère et disposait son maître à leur politique conciliatrice; mais en général, il flattait l'orgueil du prince dans le sultan et il soutenait le parti fanatique de la guerre. Il ne craignait pas le mécontentement de la Russie quand il savait l'entêtement du padichah engagé, comme dans les conférences et les négociations avec cette puissance pendant l'année qui venait de s'écouler ; il ne redoutait pas la haine des janissaires et des ulémas quand son maître croyait le moment favorable pour leur faire sentir son bras ; il ne reculait pas devant les mesures les plus hideuses quand il s'agissait d'être agréable au Grand- Seigneur par une exaction extraordinaire, comme il en avait donné l'exemple encore tout récemmei^J, en 1819, dans la persécution sanglante des riches Douz-Oglou et de leurs compatriotes arméniens. Quand alors ces mesures, comme dans le cas que nous venons de citer, excitaient le mécontentement et les troubles parmi les janissaires et leur faisaient prendre une attitude menaçante, Chalet changeait rapidement l'administration et sacrifiait sans scrupule et sans égards les hommes, instruments de ces mesures
odieuses, qui ne se permettaient pas de résister imprudeminent au favori puissant ou de le contredire. C'était Chalet qui, de cette manière, donnait et ôtait toutes les charges dans l'armée, à la cour et dans l'Etat et qui, par des raisons personnelles ou politiques, par un esprit d'intrigue ou par des raisons d'Etat, nommait et éloignait les ministres. Dans les diverses phases des derniers différends avec la Russie, cette versatilité habile du favori avait tout particulièrement trouvé des occasions fréquentes de se montrer. Au moment de l'explosion de l'insurrection grec- «8 mars 1821. quo OU avait changé les ministres* pour des motifs étrangers à la politique; Djanib-EflFendi, qui avait été jusqu'alors ministre des affaires étrangères, fut nommé kiayabey à l'intérieur, tandis que Hamid-Bey fut mis à la place que Djanib venait de quitter et élevé à la dignité de reiseffendi. Djanib-Effendi était un homme éprouvé depuis longtemps, intègre et pieux, fidèle, zélé pour le service et un des' plus anciens ministres de la Porte, ayant été déjà trois fois, dans des moments difficiles, à la tête des affaires étrangères. Mais il était en même temps un des partisans les plus opiniâtres du vieux parti turc, favorisant le fanatisme religieux par politique et par instinct; il était l'âme du parti de la guerre et hostile à la Russie ; dans les conférences si longues avec Stroganow il avait été, dès l'ori- . gine, l'adversaire constant de l'ambassadeur russe. .Cet homme était indispensable quand il devenait impossible de céder aux exigences de la puissance du Nord ; il gênait quand la Porte voulait rester sur un pied d'amitié avec elle. C'est pourquoi Djanib avait été éloigné de son poste * 8 avril, de ministre*, lorsque, au commencement des mouvements dans les Principautés, la Russie prit une position bienveillante vis-à-vis de la Turquie, mais on lui rendit avec la même rapidité son siège au conseil d'État lorsque les re^
lations avec la Russie prirent un aspect plus sombre, et, cet état de choses se développant de plus en plus dans un sens hostile, le parti de Djanib avait repris une influence de plus en plus grande. Depuis Téloignement de Stroganow, le favori du sultan avait ensuite jugé prudent d'être pour la paix et d'obéir aux conseils et à l'argent de TAngleterre qui exhortait la Porte à montrer plus de coudes* cendancCi C'est pourquoi il y avait eu en automne* un autre * comiaencem changement ministériel; on avait mis à la tête du ministère de l'intérieur Saïda-Achmed-Effendi, homme expérimenté, qui s'était prononcé d'une manière si décidée pour la douceur et qui auparavant était tombé en disgrâce à cause de son vote contre la proscription d' Ali- Pacha. Ceci était une défaite momentanée de Djanib et de ses partisans, défaîte qui allait aussitôt se changer de nou^ veau en victoire dès que la nouvelle de la chute de Tripolitza vint exciter encore la fureur des Turcs et troubla tout à coup la marche jusqu'alors si favorable des négociations au sujet du différend avec la Russie. Alors le reiseffendi Hamid-Rey, dont les lettres maladroites, écrites au nom du grand-vizir au cabinet de Saint-Pétersbourg, y avaient produit de si mauvais résultats, fut destitué* et * V novembre, tomba tout à fait en disgrâce, pour être remplacé dans ses fonctions par Mouhammed-Sadik-Effendi, élève de Djanib; ce dernier fët en même temps élevé à la dignité de grandjuge {kaziasker) et peu de temps après à celle de grandmaréchal (tchaousch-bachi). Sous son influence comme mi' nistre des, conférences, les négociations avec les représentants des grandes puissances, sur lesquelles nous aurons à revenir, furent conduites dès lors avec plus de dignité que la Porte n'en a peut-être jamais montrée auparavant ou plus tard dans des négociations d'une telle importance. A cette attitude dans les relations diplomatiques, corre^
pondaient les préparatifs et les armements contre les re* belles quant à l'esprit de vigueur et de résolution énergique qu'on y voyait régner. Ni la rupture imminente avec la Russie, ni la guerre avec la Perse qui venait d'éclater à cette époque, ne pouvaient arrêter cette énergie. Depuis la paix de Goulistan, qui avait livré à la Russie la mer Caspienne et les Portes de la Perse et qui avait donné une importance infiniment plus grande à ses rapports politiques et commerciaux avec ce royaume, la Russie avait à la cour de Perse un ministre résident du nom de Mazarowitch qui, depuis le commencement des nouvelles complications entre la Russie et la Porte, avait employé toutes ses ressources pour exciter le gouverneur de Kermanchah, Moubammed-Âli-Mirza, le fils aîné de la nombreuse progéniture de Feth-Ali-Schah, à profiter de la faiblesse du pacha turc, son voisin, et à déclarer la guerre à la Turquie*. Ce prince était belliqueux, ambitieux et irrité de ce que son frère puîné Abbas-Mirza était désigné comme successeur au trône. Les instigations des Russes le trouvèrent donc dans une disposition favorable à leurs desseins et tout porté à s'y prêter. Il s'empara par surprise de la ville de Souleïmanieh sur la frontière et dirigea deux corps de troupes nombreux sur Erzeroum et sur Bagdad. La division du nord prit la forteresse de Toprakalè ; là division destinée à marcher contre Bagdad partît pour Karkouk afin de couper la communication avec Alep ; le kiaya du pacha de Bagdad essuya une défaite complète et passa, après la bataille, du côté des Perses. Résistet là avec les armes, c'eût été à peine possible pour la Porte dans la position où elle se trouvait à ce moment-
* Rapport du chargé d'affaires anglais Willock adressé à lord Strangford, en date du 19 octobre 1821. MS«
là ; mais elle n'eut pas beaucoup de difficulté à faire représenter au schah, par l'intermédiaire de lord Strangford, que les destinées de la Perse étaient trop étroitement liées à la conservation de la Turquie pour qu'il pût se prêter si aveuglément aux intrigues de la Russie. Sur les exhortations de l'ambassadeur anglais*, le schah avait ordonné à *«>at. son fils de s'arrêter et ce fut inutilement que le chargé d'affaires russe s'efforça* de justifier les démarches du prince, qu'il offrit de l'argent pour continuer la guerre, qu'il fit espérer un prêt d'argent et qu'il essaya, par tous les moyens, de dénigrer l'Angleterre. Des deux côtés, on n'avait que de trop bonnes raisons pour être disposé à une réconciliation ; la Perse était menacée par les Afghans et par le choléra ; le divan y vit le doigt de Dieu et ne se préoccupa donc pas beaucoup des complications^ de ce côté-là : moins encore depuis que la tête d'Ali-Pacha fut arrivée à Stamboul et que ses trésors l'y eurent suivie ; c'étaient , dit-on , 3 millions de piastres en pierreries , Vs million en armes et 10 millions en argent comptant. Depuis cet événement, Chourchid-Pacha, qui avait hérité de la gloire d'Ali-Pacha, avait eu liberté entière dans ses mouvements contre les Grecs sur lesquels il avait à venger l'enlèvement de ses trésors et de son harem. Possédant Janina, il tenait entre ses mains la place la plus forte à l'ouest; Prévéza, fortifiée par Ali, lui assurait ses communications avec la flotte ; Arta et Vonitza lui donnaient la domination dans le golfe d'Ambracie et le passage assuré vers l'Acarnanie. Les Albanais^ divisés jusqu'alors par les partis, étaient à l'exception des Souliotes peu nombreux, entièrement à sa disposition. On levait des recrues dans
^ Une lettre de Mazarowitch adressée, en date du 29 octobre, au chef des eunuques^ était tombée entre les mains de lord Strangford.
toutes les provinces de la Turquie d'Europe; on préparait dans les ports le départ de la flotte. Le plan d'opérations, confié aux seules mains de Ghourehid, était le suivant : on voulait inonder TAcarnanie el l'Étolie par les Albanais et la subjuguer jusqu'à l'entrée du golfe de Corinthe, tandis qu'en même temps une seconde armée plus forte traverserait la Grèce orientale et franchirait l'isthme pour étouifer l'insurrection dans son foyer même. La flotte, divisée en plusieurs escadres, devait coopérer avec ces armées et paralyser les îles par un coup vigoureux, débloquer Nauplie qui était serrée de près par les ennemis, établir une communication avec l'armée de Test, renforcer Patras par des troupes d'Asie et transporter en Morée l'armée de l'ouest après qu'elle aurait fini de subjuguer la Grèce continentale*, fja révolution grecque que la Porte, de même que la diplomatie européenne, n'avaient jusqu'alors regardée que comme un de ces tourbillons fréquents passant, à l'ordinaire, avec la même rapidité que celle dont le mouvement dans les Principautés venait de donner l'exemple, semblait être considérée, dans ces cercles, comme près d'être étouffée. Les journaux favorables à la Turquie, VQbservateur autrichien et le Spectateur oriental, l'organe des négociants francs à Smyrne, prédisaient avec une confiance complète l'anéantissement des rebelles. Les diplomates à Constantinople disaient dans leurs rapports avec le ton .le plus convaincu t que dorénavant l'issue de la lutte n'était plus douteuse. »
Ea flotte inrane. Cc HO fut qu'uuc cscadriUe , avaut-gardc de la flotte hios. principale, qui, sous les ordres du kapoudan-bey (vice-ami-
ral), quitta les Dardanelles encore pendant l'hiver, au nom-
* Les campagnes de 1822-24 ont été esquissées en quelques traits rapides et de main de maître par Leake : Outline of the greek revo- ItUion, London, 1826.
bre de trente-cinq voiles, etfitson apparition devant Hydra* * « février a dans l'espoir que cette île lui serait livrée par un complota Désappointé dans son attente, le vice-amiral fit ensuite voile pour le Péloponèse; il ravitailla Modon et fit une tentative pour surprendre le Nouveau-Navarin; mais la flotte y fut repoussée par le général wurtembergeois Normann et quelques philhellènes. De là elle se rendit* à Patras où elle débar- * Fin de févi qua quatre mille Turcs d'Anatolie sous. Kara Méhmed-Pacha. Après de longues querelles entre les capitaines devant Patras et les primats de Gariténa, oîi Tinfluence et la puissance de Kolokotronis contrebalançaient l'autorité des Délyannis, le commandement suprême du siège avait été enfin donné à Kolokotronis. On était tombé d'accord que chaque parti recruterait des troupes dans son pays , et que les suites armées des différents chefs s'uniraient pourinvestir Patras, en prenant pour points d'appui leurs positions réciproques. Suivant ce plan, six mille trois cents assiégeants, en troupes séparées, bloquèrent la ville en occupant les
différents endroits situés dans un vaste cercle autour de
Patras; les Cariténiens, sous Plapoutas, les Gastouniote», sous Konstant. Petmézas, les Tripoli tzio tes, sous Gennaios Kolokotronis, les Kalavrytiniens, sous Zaïmis, etc., tandis que Kolokotronis lui-même se trouvait à Ali-Tsélépi. Les soldats d'AnatoUe récemment arrivés ne purent pas empêcher que les G^ecs n'investissent la ville * dans un cercle * Mars. de plus en plus étroit, jusqu'à ce que Méhmed, coopérant avec Youssouf-Pacha à Rhion, attaquât * les Grecs avec des * 21 mars, forces bien supérieures, les fît sortir de toutes les positions rapprochées de la ville et enfermât la petite troupe de Gennaios et le contingent de Kalavryta dans le couvent de Hiérokomion. Avec une ruse et une résolution hardie,
* Gordon-Zinkoisen, t l«', p. 397.
qui en firent un coup de maître, en partant avec une poignée de soldats d'un point entièrement perdu et en poussant, comme un second Eberhard le Hutin, du haut de son cheval, le cri : t Les Turcs se sauvent! » le vieux Kolokotronis réussit cependant à rallier les fuyards et à recommencer la bataille, à délivrer les Grecs cernés et à rejeter les Turcs dans la ville. Sur ces entrefaites, les escadres grecques, fortes de soixante-trois voiles, avaient paru deas février, vaut Missolonghi * et avaient, sous Miaoulis, attaqué, pour la première fois, en bataille rangée, la flotte ennemie près de Patras, sans succès immédiat, il est vrai, mais non sans inspirer une telle frayeur aux Turcs que, dans leur trouble, ils s'enfuirent à la rade de Zante et que, se voyant continuellement guettés par Miaoulis , ils firent ensuite voile pour Alexandrie. La flotte grecque, à son tour, rentra dans ses ports, ne laissant que huit bâtiments sous Miaoulis dans les eaux à l'ouest de la Grèce.
Pendant son expédition , le kapoudan-bey n'avait pas molesté les îles de la mer Blanche; cette mission était réservée à la flotte principale du terrible . kapoudan-pacha Kara-Ali , qui ne devait suivre qu'un peu plus tard son avant-garde. A Psara, à Tinos et à Naxos, on se prépara à la défense; le gouvernement de Corinthe, craignant le plus pour Hydra et pour Spetzia, dépensa une partie de la rançon obtenue pour les personnes de haut rang tombées entre les mains des Grecs à Tripoli tza, ainsi que pour le harem de Chourchid, afin de tenir la flotte toujours armée et prête à prendre la mer et à combattre. Les habitants de Samos, pour prévenir une répétition de l'attaque de l'année dernière contre leur île, attaque qu'ils redoutaient beaucoup, eurent la pensée de renouveler de leur côté la tentative de soulever Chios, bien qu'elle eût échoué déjà; ils continuaient à suivre de la sorte l'ancien système horri-
iJECONOE ANNÉE DE LA GUERRE. 365
ble, mais efficace, qui consistait à diviser les forces turques à tout moment et en tous lieux par des diversions. L'application de ce système était surtout cruelle dans le cas de Chios, puisqu'on pouvait prévoir avec certitude que les Turcs déploieraient toutes leurs ressources pour déjouer toute attaque contre cette île ; de même que Lesbos, elle était trop près de la capitale et des Dardanelles et dominait trop le détroit, ce lien entre l'Europe et l'Asie, pour qu'on eût pu la laisser tomber entre les mains de rebelles. Chios était habitée par cent mille Grecs et seulement par six mille Turcs ; le moutésélim et le cadi du chef-lieu n'y résidaient presque que pour la forme ; le gouvernement aristocratique et autonome était entièrement indépendant et même dans les villages célèbres par leur mastic, comme dans les -autres communes rurales, les autorités turques li'avaient que peu d'influence. Une vie facile et molle, Tobéissance aux lois et l'instruction qui y régnaient, avaient fait qu'on vantait toujours Chios comme une des îles bienheureuses delà Grèce, bien que le .proverbe en fit passer les habitants pour des gens bornés, puisqu'on disait qu'un Chiote intelligent était aussirare qu'un cheval vert. On peut donc facilement comprendre que les hétairistes y avaient fait peu de prosélytes, et que la flotte grecque n'y avait pas trouvé les mêmes sympathies qu'auprès des habitants plus pauvres de Samos. La Porte avait , depuis l'année précédente , pris quelques mesures de précaution ; elle avait désarmé les insulaires, elle avait demandé des otages dans les villages oii Ton récoltait le mastic, et elle avait envoyé dans cette île des troupes qui, comme auparavant, dans les villes sur la côte de l'Asie-Mineure, avaient rapidement mis fin au bonheur, à la paix et à la sécurité des habitants ; le pressentiment d'un sort comme celui de Kydonia, pesait donc déjà depuis longtemps sur toutes les âmes. Néan-
moins, au commencement de Tannée, il avait semblé que sous le commandement suprême de Véchib-Pacha, Tordre se rétablirait peu à peu, lorsque, tout d'un coup, la catastrophe fut attirée du dehors par la faute des Grecs euxmêmes. Un hétairiste chiote, Joannès Rallis, demeurant à Odessa, avait reçu de Démétrius Ypsilantis des pleins pouvoirs pour aller à Samos afin de remettre à Yarchisiratège Logothétis Lykoufgos Tordre de coopérer, avec les Samiens, au soulèvement de Chios. Rallis, cependant, avait dû se convaincre* que le moment n'était pas favorable et que les esprits n'étaient pas encore préparés au soulèvement;
Décembre 1821. c'cst pourquoi il avait écrit à Ypsilantis * pour lui demander un délai que le prince lui-même approuva et accorda dans
2 janvior 1S22. sa réponsc*. Lykourgos aussi écrivit à Ypsilantis qu'il se ralliait à samanière de voir, bien que quelques Ghioles Teus- . sent invité auparavant à se mettre à la tête de cette entreprise pour laquelle il appelait le moment favorable de tous ses vœux. Quelques-uns de ces Ghiotes, désireux de faire éclater la révolte, mais peu nombreux et sans influence, s^ôdressèrent aussi, à Tinsu des démogérontes, au nouveau gouvernement à Gorinthé, pour Texciter à soulever l'île ; et ils réussirent même enfin à détourner les Samiens d'une razzia qu'ils devaient faire contre Koudchadasi et à les précipiter, sans et contre la volonté du gouvernement, dans l'entreprise de Ghios , dont on les avait tant dissuadés et que blâmaient surtout les Psariotes, qui devaient la plus grande partie de leur opulence au commerce avec cette île. Si Lykourgos, de sa propre autorité, eût frappé le coup au commencement de l'hiver, il y aurait eu encore quelque espoir de succès ; mais à ce moment, oîi le départ de la flotte était imminent, c'était un crime insensé de vou-
* Trikoupis, t. II, p. 395.
loir écarter un danger douteux de Samos par la ruine certaine de rile florissante de Chios, et la gloire dont Lykourgos avait jusqu'alors joui dans son île fut complètement ternie par cette étourderie et ses terribles conséquences. La Porte, voyant ces armements des rebelles, avait fait conduire à Constantinople trois d'entre les notables Chiotes, en demandant en même temps à- l'archevêque de l'île d'exhorter ses ouailles h la tranquillité; en outre, dès que les navires de Samos, au nombre de trente-huit, parurent devant Ghios*, le pacha fit transporter à la citadelle tous les * 21 jnars' otages pris dans l'île. Le lendemain, deux mille cinq cents hommes débarquèrent sous Lykourgos; ils pénétrèrent dans la ville, pillèrent les magasins et les maisons turques, et arborèrent * le drapeau national au moment où les * 23 mars. paysans, sans armes, accoururent de leurs villages connus par la fabric.ation du mastic, pendant que les habitants de la ville s'enfuyaient épouvantés sous le feu de la garnison turque dans la citadelle. Un comité de sept éphores institué aussitôt, envoya demander du secours au gouvernement, qui, au lieu d'expédier rapidement une nombreuse flotte pour achever la révolution et pour armer l'île, se contenta d'envoyer quelques canons à Psara, oii ils n'arrivèrent que lorsqu'il fut trop tard. Le Sultan fit exécuter à Constantinople soixante Chiotes, et ordonna au kapoudan-pacha de partir pour Chios et de débarquer une armée de soldats d'Asie sous la protection de la flotte. Ce fut là le prélude de Pâques infiniment plus terribles que n'avaient été celles de l'année précédente à Constantinople. Le grand-amiral arriva* avec quarante-six vaisseaux et ♦ n avril. avec sept mille hommes de troupes de débarquement. Incertain sur l'état des choses dans la ville, il la fit bombarder pendant la nuit , tandis que les Turcs de la citadelle faisaient en même temps une sortie contre les Samiens, qui
durent abandonner la ville. Déjà ce jour-là les Turcs tirèrent une vengeance éclatante et entière de la chute de Tripolitza; la magnifique ville de Ghios fut incendiée, ses
habitants furent massacrés ou réduits à l'esclavage. Cepen-
dant le nombre des victimes était encore limité; une grande partie des habitants de la ville avait fui dans l'intérieur de la ville, beaucoup d'entre eux avaient cherché un refuge auprès des consuls, et le massacre n'avait pas encore commencé dans l'intérieur de Tîle , puisqu'on ne
' s'occupa qu'à ce moment de débarquer les troupes d'Asie.
♦ 14 avril. Mais trois jours après* on se mit à l'œuvre dans les campagnes; les Turcs allèrent au couvent de Hagios-Minas, et de là au village de Hagios-Géorgios oii ils passèrent au fil de l'épée des milliers de pauvres gens sans armes qui s'y étaient réfugiés. Les Samiens seuls avaient pu résister pendant quelque temps à Hagios-Géorgios, puis,,abandonnant l'île au terrible sort qu'ils lui avaient préparé, ils s'enfuirent à Psara où Lykourgos fut menacé pendant quelque temps d'un procès capital. Peut-être dans le dessein de protéger les villages oii Ton récoltait le mastic et qui, comme apanage du harem impérial, étaient sous la protection particulière du sultan, le kapoudan-pacha invita les consuls étrangers à proclamer partout qu'une amnistie avait été accordée par suite d'ordres supérieurs. Le consul autrichien Stiepowich et Digeon, le remplaçant du consul français, parcoururent, pleins de confiance, les campagnes, des branches d'olivier à la main. Malheur à ceux qui, dédaignant l'asile protecteur des navires psariotes sur les côtes, se fièrent à cette garantie et rentrèrent chez euxl A peine les Turcs se virent-ils certains de leur proie et à l'abri de tout danger, qu'Us se dispersèrent, comme des bêtes féroces qu'on a lâchées, dans toute l'île, se jetant, sur le peuple sans armes , s' attaquant à tous les habitants sans
avoir égard à l'âge, ni au sexe, sans distinguer les gens dévoués au sultan des rebelles, et portant, pendant des semaines entières, le meurtre et l'esclavage dans tous les villages. Nulle part on ne put songer à la résistance, nulle part on ne put trouver un lieu de refuge ; les couvents furent ouverts de vive force, profanés et dépouillés de tout ce qui s'y trouvait, comme on en chassait tous les habitants ; même les malades dans les hôpitaux furent massacrés ; les caves des maisons, les grottes dans les montagnes furent fouillées ; des milliers d'hommes et de femmes furent tués dans rintérieur de l'île et sur le rivage vis-à-vis de Psara, de sorte que la mer fut rougie au loin du sang versé et que les riches plaines étaient infectées de la peste et de r odeur des cadavres en décomposition. Avec les sabres des soldats rivalisèrent ensuite les haches des bourreaux du terrible kapoudan-pacha, qui fit exécuter même les otages innocents. Seuls, les chrétiens catholiques furent épargnés; seuls, les Grecs qui s'étaient réfugiés dans les maisons des consuls furent sauvés ; des milliers de ces derniers durent la vie au consul autrichien. On estime à cinq mille seulement le nombre de ceux qui s'étaient sauvés par la fuite, mais à vingt-trois mille le nombre de ceux qui avaient été massacrés ; quarante-sept mille Chiotes furent vendus, d'après les registres de la douane. On transporta des cargaisons entières de ces malheureux en Egypte et en Berbérie. Les fugitifs avaient à subir, pendant et aprè&leur fuite, un autre sort non moins terrible. Les premiers mariniers grecs qui arrivèrent près de Chios poussèrent leur infâme cupidité à un tel point, qu'ils ne voulurent recevoir dans leurs navires que ceux qui pouvaient payer. Même quelques consulats, et en partie ceux qui avaient sauvé la vie à tant de gens, furent accusés par l'opinion d'avoir vendu leur protection aux primats les plus riches pour de fortes
sommes d' argent \ Le Nsçolitain Bogliaco fut surtout un de ces traficants d'hommes ; on le trouva plus tard, après la chute de Psara, faisant , au milieu des Turcs , le commerce du butin dans cette île oîi il trouva une mort violente au milieu de ces infâmes occupations. Ceux qui s'étaient sauvés dans les îles furent réduits à la pauvreté, à la mendicité et à la misère la plus affreuse. Beaucoup de Chiotes, ayant vécu dans une abondance sybaritique, avaient à peine ramafesé de quoi couvrir leur nudité et de quoi prolonger leur misérable existence ; on voyait des femmes riches , vêtues de guenilles brodées d'or, dans les douleurs de l'enfantement, exposées en plein air à la chaleur du soleil et à l'humidité des nuits. Les étrangers qui virent ces lieux de désolation ne purent jamais oublier * l'impression terrible que leur avaient causée l'aspect de cette île ensanglantée, ces insulaires muets d'angoisse et de douleur qui erraient encore sur la plage, de même que ceux qui, à Athènes ou à Argos, virent les Chiotes réfugiés, ne perdirent jamais le souvenir des récits déchirants que leur faisaient ces gens heureux de leur délivrance, ou hébétés par leurs malheurs ou respirant la vengeance. Une nombreuse population avait été frappée d'un châtiment tel que, dans les temps modernes , les éléments aveugles en ont seuls infligé aux hommes ; il fut prouvé ainsi, par un exemple tout récent, que , dans les masses du peuple turc , la barbarie la plus ancienne d'une nature à demi bestiale n'était pas encore éteinte. Quand l'histoire nous offre des spectacles aussi effrayants et aussi émouvants, on ne peut chercher une consolation que dans leurs résultats et dans leur signification au milieu de l'enchaînement général des
*. Cf. Raybaud, t. U, p. 227.
• Cf. Jourdain, Mémoires hiêtorîque9 et miHtaltes* Paris, 1828, t UI, p. 60.
événements. Ce désastre horrible, cette fureur infâme déchaînée contre une population fidèle , douce , inoffensive et innocente, et cette violation insolente d'une promesse de grâce et de modération publiquement proclamée et garantie, servirent, plus que toute autre chose, à aider l'opinion publique, en Europe, à se prononcer définitivement sur cette lutte terrible de deux peuples en apparence également Tîarbares, et oii les cruautés commises des deux côtés avaient pendant longtemps tenu les âmes consciencieuses dans l'incertitude et dans le doute. On t*econnut qu'on n'avait pas seulement affaire à des ennemis de la chrétiétité , mais aiix ennemis de toute nature humaine et de toute humanité. Dans le cœur des Grecs,, toute pensée d'une réconciliation possible avec leurs entiëmis et d'une soumission nouvelle à leur domination dut s* effacer compTétement, et la résolution de vaincre ou de périr, qbi, dans la déclaration de l'assemblée à Epidavros, pouvait être encore une phrasé vide, deviiit une véHté par la force même des choses. La catastrophe de Chios eut aussi son influence sur la campagne de l'année qtii nous occupe, puisqu'elle retint les troupes d'Asie sur les lieux mêmes et qu'elle engagea aussitôt la flotte turque dans des combats qui l'empêchaient de remplir la première tâche , la rédu ction des trois îles en possession de l'hégémonie, et qui Retardaient sa coopération projetée avec les mouvements des deux armées de terre , dérangeant ainsi tous les plans de campagne et trompant toutes les espérances qu'on y avait fohdées.
Malgré l'absence complète de ressources et de provisions, de bon vouloir, de concoirde et de subordination dans la flotte grecque, le* danger, qui s'approcha dès lors d'une manière menaçante des trois îles elles-mêmes, arracha violemment les marins à leur inaction, à leurs désordres et à leurs lenteurs. La flotte se réunit ' près dé Psara,
forte de cinquante-six navires et de huit brûlots, et partit de là à la recherche des escadres ennemies. Le vaillant Nikolaos ApostoUs conduisait les Psariotes, Androutsos les navires de Spetzia, et Andréas-Vokos Miaoulis ceux d'Hydra; plusieurs officiers de marine étrangère, entre autres Frank-Abney Hastings, homme de mérite, accompagnaient la flotte. Autant que le permettait l'esprit d'insubordination républicaine des marins, le commandement supi*ême de toute la flotte avait été confié à Miaouhs. Un amour sincère de la patrie, une grande intégrité, une simplicité de mœurs patriarcale, une patience persévérante, une énergie résolue, une intrépidité et un sang-froid à toute épreuve distinguaient ce marin d'une taille gigantesque, un peu âgé déjà et tourmenté par la goutte, qui occupe le premier rang parmi les hommes les plus purs de cette révolution. Fils d'un négociant d'Eubée, du nom de Démétrios Vokos, il était né vers 1770, à Hydra^ A Tâge'desept ans, il voyageait déjà sur mer à bord d'un navire de son père ; à l'âge de dix-huit ans, il se maria et fut, pendant une maladie de son frère, le patron du navire. Dès que le jeune Miaoulis eut une fois goûté de cet honneur, il ne put résister à la tentation de s'acheter à Smyrne une saltta pour son propre compte ; l'achat de ce vieux navire avarié lui créa des difficultés avec son père, mais l'habileté dont le fils fit preuve dans la conduite de sa barque réconcilia le vieillard avec lui; des pirates lui prirent son navire, qu'il réussit cependant à ravoir à force de persévérance. Après qu'il eut pu se construire un navire plus beau et plus soUde à Venise, il le perdit encore, mais son honnêteté lui fit acquérir les moyens nécessaires pour acheter une barque
* Voir la notice sur sa vie, écrite par son fils Antonios, dans Gordon-ZipkeiseDy, 1. 1«^ p. 440.
neuve et réparer ses pertes. Les temps agités le mirent en conflit en mer avec des vaisseaux de guerre, mais sa bravoure Ten fit sortir heureusement ; une fois il tomba entre les mains de Nelson, mais les manièrjes franches de Miaoulis lui attirèrent la bienveillance de l'amiral anglais, qui le fit remettre en liberté. La flotte grecque eut donc en lui un chef éprouvé qui, dans sa première expédition de Tannée précédente, avait entrepris d'attaquer, en bataille rangée, avec des navires marchands pauvres en canons, la puissante flotte de guerre des Turcs, tandis que Tombazis n'opérait que par la ruse, en brûlant quelques rares navires et n'osant attaquer avec ses brûlots que des vaisseaux à l'ancre. Le navarque fit voile * pour Tchesmé et, ne trou- ♦ lo mai. vaut pas la flotte ennemie, il s'arrêta dans les eaux de Chios pour recueillir les Ghiotes poursuivis qui erraient sur le rivage de l'île. De retour à Psara, il y apprit que la flotte turque était revenue à Chios pour y passer tranquillement le ramazan, qui commençait le 22 mai, avant d'entreprendre l'expédition contre les trois îles. On résolut, dans le conseil de guerre des Grecs, d'attaquer les Turcs. Dix-neuf navires avec trois brûlots entrèrent * dans le dé- * 3o mai. troit de Ghios et mirent l'alarme dans la flotte ennemie. Quatre bricks attaquèrent le vaisseau amiral de quatrevingt-quatre canons , mis en danger par un brûlot qui cependant fut allumé trop lot. Après un combat sans résultats, les Grecs retournèrent à Psara oii ils délibérèrent sur de nouvelles opérations à faire contre le kapoudan-pacha qui reçut, quelques jours après, de nouveaux renforts de Gonstantinople et qui en attendait encore d'autres plus grands d'Egypte. Les Grecs désiraient tenter un coup de main hardi avant l'arrivée? de ces renforts : deux brûlots, conduits par l'héroïque Konst. Kanaris de Psara, et par G. Pipinos d'Hydra, devaient se jeter, pendant une nuit
sombre, au milieu de la flotte ennemie. Lorsqu'ils firent qne première tentative , ils furent retenus par un calme subit; mais dès que le vent du nord, favorable à leurs des- * 18 juin, seins, commença à se lever, les deux bricks-brûlots *, Tun sous pavillon autrichien et l'autre sous pavillon français, passèrent Karabournou, mettant le cap sur Tchesmé; vers le coucher du soleil,, ils s'approchèrent, en venant du ooté nord du détroit de Chios, des vaisseaux ennemis, et se cachèrent le long du littoral asiatique. Dès que la nuit fut tombée, ils entrèrent dans le détroit oii la flotte turque était mouillée. C'était une nuit sombre sans lune. Le mois du jeûne finissait ce soi^p-là même et le grand-amiral célébrait le commencement du beïram par une fête nocturne ; son vaisseau, ainsi que celui du vice-amiral, étaient illuminés et se reconnaissaient de loin. Sans être aperçus, les brûlots s'approchèrent; leurs chefs s'étaient entourés de trente -deux compagnons volontaires qui avaient célébré la sainte cène et avaient fait les préparatifs nécessaires pour se faire sauter en cas de malheur. Les vaisseaux de garde turcs eux-mêmes avaient, dans leur insouciance, jeté l'ancre à cause de la fête du beïram. Les Grecs entrèrent au milieu même de la flotte , en passant si près de quelques vaisseaux que, hélés par les factionnaires, ils durent s'éloigner; mais, vers minuit, ils revinrent et, favorisés par le vent de terre, ils atteignirent, en passant au miheu de la flotte, les deux vaisseaux amiraux. Le capitaine psariote accrocha son brûlot à l'avant du vaisseau amiral qu'il incendia aussitôt; le brûlot hydriote s'accrocha également au vaisseau du vice-amiral, Rialla-Bey, mais il s'en détacha avant de l'avoir incendié ; le brûlot, en flammes et sans direction, fut poussé parmi les vaisseaux turcs, répandant partout l'angoisse et la confusion. Les trente-quatre compagnons s'étaient rapidement jetés dans leurs chaloupes et pas-
sèrent, sains et sauCs, à travers la flotte ennemie, pour sortir ensuite par l'ouverture méridionale du détroit ; des navires grées postés là dans ce but les y recueillirent et les ramenèrent en triomphe à Psara. Il y avait sur le vaisseau amiral plus de deux mille hommes , entre autres une foule d'officiers de marine, mais malheureusement aussi un certain nombre de chrétiens captifs. De toute cette multitude il n'y eut que quelques personnes qui purent se sauver* Les chaloupes de sauvetage n'osèrent pas approcher, puisque les canons, chauffés par le feu partaient ; des trois chaloupes du vaisseau , deux sombrèrent parce qu'elles étaient surchargées ; la troisième, dans laquelle le kapoudan-pacha voulut se sauver, fut percée d'un boulet; le mât, dans sa chute, atteignit l'amiral; porté sur le rivage par des nageurs, le kapoudan-pacha blessé expira à l'endroit même oii il avait fait exécuter les otages chiotes. Après une heure, le feu atteignit la soute aux poudres du vaisseau amiral qui sauta. Une confusion indicible régnait à ce moment dans la flotte ; la consternation et l'efiroi des Turcs étaient tellement irrémédiables que , sans être autrement attaqués, ils retournèrent aussitôt aux Dardanelles- Malheureusement cet événement devint le signal de nouvelles atrocités commises à Chios. Pleins de fureur, les Turcs se jetèrent sur les villages, sièges de la production du mastic, qu'on avait épargnés jusqu'alors, et achevèrent là l'horrible œuvre de destruction * des semaines * i» j*" précédentes , en massacrant ou en vendant les habitants. L'action héroïque des conducteurs des brûlots ne pouvait pas être mise en relief d'une* manière à la fois plus terrible et plus sublime cpie par le sort affreux de cette ile auparavant si florissante, dont la population chrétienne était tombée au mois d'août à dix-huit cents âmes. Le nom de Kanaris, prononcé avec admiration, était dans la bouche
de tous , qui y joignaient la malédiction dont ils chargeaient, dans leur horreur, leurs barbares ennemis turcs. Rien autant que sa modestie sans prétentions n'attira cette admiration à ce marin si simple et invulnérable, qui jouissait parmi ses compatriotes d'une confiance superstitieuse, dans la figure duquel les étrangers lisaient l'expression agréable d'une tranquillité sereine à côté d'une résolution virile et même d'un caractère assez farouche. A ce marin droit et franc, qui ne voulait pas se donner une plus grande importance qu'il n'en avait réellement , il arrivait quelquefois d'être beaucoup plus déconcerté par un échec qu'enorgueilli par un succès; il aimait à attribuer à chacun de ses compagnons le même mérite qu'à lui-même, et les récits par lesquels les étrangers glorifiaient dans le monde ses exploits, lui faisaient presque toujours monter le rouge au front. Reçus à Psara par les cris d'allégresse du peuple, les trente-quatre marins allèrent d'abord tête nue à l'église pour remercier Dieu de leur victoh^e et de leur salut. A Constantinople, les impressions, causées par toutes ces terribles nouvelles, étaient bien différentes de celles que, l'année précédente, les nouvelles des victoires et des défaites de Fatras et de Tripolitza avaient produites. Esma, la sœur du Grand-Seigneur, dont l'apanage consistait dans les revenus de Chios, avait fait les représentations les plus énergiques contre les barbaries commises sous Véchib-Pacha, dont la destitution et l'exécution avaient été ordonnées aussitôt. Dans le gouvernement et dans le peuple j le fanatisme avait fait place à des sentiments plus humains ; les meilleurs parmi les Turcs donnèrent là, comme à Smyrne, des preuves de générosité vis-à-vis des malheureux escla- * !8 juin, ves chiotes, dont la Porte interdit * même formellement la vente. Lorsque la nouvelle du désastre de la flotte se répaaçUti les Turcs à Constantinople^ comme à Smyrne, fu-
rent plutôt humiliés qu'excités ; ils s'abandonnèrent à une résignation morne dont « il fallait avoir été témoin, disaient les observateurs étrangers, pour s'en faire une juste idée. » La mort du kapoudan-pacha lui avait épargné une autre chute ; la Porte avait décidé déjà auparavant de le remplacer par Kara-Méhmed-Pacha, le gouverneur de Fatras. Pour chercher le nouveau grand-amiral à Fatras, la flotte quitta de nouveau l'Hellespont * et se réunit, près de Chios, à la flotte égyptienne sous le kapoudana-bey , attendue depuis si longtemps , pour se rendre ensuite avec elle à Fatras.
Le coup qui avait menacé les trois îles avait été détourné ; leur réduction et la dispersion de leur flotte, sur lesquelles on aurait pu fonder les meilleures espérances pour l'exécution des projets de campagne de Chourchid- Facha, n'avaient pu être obtenues. De l'autre côté, les Turcs n'avaient que trop bien réussi au nord de la Grèce continentale, en Macédoine et en Thessalie à dégager les derrières de l'armée orientale pendant toute la durée de ses opérations. Dans la Chalcidique, on avait commencé ces préparatifs déjà pendant l'hiver avec vigueur et énergie. Dans ce pays, la lutte entre les Turcs et les Grecs près de l'isthme de Kassandra était restée longtemps en équilibre; Youssouf-Bey, de Salonique, n'avait pas trouvé moyen de soumettre les habitants de Kassandra, comme ceux-ci n'avaient, pu le vaincre*. Alors la Forte avait nommé pacha de Salonique et envoyé, comme commandant en chef de la Macédoine et de la Thessalie contre les révoltés , Abdoulaboud - Fâcha , renégat géorgien , homme capable et énergique qui , après avoir été élevé par Djezzar-Facha, de Sain t-Jean-d' Acre, avait fait son éducation militaire dans la lutte contre les Français. Arrivé à Salonique, il avait appelé aux. armes tou« les mu-
sulmans âgés de seize à soixante ans, et il avait adressé une proclamation aux rebelles pour leur, demander de se soumettre et de renoncer à leurs rêves au sujet du rétablissement de l'ancien empire byzantin. Lorsqu'il s'âppro-cha de Kassandra, les indigènes et les Olympiens venus à leur secours y avaient été réduits, par la misère et par les discordes, au nombre de six cents hommes. Le pacha n'eut donc pas de peine à pénétrer, par une partie abandonnée
♦ 11 noT. 1821 du mur, dans la presqu'île*. Les Turcs y avaient alors pré-
ludé à la tragédie de Ghios qui fut jouée quatre mois plus tard : on dit que dix mille hommes et femmes, pour la plupart des gens paisibles et tranquilles, furent massacrés ou vendus comme esclaves, atrocité qui, déjà avant la ruine de Ghios , avait commencé à exciter à un haut degré l'exaspération de l'Europe contre les Turcs. L'esprit de révolte avait été brisé dans tout le nord par ces premières victoires d'Ahdoulaboud et par l'usage cruel qu'il en avait fait. Dès que le pachà se tourna ensuite contre Âkté, contre les couvents fortifiés et contre les jeunes moines armés de la Montagne-Sainte, la minorité, qui avait été résolue à résister à l'attaque des Turcs, dut s'embarquer avec Em- * p. 24^. manuel Pappas*, tandis que ceux qui restèrent furent obli-
* 27 décembre, gés d' acheter leur grâce * avec la somme de deux millions
et demi, et de recevoir une garnison turque qui, pendant neuf ans, laissa aux Agiorites le temps de se repentir de leur lâcheté, qui leur avait fait préférer la soumission à ta résistance. Abdoulaboud fit un pas de plus et demanda des otages à la ville de Naussa, entre autres le fils de l'archonte Zaphirakis, cet homme dévoué à la Porte, qui, peu de temps auparavant, en assassinant l'hétairiste Ypatros, avait pourtant donné un gage de ses bons sentiments. D'après les expériences qu'il avait sous las yeux, Zaphirakis crut qu*il était plus sûr de combattre te paeha que de
se rencJro h ses hordes bestiales ; il s'unit donc aux capitaines Gatsos de Vodina et Karatasos de Verria (Berrhoïa), et les attira avec leurs suites armées à Naussa^ qui, par sa population nombreuse , par ses fortifications et ses ressources, était un point central tout naturel pour la révolte. A cette insurrection se liaient des soulèvements qui eurent lieu au même moment dans les districts de l'Olympe. On tomba d'accord, avec l'Olympien Diamantis, d'occuper, par des opérations communes, les trois points qui permettaient seuls l'accès de ce territoire sur le golfe Thermaïque (de . Salonique), depuis l'Axios (Vardar) jusqu'au Pénée (Salampria), à savoir le pont du Vardar, la vallée de Tempe et les défilés de Kastçria, afin de couper les communications entre les Turcs de la Macédoine et ceux de la Thessalie. Pour réaliser ce projet, les Olympiens s'étaient adressés à Ypsilantis, en lui demandant des secours et un chef qu'ils pourraient mettre à la tète de cette entreprise. Le prince leur avait envoyé un Grec de Bessarabie, mais d'une famille originaire de Naxos, du nom de Grôgor. Sallas, soldat capable mais homme débauché, après être parti de Nauplie , celui-ci avait parcouru pendant quatre mois la mer Egée ; il était allé à Naxos pour s'y montrer dans sa nouvelle splendeur à toute sa parenté, et puis ^ Mykonos, où il avait une amourette, de sorte que la plupart de ses compagnons l'abandonnèrent indignés et qu'il arriva enfin * * 3 avru 1822. seul avec le Polonais Leczinsky et quelques autres h Elevthérochori. Ce retard, et le faible secours qu'il leur apporta, durent étouffer tout le zèle des habitants. Deux cents hommes à peine s'assemblèrent autour de lui, et leurs chefs étaient en outre divisés par la discorde. On avait négligé le moment opportun pour occuper les défilés de Salonique : Ghourchid-Pacha avait pu envoyer, sans obstacle, par la vallée de Tempe et par la Piérie, des ^oûr-
forts à Abdoulaboud pour s'en servir contre les Macédoniens, de même que ce dernier n'avait pas trouvé de difficulté à envoyer aux Turcs de Kolindro des renforts contre les Hellènes commandés par Salias. Par suite de ces secours mutuels, les Turcs purent frapper leurs coups destructeurs dans les deux localités presque au même moment. Les Grecs, sous Salias, qui avaient pénétré dans l'intérieur
10 avriL du pays jusqu'à Kastania, y furent battus*, rejetés jusqu'à Milias, près de l'ancien Dion, en Piérie, puis refoulés en-
14 avril, corc dc là* daus les montagnes oii ils se dispersèrent. Salias arriva avec Leczinsky tout en guenilles et après des souffrances indicibles en Hellade et à Corinthe : les indigènes erraient partout dans les montagnes, cherchant leurs parents ; Diamantis, avec une partie de ses fidèles, avec sa femme et ses enfants, se jeta dans une forêt épaisse, au-dessous de Milias , oîi les mères étouffèrent leurs petits enfants pour que leurs cris ne révélassent pas leur retraite à ceux qui les poursuivaient. Un destin plus terrible encore accabla la Macédoine. Les Grecs, à Naussa, avaient tué les quelques Turcs qui se trouvaient dans la ville, puis, ils étaient allés dans les campagnes pour y soulever les communes, et ils avaient incendié les villages chrétiens qui ne se prêtèrent pas à leurs desseins, et même la ville de Verria. Abdoulaboud se trouvait alors à la tête de quinze mille hommes dans le voisinage de cette ville ; il s'avança avec ses troupes sur Naussa, prit d'assaut cette
23 avril, ville après qu'elle eut refusé de se rendre et y mit le feu *. Les trois chefs principaux furent dispersés : Zaphirakis tomba , avec quelques compagnons , dans les marais de Verria ; Karatasos et Gatsos se frayèrent un chemin de la Macédoine vers l' Hellade , qui était alors libre . Des atrocités abominables marquèrent les traces des vainqueurs. Cent vingt communes furent livrées aux flammes ; cinq mille
hommes furent tués ou vendus à Naussa, et autant à Palaiopvrgo; beaucoup d'entre eux furent torturés sans pitié ; les femmes furent brûlées ; les femmes enceintes furent martyrisées; les enfants furent égorgés sous les yeux de leurs parents, et les nourrissons fuirent pendus , de telle sorte que beaucoup de femmes se précipitèrent avec leurs enfants dans le marais {Ceau noire) y près du port de Palaiopyrgo, pour échapper à l'infamie et à la torr ture. Un grand nombre de juifs et même des chrétiens, altérés de sang, suivirent Tarmée turque pour avoir leur part dans ces transports de fureur. Les femmes des trois chefs avaient été faites prisonnières ; celle de Gatsos abjura sa foi par crainte des. tortures qui attendaient ces malheureuses ; les deux autres furent torturées dans la maison . . du terrible vizir jusqu'à ce qu'elles mourussent. Comme nous venons de le voir, les Turcs , avec une i
' ' taie
grande activité, avaient complètement débarrassé d'in-, surgés les pays sur les derrières de Tarmée de l'est, que Ghourchid-Pacha formait peu à peu en Thessalie et dont il assurait l'approvisionnement. Pendant ce temps, les Grecs eux-mêmes, par leur manque d'unité et d'union, semblaient avoir pour dessein, d'enlever du chemin des Turcs tous les obstacles qu'ils pourraient rencontrer sur leurs flancs en Eubée et devant eux dans la Grèce orientale. Les primats civils, dans le gouvernement central, comme dans les sénats locaux des provinces, dominés par un sentiment de jalousie, n'osèrent pas encore, dans la grande crise de la campagne de cette année qui nous occupe, faire ce qu'ils n'avaient pas osé faire auparavant, et ce qui pourtant aurait été indispensable pour le succès des projets militaires et ce que la nécessité impérieuse, déjà à ce moment, -comme plus tard, indiqua comme mesure de plus en plus urgente : ils n'osèrent pas accorder au plus capable des chefs mili-
382 LEVÉE DE BOUfcLîERS;
taires dès pouvoirs étendus et une grande liberté pour agir suivant son jugement. Pensant à Tégoïsme grossier de ces vaillants soldats, leurs adversaires naturels et les ennemis implacables de tous les hommes de cabinet et des diplomatesj les primats civils semblaient considérer comme une pure impossibilité de leur inspirer un dévouement volontaire pour le bien public et pour le gouvernement central, d'opposer des barrières naturelles à leurs désirs continuels d'empiéter là oîi ils n'en avaient pas le droit, pas même en donnant une âphère d'action aussi vaste que possible à leur ambition légitime. Dans le Péloponèse, c'était Kolokotronis qui aurait eu le plus de titres aune position aussi privilégiée, comme dans la Grèce orientale c'était Odyssevs. Fils du cé- • p. 40. lèbre klephte Androutsos* de Locride et d'une mère albanaise de Prévéza, ayant perdu son père à Tàge de douze ans et ayant été élevé à la cour d'Ali-Pacha, Odyssevs, par sa naissance et par son éducation, était à moitié Albanais, à moitié Grec, et semblait avoir reçu une part plus large des vices nationaux qui caractérisent les deux races, c'est-àdire de la perfidie et du désir de vengeance de Tune, et de la fausseté et de l'astuce de l'autre, que de leurs vertus et de leurs qualités distinguées. D'un naturel inquiet, violent et intraitable, il avait acquis, par sa mauvaise éducation à Jatiina, tous les défauts et tous les vices turcs, et s'était habitué à la débauche et à la cruauté, à la cupidité et à la poursuite effrénée de la fortune, à l'incrédulité et au libertinage en fait de religion. Les chansons satiriques des Grecs flagellaient, déjà à l'époque même de sa plus grande gloire, ces qualités d'Odyssevs et mettaient, sous ce rapport, son lieutenant Gouras au-dessus de lui : mais il faut avouer que ces qualités lui donnaient une supériorité prononcée sur tous ceux qui l'entouraient. Celai qui, dans la lourde atmosphère de la superstition grecque et turque
devient par lui-même un esprit fort, trouvera les autres par cela même disposés à lui supposer une intelligence supérieure ; tous les étrangers remarquaient avec plaisir le bon sens d'Odyssevs, sa perspicacité; son désir de savoir et de s'instruire; mais la ruse, avec laquelle il savait tromper Francs et Orientaux, et sa dissimulation, grâce à laquelle, malgré la méfiance même qu'il inspirait, il savait se draper des dehors vertueux d'un honnête homme, étaient achevées dans leur genre. A ces dons de T intelligence, Odyssevs joignait de grands avantages extérieurs ; il avait lés traits réguliers, la taille belle, il était, comme TUlysse d'Homère, dont il portait le nom, un coureur agile et leste; ses manières avaient quelque chose d'altier et d'imposant, de même que tout son extérieur et tous ses mouvements portaient l'empreinte de la force. C'est pour cela qu'Ali-Pacha l'avait distingué de bonne heure; il lui avait donné une femme richement dotée de Kalavryta, et il l'avait nommé chef des Armatoles à Lévadia et à Talantion, de sorte qu'il devint un objet de l'envie des fils d'Ali eux-mêmes. Au commencement de la guerre contre Ali, le peuple de ces éparchies s'était soulevé contre l'autorité d'Odyssevs et avait choisi pour son chef le vaillant Diakos ; Odyssevs , chassé du pays, avait dû battre en retraite jusqu'à Janina, d'oii il s'était rendu en Ithaque \ Lorsque ensuite la révolution avait éclaté, il était retourné dans les montagnes et avait fait, après la mort de Diakos, son apparition sur le théâtre de la guerre où, par son audace et sa vaillance, il se fit bientôt estimer des Grecs et redouter des Turcs qui l'appelaient Giaour-Pacha. Son nom seul éblouissait au loin les imaginations. Lorsqu'il apprit cela, on remarqua
* Ces détails ont été empruntés à Ràybaud, un dès phîlhellènes lès plus instruits et les plus indépendants.
qu'Odyssevs commença à avoir quelque soin de sa réputation et que, par égard p.our la conservation de cette bonne renommée, il maîtrisait même vis-à-vis de ses ennemis la soif de vengeance, qui était un des traits les plus saillants de son caractère. Il peut être difficile de dire si l'on aurait pu prendre un tel homme par les meilleurs côtés de sa nature afin de lui faire servir, dans un sens plus large, la cause de la patrie qui n'était à ses yeux, comme aux yeux de tous les hommes de sa trempe , qu'un prétexte pour servir ses propres intérêts. La diplomatie autrichienne le considérait comme l'homme « le plus accès- ' sible, » s'il s'était agi de négocier avec les insurgés la cessation des hostilités. Tous ces capitaines se regardaient comme les successeurs naturels de leurs anciens maîtres qu'ils venaient de chasser ; ils ne voulaient être gouvernés, ni parle gouvernement, ni par la constitution, ni par les lois, et, bien qu'ils concédassent la nécessité d'une direction suprême et centrale, ils voulaient être leurs propres maîtres souverains^ du moins dans leurs districts particuliers. Cette ambition inspira à Odyssevs peut-être plus de projets et des desseins plus dangereux qu'à la plupart des Grecs qui étaient dans la même position que lui. Il y avait, du reste, parmi ces projets, plusieurs qui pouvaient parfaitement bien avoir pour but aussi le bien public. Vers l'époque oii l'invasion des Turcs était imminente, il paraissait nourriy la pensée de fonder pour lui-même une position ou un pouvoir indépendant en Eubée, tout en poursuivant le projet de s'emparer de la direction suprême des affaires dans la Grèce orientale. L'aréopage et le gouvernement central auraient dû essayer de tirer profit du juste instinct qui faisait agir Odyssevs plutôt que de se brouiller, par des querelles jalouses, avec un homme qui, au bout du compte, leur était indispensable.
Néophytos, Tintrépide évêque de Karysto, avait essayé, suite: au commencement de Tannée, d'ex^citer les habitants des contrées de TEubée autour de Karysto à faire une seconde tentative contre cette ville, surveillée par Omer-Bey qui était toujours prêt à repousser les attaques. Les chefs des communes assemblés à Alivéri choisirent, comme chef de leur entreprise contre Karysto, Elias Mavromichalis, que le gouvernement avait nommé commandant à Athènes. Dès qu il se fut uni aux Eiibéens*, Odyssevs annonça aussi • MHtntiw à Néophytos qu'il se joindrait à lui avec deux mille hommes. Elias partit * de Mésochori pour Stoura oii il enferma • ts junriai les Turcs dans leur ville. Mais Omer-Bey arriva de Karysto pour les dégager et battit un corps de troupes envoyé contre lui; aussitôt les assiégeants de Stoura s'enfuirent, Elias essaya en vain d'arrêter les fuyards; cerné avec sept hommes seulement dans un moulin à vent sur le sommet d'une colline, il voulut se frayer un chemin, l'épée à la main; mais deux d'entre eux s'échappèrent seuls; le vaillant fils du bey magnote tomba la première victime de sa famille. Néanmoins les chefs d' Alivéri se sentirent encouragés à une seconde attaque contre Karysto, lorsqu'à ce moment Odyssevs arriva avec trois cents hommes. Il prit position près de Plakota oîi il coupa l'eau dont s'approvisionnait la ville de Karysto. Mais une sortie des Turcs dispersa encore ces assiégeants et Odyssevs s'enfuit à Mélisse et à Stoura en réunissant les siens à Vrysakia ; le corps de troupes qui campait là subit, immédiatement après, un grave échec à Kastella oîi le vaillant Angélis perdit la vie. Odyssevs lui-même passa seul sur le continent, ne rendant compte à personne de sa fuite singulière dans laquelle on crut déjà voir une trahison. Mais c'était en réalité l'aréopage de la Grèce orientale qui l'avait rappelé * pour des • Fin d« f affaires qui ne permettaient pas à cet homme ambitieux
d'hésiter un moment à écouter leur appel. La tournure fâcheuse que prenaient Ips affaires en Eubée avait déterminé cette autorité habituée à se transporter, un peu comme des nomades, d'un endroit à l'autre dans les éparchies, à s'établir à Lithada, en Eubée, pour faire les préparatifs d'une campagne sur la côte opposée, en Magnésie, et pour encourager ainsi en même temps les Eubéens, les Olympiens et les Macédoniens. Ypsilantis, las de garder sa position dans laquelle il se trouvait relégué dans le Péloponèse, avait passé l'isthme et, bien qu'en déployant sa bannière hétairiste le prince eût, dès le commencement, indisposé l'aréopage contre lui, le gouvernement central avait néanmoins réussi à rétablir la paix et la concorde entre Ypsilantis et les membres de Taréopage. Les chefs grecs, réunis en grand conseil de guerre sous la présidence du lomroencpment princc, résolurcut* douc à Pralos, sur la frontière do-
'avril. '■
rienne, de faire transporter l'armée hellénique de Test, . forte de sept mille hommes, à grands frais d'armements et de transport, au golfe Maliaque pour y faire trois mouvements combinés contre Zitouni, Patratsik et Kompo-
* Mi-avru. tadès. Lc premier des trois corps débarqua* et campa sous
les ordres d'Odyssevs à Hagia-Marina , où il commença à se battre avec les Turcs de Zitouni en attendant les entreprises contre les deux autres endroits. Mais l'exécution en fut retardée d'abord par un délai de Mitsos Kontoyan-
* 14 avril, nis ; puis, lorsque Nakos Panourgias exécuta * seul son ex-
pédition contre Patratsik, on se battit pendant six jours dans cette ville en flammes, mais sans arriver à un résultat, même après que Rontoyannis aussi fut venu avec ses troupes. Pendant ce temps la position des Grecs à Hagia- Marina aussi était devenue telle qu'on ne pouvait plus la tenir, dès que les Turcs avaient pris près d'Avlaki une position plus élevée d'où ils* attaquaient les Grecs à coups
'de canon. Une attaque nocturne, qui seule aurait eu encore quelques chances de succès, fut abandonnée au moment où on allait T exécuter, puisque Odyssevs, prévoyant une défaite, en avait dissuadé les Grecs. Tous les chefs décidèrent donc qu'on se retirerait sur les navires ; mais il y avait à bord de ces vaisseaux deux membres de l'aréopage dont l'un était Drosos Mansolas qui avait un intérêt particulier dans cette expédition entreprise pour encourager ses compatriotes en Thessalie ; tous les deux s'opposèrent de la manière la plus violente à la décision des capitaines, décision qui devait nécessairement détruire les dernières espérances des Macédoniens, des Olympiens et des Eubéens. La discussion s'échauffait et menaçait de prendre une tournure fâcheuse lorsque Odyssevs laissa échapper dans sa réplique des expressions inconvenantes ; une explosion d'indignation éclata dans tout l'équipage, qui l'appela un traître; à ce moment, on entendit tout à coup du côté de la terre des coups de fusil ; aussitôt tous s'unirent pour courir au secours des frères attaqués. Les Qrecs repoussèrent une troupe de Turcs à la tète de laquelle tomba un cavalier brillamment armé, le général de l'armée turque lui-même, comme on l'apprit plus tard. Après ce combat, les aréopagîtes eurent des motifs pour écouter, malgré leur opposition antérieure, les ^ représentations d'Odyssevs et pour embarquer à la tombée de la nuit l'armée à Hagia-Marina. Néanmoins ils conçurent une aversion profonde contre lui et contre Ypsilantis dont Odyssevs, dans des vues intéressées, avait embrassé la cause, comme Kolokotronis l'avait fait auparavant dans lePéloponèse. Ces deux hommes restaient à Dadi (ancienne Amphikleïa) formant des intrigues ; Odyssevs, dans l'intention méchante d'exaspérer l'armée contre l'aréopage, envoya de là SÉi démission*. L'aréopage l'accepta, oubliant * îb mu,
388 LEVÉE DE BOUCLUSRS.
rimportance d'un homme tel qu'Odyssevs à un moment aussi périlleux, homme qui avait fourni des preuves de rhabileté avec laquelle il savait faire des montagnes de Test un boulevard pour les contrées libres situées au sud d'elles. En même temps, le gouvernement de la Grèce orientale demanda au gouvernement central de nommer à la place d*(idysseys Christos Ballaskas^ Souliote, qui avait fait son éducation militaire au service' des Anglais, et de rappeler Ypsilantis, Le gouvernement prit une mesure intermédiaire en envoyant, pour faire la paix, Ballaskas avec Tancien serviteur d'Ali-Pacha, Alexis Noutsos, ancien ami d'Odyssevs auquel il avait même sauvé la vie. Ces deux hommes paraissaient réussir dans leur tâche. Mais le gouvernement se laissa tromper sur les dispositions de l'armée par une adresse émanant d'adversaires d'Odyssevs et ♦ SI «Ml d'Ypsilantîs et il renvoya * encore une fois les deux délégués dans THellade avec la mission secrète de rappeler Ypsilantis et de mander Odyssevs devant le gouvernement. Le rusé chef eut connaissance très-complète de tout cela. (1 crut qu'on en voulait à sa vie; l'école de Janina lui avait . appris à considérer comme la politique la plus naturelle celle qui se débarrasse de ses ennemis suspects . Le corps principal de l'armée grecque de l'est était à cette époque encore dans le voisinage de Patratsik; la troupe d'Odyssevs était à Drakospilia, près des Thermopyles. Au lieu d'aller d'abord au corps principal de l'armée et de prendre de là une escorte pour se faire conduire à Drakospilia, les deux délégués se laissèrent persuader que cette précaution était inutile. A Dadi ils rencontrèrent Odyssevs ; pour l'éviter, ils se tournèrent vers Drakospilia, mais Oéyssevs les poursuivit avec ses quelques compagnons qui l'entouraient, il les fit attaquer, du côté opposé, par son régiment à Drakospilia et les força à se rendre après qu'ils
se furent réfugiés dans l'église. Puis il fit lire leurs dépêches devant ses gens qu'il excita par des discours habiles, en disant que Noutsos leur avait été envoyé comme roi et Ballaskas comme général en chef; tout cela lui importait peu, ajouta-t-il, puisqu'il allait se retirer en Ithaque pour s'y livrer aux joies tranquilles de la famille; les soldats pourraient juger ejH^-mêmes s'il était bon après avoir secoué le joug des Turcs d'en reprendre un autre, t Qui voulez-vous de moi ou d'eux? — demanda-t-il enfin à ses auditeurs excités. — C'est toi que nous voulons ! — Punissez alors vos ennemis et les nriens ! » En prononçant ces paroles, Odyssevs partit en abandonnant les deux malheureux à ses soldats qui les assassinèrent*. L'aréopage *»]««■. insista dès lors avec plus de force auprès du gouvernement pour qu'il fît arrêter Odyssevs et qu'il tit séparer Nikitaset Gouras d'avec lui. Le gouvernement mit aussitôt à prix la tête d'Odyssevs*. Mais personne n'osa se lever contre cet *«5i«» homme redouté de tous qui, couvant la vengeance, se retira au Parnasse. L'opinion publique était avec le proscrit. ' Gouras préféra refuser le commandement à Lévadia plutôt que de se séparer de lui ; tous les hommes de guerre partageaient ce sentiment avec lui contre l'aréopage et contre le gouvernement. Ces événements exerçaient une influence tellement décourageante sur l'armée principale à Patratsik qu'elle se débanda entièrement. L'assemblée législative comprit alors quelles fautes impardonnables avaient été commises. Elle demanda la grâce d'Odyssevs au gouvernement*, qui ordonna alors à l'aréopage de ne »• juillet pas exécuter ce qui avait été décidé! Cette mianière d'agir contribua seulement à augmenter encore l'ambition de ce chef, par le dédain complet que lui inspiraient les deux autorités gouvernementales, et à l'exciter encore davantage à faire ouvertement tous ses efforts pour obtenir le
pouvoir suprême dans la Grèce orientale et pour faire dissoudre l'aréopage.
exi>édition de Tel était Tétat des choses dans la Grèce orientale au
aali dans le
ponèse. moment même oii rorage, auquel on s'était attendu depuis longtemps, arriva de la Thessalie. Vers le milieu de Tannée, et à l'époque oii les escadres égyptiennes avaient augmenté la flotte turque de manière à lui donner une force imposante, Chourchid-Pacha avait terminé ses grands préparatifs pour l'armée orientale, dont les bruits, répandus afin d'intimider les ennemis, augmentaient encore de beaucoup le nombre. Il avait trente mille hommes, dont six mille cavaliers*, et beaucoup d'artillerie; ses fantasr sins étaient, pour la plupart, des Albanais. Par une disposition particulière de la Porte elle-même, et sans que le séraskier y eût été pour quelque chose, cette armée avait été placée sous les ordres de Mahmoud, pacha de Drama (Dramali), homme distingué par son origine et par l'autorité dont il jouissait, que nous avons déjà appris à con- * p. 244. naître comme le vainqueur de la Magnésie *. Il avait été nommé en même temps valessi de la Morée; il avait donc un intérêt tout personnel à conquérir sa province in partibits. Toute une série de dérébeys de Thrace, de pachas notables, tels .que l'ancien grand-vizir Topalali-Pacha , l'ancien ministre de l'intérieur Erib-Achmed-Pacha, Hassari-Pacha, Ali-Pacha d'Argos, destiné aux fonctions de commandant de Nauplie, étaient placés sous ses ordres. Sans avoir vu un seul ennemi, l'armée franchit le Sper- ♦ it jmiiet. chios*. Les Grecs ne défendirent ni les Thermopyles ni les défilés du Kallidromos et du Knémis, oîi Odyssevs avait combattu avec tant de succès l'année précédente; les
* Leako (p. 87) donne ce chiffre d'après les communications d'un médecin particulier de Chourchid-Pacha, qui vit cette armée franchir le Sperchios.
troupes, que le vaillant défenseur du défilé avait actuellement autour de lui, étaient en trop petit nombre et trop peu exercées dans les armes , pour qu'on eût pu seulement songer à la résistance. L'armée des Turcs passa* * lajttiiie par la vallée ouverte du Géphyse, et arriva à Thèbes. De toute la .Béotie, les habitants s'enfuirent dans les montagnes. Les aréopagites se retirèrent à Xirochori, en Eubée. On envoya douze cents Turcs à Ghalcis; à leur approche, le camp grec à Vrysakia fut levé momentanément; mais peu de temps après, les Olympiens, qui s'y réfugièrent sous Diamantis, occupèrent de nouveau cette position, et s'y maintinrent. Les forces turques arrivèrent un peu trop tard dans l'Attique pour sauver l'Acropole. La disette d'eau et les épidémies avaient forcé de- • puis peu* cette citadelle, bloquée * depuis six mois, sous * «i juin, la direction d'un Français du nom de Voutier, à se rendre après que les défenseurs' eurent pris toutes les mesures de précaution possibles et sous toutes les garanties données par les consuls, les aréopagites et les membres du gouvernement. Malheureusement, l'arrivée des vaisseaux, devant transporter la garnison, avait été retardée jusqu'au moment de l'arrivée de l'armée turque, dont rapproche inspira aux vainqueurs grecs une peur et une fureur telles qu'oubliant la foL jurée, ils tombèrent sur les assiégés, sortis de l'Acropole, onze cent soixante personnes de tout âge et de tout sexe, et qu'ils massacrèrent tous ceux qui ne purent atteindre l'asile offert par Fauvel et Gropius, ces nobles consuls de France et d'Autriche. Après cet exploit infâme, tous les habitants de la ville et des campagnes s'enfuirent avec leurs femmes et leurs enfants dans l'ile de Salamis, pour échapper aux Turcs; l'Acro-
* Voutier, p. 230 sq.
pôle seule resta occupée par un petit nombre de capitaines avec leurs suites. S' avançant vers l'isthme, Dramali trouva sans défenseurs les deux parapets qui séparent la Béotie de l'isthme. Ni les chaînes des montagnes du Kithairon, ni celles du Parnasse, ni les grandes Dervennes entre l'isthme et la plaine de Mégare (les monts Onéens et Géraiiiens des anciens) ne furent défendues. Le gouvernement, qui s'était retiré à temps de Gorinthe à Argos, avait perdu la tète, au sens propre et au sens figuré. Mavrokordatos était absent; il se trouvait à l'ouest de la Grèce. Les autres membres n'étaient pas à la hauteur du moment. A la première nouvelle de l'approche, de Dramali, et dans un accès d'énergie, ils avaient résolu de lever le siégé de Patras et de jeter toutes les troupes du Péloponèse dans THellade; ils avaient donné aux capitaines devant Patras l'ordre sévère de marcher, eu menaçant ceux qui leur désobéiraient de la confiscation d'un tiers de leur fortune; de la sorte, les représentations mêmes de Kolokotronis, démontrant la folie qu'il y avait à lever le siège de cette ville, réduite par la famine, au moment où elle allait se rendre, furent inutiles pour retenir les chefs, qui avaient reçu l'ordre de partir. Alors le commandant en chef, à qui la fortune ne devait pas sourire devant Patras, abandonné de ses frères d'armes, songea à emplover toutes ses forces pour combattre Dramali dans les Dervennes, lorsqu'il reçut du ministre de la guerre l'ordre de rester devant Patras, puisque le gouvernement regrettait beaucoup la cessation du siège et que les Dervennes étaient suffisamment protégées ^ En effet, lorsque Dramali se fut avancé jusqu'à Thèbes, le gouvernement avait ordonné à Anagnostis, à Rhigas Palamidis et à d'au-
* Kolokotronis, p. 100, lOi.
très de se rendre avec des troupes nombreuses dans les Dervennes; mais nulle part les chefs n'avaient pu les arrêter devant l'ennemi. Les essais les plus énergiques, faits par quelques vaillants capitaines pour maintenir leurs soldats dans les défilés, avaient été vains. Tous étaient frappés d'une frayeur qui les paralysait. Tous se débandèrent dans une fuite désordonnée et désespérée. Partout oîi ils parvenaient, les fuyards, en doublant le nombre des ennemis, parlaient de défaites là oii il n'y avait pas eu de bataille, et jetaient ainsi la confusion et le désespoir dans la population jusqu'à Argos et à Tripolitza. Rhigas Palamidis avait abandonné son poste avec les siens, sans tirer un coup de fusil, et cependant il raconta partout qu'il avait cédé à une troupe supérieure en nombre, à soixante mille Turcs. Sans trouver d'obstacles, l'armée turque se répandit dans la plaine de Gorinthe. Elle trouva cette ville peuplée de hiboux, solitaire et mélancolique, désertée par tous ses habitants ; elle trouva désertée même la citadelle gigantesque, qu'on ne peut comparer à aucune autre forteresse située sur une montagne, ce rocher imprenable et bien pourvu. d'eau d'Acrocorinthe, qui, de la hauteur de dix-huit cents pieds, projette son ombre sur deux mers et domine huit des États les plus célèbres de l'ancienne Grèce. Le commandant, prêtre du nom d'Achillevs Théodoridis, qui aurait pu y faire, avec une poignée de soldats, la diversion la plus forte contre les Turcs, fut assez barbare et assez lâche pour faire égorger d'abord les Turcs prisonniers, et parmi eux Riamil-Bey, torturé depuis si longtemps, et pour abandonner ensuite la place forte; mais il fut frappé d'une condamnation tellement sévère, prononcée contre lui par la voix populaire, que, saisi de honte et de désespoir, il se brûla plus tard la cervelle. D'abord, Dramali n'osa pas croire à sa bonne fortune; il y SQup-
çonna une ruse de guerre ; mais une fois rassuré et cer- * i7juiuet. tain* de la possession de la forteresse, il semblait avoir une confiance aveugle dans son étoile. Youssouf-Pacha vint de Patras renforcer encore son armée. Dans le conseil de guerre, ce dernier et Ali-Pacha d'Argos, connaissant tous les deux le pays, conseillèrent d'avancer en trois divisions séparées et en même temps jusqu'à Argos , à Kalavryta et à Patras, pour fractionner les forces des Grecs et pour s'assurer les subsistances. Mais Dramali semblait vouloir recueillir tout seul tous les honneurs de la campagne et se conquérir seul son pachalik. Après avoir épousé, à Gorinthe, la veuve de Kiamil-Bey, il se mit en mouvement avec toute son armée pour marcher sur Argos. Les habitants de tous les villages de l'Argolide s'enfuirent de la manière la plus précipitée. Le gouvernement s embarqua sur deux goélettes, pour se rendre à- Hermione; mais il était tombé dans une telle faiblesse et dans un tel mépris, qu'il ne put pas même conserver l'argent sauvé des égUses et des couvents, que lui enlevèrent les matelots, sous prétexte qu'on leur devait dès arrérages de solde. Une affreuse bande de Magnotes guetta, avec des projets sinistres et infâmes , le moment où la ville d' Argos serait abandonnée à elle seule; mais s'impatientant dans leur attente, ces brigands poussèrent pendant la nuit le cri d'alarme : « Les Turcs 1 » Tous les habitants de la ville se jetèrent dans la plus grande confusion sur la route de Lerna, et les Magnotes profitèrent de ce moment pour se livi^er au pillage le plus honteux; les étrangers, les indigènes, les Ghiotes réfugiés, les Kydoniens, qui, d'abord chez eux et ensuite à Ghios, avaient été livrés aux Turcs, tombèrent là encore entre les mains de leurs propres compatriotes ou coreligionnaires, pour être dépouillés par * 30 juin. eux. Nauplie venait de conclure * une capitulation dont
l'exécution n'avait été retardée que par le manque de vaisseaux de transport; le traité conclu et le siège cessèrent alors d'eux-mêmes; on ^arda seulement, des deux côtés, les otages, et une petite garnison d'Hellènes et de philhellènes se maintint dans la petite tour sur la mer. Comme autour d'Argos, les environs de Nauplie ressemblaient bientôt à un vaste désert dépouillé de tout. La ville d'Argos elle-même avait été entièrement abandonnée. Seul, le Magnote Kariyannis monta bravement, avec dix compagnons de la même trempe que lui, au château fort de Larissa, où il arbora le drapeau grec. Cinquante cavaliers turcs envoyés en avant à Argos ne trouvèrent nulle part de résistance. Ils annoncèrent* à Nauplie l'approche de *i8jmi Dramali, et occupèrent hardiment la ville d'Argos. Ceci finit par irriter Kariyannis dans son château; ramassant quelques habitants d^ Argos, il rejeta les Turcs hors de la ville, et retourna à l'Acropole s'abriter sous son drapeau. Cette conduite valeureuse allait recevoir une grande et une noble récompense ; sans qu'on eût pu l'espérer, un corps de troupes grecques vint, sous Barbitsiotis, renforcer la garnison du château, où bientôt après Ypsilantis, trois Mavromichalis et Panos, fils de Kolokotronis, vinrent, avec les forces réunies de sept cents- hommes, se joindre à la petite troupe de Kariyannis, qui avait donaé un exemple de vaillance destiné à sauver la Grèce d'une ruine déjà achevée et inévitable, suivant toutes les apparences.
Ces renforts avaient été envoyés par les capitaines et xoiokotn les primats les plus notables, qui, dans ce moment d'un ,
danger extrême, comme cela arrivait souvent à cette race, passèrent tout à coup de la discorde à l'union dans leurs actions. Kolokotronis, qui, brouillé avec le gouverne-, ment, avec le sénat du Péloponèse et les primats de Ca-*
riténa et de Kalavryta, avait dû lever le siège de Fatras, était venu, avec deux mille hommes, à Tripolitza, où ceux qui étaient ses ennemis dans le sénat s'éclipsèrent au plus vite, tandis que ceux qui restèrent lui tendirent la main avec sincérité, afin de s'unir avec lui pour une action commune; c'était précisément au moment où les propres gens de Kolokotronis commençaient à faiblir et à déserter, dès que la terreur universelle se fut répandue aussi dans ces pays-là. En même temps, Mavromichalis et aussi Ypsilantis, dont la conduite, malgré tant d'humiliations subies, était encore toujours dictée par l'honneur militaire, étaient partis pour Tripolitza, afin de délibérer avec le sénat et avec Kolokotronis. Ce dernier, qui s'était tout de suite mis en route pour Argos, les rencontra à Tabouli ; de là, ces trois hommes, exposant au danger leurs propres personnes et leurs familles en premier lieu, avaient d'abord envoyé les renforts au château fort d' Argos. Kolokotronis,. qui déploya dans ces temps une circonspection et une vigueur merveilleuses, devint alors l'àme des opérations ultérieures. Cet homme avait jeté les racines de sa force, déjà' au temps où il était encore klephte , dans l'éparchie de Cariténa, l'éparchie la plus populeuse et la plus guerrière, après le Maïna; quant à son influence dans le reste du Péloponèse , il l'attribua lui-même au nom de sa famille, à sa connaissance des localités et de la langue des indigènes, mais avant tout à l'extinction des vaillantes familles des anciens klephtes du temps des Zacharias, des Nikotsaras et des Vlachavas, qui, d'après lui, auraient délivré la péninsule dans l'espace dune année, s'ils avaient vécu encore. En s'unissant à des familles influentes, il donna une importance de plus en plus grande à la considération qui lui avait été transmise par ses ancêtres; dans ses vaillants fils, dans son neveu Nikitas et
dans son beau-frère Koliopoulos, il trouva toujours des aides et des soutiens fidèles; son fils Panos épousa la fille de la riche Bobolina ; le faible bey magnote se laissa presque entièrement diriger par lui. La prise de Tripolitza avait porté sa renommée au loin ; le peuple leva ses regards vers lui, comme vers son protecteuf et son défenseur dans la guerre ; pour la populace avide de butin, il n'y avait pas de nom plus grand que le sien. Nous avons pu voir qu'après ces succès, Kolokotronis s'était constamment efforcé d'arriver au but de ses désirs ardents, au commandement des troupes devant Patras, afin de frapper, par la prise de cette ville, un coup décisif pour la délivrance du Péloponèse, qu'il voulut entièrement purger de ses ennemis. Depuis qu'il avait été effectivement placé, en mars, à la tête des troupes qui assiégeaient Patras, il avait ouvertement résisté à un ordre postérieur du gouvernement, qui avait voulu l'envoyer dans la Grèce occidentale, et il avait insinué la menace qu'il en appellerait au sénat péloponésien de l'inopportunité de cette mesure, en disant qu'il fallait éteindre l'incendie dans sa propre maison, avant de le faire chez le voisin! Comme Odyssevs dans les affaires de l'Eubée, Kolokotronis, on le voit, avait le sentiment juste des besoins vrais et immédiats de la guerre dans le Péloponèse; mais malheureusement, comme Odyssevs, lui aussi avait trop peu de ces grands traits de caractère qui auraient dû lui faire poursuivre ses projets salutaires avec l'abnégation et le désintéressement nécessaires pour inspirer la confiance. Les primats civils ne voyaient pas dans son zèle contre Patras l'amour de la patrie, ni la science militaire, mais seulement une ambition vulgaire et une cupidité sordide. Sa soif des richesses s'était montrée sous sa forme la plus laide, pendant les négociations au sujet de la reddition cfe Tripo-
litza. Après qu'on lui eut vu, à cette occasion, enlever à la cause commune des sommes énormes, déposées ensuite dans des banques étrangères auxquelles la patrie dut plus tard les emprunter sous des conditions excessivement onéreuses*, on s'imagina qu'il ne s'efforçait tant de prendre Patras que poiir prélever, dans la capitulation, la part principale du butin pour sa propre bourse; on crut qu'une cupidité insatiable était le seul mo]3ile de toutes les actions de cet homme, dont T avarice grossière se dépouillait de tout sentiment de honte. Il en fut de même pour son ambition. Plus que sa soif des richesses, les archontes craignaient, dans ses projets contre Patras, le désir de Kolokotronis de se rendre grand et fort dans la péninsule, et ils ne voyaient dans son hostilité contre la polyarchie que les efforts d'abattre tous ses rivaux, dans l'espoir peu patriotique de jouer le rôle d'un autre 'Ali- Pacha. Ils le croyaient capable, au commencement de sa carrière, de ce que ses ennemis et ses accusateurs lui imputaient vers la fin de sa vie politique, c'est-à-dire : « de causer plus de maux à la patrie qu'il ne lui faisait du bien, j Effectivement, d'après la seule apparence physique de cet homme, on pouvait le croire capable des choses les plus mauvaises. Même pour ses admirateurs étrangers, comme pour Voutier, son extérieur était des plus frap-
' M. GeiTinus a été ici induit en erreur par des auteurs malveillants qui ont voulu ternir le nom du vieux Kolokotronis. Nous pouvons assurer que jamais le vieux chef klephte n'a envoyé la moindre somme d'argent aux banques de TEurope , ni prêté à des conditions onéreuses. C'est une erreur que nous croyons de notre devoir de rectifier pour donner à ce portrait toute sa vérité. Comme preuve, nous pouvons assurer que le vieux Kolokotronis n'a laissé, après sa mort, qu'une fortune très-modeste. C'est son fils Germaios , qui , en se servant de l'influence, que lui donnait le nom de son père, a fait sa fortune jdu temps de la puissance de Kapodistrias.
{Note des traducteurs,)
pants; il avait la taille d'un athlète, et h l'âge de cinquante-six ans, il supportait facilement les plus grandes fatigues; l'ensemble de sa physionomie, ce visage -dur, maigre et basané, ces yeux creux et obliques, ce regard sombre et fixe, ces cheveux noirs flottants sous le bonnet rouge de klephte, cette épaisse moustache sous un grand nez aquilin, ces traits marqués qu'éclairaient tantôt l'explosion de la passion, tantôt une gaieté bruyante, pouvaient faire dire à Gordon qu'un peintre trouverait difficilement un modèle plus romanesque pour le portrait d'un chef de brigands, que ne l'off^rait la personne de Kolokotronis. A cet extérieur correspondait toute sa manière d'être, qui faisait une grande impression sur les hommes les plus diffiérents* Ce fils des montagnes, qui, pendant longtemps, il est vrai, ^s'était plié au service militaire régulier, ne se laissait cependant, en aucune façon, amener à se subordx)nner d'une manière quelconque à ses compatriotes, auxquels, dans le sentiment de sa dignité, il se croyait supérieur, sans exception aucune. Emporté, irritable, violent, il n'avait pas pu s'empêcher auparavant, même sous la juridiction étrangère, à Zakynthos, de se faire, à l'occasion, droit lui-même et à sa façon sauvage, •de sorte que cette manière d'agir et de procéder suivant ses propres inspirations était dès lors devenue pour lui une seconde nature. A un moment donné, il avouait qu'il s'était laissé entraîner par son emportement ; à un autre moment, il prétendait l'avoir jeté à la mer, et alors il faisait à ses compatriotes de longs et beaux discours au sujet de leurs querelles et de leurs dissensions, mais toujours dans la supposition qu'on lui laisserait la décision et la liberté d'agir comme il l'entendrait. Dans d'autres occa-^ sions, il résistait ouvertement à ses supérieurs avec un manque d'égards impertinent, et quand la colère s'empa-
rait de lui, il n'avait pas le moindre scrupule à se moquer du gouvernement dans des lettres insolentes, ou à donner des coups de bâton aux messagers de ce dernier, à déchirer ses lettres et même à menacer de Tépée ses membres ou ses serviteurs en personne. Il lui eût été d'autant plus difficile de se dépouiller de cette nature de klephte, qu'il y mettait toute sa gloire, et qu'il aimait avec orgueil insister sur la mission nationale des klephtes. Il est vrai que, dans la lettre railleuse qu'il avait adressée p. «32. au kiaya Moustapha-Bey *, il avait eu l'idée de se servir dans un passage du nom de klephte comme d'un terme dïnsulte, et de dire au* Turc avec un ton de reproche: « qu'on l'avait considéré comme un soldat régulier, mais qu'il était venu les combattre en klephte. » Mais c'était tout à fait comme pour appliquer Je proverbe grec, qui dit : « L'âne disait au coq : Grosse tête que tu esl > En effet, sa manière d'être était comme sa manière de combattre, qui était toujours celle d'un vrai klephte.
Simple et rude dans toutes ses manières, il méprisait tous les costumes et toutes les absurdités de la dernière mode, tout le clinquant et tous les titres de parade. « On m'a appelé, dit-il dans son autobiographie, qu'il dicta lui-même, le Très-Noble, le Très-Illustre et même le Tout-' Saint, sans que je fusse changé pour cela; je suis toujours le même. » Et même, lorsque sa position sociale se fut déjà modifiée, et que son fils Konstantinos épousa la petite-fille de Karadjas, il n'épargna pas ses sarcasmes à cette alliance du bonnet (klephte) et de la pelisse (de boyard). Lorsque, comme délégué officiel, il reçut Ypsilantis à son premier débarquement, à Astros, on avait préparé à l'européenne une table entourée de chaises ; mais Kolokotronis la renversa du pied, en disant : « que des palikares devaient manger assis par terre, et laisser ces mœurs-là
aux Francs. > Son mépris pour le gouvernement grec était principalement causé par la circonstance qu'il y avait parmi ses membres de ces ecclésiastiques, de ces écrivassiers, de ces faux-Francs en habit qu'il avait en horreur, et de ces amis à l'un desquels, dans une lettre venue d'Europe, étaient échappées une fois ces paroles naïves : « Ou notu deviendrons libres, ou vous périrez! » Kolokotronis lut ces paroles en partant d'un bruyant éclat de rire, et, en effet, elles étaient faites pour exciter et pour justifier tout l'orgueil du klephte. Mais tous ces traits , qui donnaient à Kolokotronis, aux yeux des gens délicats, la réputation d'un homme grossier et brutal, le rendaient cher aux hommes de guerre, qui vénéraient en lui leur prince naturel, et qui se sentaient attirés vers lui par une fascination semblable à celle que Wallenstein exerçait sur ses soldats, de sorte qu'un des adversaires mêmes de Kolokotronis (Botiotis) l'appela plus tard « leur roi. » Même après les plus grandes défaites, il n'avait qu'à frapper la terre du pied pour en faire sortir de petites armées de montagnards partout oii il se montrait ; sïl arrivait à ces bandes de quitter leur chef subitement, il les rassemblait de nouveau avec la même rapidité autour de lui. Sa bravoure intrépide, son activité incessante, sa confiance imperturbable en lui-même et en la cause de l'insurrection lui donnaient en retour la confiance du peuplé. Une seule fois, au moment des soumissions forcées et volontaires, lorsque les Égyptiens étaient dans le Péloponèse, il craignit pour la cause de la patrie; autrement, il était convaincu « que Dieu avait donné à la jeune liberté de la Grèce sa signature, et qu'il ne la reprendrait plus. » Parmi les nombreux chefs militaires, Kolokotronis fut le seul qui sût communiquer, même au peuple, ces sentiments pleins de courage et d'espérance. Parlant la langue du peuple,
402 Wft^ DE BOUCLIERS.
il savait s'adresser au peuple et aimait à le faire ; fils de rOrient, il était partieulièrement aptp à parler à des Orientaux dans des adages frappants, dans des images, des sîn^ilitudes et des paraboles toutes remplies de bon sens. A cause de ses connaissances variées et de sa longue expérienea, le peuple l'appelait le Vieux; Kapodistrias le compara, pour son esprit, son amour de la patrie et la persévérance de ses efforts, à TUlyssa de l'antiquité. La meilleure qualité de l'esprit du vieux renard, outre la finesse instinctive et admirable avec laquelle il savait juger les personnes et les aifaires les plus différentes, consistait effectiveiïient dans une ruse subtile et fine, telle qu'elle caractérisait peut-être plutôt le moderne Odyssevs. M^is, d'un ^utre côté aussi, la grande époque au milieu de laquelle Kolokotronis se trouva placé l'éleva audessus de cette sphère particulière de la civilisation grecque, aussi bien sous le rapport intellectuel que squs le rapport moral et politique. Dans bien des choses , sa vue n'allait, pas plus que celle de ses compatriotes, au delà de Thorizon étroit de la nature romaïque ; mais, de même que la Révolution française lui avait ouvert l'intelligence politique, et que Napoléon, « le dieu de la guerre, » lui avait, fait comprendre l'art militaire, de sorte que Kolokotronis se sentit élevé au-dessus de ses anciennes vues turques et klephtes, si étroites; de même, sous le rapport national, Pierre le Grand l'avait amené à la conviction fort étrange dans la bouclée d'un klepbte : a que dans la lutte entre l'esprit de l'Orient et celui de l'Occident en Grèce, le salut ne pourrait venir cjue du siège de la culture intellectuelle et politique , par Tinfluence de l'Europe. » Superstitieux, faisant attention aux rêves, promettant aux saints de leur offrir des vœux, il n'avait pas une perception bien plaire de ses croyances, et se sen-
tait rattaché par mille liens aux traditions religieuses de son peuple ; mais quand il voyait la foi du charbonnier causer des malheurs, il lui arrivait souvent de' se moquer de cette folie dans des sorties amères , et quelquefois même de parler des choses de l'autre monde sur le ton du corps de garde franc le plus frivole. Il était trop sobre d'imagination et un homme trop pratique pour donner dans l'enthousiasme des patriotes, quand, dans leur désir puéril de faire renaître l'antiquité , ils se plaisaient à prendre d'anciens noms helléniques , etc. j cependant il cédait aussi un peu à l'exaltation nationale et aimait à porter un casque , comme un symbole de l'antiquité grecque. Par sa violence involontaire et par son manque d'empire sur lui-même, Kolokotronis était, plus que tout autre, l'auteur et le fauteur de la guerre civile; néanmoins il savait respecter des adversaires politiques qui le méritaient, et évita, par un principe honorable, le meurtre politique. Il ne semblait pouvoir vivre en paix avec aucun gouvernement, puisque nul ne savait comment le prendre; cependant, plus tard, il vécut en bonne intelligence avec Kapodistrias, qui, malgré sa défiance première, entreprit de s'entendre avec lui, et qui y réussit. Les diplomates autrichiens, bien disposés pour les Turcs, croyaient qu'on pourrait facilement apaiser la révolution, si les Turcs, par des concessions, voulaient chercher des appuis dans les oligarques de la trempe de Koloko* tronis; mais ce dernier proclama hautement devant Hamilton, l'ami des Grecs, que sa devise était le cri populaire : La liberté ou la ruine! Il niait qu'il fût un adulateur des Russes et un mangeur d'Anglais, ou qu'il fttt le contraire, mais il était, disait-il, seulement Tami de ceat qui étaient les amis de sa patrie. Tel que nous le connaiiu âons, on pouvait voir daas ces paroles Taveu qu'il aurait
été du parti de tous ceux qui se seraient montrés avant tout ses amis; mais à l'entendre parler plus tard, quand, avec la faconde d'un vieillard, il racontait sa propre vie, découvrant les faiblesses de tous ses concitoyens et glissant sur ses propres fautes avec une bonhomie simple et impudente, Kolokotronis était le seul patriote sincère, le seul général capable et le seul sauveur de la patrie, auquel la Grèce devait même l'expulsion des Égyptiens et la bataille de Navarin. Celui qui ne peut pas se retrouver dans les contradictions et dans les contrastes de ce caractère, ne doit pas oublier qu'il a affaire à une nature grecque , plus difficile à déchiffrer que celle d'un homme de l'Occident; en effet, ce qui fait le fondement du caractère grec, c'est l'absence de principes, à l'aide desquels, dans d'autres circonstances, il aurait pu prendre une di-
• rection et un développement bien différents. C'est là encore la raison pour laquelle cet homme, comme tous ceux qui lui ressemblent, s'est toujours montré le plus grand là oîi les circonstances et la nécessité ne lui laissaient pas le choix et le forçaient à suivre une seule direction. Tel était l'état des choses à ce moment où' Kolokotronis fut appelé à faire les exploits les plus méritoires de toute sa vie.
Dramaii dans Quluze jours sculcmcnt après le départ de l'armée turque des bords du Sperchios, celle-ci inonda l'Argolide; le gé-
♦ 2; juiuet. néral en chef lui-même vint à Argos *; le nouveau com-
mandant de Nauplie, Ali-Pacha, fit son entrée dans cette ville au bruit du canon, et on commença le siège du château fort d' Argos. Pour observer les choses de près, Kolokotronis alla en personne dans la direction de Corinthe à Hagios-Géorgios, et fit occuper Dervénaki par cinq cents hommes, tandis que, d'après ces dispositions, Mavronûchalis, avec les troupes attirées par la perspective du butin
à faire à Nauplîe , occupa une position forte et surtout très-avantageuse contre les attaques de la cavalerie, près du village aux moulins (MuXoi) sur la pente du Cliaon, près du lac couvert de roseaux de Lerna, siège de Thydre, symbole des sources nombreuses du pays marécageux où les eaux de TErasinos (Képhalary), venant du lac de Stymphale, quittent leur lit souterrain pour se montrer au jour. Le plan de guerre du Vieux était d'arrêter dans ces lieux les progrès des Turcs et de les empêcher de pénétrer dans l'intérieur du Péloponèse en franchissant les défilés difficiles d'Hysiai et du Parthénion qui séparent la plaine de TArgolide de celle de Tégée. On voulait, avant tout, retenir les Turcs aussi longtemps que possible devant l'acropole d'Argos, empêcher l'arrivage des approvisionnements et fermer toutes les issues, pour réduire les Turcs par la famine dans l'Argolide dépouillée de tout, où, déjà avant l'arrivée des ennemis, les Grecs avaient brûlé tous les blés et tous les vivres dans toutes les villes et dans tous les villages. La lutte s'engagea donc d'abord dans des tentatives faites pour ravitailler ou dégager l'acropole. Dans une première entreprise, les Grecs postés près des moulins, d'après un accord préalable avec Plapoutas, occupant une position près de Schinochori, tombèrent de diflférents côtés sur les assiégeants et firent sortir* de l'acropole la majo- ♦ 2: jmiie». rite de la garnison pour laquelle la provision d'eau ne suffisait plus ; aux deux cent cinquante hommes qui y restèrent, on promit de revenir bientôt, dans une seconde expédition, leur apporter des secours et des provisions. Mais cette seconde entreprise échoua puisque Plapou*tas n'avait pas été averti à temps. Après cet échec*, Ko- ♦ 31 juiiirt lokotronis arriva en personne aux moulins et aida luimême à faire sortir la vaillante troupe du fort. Il consola, encouragea et réprimanda les troupes un peu déCA^^--
406 LEVÉE DE hOVCUEM,
* i^août. ragées en leur parlant * pendant deux heures pour le» exciter à la lutte qu'ils allaient entreprendre afin de délivrer la garnison de l'acropole: « les Turcs, diswt-il, n'étaient que du lest. » Une attaque nocturne avec toutes les forces échoua, parce que les Arcadiens, qui s'étaient déjà avancés victorieusement , se virent tout à coup seuls sans être appuyés par les autres divisions destinées à entrer en lutte. Néanmoins, à un signal donné, les assiégés sortirent de l'acropole et arrivèrent tous sains et saufs aux moulins; on disait que les Albanais les avaient laissés passer sans les attaquer pour être les premiers à piller le château. Un des premiers défenseurs, celui qui avait arboré le premier le drapeau de Kariyannis sur l'acropole, y était resté endormi et se vit, à son réveil, au milieu d'une foule de musulmans pillards ; il ramassa tout ce qu'il put trouver et, pris pour un Turc, il parvint heureusement auprès de ses compagnons. La grande armée turque resta alors pendant deux semaines dans TArgolide sans rien faire. Bientôt la disette la pljis pénible se fit sentir. On attendit en vain la flotte qui avait dû approvisionner le pays épuisé et sans la présence de laquelle on ne pouvait pas songer à pénétrer dans l'intérieur du pays vers Tripolitza. Une fois, pendant que la défense de l'acropole d'Argos durait encore , on avait annoncé l'arrivée de la flotte à la grande frayeur des Grecs et à la vive joie des Turcs; mais elle passa, sans s'arrêter, pour prendre le nouveau kapoudan-pacha à Patinas, comme si l'expédition de l'armée de l'est ne la regardait nullement. L'armée, souffrant les tourments de Tantale, manquait surtout d'eau ; la plupart des sources étaient taries ; les vivres apportés par les soldats étaient bientôt consommés ; on en avait dû donner une grande partie h la garnison de Nauplie ; Yoka de viande, n'avait coûté que vingt paras à l'arrivée de l'armée^ tellement on avait pro-
SEGONtB kUfiÈË DÉ LÀ GUERRE. 4<)7
digUé la viande de boucherie que lés Turcs avaieflt apportée ; ffifids après qttlnzd joiirâ, dn li'effl put plu^ avoir à aucun pril ; les soldats affainés trouvaient à peifie, dans les Vignoblefs Mlî' le bord de rinachts, quelques taisins verts qui, souvent, donnaient aux Turcs, quand ils en avaient mangé, la fièvre, s'ils ne trouvaient pas auparavant la mort sous les balles des Grecs qui les guettaient. Une expédition turque s'était avancée pour fourrager sur la i^oute d'Epidaure jusqu'à Ligouri; oïï avait tout brûlé et incendié, mais sans trouver de vivres. A la famine dont souffrait l'armée, vinrent s'ajoiiter encore le découragement et des dissensions entretenues secrètement par les partisans de Choùrchid- Pacha, jaloux du commandement de Dràmali et des honneurs qui attendaient ce dernier. Argos était le théâtre de troubles journaliers. Le mécontentement des soldats s'accrut avec les malheurs et les souffrances qu'ils imputaient tous au général en chef en personne, puisqu'en refusant des conseils plus sages il avait mis Tarmée dans cette position. Dramali dut songer à se rendre dans une autre éparchie ; il se décida à battre en retraite vers Corinthe. Kolokotronis ayant pu prévoir cette résolution, distribua, pendant la nuit *, ses troupes dans les montagnes vers • 4-5 a Tripolitzà, donnant à chaque homme trois torches pour effrayer les Turcs qui n'osèrent plus quitter Argos, et pour leur ôter toute pensée de pénétrer dans l'intérieur du pays. Pour être sûr que les Turcs ne songeraient pas à prendre cette direction, Kolokotronis laissa le gros de son armée, huit mille hommes, dans sa position près des moulins; lui-même, avec une division moins forte, voulait fermer , près de Hagios-Géorgios et Dervénaki, les gorges entre Corinthe et Argos. Pétrobey appela ce plan un tour de klephte ; lui et Jes autres désiraient que Kolokotronis se trouvât avec eux, parce qu'ils craignaient C(ue
tes Turcs ne se frayassent un chemin dans cette direction. Dramali lui-même, dans le but de tromper les Grecs, lit tout pour le leur faire croire, parce qu'il en désirait retenir un aussi grand nombre que possible dans cette position, afin de trouver les routes de Corinthe sans défenseurs. D'abord il fit oflFrir, par un trucheman grec, Tamnistie à l'armée placée près de Lerna; après avoir essuyé un refus, cet envoyé dit aux Grecs, en confidence et comme coreligionnaire, de renforcer leurs positions puisque le pacha , dans le cas oîi les Grecs ne feraient pas leur soumission , se frayerait un chemin à Tripolitza les armes à la main. Kolokotronis eut le grand mérite de ne pas tom- 7-8 août, ber dans ce piège. Comme il l'avait supposé *, T armée turque se mit en marche vers Corinthe. Deux chemins y mènent de l'Argolide par les défilés de Berpati et de Dervénaki, qui conduisent des deux côtés de Fancienne ville de My cènes vers la*vallée de Kléonai, d'où un autre passage jtnène vers la plaine de Corinthe. Les Turcs prirent le chemin de Dervénaki ; mais les Grecs eurent occupé le défilé trois heures avant l'arrivée des ennemis. Un sentier conduit le long du torrent au fond de la vallée ; les Turcs le voyant coupé par des retranchements, se retournèrent vers l'autre sentier qui, en suivant les anfractuosités de la vallée, conduit sur les hauteurs et porte le nom de la gorge de Hagios-Sostis. Kolokotronis y envoya, de ses propres gens, huit cents hommes de renfort, découvrant ainsi entièrement sa propre position, bien plus difficile à défendre, près du petit village de Hagios-Géorgios * , à gauche des Turcs; mais il suppléa au manque de soldats par une ruse, en y arborant des drapeaux sur des mâts élevés et en en-
* Il ne faut pas confondre ce Hagios-Géorgios avec le grand vil • lage très-peuplé, du même nom, situé plus au nord dans la plaine de.Pblious (Phiionte).
tassant dans des endroits visibles au loin , des animaux et des vêtements pour faire croire à la présence d'une forte division occupant cet endroit. Attaquées de tous les côtés-, les masses turques s'avancèrent cependant jusqu'à la gorge de Hagios-Sostis qui n'était pas gardée par les Grecs, et ils réussirent à pousser péniblement et en fort mauvais état six mille hommes à travers les montagnes jusqu'au chan de Rourtésa (l'ancienne Kléonai), Par hasard, Ypsilantis, Nikitas et Dikaios passaient, le même jour, à deux heures de marche du lieu du combat, pour se rendre par Aginori à Corinthe afin d'occuper les grandes Dervennes et d'empêcher de nouveaux renforts turcs de franchir l'isthme. Attirés par le bruit du combat, ils prirent la direction de Hagios-Sostis, occupèrent la gorge et barrèrent ainsi le chemin aux Turcs qui s'avançaient à la suite du premier corps. Refoulés de devant, de derrière et des deux côtés dans cet endroit étroit oii aucune balle ne manquait son but , les Turcs essayèrent de s'avancer vers Rourtésa, mais ils fui^ rent poussés vers un précipice au-dessous de l'église de Hagios-Sostis et précipités en masses compactes dans l'a^ bime. Beaucoup de Turcs voulurent se réfugier, à cheval sur la hauteur, d'autres y poussèrent des bêtes de trait chargées , mais tous glissèrent sur la pente , et l'on vît tomber au fond de la gorge pierres, fardeaux, animaux et hommes dans un pêle-mêle effroyable. Le nombre des Grecs n'était pas suffisant pour arrêter les ennemis entièrement ; beaucoup de Turcs s'échappèrent à Rourtésa, mais trois mille cadavres couvraient le lieu du combat; une foule danimaux et une grande quantité d'autre butin tombèrent entre les mains des vainqueurs. Dramali lui-même n'était pas encore arrivé. Il fit une tentative auprès de Rolokotronis pour lui acheter le passage à prix d'argent : pendant ce temps, quelques cavaliers grecs repoussèrent les corps
IlO LEVÉE Diè BOtJGltEAÀ.
dé troupes de Dramûli jusqu'à Gljfkîd près 'de Nftuplié, dé sorte que son armée , coupée par les défilée rftéUrtriérs, formait deux divisions séparées, dont Tune était à Kourtésa et Tautre à Oljkia. Il ne restait donc pas à Dramali d'autre choix que de se frayer un chemin les armes à la main. Holokotronis fit occuper Mycénes par Giatrakos ; YpsilaUtis devait garder la position à Aginori et à Berpati, en même temps que Plapoutas avait à surveiller Dervénaki ; tous les trois devaient se porter rapidement au secours les uns des autres là oîi Tennemî se montrerait. Les Turcs attaquèrent * 8 août, les Grecs placés à Berpati *. Kolokotronis envoya aussitôt Plapoutas par Klénia au secours de la troupe attaquée , espérant que Giatrakos, en venant de Mycènes, prendrait les ennemis par derrière. Mais, par suite d'une désobéissance des troupes , cet endroit n'avait pas été du tout occupé ^ et les Grecs de Derv^énaki n'arrivèrent pas à temps, de sorte que les Turcs, après de grandes pertes, il est vrai, mais après avoir beaucoup moins souffert que la veille, parvinrent , en passant par les montagnes , jusqu'à Corinthe.
Dramali àco- Kolokotrouis, uonimê général en chef par l'armée et par le sénat du Péloponèse pour reconnaître des exploits aussi héroïques, ne cessa pas un instant de poursuivre ses projets d'après lesquels il voulait, dans cette éparchie, réduire par la famine les Turcs concentrés en masses compactes près de Corintbe, comme il l'avait déjà fait dans l'ArgOrlidè. Ypsilantis et Nikitas restèrent chargés de leur ancienne mission, qui était de barrer l'isthme. Odyssevs ferma le passage des montagnes de la Mégaride ; une troupe d'occupation suffisante resta dans les montagnes qui s'étendent vers l'Argolide ; Kolokotronis lui-même se retrancha près du village de Soli, coupant ainsi la route gui conduit le long du littoral de l'Âchaie jusqu'à Patras :
SEGONBfi iMNÉB BB hh GUERRE. 411
l' avant-garde resta bous les ordre» de Gennaio», le fils de Kolokotronis, à Yasilika, sur les ruines de Bikyon» Deux tentatives faites par les Turcs pour pénétrer par cet endroit furent malheureuses*. Un troisième projet de retour- * 19 et 24 ao ner, avec trois mille hommes, sur la route d'Argos jusqu'à Klénia, pour enlever les provisions qui y étaient entassées, ne réussit pas non plus. Tout Tespoir de Tannée, à Corinthe, oii la disette commença nécessairement bientôt à se faire sentir comme à Argos, reposait dès lors sur les envois de vivres attendus de Patras ou sur des secours de Chourchid-Pacha ; tout l'espoir de la garnison, récemment bloquée à Nauplie, reposait sur laflotte du kapoudan-pacha. Mais cette flotte était restée tout un mois h Patras sans rien faire ; elle n'avait pas même essayé d'eflfectuer des communications quelconques entre i' armée de l'ouest et celle de Test, qui courait cependant de grands dangers. Enfin elle partit de Patras sous les ordres du nouvel aniiralMéhmed-Pacha*, avec un nombre imposant de «sseptembrf navires, pour se rendre dans le golfe d' Argos (ou de Nauplie), et parut* dans les eaux d'Hydra et de Spetzia. Miaou- * loseptemb lis, avec soixante vaisseaux et dix brûlots, était tout prêt à traverser les entreprises des Turcs. Malgré les intentions du navarque et malgré les précautions prises par lui pour maintenir sa flotte réunie, le kapoudan-pacha réussit * à la * îoseptemb couper en passant entre Hydra et Spetzia à travers les vaisseaux grecs, de sorte qu'une division de la flotte grecque alla vers Hydra et l'autre vers le golfe d' Argos. Miaoulis chercha à rallier ses vaisseaux et fit les signaux nécessaires; mais trois capitaines de la division du golfe d' Argos, prenant ses mouvements pour un signal de fuite, ne lui obéirent pas et ouvrirent le feu avec leurs trois vaisseaux, au grand étonnement des amis et des ennemis, et sans que Miaoulis et les autres vaisseaux de cette division
pussent venir d'une manière efficace à leur secours, pas même lorsqu'ils étaient serrés de bien près. Pendant toute la journée, cette partie de la flotte, en combattant les Turcs, les empêcha cependant d'entrer dans le golfe d'Argos ; l'autre division grecque qui, du côté d'Hydra, avait été séparée du reste de la flotte, s'^approcha de l'île de Doko oii les lourds vaisseaux turcs ne purent la suivre ; seulement quelques petits navires s'approchèrent des Grecs, lorsque G. Pipînos attacha son brûlot à un vaisseau algérien; cinquante vaillants Algériens le décrochèrent, il est vrai, en y sautant, mais ils furent brûlés avec le navire. Cet accident jeta une telle épouvante au milieu des Turcs qu'ils s'éloignèrent et qu'ils permirent à cette moitié de la flotte grecque d'arriver saine et sauve près de la côte péloponésienne vîs-à-vis d'Hydra. Pendant la nuit, toutes les hauteurs de l'île et du continent furent éclairées par des feux; les habitants attentifs et armés étaient réunis sur le rivage. Quelques jours après, la flotte turque s'appro- ♦ 24 septembre, cha* dc Nauplic; les Grecs la suivirent avec T intention de l'attaquer au fond du golfe où l'on avait placé quelques brûlots en embuscade. A dix milles de Nauplie, le kapoudan-pacha s'arrêta tout d'un coup. On croit que l'amiral français tîommandant l'escadrille de cette station, l'avait informé de la présence des brûlots. Craignant l'approche de ces derniers et les eaux peu profondes du golfe, le kapoudan-pacha n'osa pas y entrer et se contenta d'envoyer un navire autrichien, avec sept mille kilogrammes de farine de maïs, à Nauplie et d'en avertir le commandant, en ajoutant en même temps et d'une manière ostensible, une seconde lettre dans laquelle il lui contait une foule de belles histoires sur les renforts envoyés par Chourchid-Pacha et sur le retour de l'armée du sultan qui serait revenue de Corinthe : ces deux lettres furent trouvées à bord du navire
autrichien * capturé par deux brûlots. Toute la flotte turque n'osa rien entreprendre contre ces brûlots ni envoyer d'autres vivres à Nauplie. Elle partit* avec une telle pré- * asseï cipitation, qu'elle laissa en arrière un lourd vaisseau à deux ponts, et qu'en traversant, à son retour, la mer Egée, elle reçut les signes de la soumission de Syra sans reconnaissance et les boulets de Mykonos sans se venger. Lorsque la flotte turque mouilla près de Ténédos, elle fut surprise par une tempête violente qui la maltraita beaucoup. Deux brûlots de Psara, conduits par Kanaris et Bratsanos, qui Ty avaient suivie, s'accrochèrent* aux deux vaisseaux princi- ♦ «ûo paux, sans être aperçus des vaisseaux de garde. Le vaisseau amiral fut sauvé, mais celui du vice-amiral, incendié par Kanaris lui-même , sauta avec seize cents hommes^ de sorte que le bras de ce seul homme avait détruit plus de trois mille Turcs dans le cours de cette année. A ce moment, où la flotte turque effrayée s'enfuit aux Dardanelles , on ne voyait plus l'insolence et la soif de vengeance, mais le découragement régner dans le cœur des habitants de Smyrne, de Chios, de Mitylène et de toutes les lies et des côtes ou demeuraient des Turcs. Pleins d'angoisse, ils redoutaient les Psariotes qui venaient d'augmenter les fortifications de leur île avec quarante canons, cadeau de leur compatriote Varvakis , et qui , avec un mépris téméraire pour leurs ennemis, parcouraient toutes les côtes dont ils dominaient les mers , rendant même les eaux syriennes et égyptiennes dangereuses pour tous les navires marchands des Turcs. Le pavillon turc n'osa plus se montrer que dans les coins de quelques ports et dans le golfe de Corinthe. La flotte superbe n'avait plus paru devant Nauplie, qui n'avait rien à espérer non plus de l'armée de Dramali pour
^ Jourdain, t. I*''', p. 123 sq.
414 LBVÉË DE BOUCLIERS.
ôtre Soulagée, car celle-ci était déjà elle-tnême menacée par» la famine et décimée par des épidémies. On aurait pu, à certains moments, amener de Gorînthe quelques provisions à la forteresse par la route de terre , mais chaque fois Kolokotronis avait renforcé les retranchements sur cette route. Déjà les assiégés ne mangeaient que des animaux impurs, des peaux d^animaux et même la chair des
* 10 décembre, cadavrcs. Vcrs la fin de l'année*, toute l'armée de Gorînthe fit encore de Kourtésa une dernière tentative pour ravitailler la forteresse , mais elle échoua. Les négociations ^ entamées déjà auparavant avec les assiégeants, mais rompues ensuite, durent être reprises. Kolokotronis , auquel le commandant de l'armée de siège (Staïkos) s'adressa pour
10 janvier 1823. savoir cc quïl fallait faire, demanda alors* qu'on imposât des conditions plus dures aux ennemis. Les Turcs tinrent grand conseil pour lequel descendirent aussi ceux qui gardaient le Palamidi, n'y laissant que quelques sentinelles. Cette circonstance fut rapportée à Staïkos. La veille de la Saint*André, par une nuit sombre et sans lune, les Grecs escaladèrent cette acropole et bombardèrent joyeusement la ville en criant : « Vous voilà bien pris, les agas! » Toutes les parties de la forteresse se livrèrent alors à Kolokotronis qui accourut de Dervénaki. Heureusement, il y avait là tout de suite assez de navires pour transporter la garnison en Asie. Ali et Sélim-Pacha seuls, n'ayant pas signé le traité, furent retenus cemme prisonniers de guerre et échangés plus tard.
De môme que Nauplie, Gorinthe aussi avait compté en vain sur l'assistance de la flotte, et de même que Nauplie avait été abandonnée à elle-même par Dramali, ce dernier fut également abandonné à lui-même par Ghourchid-Pacha. Déjà depuis le mois d'août, celui-ci avait préparé à Larissa une nouvelle armée pour la Grèce orientale et pour
SECONDS ^f^NÉE DB h\ GUBARE. 41 'S
risthf&e. Une avant-rgarde , forte ciQ trois mille hommes, 3' était avancée dans la vptUée du Cépbyae, mais Gouras et DyoYOïjniotis la forcèrent à reculer jusqu'à Névropolis où le corps d'armée principar, fort de douae mille hommes et *0fi<*»4«i cammandé par Kiouse-Méhmed-Pacha la rejoignit bien plus tard. Le général en chef se jeta en personne à Salona; un deuxième corps essaya d'avancer par la route si difficile de Zéméuo, mais repoussé là par les Raohovites, il se dirigea aussi vers Salona. A ce moment accourut* Odys^ * 2 no?embw sevs qui, de sa propre autorité, s'était créé général en chef de la Grèce orientale. Depuis l'automne, il avait été établi au milieu des capitaines qui s'étaient maintenus dans l'ç^cropole d'Athènes *; tout récemment et de son pro- * r. 392. ppe chef il y avait convoqué une assemblée de primats bel^ , léniques pour faire dissoudre par eux l'aréopage et pour se faire nommer luir-même * commandant suprême de * « octobre., THellade orientale. Il partit d'Athènes avec trois cents hommes. Bientôt il se vit entouré de douze cents combat^, tants, dont la rumeur publiqmB augmentait encore beau-^ coup le nombre, de sorte que Mébmed-Pacha, de peur d'être cerné, se retira de Salona à Gravia. Odyssevs se trouvait à Dadi; sa petite troupe était divisée en deux corps, lorsque les forces turques approchèrent, ne lui laissant le temps ni de réunir ses troupes, ni de se fortifier. Ses gens ftirent dispersés ; lui-même, comme Albanais, s'échappa sans être reconnu au travers de l'armée turque; après hnit heures d'une course rapide et non interrompue , il arriva à Rachova avec des pieds affreusement gonflés. Rien n*aurait, à ce moment, empêché les Turcs d'avancer vers l'isthme, mais alors Odyssevs, cet homme habile, fit jouer les ressorts de sa nature albanaise et sauva, par une ruse, le Péloponèse d'un nouveau désastre, oomme.» l'année précédente, il avait empêché*, par sa bravoure, que Tripo^
litza ne fût débloquée. Il entama d'abord des négociations au sujet d'un échange de prisonniers, puis relativement à une suspension d'armes et ensuite au sujet d'une soumis-
* HiHioTttnim. siou, et il Obtint*, par ce moyen, que les Turcs se retirassent inopinément à Zitouni. Cette retraite semblait tout à fait incompréhensible après qu'il s'était présenté aux Turcs l'occasion si favorable et unique de délivrer Dramali de sa situation pénible aussi bien que de rétablir les communications extrêmement difficiles avec l'armée de l'ouest. Aussi ce n'était pas précisément l'art de dissimulation d'Odyssevsseul qui avait amené ce résultat inespéré. Dès qu'on avait traité de la soumission, les Albanais de l'armée turque s'étaient éloignés, puisqu'ils perdaient ainsi l'espoir , de faire du butin. Un corps de trojupes grecques s'était jeté entre Vélitsa, jusqu'où les Turcs s'étaient avancés, et Zitouni, et menaça de couper leurs communications. L'hiver et la saison des pluies s'approchaient, mais la raison qui avait eu peut-être le plus grand poids aux yeux des Turcs, était que Méhmed-Pacha sentait la terre trembler sous ses pieds ; son patron et son protecteur , le superbe Chourchid-Pacha, avait été frappé par sa destinée. Accusé d'avoir soustrait une partie des trésors d'Ali-Pacha, convaincu d'avoir trompé son maître par de glorieuses promesses de victoire, il était tombé en disgrâce et avait été condamné à mort; mais, prévenant le supplice, il s'était empoisonné. La destinée de Dramali aussi s'était accomplie. Il était ♦ «décembre, mort* à Corinthc, dans la fleur de Tâge, victime de l'épidémie et du chagrin, avant que la destruction finale de son armée, attaquée par la misère et la famine, fût consommée : on aurait dit qu'un jugement de Dieu avait décidé la cause pendante entre les Grecs et les Turcs.
^Aw^jen- Durant ce temps , la campagne à l'ouest de la Grèce
avait suivi aussi la même succession d'alternatives sem-
blables de malheur et de bonheur, de danger et de salut, de lassitude et de courage viril.
Après la mort d'Ali-Pacha, il n'y avait plus dans TEpire que les Souliotes qui résistassent encore à Chourchid-Pacha sans se laisser abattre. Seuls entre tous les Albanais, ils restèrent fidèles à Talliance grecque et ils combattirent dès lors pour leur propre liberté et leur indépendance, à l'exemple des Grecs , et de concert avec eux. C'est pourquoi ils avaient demandé * au gouvernement grec de * Print leur envoyer des munitions de guerre et des navires pour faire transporter dans le Péloponèse leurs femmes et leurs enfants, secours dont, ajuste titre, on aurait dû se préoccuper déjà auparavant, déjà avant la chute d'Ali-Pacha et sans qu'ils eussent été obligés de les demander; mais encore à ce moment, les Grecs tardèrent à leur donner ce secours puisqu'ils étaient trop occupés chez eux et qu'ils étaient devenus trop insouciants en voyant la sécurité dont la Grèce occidentale avait joui du vivant d'Ali. Après la chute du pacha de Janina, Chourchid-Pacha avait réfléchi à ce que les Albanais, surtout les Tchames, les plus proches voisins des Souliotes, n'auraient pas aimé à le suivre hors de leur pays avant la réduction des Souliotes. C'est pourquoi il avait offert à ces derniers une amnistie, la possession de leurs terres et leurs anciens privilèges, en leur proposant même d'entrer en négociations avec eux au sujet d'autres vœux qu'ils auraient à lui exprimer; mais les Souliotes , en le remerciant de sa bienveillance , lui avaient répondu : c que puisque l'insurrection des Grecs avait été causée par Ali-Pacha, il fallait promettre l'amnistie aussi à ceux-ci après la chute d'Ali; dans ce cas, les Souliotes l'accepteraient aussi, mais, dans l'autre cas, où les Turcs ne la promettraient pas aux Grecs , les Souliotes ne souilleraient pas leur nom par un manque de foi I. ^1
à l'égard de leurs compatriotes. » Ce ton superbe avait irrité Torgueilleux séraskier. Il décida en lui-même la destruction des Souliotes, et cette résolution fut connue. C'est pourquoi les Souliotes firent venir- à Souli tous ceux de leur tribu qui demeuraient dans des endroits plus éloignés avec tout ce qu'ils possédaient , et se préparèrent à reprendre cette lutte inégale. A Dervichiana, à six lieues de Souli, les Albanais firent encore une dernière tentative pour les séparer de la cause des Grecs, mais ils reçurent la même réponse et le même refus que le séraskier peu de temps auparavant. Les Albanais représentèrent aux Souliotes les dangers et l'esclavage qui attendaient leurs familles : « Nos femmes et nos enfants, répondit Danklis, un des polémarques, ne seront pas vendus; nous les tuerons nousmêmes si nous succombons. » Ils se séparèrent sur ces mots, et toutes les forces turques, quatorze mille hommes, se jetèrent alors en trois colonnes sur ce petit pays qui pouvait à peine leur opposer mille hommes armés. Les Souliotes aussi étaient divisés en trois corps, occupant les positions de Hagios-Nikolaos, de Zavrochi et de Momako * î7inai. quo Ics Turcs attaquèrent toutes les trois le même jour*. Elles durent toutes être abandonnées après une résistance vaillante, et les ennemis pénétrèrent dans Souli. Après avoir perdu leur ville, les Souliotes n'eurent plus que trois points, Chonia, Avarikos et la forteresse de Kiapha où ils avaient concentré leur gouvernement , les réfugiés , les femmes, les enfants, les trésors et les objets sacrés; une fois ce dernier refuge tombé entre les mains des Turcs, ce petit peuple devait nécessairement cesser d'exister, lui qui, dans ces derniers combats, fît preuve du même courage héroïque qu'il avait déjà déployé dans ses guerres antérieures contre Ali-Pacha. Les Turcs assiégèrent et bombardèrent Kiapha oii ils firent beaucoup de mal avec leur artillerie. Dans un conseil de guerre, ils décidèrent
une attaque simultanée contre tous leà trois endroits*. Sur ♦ m ja la hauteur de Navariko, il y avait trois cents hommes, dont trente -sept seulement commandés par Drakos, osèrent résister à l'attaque des Turcs sous la conduite^ d'Omer- Vrione. Cette poignée d'hommes se battit et se maintint jusqu'à l'arrivée des renforts de Kiapha. A Ghonia également, comme à Kiapha, oii les femmes prirent part au combat, les attaques des Turcs échouèrent. Notis Botzaris (ronde de Markos Botzaris), ministre de la guerre grec, qui avait abandonné son poste dans le gouvernement central pour voler .au secours des Souliotes, se couvrit de gloire en repoussant les attaques des Turcs. On dit qu'à ce moment le séraskier, furieux, avait laissé échapper les paroles suivantes : « Dieu a ôté la bravoure aux musulmans pour la donner aux giaours 1 » A ce moment même, les grands préparatifs pour l'expédition dans la Grèce orientale le forcèrent à aller à Larissa : il abandonna au nouveau pacha de Janina, Omer-Vrione, le siège des Souliotes ainsi que toute la campagne à l'ouest de la Grèce. Ce dernier abandonna le système des attaques qui entraînaient des pertes considérables pour procéder à un blocus efficace.
Il était dès lors du plus haut intérêt pour les Grecs de dégager Kiapha, de sauver les Souliotes, de se conserver en eux des instruments pour travailler les Albanais , de maintenir le théâtre de la guerre dans l'Épire, au delà du Makrynoro, et d'épargner à la Grèce occidentale les incursions des Barbares. Mavrokordatos comprit cela parfaitement bien. Au printemps, il avait réuni à Corinthe un corps armé composé du régiment de troupes grecques régulières fort de six cents hommes, qui avait passé des mains de Balesto entre celles du vaillant Italien Tarella, puis des compagnies des Ioniens sous les ordres de Paaas et du petit corps des philhellèoes commandé par le Génois Dania et composé d'homme% àft XomX^^ V&T^sbs^
tîons de l'Europe, pour la plupart anciens officiers, et de
quelques jeunes Grecs appartenant à de bonnes familles*.
Gommencemeat Avcc CCS troupcs, Mavrokordatos était vcnu pendant Tété*
de juin. *
à Missolonghi, en apparence et de nom comme général en chef de la Grèce occidentale. 11 est certain que ce fut un malheur déplorable pour toutes les destinées de la Grèce qu'il ne fût pas aussi en réalité soldat de son métier. En effet, il semblait être précisément alors de la dernière importance que ce chef du gouvernement, par une concentration vigoureuse et par un emploi intelligent de toutes les ressources pour Texécution d'un plan d'opérations précis et clair, se montrât aussi véritable chef militaire, afin de fonder, à l'ouest de la Grèce , un pouvoir solide et suffisant pour tenir en équilibre celui de Kolokotronis et d'Odyssevs au sud et à l'est de la Grèce. C'est ce qu'il semblait avoir toujours senti, et on dirait que, pour cette raison, il avait choisi, dès l'origine, pour théâtre de ses exploits, la Grèce occidentale, oîi il n'était gêné par aucun rival puissant. Mais malheureusement il entreprit, avec des moyens trop faibles et trop incertains, qu'il fractionnait, en outre, beaucoup trop dès le commencement même, l'exécution de ces grands projets, d'après lesquels il voulait débloquer les montagnes des Souliotes et éloigner, de cette manière, autaht que possible de la Grèce le théâtre de la guerre. Aux malheurs qui, par sa faute, résultèrent de cette entreprise , comme cela arrive si souvent^ s'ajoutèrent, par une alliance fatale, encore d'autres désastres qu'on ne peut pas lui imputer, et le président fut frappé du même sort qui, dans les luttes révolutionnaires, atteint si souvent ceux contre lesquels la fortune s'est déclarée.
BauiiiedePéta. Déjà à Missoloughi, Mavrokordatos , avec une confiance
* U n*a jamais compte» d'après Raybaud^ plus de quatre-yingtseize hommes^
SEGOr<D£ ANNÉE DE LA GUERRE. 421
irréfléchie en de vagues promesses de renforts que devaient envoyer les indigènes, détacha imprudemment une partie de ses troupes déjà si faibles ; il envoya cinq cents Magnotes, sous le commandement de Kyriakoulis Mavromichalis, cet homme vaillant, mais bizarre, qui nouait ses énormes moustaches derrière la tête, sur la côte de la Thesprotie à Phanari, petit port à sept ou huit lieues de Souli, pour ravitailler de là Kiapha. L'ordre du général avait été déjà exécuté, lorsqu'après avoir franchi le fleuve Blanc (Achéloos), on se rappela, dans un conseil de guerre tenu à Machala*, qu'on ne pourrait convenablement rien * *3 décider sur la manière la plus avantageuse de secourir les Souliotes qu'après avoir préalablement pris leur avis. C'est poufquoi on ajourna le conseil de guerre jusqu'à l'arrivée à Kompoti, ancien tchiftlik de Mouktar-Pacha , près de l'entrée du défilé du Makrynoro dans la plaine d'Arta, riche en cultures de tabac. Lorsqu'on y passa en revue les forces réunies de tous les insurgés, on ne trouva pas plus de trois mille hommes, tandis qu'on avait compté sur le triple de ce nombre pour combattre yn ennemi au moins trois fois plus fort. Mavrokor dates se consola encore à ce moment de ce mécompte par l'espoir que les secours promis viendraient du Péloponèse le rejoindre ; mais ces renforts n'arrivèrent pas, tandis que les rangs des insurgés s'éclaircissaient tous les jours davantage par les désertions des indigènes. Sur la demande des délégués souliotes arrivés alors, qu'on leur envoyât, pour les débloquer, des troupes au-devant desquelles ils promirent de venir en faisant une sortie, on divisa encore une fois la troupe si faible déjà à Kompoti. Dans le conseil de guerre, on résolut d'envoyer Markos Botzaris avec une division *
* Trikoupis donne le chiffre de douze cents hommes; mais Raybaud^ qui, parmi tous les historiens de ces événements si souvent décrits, est le plus clair, le fixe à trois celilsYlommea %j^\^ssav&T\.
vers Souli, d'occuper, avec le corps principal, le village de Péta, situé près d'Arta, de retenir par ce moyen les Turcs • à Arta, et de tenir ouverte une retraite facile pour Botzaris en cas de besoin. Le lendemain du départ de Botzaris, les tacticiens sous Tarella, les Ioniens et les philhellènes s'aijuiuet. vancèrent * jusqu'à Péta , après avoir laissé encore une petite garnison de cent cinquante hommes à Kompoti ; Mavrokordatos retourna à Lankada pour prendre soin des approvisionnements. Aux anciens embarras vinrent s'ajouter encore d'autres à Péta. Dans cette ville et dans les environs se trouvait la troupe de ce Gogos Bakolas qui. Tannée précédente, avait combattu les Turcs avec tant de bonheur sur ces mêmes lieux. Mais de quel côté il se mettrait alors, c'était encore à deviner. Les Turcs ne le anolestèrent pas, quelque grande qu'eût été l'hostilité avec laquelle il les avait combattus autrefois ; il était en communication avec eux comme avec les Grecs, et il ne s'en cachait nullement, ni d'un côté ni de l'autre. Lorsque les Grecs arrivèrent à Kompoti, les Turcs lui avaient dit que le moment était venu de tomber d'un commun accord sur les klephtes; il se d!éclara prêt à le faire, mais il leur conseilla d'attendre encore et leur demanda, eu attendant, des vivres; il les donna en- partie aux Grecs au lieu de &'en servir pour les combattre ; en partie il les vendit pour avoir de quoi payer la solde de ses gens. Les philhellènes qualifièrent cette conduite de trahison ouverte; les Grecs crurent que la cupidité était le mobile qui faisait agir Gogos dans tel ou tel autre sens : avec le double jeu de la perfidie albanaise qui était arrivée en lui au plus haut degré de la perfection , il ne voulait pas perdre l'un des deux adversaires déterminé d'avance, mais il voulait aider à perdre celui que la fortune abandonnerait. A côté de tels alliés, la confiance téméraire et im-
prudente des philhellènes et des tacticiens, dont l'éducation militaire n'était pas justement aussi une garantie pour leur discipline, semblait devoir leur être plus dangereuse qu'avantageuse. Lorsqu'on apprit à Péta que huit cents Albanais étaient sortis d'Arta pour aller dans les endroits voisins, les philhellènes *, contre le désir et contre les con- * 7 juaie seils de leur chef, le général Normann , mais sur les instigations de ce Dania, homme ambitieux et téméraire, que nous connaissons déjà de Nauplie, allèrent, avec les lo- . niens, à rencontre des Albanais ; ils battirent la campagne pendant quelques jours en deçà et au delà du fleuve de l'Arta, jusqu'à ce que le manque de provisions et Tordre précis de Normann les déterminassent à revenir*. Dès lors, * isjuaie les nouvelles de désastres subis par les Grecs vinrent coup sur coup et de tous les côtés assaillir les soldats du petit camp grec comme messagères de leur propre malheur qui approchait à grands pas. Des Turcs prisonniers leur dirent que, par un Italien, enlevé aux avant-postes, on était instruit à Arta de tous les projets des Grecs, de leurs forces peu nombreuses ainsi que du petit nombre des philhellènes qu'on avait estimés auparavant au nombre de deux mille,-, et que tous ces renseignements avaient été portés aussitôt au quartier général d'Omer-Vrione. Pendant la nuit qui précédait le retour de l'expédition aventureuse des philhellènes à Péta, Markos Botzaris était aussi rentré au camp avec les siens, mais dans la condition la plus fâcheuse ; durant toute leur marche, ils avaient été nargués et poursuivis par les Turcs; enfin, attaqués à Plaka*, par djBS * njuiiiat forces supérieures, ils avaient été repoussés avec des pertes considérables. Déjà auparavant*, les Turcs avaient *30jmn. envoyé de Prévéza des navires dans le golfe d'Ambrarcie (d'Arta) et y avaient capturé quelques bâtiments grecs qui, jusqu'alors, avaient commandé le lac ; de
cette manière, les Turcs avaient coupé les communications par eau entre le camp grec et l'Acarnanie. Un coup malheureux ôta en même temps aux Souliotes tout espoir d'être secourus du côté de la mer. Trois mille Turcs sur- 16 juiuet. prirent* les Magnotes à Phanari. Jusqu'au soir, les Turcs
. eurent à soutenir une lutte des plus opiniâtres; leur chef tomba, qui était, dit-on , ce Moustapha-Bey, le kiaya de Chourchid-Pacha qui, déjà à Valtetsi, s'était trouvé en face de Kyriakoulis ; mais ce vaillant frère de Pétrobey fut frappé aussi au cœur par une balle ; les Magnotes, découragés par sa mort , s'embarquèrent pour Missolonghi. Le même jour, le dernier espoir des Souliotes fut détruit h Péta même.
Péta est située à une lieue seulement d'Arta, sur le versant des montagnes qui séparent l'Ambraciotide des plaines de la Molosside et de Janina , de sorte que cette position offrait les moyens de couper le passage à l'ennemi à travers les défilés fortifiés sur la route conduisant d'Arta à Janina, et d'ouvrir en même temps une communication avec Souli. Le village était bâti au milieu de deux rangées de collines, dont l'une, plus basse et plus accessible, longue seulement de cinq cent quatre-vingts mètres, se dirige vers l'ouest, tandis que l'autre, plus longue, dépasse des deux côtés la première, et s'étend en arrière vers l'est, où un seul sentier conduit, par les hauteurs, à Métépi. La chaîne la plus petite et la plus exposée avait été occupée, dès le commencement, par les troupes régulières; les tacticiens grecs, sous les ordres de Tarella, tenaient le milieu avec deux pièces de trois; les Ioniens étaient placés à droite au nord, les philhellènes à gauche.
' Sur la chaîne postérieure se trouvaient , dépassant les deux ailes des troupes régulières, à droite les huit à neuf oei^ts irréguliers de Gogos Bakolas, au milieu le capitaine
de Xirochori, Varnakiotis, à gauche Markos Botzaris. Plusieurs fois, tous les gens sensés avaient conseillé de renverser cet ordre et de mettre les irréguliers au premier rang; de cette manière, on aurait, du moins, pu observer Gogos, qui était si suspect. Mais Taudacieux Dania ne voulut pas renoncer à son poste d'honneur ; aussi craignait-on, avec raison, de faire une impression fâcheuse sur les Grecs, si les Francs se donnaient la moindre apparence de vouloir reculer devant un danger quelconque. Les capitaines grecs exhortèrent les philhellènes à élever, du moins, les parapets et les redoutes de campagne usités en Grèce ; mais les chefs audacieux rejetèrent ce conseil avec dédain : c Notre poitrine est notre redoute I » disait Tarella. « Nous aussi, nous savons faire la guerre! > disait Dania d'un ton superbe à Vlachopoulos. Ainsi ces soldats présomptueux dédaignèrent de prendre les précautions les plus simples là oîi la précaution la plus prévoyante ne semblait pas être superflue; en effet, ils savaient parfaitement de combien les Turcs d'Arta étaient supérieurs en nombre et en ressources à leur petite troupe, comptant & peine deux mille hommes. Forts de sept à huit mille hommes et conduits par Réchid-Méhmed-Pacha, ce sauvage et farouche comniandant d'Arta que les Grecs appellent ordinairement Kioutachi, les Turcs partirent le matin à sept heures*, formPiit un vaste demi-cercle et appuyant * lejuiuet leur aile droite, composée de six cents cavaliers, sur la route de Kompdti. Le corps principal attaqua le front des troupes grecques régulières. Toute la ligne, même les tacticiens grecs, suivant l'exemple des philhellènes et évitant de prodiguer inutilement la poudre, laissa arriver l'ennemi de très-près; puis le feu des Grecs causa de grands ravages dans les rangs des Turcs, et, pendant deux heures, on put résister aux attaques réitérées des
musulmans. Un corps séparé des ennemis attaqua la dernière ligne des Grecs, commandée par Gogos; lui aussi' permit aux Turcs d'arriver tout près de lui; il laissa même passer Tavant-garde, forte de soixante à quatrevingts hommes et composée entièrement de porte-drapeau et des soldats les plus braves , sans leur faire de mal ; mais dès que le corps principal voulut les suivre et qu'il fut à portée du fusil, il le fit foudroyer, et ordonna à son fils de poursuivre les fuyards. La victoire paraissait assurée aux Grecs sur toute la ligne, lorsqu'un accident vint changer tout. Cette avant-garde, séparée du corps principal par la manœuvre d^ Gogos, cacha ses drapeaux et se fraya un chemin jusque sur la hauteur, près du sentier conduisant à Métépi , et qui n'avait pas été occupé. Lorsque les irréguliers grecs les y virent tout à coup audessus de leurs têtes déployant leurs baïraks, ils craignirent la trahison ou la défaite de Gogos, et se débandèrent à l'instant même. Les Turcs au fond de la vallée, au contraire, reprirent courage et confiance, et, renouvelant avec impétuosité leur attaque contre les corps réguliers des Grecs^ ils écrasèrent les Ioniens et les tacticiens; ils firent descendre leurs lourdes masses à travers le village oti les battus venaient de passer dans leur retraite, ils coupèrent leurs dernières compagnies et les taillèrent en pièces. Dania se faisait, un point d'honneur de tenir bon avec sa petite troupe de philhellènes ; Tarella accourt en personne avec une suite peu nombreuse, pour le déterminer à la retraite; mais il se trouve lui-même enveloppé dans la destruction des siens. Les Turcs, venant du village et emportant avec eux les têtes des tacticiens tombés et celles des malades assassinés dans le village, coupent la retraite aux philhellènes; ces derniers se jettent sur la route de Kompoti, occupée par les cavaliers
turcs ; derrière eux , la position qu'ils abandonnent est aussitôt inondée par des ennemis innombrables. Ces hommes héroïques firent des prodiges de valeur, jusqu^à ce que, les uns après les autres, ils tombassent sur les cadavres des Albanais, qui formaient de véritables monceaux; un petit nombre seulement, se retirant par le chemin de la montagne, fut sauvé par les gens de Gogos, qui, par une décharge de leurs fusils, arrêtèrent les Turcs d^ns leur poursuite. Dania était tombé, Panas et le général Normann avaient été blessés par une balle* morte , presque le tiers des tacticiens , la moitié* des Ioniens et les trois quarts des philhellènes restèrent sur le champ de bataille. Tout le matériel de guerre fut perdu» La dispersion de l'armée était complète. Mavrokordatos était k dîner à Évangélistra, près de Lankada, lorsque Grivas lui prédit, d'après l'omoplate du mouton rôti qu'ils mangeaient, la défaite de leurs amis. 11 fut profondément ébranlé, lorsque la nouvelle du désastre confirma la prédiction de Grivas. Les Grecs dispersés se rassemblaient . peu à peu autour de lui, à Lankada, et ils conunençaienl à se faire les uns aux autres des reproches, qui cependant tombaient plus particulièrement sur Gogos. Tous les philhellènes survivants l'accusèrent d'une trahison perfide ; les chefs grecs excusèrent, par la désobéissance ordinaire des troupes irrégulières, la négligence dont on avait fait preuve en n'occupant pas la colline du haut de laquelle les Turcs étaient venus surprendre les Grecs. Gogos lui-même parut devant Mavrokordatos, pour protester de son innocence; mais, voyant ici clairement la triste position des Grecs, il rentra dans ses foyers pour passer ensuite du côté des Turcs. Dès lors sa trahison était complètement prouvée aux yeux des Francs.
La défaite de Péia était un coup terrible porté à toute la suites de
* ^ tastrophed
Grèce occidentale. Elle arriva à l'époque même oîi Texpédition de Dramalî faisait des progrès si rapides dans la Grèce orientale; la ruine de la nation grecque semblait alors approcher, sans qu'on pût l'arrêter. La cause des Souliotes était à ce moment tout à fait désespérée ; la base, que les Grecs avaient espéré trouver dans FÉpire, avait été perdue ; les accès vers l'Acarnanie et l'Étolie étaient tout grands ouverts. La position et l'influence de Mavro-* kordatos avaient été détruites par sa faute, et aucun sacrifice, quelque patriotique qu'il fût, ne put les relever entièrement. Toute la valeur des philhellènes ne put faire regagner à leur considération militaire ce qu'elle avait perdu par leurs malheurs. Tout le monde comprit clairement que cette première base d'une organisation militaire était complètement détruite, organisation qui avait partout gêné et irrité les kleph tes, parce qu'ils sentaient bien que leur temps serait fini dès qu'un système régulier pourrait prendre racine. Une victoire remportée dans ces lieux, les Souliotes débloqués auraient nécessairement donné une grande importance et la prépondérance à la guerre, faite suivant les règles de la tactique ; ceux des jeunes gens de l'Europe qui étaient prêts à tout risquer auraient été attirés davantage vers la Grèce, et Mavrokordatos aurait acquis une position militaire, en même temps qu'il aurait placé son gouvernement intelligent sur un terrain solide. Mais toutes ces choses allaient prendre une tournure bien différente. Les Souliotes, souffrant déjà de la famine et des épidémies dans leurs derniers refuges, durent entamer des négociations avec Omer-Pacha. Ils étaient prêts -à rendre Kiapha, mais ils ne voulurent pas rester sur le territoire turc, ils voulurent s'établir de nouveau dans les îles Ioniennes. Le lord haut-commissaire anglais consentit à les recevoir, et on conclut à Prévéza,
dans la maison du consul anglais Meyer, et sous sa garantie, un traité*, dans lequel les Turcs, pour en finir au * **<»ût. plus vite^ firent toutes les concessions possibles. La troupe souliote arriva*, avec femmes et enfants, à la mer, oîi on ***««?<«» les embarqua pour les conduire à l'île de Céphalonie. Sans perdre de temps, Omer-Pacha se tourna vers TAcarnanie et rÉtolie. Ni arrogant comme Chourchid, ni irréfléchi comme Dramali, il chercha à amener, par la douceur, à la soumission les capitaines grecs qu'il connaissait personnellement en partie du temps d'Ali. Il aurait peutêtre même retardé encore l'emploi de la force, si le commandant d'Arta, cet ardent Méhmed-Réchid-Pacha, n'avait pas méprisé et traversé ces manœuvres , qu'il trouvait trop lâches. Il s'unit à Ismaël-Pliassa, adversaire d'Omer- Vrione, prit pour deux mois deux mille Albanais à sa solde, et franchit avec eux le golfe d'Ambracie, dans la confiance hardie de pouvoir subjuguer, avec ces faibles troupes et à la faveur des conjonctures, toute l'Hellade occidentale. Omer-Pacha, craignant le mécontentement de Chourchid et de la Porte, le laissa faire. Kioutachi débarqua à Loutraki, qu'il trouva sans défenseurs. Mais à Machala , environ trois mille Grecs se rallièrent autour d^ Mavrokordatos et des débris de sa troupe de tacticiens. De ces deux endroits, les deux armées s'observèrent et se combattirent pendant quelque temps; mais, dès que la
nouvelle se répandit et fut confirmée comme certaine qu'Omer-Pacha allait venir aussi avec une nombreuse armée d'Albanais, le camp chrétien fut levé, les soldats se dispersèrent et les habitants de la contrée affluèrent par troupes nombreuses vers la côte, pour se sauver au delà de la mer dans l'île de Kalamos. La perfidie albanaise semblait avoir été pour beaucoup dans ces événements. Un jour, les Grecs, à Machala, avaient résolu de faire une
attaque nocturne et à l'improviste contre Loutraki ; mais on trouva lesrTurcs tout armés, et on eut des raisons pour croira à la présence de traîtres au milieu des Grecs. Le souvenir de Gogos était encore trop récent pour qu'on pût s'empêcher d'y penser. En outre, on savait partout que les capitaines d'Agrapha, de Vlachos et de Kravara étaient divisés entre eux par des querelles violentes ; on apprit que Varnakiotis était en correspondance avec Omer-Pacha, son ami d'enfance. L'honnête Mavrokordatos n'y voyait rien de suspect; le conseil de guerre permit même à Varnakiotis de continuer sa correspondance avec Omer, puisqu'elle paraissait être opportune et utilç pour le moment, afin de payer Omer de belles promesses, jusqu'à l'arrivée des renforts du Péloponèse. Ayant reçu cette autorisation, même par écrit, Varnakiotis fit alors un pas de plus qu'il n'était nullement autorisé à faire. Accompagné de A. Iskos, et sans en informer Mavrokordatos d'au- Findeseptemb. cunc façou, il sc rendit* auprès d'Omer-Pacha, qu'il vit en personne, et dont il fut tellement charmé, qu'il fit, sans hésiter, sa soumission. Étant de retour, Varnakiotis convoqua les primats, et même le président, à une assemblée. Mavrokordatos reçut sa lettre de convocation à Géphyra. Inquiet et en proie aux soupçons, il manda, de son côté, * 5 octobre. Vamakiotis devant le sénat; mais, le même jour*, des lettres d'Omer et de Varnakiotis révélèrent toute la vérité. Cette défection, entraînant celle de toute une série d'autres capitaines, rejeta les plus guerrières de toutes les éparchies, celles de Xiroméros et de Valtos, sous le joug turc, et ouvrit à Omer-Pacha l'accès de l'Étolie et de TAcarnanie. Sans trouver d'obtacles, il passa, avec sept ou huit mille Albanais, par les défilés du Makrynoro, il trouva Lépéno et Vrachori brûlées par les chrétiens; les habitants de la contrée s'étaient tous enfuis. Mavrokor-
datos, avec quelques hommes fidèles, tels que Markos Botzaris, Tsonkàs, Makris et Vlachopoulos, cherchèrent à opposer la résistance à ces forces supérieures dans différents endroits, en dernier lieu* près de Képhalovrysi, à *2noTemi deux lieues de Missolonghi, et à défendre rentrée des Lagunes, mais tout fut en vain. Les indigènes quittèrent Képhalovrysi pour se disperser dans les montagnes ; Kitsos et Markos Botzaris, poursuivis de près par leurs enne^ mis, se jetèrent dans Missolonghi, oîi Mavrokordatos s'était déjà réfugié auparavant. Immédiatement après, ils se trouvèrent bloqués dans la ville du côté de la mer et du côté de la terre. Réchid-Pacha campa près de Hagios- Athanasios, et Omer près de Hagios-Dimitri. Gogos, Varnakiotis, Iskos et d'autres capitaines grecs étaient dans leur suite. Quelques vaisseaux de guerre, commandés par Youssouf-Pacha, étaient venus de Patras et avaient paru, devant la ville. Ce fut à ce moment que Mavrokordatos, par une résolution virile, enflamma de nouveau dans ces contrées le patriotisme éteint, et que, par une persévérance héroïque, il sauva la "Grèce occidentale. La plupart des capitaines qui s'étaient réfugiés avec lui dans la ville, conseillèrent au président de quitter ces contrées ; le gouvernement des îles Ioniennes lui fit offrir un refuge à Zante. Mais Mavrokordatos déclara qu'en agissant ainsi il ouvrirait aux ennemis l'entrée du Péloponèse, qui avait déjà assez à souffrir, et que tout serait perdu. « C'est ici que je mourrai ! » dit-il en terminant , et Markos Botzaris appuya ces paroles, en ajoutant: «Moi aussi! » Ces paroles devinrent la pierre fondamentale de la défense de Missolonghi , dit Trikoupis. Le peuple de Missolonghi acheva l'édifice. Sans la ferme résolution des habitants de la ville, le courage de ces nobles hommes n'aurait pu rien faire, car l'un d'eux n'était entré dans la ville qu'avec
vingt-cinq hommes armés, et l'autre avec trente-cinq. C'est pourquoi ils firent entrer l'archevêque Porphyrios et les primats Joannès Trikoupis, Palamas, Papaloukas et Razokotsikas dans le conseil de guerre. Tous furent du même avis. Le peuple aussi, après avoir été consulté, se déclara prêt à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Ce premier commencement des exploits des habitants de Missolonghi fut entièrement digne de leur dernière fin glorieuse.
fnmier siège de Déjà le UOm dc la villC dc MisSOloUghi ( ^v {XEdw XoYliiidoaghi. g \
Ywv, au milieu de la forêt) indique qu'elle est d'origine moderne, et il n'en est pas fait mention avant 1684. Turque de construction, elle était presque entièrement chrétienne par sa population ; la partie la plus riche de ses cinq mille cinq cents habitants parlait la langue grecque ; il y avait là une bonne école qui, sous la direction de Panagiotis Palamas et de ses deux fils, avait attiré bon nombre d'élèves. Pour jouir d'une position plus saine et plus agréable sur le bord de la mer, les plus riches des habitants avaient enlevé à la mer une partie des lagunes peu profondes, en élevant des digues sur lesquelles ils avaient posé des pieux solides en forme de gril pour y construire leurs maisons. Les campagnards, ceux qu'on appelait les habitants des chaumières {kalyviotes) demeuraient du côté de la terre ferme, tandis que les autres parties de la ville étaient habitées par des pêcheurs et des marins qui trouvaient une source d'occupation et de prospérité inépuisable dans l'abondance du poisson le long des côtes. La ville est située sur une langue de terre entre le fleuve Blanc (Achéloos) et le Phidaris ( Evénos ) , à quatre lieues du versant méridional du Zygos (ancien Arakynthos), oîi était située l'ancienne ville de Pleuron . Le sol de la ville est presque de niveau avec la mer; pendant l'hiver, les maisons sur la plage sont
exposées à renvahissement des eaux qui, pendant Tété, se retirent souvent loin de la ville comme par une marée basse. Devant la ville, les eaux peu profondes de la mer forment une grande lagune de soixante-cinq lieues de circonférence, riche en poisson, et remplie de vase et de varech , elle n'est accessible qu'à des bateaux plats et elle est toute parsemée de petits îlots servant, pendant l'hiver et à l'époque des grandes pêches, d'abri aux pécheurs qui y passent la nuit. Deux salines qui y sont situées, l'une, la blanche du côté d'Anatoliko, l'autre, la noire à l'ouest du côté de Bochori, oflFraient une autre branche d'industrie à cette ville.qui, déjà au commencement de ce siècle, laissait l'impression d'un endroit prospère à ceux des voyageurs qui étaient déjà habitués aux choses d'Orient ; elle était même plus importante qu'Anatoliko qui avait donné cependant son nom à l'éparchie. Un canal étroit, allant de la ville à la mer, traverse la lagune et offre le seul accès à la ville aux petits navires marchands. Près du bord oriental de ce canal, se trouve la petite île de Vasiladi qu'Ali-Pacha, en 1816, avait fortifiée à cause de sa position importante. Du temps de l'insurrection, les Grecs dressèrent trois canons dans le fort qui, peu de temps auparavant, lorsque la flotte turque allait à Patras, y prendre le kapoudan-pacha, avait été en état de repousser une attaque de vaisseaux égyptiens. Du côté de la terre, la ville était à peine protégée par un vieux fossé, très-négligé, profond de quatre pieds et large de sept, qui, long d'une lieue, l'entourait des deux côtés et en descendant jusqu'à la lagune ; sur le bord de ce fossé s'élevait un mur ou parapet, haut de quatre pieds sur une largeur de deux pieds, construit sur une base peu solide, sans tours et armé de quatorze vieux canons de fer. Les assiégés y ajoutèrent un second retranchement intérieur qui mettait deux églises eu I. ^^
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communication entre elles. Avec ces moyens de défense et avec des provisions pour un mois, trois cent soixante hommes portant les armes, qui seuls restaient à Missolonghi après qu'on en eut éloigné les gens incapables de se défendre, avaient à résister à onze mille Turcs qui commencèrent à bombarder la ville avec onze canons et quatre obusiers.
Gomme ce premier bombardement ne produisit pas de résultats, les pachas tinrent un conseil de guerre. Réchid- Pacha voulut prendre la ville d'assaut ; c'était le conseil le plus énergique et le plus prudent qui aurait entraîné la ruine de la ville et de la garnison ; mais Omer-Pacha aimait mieux arriver au but par des négociations puisqu'il voyait un danger pour l'armée si, vu la dévastation de toute la contrée à l'entour, on ne conservait pas la ville comme quartiers d'hiver pour les soldats. C'est pourquoi il s'adressa à Yarnakiotis afin que celui-ci se mtt en communication avec les différents capitaines, espérant que Yarnakiotis les gagnerait aussi facilement qu'Orner avait gagné Yarnakiotis lui-même. Ce dernier écrivit des lettres, maïs il ne reçut pas de réponse. Alors Omer-Pacha amena Ago»- Yasiaris, ancien partisan d'Ali-Pacha, à demander une entrevue personnelle à Markos Botzaris qu'il avait connu auparavant intimement ; cette entrevue eut lieu en dehors de la ville, afin que l'ennemi ne pût pas connaître le faible nomlnre des défenseurs sur lequel on chercha à le tromper par toute espèce de petites ruses. Le négociateur fit toutes les propositions qu'on put désirer, il promit une amnistie générale, une retraite libre pour Mavrokordatos et pour tous ceux qui auraient à craindre la colère du sultan. Dans le désir de retarder un assaut contre la ville jusqu'à ce qu'ils eussent reçu des renforts, les assiégeants firent prendre patience au pacha en lui faisant espérer leur soumission et
traînèrent les négociations en longueur. Pendant que ces relations amicales duraient du côté de la terre, Youssouf- Pacha, à bord de ses vaisseaux, déclara au peuple de-Missolonghi que < s'ils ne voulaient pas que la ville devînt le tombeau de beaucoup de gens innocents, ils eussent à livrer le président, les archontes et les capitaines, à payer le tribut arriéré et à consentir encore à différentes autres compensations. »> Les habitants de Missolonghi se firent donner ces demandes par écrit et ils s'en servirent pour s'en plaindre auprès d'Omer-Pacha et pour gagner ainsi de nouveau du temps. Le pacha en fut indigné et n'en accorda que des concessions encore plus larges. Il fit faire au< Grecs la promesse verbale que le président et son entourage, Markos Botzaris et les siens, les primats et trois cents familles notables de Missolonghi pourraient quitter la ville. Ceci montra aux assiégés que l'on ne connaissait pas du tout au camp turc l'état des choses dans la ville, car elle ne renfermait pas un si grand nombre de familles notables. On conclut alors une trêve de huit jours pour faire venir les navires nécessaires au transport de la garnison. Trois jours manquaient encore à l'expiration de ce délai, lorsque sept navires d'Hydra parurent* dans les ♦ m ncrrembw eaux de Missolonghi et dispersèrent l'escadre de Youssouf qui se sauva tout effrayé. Omer-Pacha conseilla alors aux Grecs de se servir de ces navires pour partir ; mais ces mêmes navires débarquèrent à ce moment* sept cents Pé- • «3 norembre loponésiens qui entrèrent dans la ville sous la conduite de Pétrobey lui-môme , d'Andréas Zaïmis et de Kanélos Dé-» lyannis ; ces mêmes hommes qui avaient été auparavant les premiers à occuper et à maintenir l'acropole d'Argos, vinrent encore partager avec les défenseurs de Missolonghi les dangers de ce siège. Us venaient au bon moment reoH placer ce vaillant général Normann, qui^ estimé de tous à
cause de sa bravoure et de son caractère honorable, mourut précisément le même jour d'une fièvre gastrique. Vasiaris alors adressa des paroles dures à Markos Botzaris qui, le cœur tout joyeux et trompant insolemment son ami, lui dit, pour l'apaiser, que les assiégés étaient prêts à envoyer aux Turcs des délégués afin de se soumettre ; mais on raconte qu'en partant il avait dit, en se couvrant de la main la face rouge de honte : « A la patrie il faut sacrifier même l'honneur ! » Ravis de cette promesse, les pachas firent de grands préparatifs j^our recevoir solennellement les délégués ; Varnakiotis devait les accompagner ; Omer- Pacha, tout fier de ses succès, se rendit dans latente de Réchid-Pacha qui était très-mécontent. L'heure du rendez vous arriva; mais les délégués ne parurent pas. On porta seulement aux pachas furieux une lettre laconique qui disait : « Si vous voulez avoir notre place, venez la prendre ! » Après ce premier changement des affaires, l'état de choses dans le voisinage de la ville se transforma rapidement et complètement. Après la levée du blocus par mer, les compatriotes des Grecs de Céphalonie et de Zante, malgré les difficultés que leur suscitait leur gouvernement, vinrent approvisionner la ville de la manière la plus abondante; il arriva même un navire avec des provisions de Livourne. Quatre vaisseaux de Spetzia rejoignirent ceux d'Hydra ; d'entre les indigènes, Makris et Tsonkas entrèrent dans la ville avec de nouvelles suites armées; mille Péloponésiens vinrent encore de Gastouni et de Pyrgo ; Andréas Lontos arriva aussi avec une suite. Les Étoliens encouragés s'agitèrent sur les derrières des Turcs. Les indigènes réfugiés à Kalamos, repoussés par le gouvernement des îles Ioniennes, avaient été forcés par le désespoir à reprendre les armes. Eux, ainsi que d'autres de leurs compatriotes affluant vers eux, formèrent deux corps de trou-
pes commandés, l'un par les frères Chassapaios à Xiroméro et l'autre par Malésadas à Valtos, qui coupèrent les communications des Turcs avec Arta et avec Prévéza. Déjà les nouvelles de Test avaient commencé à se répandre et jetèrent le découragement parmi les Turcs ; ils apprirent les défaites de Dramali, l'investissement de Corinthe où son armée se trouvait bloquée, la fuite de la flotte et les désastres qui l'avaient frappée. Le terrible hiver était arrivé avec ses averses de grêle et de pluie, ave^ la disette et les fièvres à sa suite. Les rangs des Albanais, dont la solde n'était plus payée, s'éclaircissaient tous les jours davantage par les désertions. Leur intérêt et leur politique, qui allaient servir la cause des Grecs encore davantage, étaient tout à fait de prolonger, autant que possible, la guerre entre Turcs et Grecs puisqu'elle remplissait toujours leur bourse; ils appelaient plus particulièrement leur saraf (banquier) cette ville de Missolonghi, devant laquelle les flots soulevés pour étouffer l'insurrection, devaient se briser encore plus d'une fois. Les pachas revinrent alors à la première idée de Réchid, à Tassant; mais l'enthousiasme des assiégeants avait diminué, tandis que celui des assiégés s'était augmenté. On fit de grandes promesses d'argent aux vo-^ lontaires qui s'engageraient à escalader le mur ; huit cents Albanais se présentèrent, parmi eux tous les porte-drapeau. On fixa pour l'attaque la fête de Noël, croyant que les Grecs seraient alors à l'église. Mais ce projet fut révélé aux assiégés. La veille de la fête, un navire ayant à bord un secrétaire de Makris, passa près de la Saline-Blanche. Un homme sur le rivage fit un signe aux matelots ; on sut plus tard que c'était un des chasseurs d'Omér-Pacha dont la femme et l'enfant payèrent de leur vie ce bienfait rendu par lui aux Grecs ; il dévoila à ceux qui montaient le navire les projets des Turcs, il leva les mains vers le ciel et
disparut en pleurant. Pendant la nuit, on annonça cette nouvelle aux chefs. Grivas avait dû partir de grand matin avec cinq cents hommes pour se rendre par mer en Acarnanie; on en restreignit alors le nombre à cent ; on ferma les églises et on posta tous les gens armés sur toute la ligne des fortifications, en tout deux mille deux cent cinquante hommes. Les Turcs aussi furent distribués sur toute la ligne. Les huit cents hommes destinés à escalader le mur s'étaient glissés, pendant la nuit et sans être aperçus, avec des fascines et des échelles d'escalade dans le fossé du côté de Test, où le mur était plus faible qu'ailleurs, et attendaient le signal, de l'attaque. Une heure avant la pointe du jour, les ennemis ouvrirent le feu d'un bout du fossé à l'autre ; la cavalerie s'avança et à la clameur et aux cris de tous les assaillants, les Albanais escaladèrent le mur sur le haut duquel ils plantèrent deux ou trois drapeaux. Leur entreprise hardie leur fut fatale. Après une lutte de trois heures, ils furent repoussés et rejetés dans le fossé où restèrent cinq cents morts et blessés avec tous les drapeaux. Comme dans la bataille de Péta tous les malheurs fondirent sur les Grecs, ce furent à Missolonghi les Turcs sur lesquels se concentrèrent tous les désastres. Les amis douteux Gogos, Varnakiotis, Iskos, Rankos et Géorgakis de Valtos abandonnèrent, après ce jour de Noël, les Turcs comme ils avaient abandonné auparavant les Grecs, Au nord, les habitants de Valtos fermèrent le défilé du Makrynoro; Mavromichalis, traversant le golfe pour se rendre en Acarnanie, anéantit un corps de troupes ennemies à Katochi sur l'Achéloos; un bâtiment de transport turc tomba entre les mains des Grecs ; de Test, on reçut la bonne nouvelle qu'Odyssevs approchait pour dégager Missolonghi. Les Turcs eifrayés, saisis de terreur et d'époui jMttTier i$is. rante, quittèrent* leur camp avec une telle rapidité qu*ila
SECONDE AltNÉE DE LA GUERRE. 431
abandonnèrent tous leurs canons, leur matériel de guerre et même les bagages des pachas pour essayer de se sau^* ver par Vrachori à Prévéza. Botzaris fit la proposition hardie d'aller cerner les Turcs dans la ville de Vrachori qui était dénuée de tout; mais les dissensions et la jalousie entre les capitaines s'opposèrent à Texécution de ce plan; la destruction des Turcs aurait été certaine. A une première tentative faite pour traverser le fleuve Blanc, ils IV valent trouvé infranchissable, puis ils s'étaient rejetés sur Vrachori oii, campant sans tentes et sans abri dans les rui* nés, ils étaient déjà réduits à abattre leurs chevaux. Une division sous les ordres d'Ismaël-PUassa essaya* de se re- * «'; tirer à Agrapha, mais elle fut forcée par Karaïskakis, qui avait occupé la route par Hagios Vlassis, à rebrousser chemin vers Vrachori. Le désespoir poussa les Turcs à essayer encore une fois de se frayer pn chemin vers Lépéno en franchissant le fleuve. La cavalerie rangée en trois lignes essaya de briser la violence du courant pour faciliter le passage à l'infanterie. Facilement les Grecs auraient pu préparer là aux Turcs une tombe certaine- Par hasard, quelques Grecs passaient de T autre côté ; ils tirèrent sur les Turcs traversant le fleuve à gué et entraînés souvent, hommes et chevaux, par. la force du courant. Les Turcd prirent ces Grecs pour l'avant-garde d'une troupe plus nom^ breuse ; en effet, il y avait une division à Machala, mais le^ désunion des chefs avait empêché les Grecs d'occuper le gué. Malgré ces circonstances favorables, cinq cents Turcs furent noyés ; ceux qui s'échappèrent arrivèrent à demi morts de frayeur et d'épuisement à Karvasara où ils s'embarquèrent* pour Prévéza, L'échec de Péta était ré- ♦ 20 paré. Non -seulement la cause grecque se relevait à l'ouest, mais encore Texpulsion des Turcs de l'Acarnanie réagit même sur le Péloponèse et hâta la destruction de
l'armée de Dramali. A Corinthe, les Turcs perdirent tout espoir de se voir ravitaillés et secourus de l'ouest depuis que les vaisseaux grecs avaient recommencé à parcourir le golfe de Lépante. La condition des débris de l'armée turque, qui s'y trouvaient encore, était effroyable. La peste et la famine y enlevaient alors tous les jours de dix à vingt hommes. Encore plusieurs années après, on y voyait surtout autour des puits et des fontaines les ossements des hommes et des animaux qui y étaient morts de faim et de soif et qui restaient là sans être enterrés. Le désespoir força enfin les débris de cette armée superbe à chercher à se frayer un. chemin vers Patras, afin de changer d'air et d'aliments. Une garde très-peu nombreuse resta à Acrocorinthe. Mille hommes purent être embarqués ; les autres trois mille cinq cents partirent par terre en suivant la route lejanvier du Uttoral dc l'Achaïe*. Les Grecs de ces contrées étaient en proie à des discordes intestines; les Charalampis dont le chef Sotiris était un des types les plus mauvais de l'ancienne espèce des kodchabachis, étaient en guerre ouverte avec les Petmézades ; la route était donc entièrement ouverte ; néanmoins, là encore le malheur et le hasard conspirèrent contre les Turcs. Asimakis Zaïmis, vieillard aux cheveux blancs, et quelques autres primats venaient de partir avec leur suite pour apaiser les querelles entre les phefs dont nous venons de parler ; les chefs ennemis et les réconciliateurs se rencontrèrent un jour sur les hauteurs des kalyvies^ de FAkratas (l'ancien Krathès); de là ils virent tout à coup passer au pied de la montagne les Turcs dont une partie avait déjà franchi le fleuve, tandis que les autres étaient encore en arrière; ni les uns, ni les autres
* Les chaumières d'hivernage vers lesquelles, pendant la saison plus rigoureuse, les bergers descendent des montagnes plus élevées pour y ^cjoumer.
n'auraient eu la moindre idée de rencontrer un ennemi dans ces lieux. Au delà du fleuve du côté de Vostitsa, on avait, dans le temps, élevé un mur sur la côte pour se protéger contre une incursion de Dramali ; ce fut là que les Grecs, oubliant tout d'un coup leurs querelles, s'établirent en barrant le passage sur la côte et en occupant le sentier de la montagne. Les Turcs assaillirent* deux foislaposi- * i8jaavi< tion des Grecs, mais en vain; le vieil Asimakis et Sotiris Charalampis surtout brillèrent dans le combat. Les musulmans se retirèrent dans le chan d'Akratas oîi ils restèrent tranquilles sans attaquer les Grecs et sans être attaqués par eux. Deux jours après, on vit arriver une nouvelle troupe grecque conduite par Andréas Zaïmis, par Lontoset Odyssevs qui, après la cessation inespérée du siège de Missolonghi, étaient en route pour s'en retourner de là à Astros et qui, chemin faisant, avaient entendu parler de la rencontre sur l'Akratas. Cette troupe vint donc bloquer les Turcs sur les derrières. Ils auraient, sans peine, pu les tailler en pièces ; mais les capitaines sordides se dirent qu'une capitulation leur donnerait une plus grosse part de butin ; ils aimèrent donc mieux réduire les Turcs par la famine. Les Grecs les voyaient d'en haut abattre leurs chevaux, et enfin (chose horrible à raconter) même ouvrir les crânes de leurs morts pour en sucer la cervelle. Ils étaient en train de négocier au sujet de la capitulation, lorsque Youssouf-Pacha vint déranger les calculs des capitaines grecs trop avides. A la nouvelle de cette rencontre étrange, il était sorti de Patras avec sa flotte, mais il fut arrêté par une tempête ; il fit une seconde tentative et arriva juste au dernier moment pour recueiUir à bord de ses vaisseaux, sous le feu des Grecs, les malheureux Turcs qui survivaient encore et pour les porter dans un état affreux à Patras. Telle était la fin de cette campagne de 1822, conçue ^^^^^
Ht LIVËB DE BOUCLIERS.
d'après un plan si grandiose, et commencée à Test et à Tpuest d'une manière si brillante. Les deux superbes chefs , Thomme ambitieux qui dirigeait Tensemble , et l'homme envié qui devait frapper le coup décisif, étaient couchés tous les deux dans la tombe. La loi vengeresse du talion avait frappé le terrible kapoudan- pacha qui avait été la terreur des chrétiens. Sous lui et sous son successeur, la flotte turque, avec ses escadres auxiliaires venues du nord de l'Afrique, depuis le Nil, jusqu'en Algérie, n'avait récolté que la honte et les défaites. De l'armée de trente mille hommes formée avec tant de soins par Dramali, on n'avait sauvé que la dixième partie à peine ; les ossements ^des autres soldats blanchissaient entre Argos et Corinthe. Lorsque cette armée, cernée à Corinthe, était déjà vouée à la ruine, Méhmed-Pacha à Salona, Youssouf-Pacha à Fatras et à Lépante, Kioutacbi et Omer-Vrione en Acarnanie réunissaient encore trente mille hommes sous leurs ordres et dominaient le golfe de Corinthe; mais, peu de temps après, ces chefs aussi étaient tous battus et honteusement mis en fuite ou trompés dans une retraite ignominieuse. La Porte était profondément humiliée. Elle avait reçu en héritage des Byzantins la folie de ne croire à aucun danger avant qu'il fût imminent. Leur propre passé avait transmis aux Turcs le grand défaut de se tromper dans l'évaluation de leurs propres ressources et des forces de leurs adversaires. Habitués à mépriser les Grecs comme un peuple bâtard, ils ne les crurent pas capables de leur opposer de la résistance. Exercée à décapiter une révolution comme un individu, et le plus souvent dans la personne d'un seul individu; exercée encore à vaincre l'hydre des rébellions aristocratiques parmi les Bosniaques et les Albanais, comme te ftddait Omer-Vrione, en semant la discorde et en jetant
SECONDS AMNiE D£ LA GUERRE. 443
la trahison parmi leurs chefs, la Porte restf^ tout inter-^ dite en voyant des phénomènes et en faisant des exp^ riences d'un genre tout nouveau pour elle, lorsque la tête du patdarche, en tombant, au lieu d'étouflfer l'insurrec^ tion, l'approfondit, l'élargit et l'exaspéra, lorsque les Odyssevs et les Botzaris dirigèrent, avec une habileté insolente, leur talent d'imposture et de perfidie contre la Porte elle-même. Elle avait mis à la disposition du seraskier des ressources extraordinaires; non-seulement elle lui avait donné les ordres les plus énergiques, mais encore, comme on le savait dans les cercles diplomatiques, les pouvoirs les plus étendus pour ouvrir des négociations et pour accorder une amnistie; on voyait les traces de l'application de ces pleins pouvoirs partout dans les mesures prises par Moustapha-Bey, Omer-Vrione et Méhmed-Pacha; mais ni le gouvernement, ni ses organes ne surent bien saisir le moment, ni bien fixer les limites où et daûs les^ quelles la clémence et l'emploi de la force étaient préférables ou déplacés. De cette manière, l'attente si certaine des grands savants politiques à Constantinople , comme dans toutes les capitales de l'Europe , avait été trompée complètement. La Porte, si puissante, ne s'était nullement montrée supérieure à l'insurrection. Le résultat définitif de toute la lutte, bien que celle-ci allât se prolonger encore pendant des années entières, se trouva, pour ainsi dire, indiqué par l'issue de cette campagne. Les ennemis se trouvaient en face l'un de l'autre, avec les mêmes succès et échecs, accidents heureux et malheureux, victoires et défaites, honneurs et affronts; mais leurs res^ sources étaient déjà épuisées, et des hommes et des forces, fournis par l'étranger, durent coopérer dès lors pour ame* ner le dénoûment final. Si, immédiatement après la fin de la campagne de cette année, on avait voulu terminer la
cause par un arbitrage, la sentence aurait dû infailliblement se prononcer dans ce sens que le klephte avait vaincu le sultan, et non le sultan le klephte, pourvu toutefois que, des deux côtés, on eût considéré comme le résultat de plans préconçus et du mérite ce qui n'était que l'œuvre de la chance et du hasard.
Us Grecs s'a- Une direction providentielle et vraiment miraculeuse
liettent à i'étran- ^
nr pour obtenir avait douué à ccttc crise pleine de périls une issue favo-
lessecoors. * *
ràble pour la Grèce, dont la cause aurait été perdue sans ces miracles. Sans eux, la confiance des Grecs en euxmêmes aurait subi, à la même époque, des secousses trop fortes pour que la révolution eût pu y survivre. En effet, au même moment oîi, après s'être relevés de leur chute à l'est et à l'ouest, ils pouvaient se croire de taille à continuer leur lutte tout seuls et avec leurs propres forces, ils eurent aussi la certitude de n'avoir à attendre aucun secours du dehors de qui que ce fût dans le monde, aussi peu à l'Occident qu'à l'Orient. Dans ce peuple si facile à exciter, on avait déjà commencé à chercher ces secours avec inquiétude, lorsque Dramali n'avait pas encore franchi lé Sperchios et que la bataille de Péta n'avait pas encore été • Juin 1822. livrée. Déjà à cette époque * le sénat du Péloponèse avait été informé* que quelques-uns des primats de la Morée, qui, depuis longtemps, avaient eu presque tous un certain penchant pour l'Angleterre, voulaient mettre la péninsule sous le protectorat des Anglais, et qu'ils étaient en négociations avec le gouvernement des îles Ioniennes. On découvrit que les frères Zaphiropoulos d'Andritséna étaient les instruments de ces machinations, et le sénat fit arrêter l'un des deux frères à Tripolitza. D'autres primats, qui se trouvaient à Argos, avaient envoyé à Zante un ecclésias-
» Cf, Trikoupis, t. II, p. 26i.
tique de haut rang pour sonder le gouverneur ; celui-ci lui fit entrevoir la possibilité d'une réponse que ferait le gouvernement anglais à ces propositions, si les primats les envoyaient par écrit à Londres. Lorsque le danger devint plus menaçant, on envoya à Zante, sur la demande de l'armée et des capitaines mêmes, de nouveaux délégués, avec des demandes écrites; mais elles n'y furent pas trouvées suffisantes. Les airs patriotiques et indépendants du sénat s'étaient alors adoucis, et il est à croire que le gouvernement central lui-même et son président, qui passait toujours pour être la tête du parti anglais, auront secrètement trempé dans cette aifaire. Du moins, quelque temps après, lorsque les dangers les plus menaçants avaient été déjà détournés, Mavrokordatos adressa à lord Guilford une lettre dans laquelle il exprimait, à la vérité, l'espoir que la Grèce maintiendrait son indépendance; mais, pénétré des difficultés qu'offrait la formation d'un gouvernement solide, il ne cachait pas le désir de voir sa patrie placée sous la protection d'une grande puissance, sous les garanties de laquelle les Grecs auraient à se contenter d'une position semblable à celle des Principautés danubiennes. Cette pensée devait se présenter avec d'autant plus de force vers la fin de l'année 1822, que les Grecs avaient été déjà informés officiellement qu'ils ne devaient pas s'attendre à la protection de toutes lès puissances alliées^ de la Sainte-Alliance. Lorsqu'on automne les affaires avaient pris une tournure désespérée dans la Grèce occidentale, lorsque Dramali, à Corinthe, pouvait encore toujours espérer qu'il recevrait des renforts de Thessalie et des approvisionnements par la flotte, le gouvernement s'était décidé à essayer s'il ne réussirait pas à convaincre les monarques, réunis alors au congrès de Vérone, que la révolution grecque ne se rattachait pas aux révoltes en Es-
M • • NÉGOCIATIONS DIPtOMATTQUES.
pagne et à Naples ni par des liens extérieurs, ni par des liens intérieurs . Il choisit pour délégués le comte Métaxas et le Français Jourdain, afin de présenter au congrès les déclarations et les plaintes de la Grèce dans un acte du gouvernement provisoire. Ils étaient porteurs de lettres pour les princes réunis à Vérone* et pour le pape. La ♦D»téedii«9août. lettre adrcsséc à l'empereur Alexandre*, remplie de
louanges et de flatteries, exprima la confiance qu'il ne permettrait jamais l'anéantissement de la Grèce; la lettre adressée aux rois déclara que les Grecs n'accepteraient aucune décision sur leur sort à laquelle ils n'auraient pas participé eux-mêmes; repoussés par les souverains, ils s'adresseraient, disaient-ils, au Juge Suprême, et ils vaîn- * 24 octobre, craîeut OU tomberaient •. Arrivés à Ancône *, les délégués envoyèrent de la quarantaine leurs mémoires aux princes. Mais avant de dire de quelle façon ils y furent accueillis, il nous faudra d'abord exposer toute la situation des négociations diplomatiques entamées entre les puissances et à Gonstantinople
PREMIÈRE PÉMODE DES NÉGOCIATIONS DPLOMATIQUES AU SUJET DES DIFFÉRENDS ENTRE LA RUSSIE ET LA PORTE.
Uoitinuitnm Nous avous VU plus liaut quc, dans son ultimatum du
aiupoissaï^. "^ 28 juîn 1821, le cabinet russe avait menacé l'existence
ultérieure de la Porte dans le cercle des États européens, et qu'elle l'avait fait dépendre de la sûreté des sujets chrétiens de la Turquie que le czar se considérait comme obligé par les traités de garantir. Le cabinet russe avait
* Cf. Jourdain, t. !«', p. 144 sq-
• Cf. Trikoupis, t. m, p. 17-21.
adressé à cette époque des déclarations semblables à toutes les puissances alliées. Dans les notes et vies dépêches*, ""ssjmiii concernant cette affaire, la Russie avait posé deux ques* tions bien précises sur lesquelles Tempereur désirait avoir l'opinion de ses alliés; la première était : quelle serait l'attitude que prendraient les autres puissances, si la guerre venait à éclater entre la Russie et la Porte? et la ^conde : quel serait le système que proposeraient les . puissances pour remplacer la domination turque, si, par suite de cette guerre, elle venait à être renversée? Ces communications étaient accompagnées de trois documents^ à savoir du résumé du baron Stroganow, destiné à éelai-» rer les cours sur la nature et sur la marche des complica-^ tions entre F ambassade russe et la Porte; puis d'une petite dissertation savante qui devait prouver que, de tout temps, dans toutes les relations des puissances chrétiennes avec la Porte, celles-ci avaient imposé aux Turcs le devoir de protéger la religion chrétienne, et enfin d'un écrit* exami^ nant en détail les rapports particuliers entre la Russie et la Porte depuis la paix de Koutchouk-Kainardjy. Il y était dit qu'en concluant cette paix , après que les Grecs des îles et du Péloponèse, dans la guerre précédente, avaient été sous les armes à côté de la Russie, cette dernière puis* sance, par suite d'une juste réciprocité, s'était crue obligée de stipuler pour ces peuples des avantages particuliers. C'était de ce traité, disait-on, que datait l'intérêt que la Russie avait le droit de prendre au sort de la Grèce, « puisque ce traité contenait les titres primitifs de cette influence salutaire dont le gouvernement impérial se plaisait à faire sentir les heureux effets aux chrétiens de Tempire turc. » De cette manière, outre la Grèce et les Princi-
^ Tous les trois documents manuscrits. MS.
448 MÉGOCUTIOnS diplomatiodks.
pautés danubieimes , la Servie aussi, ajoutait-on, était devenue, en 1812, Tobjet d'une stipulation parUculi&re dans la paix de Boukharest, et les clauses des deux traités avaient peu à peu compris les Serbes, les Moldaves, les Valaques, les Grecs de Farchipel, et « par extension » Us Grecs en général! — Autant le ton de cette déduction et de cette « extension > de l'influence russe sur les destinées de la Grèce était frivole et d'une pétulance presque face-, ti^ise, autant la firanchise était insouciante avec laquelle on accentuait dans toutes les dépêches le point relatif à la coexistence de la Porte, qui, disait-on, avait eu toujours pour condition la sécurité des rayas chrétiens. L'empnvur^ écrivit-on au cabinet de Vienne % demandait à la Porte qu'elle changeât son système de destruction des Grecs, qui entraînerait sa propre ruine, ccmtre un autre système qui lui permettrait de continuer encore à exister à côté des autres Etats de l'Europe. — De même qu'on entendait toujours, dans ces manifestations nonchalantes sur la puissance russe et sur l'impuissance turque, l'oi^eilleux autocrate qui venait de rentrer chez lui de ses triomjdies à Laybach , de même on reconnaissait aussi, dans la demande exprimée dans ces dq)éehes, d'entendre les vues et les résolutions des puissances, dont aucune ne saurait rester indifférente aux événements de TOrient, Fassurance franchemMit avouée du fier fondateur de la Sainte-Allianee, qui venait de remporter des 'victoires en Italie. « L'empereur, écrivait-on ', ne désirait agir ni avec des intentions exclusives, ni sans s'être entendu avec ses alliés : Tannée russe était^ au contraire, destinée et prête à exécuter les
' Dépèche adressée an comte Golowkio , en date du 22 juia 1921. VS.
* Dépédie aircaéc an conte Alopcns à Berlin, en date dn
rBIFFÉRENDS RUSSO-TUKes: '441
décisions des puissances; aujourd'hui, comme auparavant^ et comme elle le ferait dans des circonstances ultérieures, elle ne marcherait pas pour reculer les limites de T empire russe, mais pour ramener la paix et pour consolider l'équilibre de l'Europe. » — Cependant la seule cour de Berlin, dans l'expression de ses sentiments, répondit à l'attente si pleine d'assurance du czar. Le grand-chancelier de Prusse estima* comme un grand bonheur la disposition de l'empereur à traiter en question européenne celle de la Grèce, ainsi qu'on l'avait fait pour les questions italienne et espagnole ; aussitôt* et à la plus grande satis- * 2* juuiet faction de la cour russe, Hardenberg fit remettre au comte Alopeus, représentant de la Russie, un mémoire* dans lequel il entrait complètement dans les idées russes, en invoquant l'accord de l'Europe et en proposant une réu- . nion de plénipotentiaires, réunion qui, disait-on, n'atteindrait son but que si la France et l'Angleterre y prenaient part ouvertement et sans réserve. Mais ces deux cours ne se prêtèrent pas avec autant de promptitude aux ouvertures de la Russie ; au contraire , les communications du cabinet de Saint-Pétersbourg semblèrent y causer autant de consternation que de surprise. Autant les épanchements de la Russie étaient chaleureux, autant l'accueil qu'ils trouvaient à Londres était glacial , et même froid à Vienne. C'est pourquoi le czar écrivit* encore personnel- * 23 juiiie lement à l'empereur François % dans l'espoir d'effacer ces premières impressions. Dans sa lettre, il touchait les cordes de la frayeur de la révolution ; le cabinet de Vienne allait bientôt lui répondre sur le même air, mais avec des accents bien plus lamentables. Alexandre croyait, écri-
* Le prince Hardenberg au roi, 22 juiUet. MS.
* Du comte Bernstorff, 21 juillet. MS.
^ Gzarskoésélo, ii/23 juiUet. MS.
4M IfteMUTIMS DlfLOKAflQtms.
nîl41 à rcmpêreiur^ que les révolutioiiMirM atident pnfi^ que oette nouvelle commotion dans TOriènt, afin de pôus^ •er la Russie dans les voies d'une politique séparatiste et 4e désunir ainsi les puissances; mais, ajoutait-41, Tunion des princes, qui avait vaincu la révolution en Italie, la vaincrait aussi en Orient. Il ne doutait pas, disait^il, que la oour de Vienne ne fût convaincue de la pureté de ses intentions; mais il désirerait aussi que toutes les autres puissances partageassent cette eonviotion ; c'est pourqu^ a oserait espérer que Tempereur d'Autriche n'hésiterait . \ pas à se porter auprès d'elles garant de ces intentions de son allié» dans le cas oii la Porte le forcerait à prendre des aiesures InilUairea qui ne vissaient cependant jamais à un ibut sMhisivement russe, mais < qui laisseraient, au con-^ traire, toujours aux puissances la liberté de faire en Ortetit tout le bien que ces beaux pajs attendaient de leur sagesse. » L'^a^w D'après cette lettre , l'empereur Alexandre semblait croire très - nécessaire que les puissances eussent des garanties pour être raturées sur ses intentions > bien qve récemment sa politique se tùi montrée très<-*loyale dana toutes les affaires de révolution. Aux premières nouveHes du mouvraient dans les Principautés, et dans ses préoecQ^ patiOQs inquiètes au sujet de l'issue dé la guerre 6 Naples et de la révolte en Piémont, le ezar avait sacrifié à La^-bach les traditions politiques de la Russie qui la portaient à se Jeter dans les entreprises et à vouloir s'agrandir, au sentiment de ce qu'exig^ient, dans ce moment, les be« s^oins et les intérêts de l'Europe. Dans ces Jours4à, Met» tarnich l'avait complètement dominé. Rob. Gordon écrivait de Laybach à Gastlereagh que l'Autriche n'aurait pas pu parler d'une manière plus tranchante, si la Russie avait été chaugée en province autricbieDAe* fin se aéfianjit à
lAybaeh, les deux empereurs ^'étaient fait la promeese m* leuBelle de n'agir dans les affaires grecques que d'après des conventîeos réciproques. A cette époque, personnelle voyait dans Tinsurreetion grecque autre chose qu'un chatnon de ces plates conspirations qui, par leur manque de ressources, fondaient d'elles-mêmes, et Alexandre avait été compromis par Ypifilantis d'nne manière trop criante, pouf que lui, ou même son ambassadeur à Constantlnople, eussent pu hésiter un instant * se déclarer contre la levée de boucliers si Irréfléchie dans les Principautés. C'est pourquoi les premières ouvertures franches de la Russie avaient complètement satisfait la Porte elle-même, pourtant si soupçonneuse à l'égard de cette puissance. Les règles de conduite que la politique impériale avait adoptées vis-fe-vis des principes des révolutionnaires, avaient été placées par ces ouvertures dans le même jour éclatant dans lequel Alexandre s'efforçait dé les montrer h TOeeiéewt à chaque occasion. Il voyait l'Europe sortant d'une éoole révolutionnaire de cinquante ans et livrée à toute une génération qui ne voulait plus se soumettre aux anciennes institutions, li^^rée à une jeunesse élevée dans les ftiuxprincipesayant eu cours pendant un demi-sièdc et abandonnée aune secte d'ouvriers de révolte, qui se servaient de ces masses comme d'instruments pour leurs projets. Tout le mal qui s'était produit dans les derniers temps, avait dît Alexandre art général Kritôemark, en partant de Laybach, venait d'une seule et même source ; le czar disait que le projet des sectes était d- amener une révolution générale, et qu'il en était d'autant plus convaincu qu'il savait que leurs ramifications s''étendaient déjà sur tous les pays, sans en excepter probablement «es propres Étate; De même aussi l'insurrection grecqne élaît i ses yeux l'œuvre seerète des eonfiPGvrcftQUrS, œs mêmes nommes qui^ en loi^^ %v%3rt9(9k.
452 NÉGOGUTIONS DIPLOMATIQUES.
renversé le nouvel ordre de choses en France, qui, en 1819, avaient travaillé les pays de la Confédération germanique, et qui, en 1820, avaient jeté FEspagne et l'Italie dans r abîme; c'étaient les membres de ces sectes qu'Alexandre avait juré de détruire. Jusque-là la position du czar à Laybach était claire et bien précise, et ses résolutions^ semblaient être dégagées de tout doute et de tout scrupule. La peur de la révolution était trop grande en lui, ou, comme on le disait plus élégamment^ Tintérêt moral de l'Europe avait, à ses yeux, une trop grande importance, pour que l'idée eût pu lui venir de jeter encore de l'huile sur le feu de l'insurrection grecque. Néanmoins, le czar n'était pas arrivé à prendre cette première attitude, telle qu'il l'avait montrée à Laybach, sans avoir eu à soutenir des luttes douloureuses avec lui-même. En effet, dans cette cause grecque, dans ces complications soudaines en Orient, il y avait un conflit d'intérêts et de considérations contradictoires, qui aurait pu jeter le plus grand trouble dans un esprit beaucoup plus fort que celui du czar. L'insurrection grecque offrait une occasion inattendue et agréable de reprendre les anciens projets de la Russie contre la Turquie; la jalousie que la puissance de plus en plus forte de la Russie inspirait à tout le monde, paraissait alors à peine pouvoir offrir un obstacle suffisant pour empêcher les Russes de profiter de cette occasion. Autant, dans cette insurrection, les prétentions des Grecs à une indépendance, que la Russie ne pouvait pas désirer, lui venaient mal à propos, autant il était pourtant difficile au czar d'avoir à abandonner et à sacrifier un peuple qui, par ses rapports déjà si anciens avec la Russie et par les encouragements que les Russes lui avaient prodigués si longtemps, avait été habitué à considérer le czar comme son protecteur naturel. Si ce dernier ne pouvait pas tolérer
le triomphe d'une révolution qui devait être le résultat inévitable de la victoire des Grecs, il ne pouvait pourtant pas non plus permettre la destruction totale de ce peuple chrétien, conséquence fatale, comme il était à craindre, de la victoire des Turcs. L'empereur de Russie avait k éviter même les apparences d'un tel abandon, par égard pour les masses bigotes de son propre peuple, qui, à cause des souârances infligées à ses coreligionnaires par les Turcs fanatiques, était animé d'une haine non moins fanatique contre les Turcs. Si la froideur entre la Russie et la Porte et la guerre dans l'intérieur de l'empire entre Turcs et Grecs continuaient encore, les plus grands intérêts, au point de vue du commerce et de la navigation des plus belles provinces de la Russie, auraient été engagés; c'est pourquoi on présenta sans cesse à l'empereur les raisons les plus graves pour le déterminer à déclarer la guerre k la Porte. Dans l'armée, il y avait dans tous les rangs un parti violemment disposé à la guerre. A ce parti appartenait le général Yermolow, qui, après son retour de Laybach, n'avait caché à personne ses dispositions d'esprit, et qui ne parlait de l'exécution du patriarche qu'en faisant le signe de la croix. A Odessa, tous les oflSciers supérieurs, comme s'ils brûlaient d'impatience de se mettre en marche contre Gonstantinople, faisaient entendre à plaisir les discours les plus violents et les plus inconvenants. Gomme la Porte ne distinguait pas entre les menées de ces agitateurs, qui faisaient tout pour amener une rupture, et entre les sentiments pacifiques du czar, et qu'elle pouvait d'autant moins les distinguer, que tout ce qui lui parvenait depuis juin de Saint-Pétersbourg prenait un ton de plus en plus raide et hostile, elle opposa à la fierté et k l'accusation l'insolence et les récriminations, ce qui donna plus de facilité aux partisans de la guerre en Russie pour
Mdter la vanité de Vêmpereur^ dtoB le oqeUr duquel il n'} avait pas de corde plus sensible que la dusoeptiMité d'iiâ sen liment de dignité blessée^ Ce qui devenait encore plus dangereux pour le caar que ce parti qui le poussait pèr saccades^ c'était l'action systématique des hommes d'Ët^ dans son gouvernement et dans sa diplomatie qui voulaient contrecarrer Tinfluence de MeUemich^ Le plus ao^ tif de tous était Po2eo di Borgo, qui, par son talent et plhr Tattention infatigable qu'il prétait à tout ce qui se passait en Europe, jouissait à Saint-Pétersbourg, comme dad£ toutes les autres cours alliées, d'une égale considératioii, et qui) à Paris, ou il jouait, pour ainsi dire, le rôle d'un précepteur ou d'un tuteur du gouvernement français, «Wi* cupait une espèce de position exceptionnelle, n'exécutant de ses instructions que ce qui servait ses projets, appuyé également par la confiance de son empereur comme par la docilité de Nesselrode^ De cette manière, il était seul en état de combattre avec succès et de tenir en équilibre la toute -puissance que Metternicb exerçait sur le czar. H n'est guère probable qu'à ce moment Pozzo di Borgo eût déjà un plan tout préparé et une idée bien nette relativement à la question grecque » outre le désir de voir le goèivernement russe adopter une politique active et indépendante, et suivre une marcBe qui ne serait pas inspirée par les influences autrichiennes. Son bras droit dans cette affaire était Stroganow, son bras gauche Kapodisiria^ i dont les sympathies pour ses compatriotes s'étaient» immédiatement après le retour de l'empereur à Saint'Pétei>bourg, trouvées en conflit avec les dispositions que le eear avait manifestées à Laybach. Metternich savait bien que» dans cette question si grosse d'incertitudes, le faiblp czitf n'aurait pas assez de fermeté pour résister à la forte ae-" tion de ce triumvirat. Miner la puissance de ces troie
bûmmai et Imut faire perdre leurs pinces et leuv influeneti c'était dono le but constant des efforts du grand-chaneé^ lier» ^jaloux» qui se donnait bien Fair de mépriser Poztô comme un aventurier politique, mais qui» en réalité, le considérait comme son mauvais génie, et qui jalousait ei redoutait en lui un heureux rival, poussé par l'ambition k primer partout, et possesseur d'une ^ande fortune, qui lui permettait de s* obstiner à soutenir ses propreé idées avec d'autant plus d'indépendance, même vis4t«vi| de l'autocrate» son maître. Dans Kapodistrias, Mettemieii haïssait le révolutionnaire sans conscience, qui, d'après lui, engageait son maître, trop confiant, dans un laby» rintbe périlleux ou qui le poussait vers un précipice, du bord duquel le secours de ses alliés pourrait seul le ret^ rer. Il est vrai qu'au premier moment, Metternich ne féua^ rii pas k paralyder les forces de ces hommes d^État ; céé^ pendant il y avait dans le cabinet même de remperèar des ministre qui contre ^ balançaient puissamment leur in» âuence* Le comte Nesselrode, qui, depuis bien longtempli s'était identifié avec les principes d'un Metternich et d'un Gastlereagh, partageait leurs craintes au sujet des eons^ quenoes incalculables que pourrait entraîner, dana oetlé affaire» une seule démarche prédpitée. Parmi les génê^ raux russes, il y avait des hommes tràSf^infiuents» tels que Diebitsch, qui s'adressaient à ce côté dans le caractère de Tempereur que Metternich appelait son bon génie. Pat ces influences diverses, l'empereur, jû peu indépendanli était jeté de doutes en doutes, de résolutions en résolve tions f et ballotté presque violemment entre son amoii0 pour les Grecs et sa crainte des révolutions^ Toute ïhm totre d'Alexandre dans les années suivantes n'est pneeqoi autre ohœe que la euec^sion de ces variatlcmi laiibm<^ labiés de dispositiena ineertaines et vaoiQnnleaf étbmmm
AiA NÉGOGIATIOMS DIPLOMAtlQUES.
nées toujours par ce qu'on appelait les intérêts moraux de l'Europe, toutes les fois que le czar se trouvait enveloppé de l'atmosphère brumeuse d'un entourage autrichien ; mais reprenant immédiatement la saveur des intérêts politiques de la Russie, dès que l'empereur revenait dans les cercles de son propre pays. Tel fut le cas, lorsqu'il revint de Laybach à Saint-Pétersbourg. On remarqua aussitôt dans toutes les démarches du cabinet russe les influences opposées de diflférents partis, d'oîi Ton pouvait conclure qu'il devait y avoir une lutte continuelle dans l'esprit de l'empereur lui-même. Il était évident qu'à Saint-Pétersbourg on balançait entre deux systèmes, entre celui d'un accommodement et celui d'une rupture, entre la guerre et la paix. Dans les demandes qu'on adressait à la Porte^ oa balançait aussi entre deux systèmes, entre celui qui était conforme aux intérêts russes et celui qui répondait aux intérêts européens; la Russie parlait avec plus d'énergie à la Turquie, tantôt de ses droits stipulés dans les traités au sujet des Principautés, tantôt de la conduite nouvelle de la Turquie vis-à-vis de ses sujets turcs, conduite de laquelle devait dépendre l'existence ultérieure de l'empire ottoman; tantôt les quatre articles semblaient être un véritable ultimatum, tantôt seulement les préliminaires de négociations nouvelles. On était frappé des mêmes variations dans le langage que la Russie tenait aux puissances européennes. A Laybach, l'empereur s'était exprimé avec la plus grande décision sur les affaires grecques, qu'il avait qualifiées de manœuvres étourdies tramées par le parti révolutionnaire répandu dans tous les pays; mais déjà, dans les dépêches qui accompagnaient les notes du 22 juin, il n'y avait plus» à entendre l'empereur, qu'une possibilité douteuse que Gi0ttei insurrection se rattachât c. peut-être » aux menées
WFFÉRBNDS RUSSO-TURCS. 457
odieuses qui minaient les autres États l Au commencement, le czar partageait T opinion générale, en croyant que ce feu ne pourrait pas durer longtemps; mais, au moment dont nous parlons, son cabinet proclama partout avec une énergie très-grande, que les Turcs n'étaient pas en état de vaincre la r,évolution avec leurs propres ressources! Quand l'empereur s'étendait longuement sur les intérêts russes mis en péril, il paraissait vouloir pousser son esprit de sacrifice et sa longanimité jusqu' aux dernières limites, avant d'en venir à une guerre particulière pour sauvegarder ses droits; quand il considérait les choses sous le point de vue européen, rien ne lui semblait plus pressant que de venir au secours de la Porte dans sa perplexité, en lui proposant une expédition russe entreprise sur la demande de l'Europe. On aurait dit que, pour récompenser la vertu dont il avait fait preuve au commencement , pour reconnaître sa condamnation de l'insurrection grecque et sa coopération offerte pour l' étouffer dans les Principautés, les autres puissances lui devaient naturellement leur confiance entière, et qu'elles étaient obligées à le laisser agir dorénavant dans cette aflFaire tout à fait comme il l'entendrait. Le czar avait laissé à l'Autriche une liberté d'acti^^ complète en Italie ; c'est pourquoi il attendait, .sans Sombre d'un doute, que cet allié, du moins, lui laisserait les mains également libres en Orient, où il s'agissait entièrement des intérêts les plus élevés de la Russie, de sa religion, de sa marine et de son commerce, et que l'Autriche irait au-devant de ses vœux sans réserve aucune; il est possible qu'Alexandre s'y attendît avec d'autant plus de confiance, qu'à Saintr-Pétersbourg on avait de tout temps beaucoup compté sur l'Autriche, € parce que, comme Alexandre lui-même Favait écrit en 1812, cette puissance voyait toujours dans ses relations
4St NÉGoounoKB mvKmknfttm»
avec la ikuarâ une pi^oteetio» pour rile^méraa oomme pour l'Europew » ii était impossible, du reste, qu^on se fût fait une idée bien claire du but que cette intervention ^ pour exécuter les décrets des puissances européennes 9 devait atteindre. On avait lancé le mot hardi de la coexistence de la Turquie. Fallait-il croire que le projet grec occupait de nouveau le czar d'une manière sérieuse? La Russie ne peut prendre en main ces grands projets qu'à la fhveur de Tune ou de Tautre de deux hypothèses, c'est que les puissances occidentales soient en guerre entre elles, ou bien qu'elles soient prêtes à appuyer elles-mêmes les desseins de la Russie « Les agrandissements qu'elle avait pu obtenir jusqu'alors n'avaient été possibles que parce que les puissances occidentales avaient été toujours en guerre entre elles au moment oii la Russie exécutait ses desseins, et encore en 1807 Alexandre était prêt K ex<^ ploit«r dans ce même sens la guerre entre la France et l'Angleterre ; mais^ au moment actuel, soi) opinion parais sait être qu'il devait supposer que la seconde hypothèse se réaliserait, et qu'il aurait à profita* de sa puissante autorité dans le monde pour déterminer la Sainte- Alliance à coopérer avec lui, afin de réaliser les projets russes* Bientôt cependant les agents diplomatiques du ciar à Vienne nièrent que, dans la pacification proposée de la Turquie, l'em^eur eut même seulement l'inten^ tien de donner peot^^dtre à la Grèce les formes d'une demi-indépendance, telle qu'elle estait en Servie. Hais oeoi prouva seulement qu à Saint-Pétersbourg on n'avait pas encore une idée très^olaire sur le but de l'interven** tion européenne qu'on désirait provoquer, ou bien qu'on no voulait pas s'exprimer clairem^t à ce sujet* Le oabi*« net russe semblait avoir dés idées encore moins claires s«r tB qu'il ' fierait, et être plus in(»rlaiii encore suf les
résolttlioiift qu'il pendrait danfe le^as qù la Auatie sem( seule en guerre avec la Turquie, el qu^dle ne serait ap^ puisée par ^rsonne^ Kapodistrias ne pul jamais dédder If oear à ôntrepreindre une telle ^etre^ Alexandre se trott» vait) sous 66 rapport» dans une position tout à fait aniH^ logue & celle du sultan Mahmoud. Pour les deux soure^ rains , les intérôis les plus grands étiûent en jeu t pour Tun, il s'agissait d'attaquer les grands objets de Fanuienue « ambition russe au sujet de la Turquie, en profitant de l'insurrection grecque, YMUe si à propos ; pour Tautre, il s'agissait de détourner cette attaque ^ de maintenir sâ position en Europe et d'étouffer promptement la révdlti grecque, venue si mal à propos. Mais les considérations les plus impérieuses empêchaient, des deux côtés, ces princes de tenter toute démarche précipitée al hasardée; d'un côté^ les principes si connus et si nettement promm^^ ces de la politique impériale par rapport à toutes leë ré^ Yolutions, et de l'autre les troubles intérieurs en Tur<{ui«} d'un côté la crainte de rencontrer 1^ résistance des piiit^ eances alliées, et de l'autre l'absence de tout espoir dé trouver la moindre assistance auprès d'dteS; ptds, Mu dernier lieu, l'épuisement des puis^anceë après les f uerrto ' qui Venaient d'avoir lieu, et le dénàment an la Porte, qip n'avait pas même assez de ressources pour pouvoir triouiri' pber des troubles dans l'intérieur de son empii*6^ De cettd manière, il s'éleva entars les deuk empires, &m pas une émulation de grands projets et de grandes actions, mais une lutte ob eHes montraient de faibles velléités d'agir, oii l'on voyait éclater l'orgueil et l'opiniâtreté inëofeale^ l'irritabilité et les susceptibilités de deux princes puii^ sants, mais également impuissants pour agir^ une lutta oratoire qui ne conduisit qae sous lé succtsseur d'Alexaa^ dre i des sietes peu fertiles êa résultats f il s'éleva uM
460 NÉGOGIÀTION& DIPLOMATIQUES.
guerre diplomatique dans laquelle toutes les puissances se prononcèrent, de la manière la plus vive, pour chacune des parties en lutte et contre chacune d'elles, guerre rendue encore infiniment plus difficile et plus longue par le grand inconvénient des distances énormes er^tre les six capitales des cours intéressées. C'est une histoire de paroles trèsétendue qup nous avons à raconter au sujet de cette guerre et à laquelle nous attacherions très-peu d'importance, si, dans le cas qui nous occupe, les complications qui, pendant dix ans, ont troublé l'Orient, n'avaient été, en définitive, aplanies presque plus par des paroles que par des actes:
L'Autriche et Eu cousidéraut toutes ces incertitudes de la cour de Saint-
rADgleterre.
Pétersbourg, les gouvernements des grandes puissances pouvaient espérer d'un côté que l'empereur vacillant n'arriverait pas à prendre des résolutions, du moins pas des résolutions périlleuses; mais, de l'autre côté, ils pouvaient aussi craindre que cet homme, si peu indépendant, ne se laissât entraîner à quelque acte précipité et irréfléchi. Comprenant ainsi la situation morale du czar, lord Londonderry (Castlereagh) y conforma sa conduite dans l'accom- • plissement de sa tâche. Il comprit , dès le premier moment, que dans cette question bien plus importante pour l'Angleterre que les questions italienne et espagnole, il lui fallait, à tout prix, marcher de concert avec l'Autriche, celle des puissances qui était la plus liée d'amitié avec la Russie, afin de tenir le czar en bride et de l'empêcher, par tous les moyens, de se jeter dans la guerre. C'est pourquoi, déjà à Laybach, il avait fait un mouvement de conversion dans sa position vis-à-vis des puissances continentales. Qu'il ait été réellement si effrayé de l'extension qu'avait prise le mouvement italien en pénétrant dans le Piémont, ou qu'il s'en soit seulement donné l'air, en tout cas il pro-
DIF9âRBMD8 RUSSCHrURCB. 46 1
fita de cet évén^nent pour adoudr Tattitude un peu raide de l'Angleterre; il fit verbalement à l'ambassadeur d'Autriche, le prince Esterhazy, l'aveu* que, bien que TAngle- * Bnjmi terre n'eût pas pu adhérer publiquement à la déclaration de Laybach, elle rendait néanmoins volontiers justice à la vérité et à la justesse des principes qui y avaient été proclamés. Il est vrai qu'une déclaration semblable avait été déjà donnée par lui dans sa circulaire écrite avant F explosion de l'insurrection grecque, mais alors elle avait été plus que paralysée par les démarches qui l'accompagnaient. Au moment qui nous occupe, cette déclaration fut répétée dans des circonstances telles qu'à Vienne même on ne crut pas « pouvoir demander davantage ; » on y prit les vues de légitimité exprimées par Londonderry au sujet de la Grèce, et les instructions données par.lui à lord Strangford, qui devait se mettre sur la même ligne d'action que l'internonce, pour une conversion sincère aux maximes de la sagesse politique de Metternich. Les instructions données par le grand-chancelier à Tinternonce* indiquaient * n jui comme le moyen le plus simple et le plus efficace, à l'aide duquel on croyait pouvoir, au meilleur compte, atteindre le but qu'on se proposait, c'est-à-dire la conservation de la paix, c'était de prendre le parti du plus fort contre le plus faible ; le cabinet de Vienne enjoignit donc à son ambassadeur de reconnaître auprès de la Porte la justice des demandés russes et de les y appuyer. Les instructions données par le cabinet anglais à lord Strangford* concordaient * 7juiu< avec les instructions de Metternich , il est vrai , mais, tout en exhortant à la concorde avec l'internonce, lord London-^ derry prescrivit pourtant à cet ambassadeur de maintenir ferme l'unique principe de la politique anglaise vis-à-vis de la Sainte-Alliance, de ne se laisser déterminer à aucune démarche collective. En même temps qu'il prit ces pre-
4tt IfÉflOQIàTiMa KFLINIAIItinS.
mitees mesures pouf ee mettre, autant que ^psesible, d*â^ eordftvee l'Autridie^ Loodonderry essaya de pren<li*6 perfiMii6llemefit Tempereur russe par les voles de 1^ doueeur, de la flatterie et de la persufi^sion. Il fit usage d'une per^ mission que le cxar hii avait donnée, en 1 8 1 8 , de s'adresser * 46 juiuet. iflttaédiatement à lui, et il liii écrivit" une lettr6^ aflii d'évimt peutt^tre de eette manière de faire une réponse offi>otelie aux questions que le ealnnet de Ssint-Pétersbourg lui avait adressées dans ses expéditioasdu mois de juin. Comme il lavait âiit Tis-4^is de r AuUridie, il oonimença paur ai]^^ le tsmt au sujet de leurs différeaees d'opinion daiis ka dm^ nières c diseuasions sur des théories abstraites, > mais e»^ suite il entra» pour ce eas exceptionnel > dans la poUtiqHf européenne de l'empereur, où il était sàr que rAutriche et lei autres puissances marcheraient avec la Rusae avant tout dans le but de la retenir. U «prima la conviction « que Tempereur ne considérerait pas les événements en Orient comme une question nouvelle et isolée ; il disait qu'Us n^é^ taîent pas seulement le résultat de la lutte d'éléments hea» tibis dans l'empire turc, mais qu'ils étaient aussi le fruit de l'eaprit révolutionnaire en Europe, dont les symptômes n'A* ttient là que plus destructifs encore, pance que toutes les pttssions, tous les préjugés et toutes les inimitiés religieuses dea haiHtants de ees cQntrées s'y ajoutaient. Le voâainage dit la fiuaaie, sa conformité de religion^ ses intérêts eoBMfitr* cîaaK, surtout l'ancienne jalousie inséparaUe de Vhèstoîre dia deux empires^ mettaient l'empereur, pour ainai dire, ftce à SÊce avec eette nouvelle phase des embarraa de rSttfope. U était inutile, ajouta Londondierryv^de désioa^ tfwr que la Turquie était ma mal néoesamne dans ie la^s^jbm» ybtilique de l'^urope^ qu'elle était (sertaineawMl ane e»«
MffiiuBiiM auM0>^Tima4 AU
ttobMùcè maltdito qui « pour cela nulmdi 4tv«H déooiiK ri^r toul« teaUlite da la guérir parco qu'elle mettrait en péril le système politique tout entier» L'ûrritatkiii eoiH vulsive à laquée la Turquie était eu proie^ avait eaposfi Tambassafle russe à des insultes indiques t Teo^^ereur, aoui ce rapport, devait teiller à œ que ses droits légitimas nt souffrissent point; mais, ajoutait le ministre àngiaisi pluaaa puissanee était inoontestable^ plus sa gloire avait été grande depuis les derniers temps, et plus il devait avoir d'indul*^ genee pour la Turquie «t permettre que la tempête s'apaî^^ sftt dans Tempire turc, qui était, k la fois, infecté par Tesprit des nouveaui principes et consumé par te feu des anciennes haines particulière^ k ses habitants.. Il Aillait avouer y disaitnl, que l'humanité était saisie d'horreur à la vue des atrodtés commises> et qu'elle ne [pourrait pas re^ ftiser sa pitié et ses sympatiiiei^ aut Grecs ; mais la pensée du danger qu'offrirait toute modification du {système poU^ tique de l'Europe et la côn9idératioii qm les 6n»ca m^ mêmes avaient été en définitive les agresseurs^ détermiae» raient peut-être l'empereur (^ les alliés à préférer une attitude expectante à toute immixtion dans le (jiaos des itieonséquet^f^s turques. Jamai» l'empereur n'avait eUy «dit en terminant Londonderry > une oeoasion plus fitvonabte éè donner une preuve éclatante de ses sentiments qu'au m^ menl aetiiel, si viê^i^s d'un filât fanatique et à diâml h^ bare, il montrait ce degi^ de patience et de longanimité que le riespeet relîgiéuic et enâixMrsiaste pour le eyetén^e k la fondation duquel il avait luinnéme contribué ai paissam^ inèat> pourrait seul lui inspirer. > ^-*- Par des moyetis aem* blables, Mettemix^h esstya en même temps d'agir person^^ n^lèment sur le CKUr . Il importait encore infiniment plus à r Jlutriche qu'à l'Angleterre d'empèeher te csar 4e tramer à la légère «ne guerre qui powait entraîner tente
Il faut se rappeler bien clairement les raisons qui faisaient qu'il en était ainsi, pour comprendre simplement la marche tortueuse et souvent même au plus haut point inconséquente et contradictoire de la politique autrichienne dans les affaires grecques, dès le commencement jusqu'à la fin. En considérant ses ressources matérielles, l'État autrichien n'avait jamais été moins, qu'au moment dont nous parlons, dans une position qui lui permît de supporter une guerre dans son voisinage, pas même comme simple spectateur. Ses finances étaient épuisées, et on craignait qu'une augmentation des dépenses pour le département de la guerre n'ébranlât profondément le crédit public. Malgré la grande habileté dont on avait toujours fait preuve à Vienne en abusant de ces moyens financiers, on n'aurait jamais amené l'empereur Fraûçois à permettre une surexcitation du crédit telle qu'elle fut produite vingt et quelques années plus tard avec tant de génie ! En effet, en présence des grands dommages que causaient, à l'époque qui nous occupe, les pirates grecs à la marine autrichienne, et malgré les insultes dont ils accablaient son pavillon, Tempereur François refusa de sanctionner l'emprunt d'un seul million proposé pour faire remettre en bon état de vieux vaisseaux vénitiens. L'incurie dont l'armée avait à souffrir était incroyable; considérant le montant des sommes attribuées au département de la guerre, personne ne pouvait comprendre pourquoi il en était ainsi , à moins de savoir que les frais de police, arrivés, à des chiffres énormes, étaient prélevés sur le département de la guerre. Mais ce système et ces dépenses semblaient être tellement indispensables qu'un peu plus tard (1825), lorsque Bellegarde quitta les affaires, et que tous les princes demandèrent l'archiduc Ferdinand d'Esté comme chef du conseil aulique de la guerre, Mettemich lui préféra le viei|x prince de HohenzoUern-
Hechingeii, homme flexible, dont il n'avait pas à craindre qu'il lui suscitât des difficultés dans ses manipulations financières. Dans ces circonstances, l'armée était arrivée à une telle faiblesse que les seules troupes d'élite, peu nombreuses et prêtes à entrer en campagne, que possédât l'Autriche, devaient, de toute nécessité, rester en Italie; que, dans le cas d'une guerre turco-russe, on aurait eu les plus grandes difficultés à établir une simple armée d'observation près de la frontière des Principautés, et que l'empire d'Autriche, impliqué formellement dans la guerre, n'y aurait pu jouer qu'un rôle complètement secondaire. Ayant d'aussi bonnes raisons pour vouloir la paix, Metternich fit jouer tous les ressorts que son séjour à Laybach et la connaissance exacte du terrain à Saint-Pétersbourg lui donnaient entre les mains pour retenir le czar dans ses sentiments exprimés à Laybach, tout en ménageant cependant, de la manière la plus délicate, la partie sensible du czar, son amour pour les Grecs. Gomme point principal de ses attaques, il choisit la peur que causaient à l'empereur les révolutions. Metternich lui fit représenter par son ambassadeur, le comte Lebzeltern, que tous les révolutionnaires rattacheraient leur cause à une guerre de la Russie contre la Porte, et que T empereur exposerait le salut de l'Europe à tous les dangers possibles s'il voulait sauver les Grecs autrement que par une coopération de tous les alliés. Aucune occasion se présentant, dans le voisinage ou au loin, au momeat actuel ou plus tard, ne fut négligée pour prouver au czar qu'une guerre serait le signal de nouvelles révolutions. L'excitation des esprits en Allemagne, les appels pour la cause grecque furent exploités dans ce sens. Metternich demanda au gouvernement de Prusse et au roi lui-même de représenter au cabinet russe, dans un langage aussi fort que possible, les dangers qui menaceraient inévitablement I. ^
* M aoftt.
46ft NÉGOGIATIOIfS DIPLOMATlOtËB.
rAllemagne dans le cas oii une guerre éclaterait. De Ift âiémê {nanièré, on continua encore plus tard, avecl6 p\ûû grand soin, à exploiter tout ce qui résulta des troubîed en France qui duraient toujours, et ce que les recherches de r Autriche en Italie avaiêût fait ôôïinâltrè Sur les rapports intiMes entre les révolutionnaires, et on se servit de oês résultats pour etitretêtiîr le ct^r dans une frayeur continuelle. Néanmoins, dïi ne réussit pas au commencement à changer les pensées et les désirs du caar. Dans sa réponse* adressée à Londonderry S il se référa simplement aux communications eri date du 22 juin. * Elles rendaient témoignage, disait leczâr, de deux vérités et prouvaient que la Russie avait sacrifié dés droits incontestables pour faciliter à la Porte le rétablissement d'une bonne entente, et que la Turquie, au cotitrâiré, avait adopté Un système qui pourrait la meUér à un point où il lui serait impossible de rem^ plir les engagements pris par elle dàtis ses traités avec la Russie. S'il était vrai que la Porte n'encourait pas seule là responsabilité de la catastrophe, il fendrait néanmoins d'autant plus reconnaître l'impuissance ôii était la Porte de trouver un sur remède « dans le chaos de ses incônsé*^ quencès , » que l'esprit révolutionnaire de l'époque âVôît pris Une part plus grande à ces événements, et que, si elle succombait sous ce choc, elle aurait fortifié la puissance fatale de l'insurrection de toute sa faiblesse. Les cruiautés exercées par les Turcs feraient craindre que les Grecs ne consentissent jamais à se soumettre de nouveau à leur joug. Au commencement du mouvement, une intervention étrangère aurait , aux yeux de la Porte, favorisé là révolution ; mais on assumerait une lourde responsabilité si on la retardait encore à ce moment oîi la révolution menaçait
* Lettre du cabinet en date du 29 août. MS.
de s'élever comme une puissance réelle. La Porte avail décrété que le peuple turc redeviendrait nomade, q- est-àdire elle r avait mis sur un pied de guerre vis-à-vis âm chrétiens; la nature de la puissance turque n'était, par conséquent , plus ce qu'elle avait été jusqu'au mois de mars de cette année. L'empereur disait ensuite qu'il pousserait sa longanimité jusqu'à la dernière extrémité, mais qtfll y avait pourtant des limites à tout ; que si la paix devenait impossible, la prudence devrait conseiller aux *puiasances d'entrer dans les idées et dans lés propositions russes. Se fondant sur les principes de la grande alliance, l'action commune des puissances rétablirait la tranquillité en Orient et fortifierait le système politique de l'Europe. Le czar attendrait donc avec confiance le résultat de leurs délibérations, » — De cette manière, le ministre anglais était donc renvoyé à la marche officielle dans le traitement des questions agitées par les puissances. Le czar fit ré-^ pondre sur un ton moins amical aux communications du cabinet de Vienne, oti il avait espéré trouver une tout autre docilité au sujet de ses désirs. Une dépêche était partie * de * î4 aoe Vienne pour Saint-Pétersbourg, dans laquelle on avait proposé de réunir les délibérations des cours alUées dans un point central, afin d'empêcher une rupture delà Russie avec la Porte, ou pour prendre, en cas de besoin, d'un commun accord, des mesures ultérieures; Metternich s'attendait à voir l'Angleterre prendre part à une telle réunion. Lorsque cette dépêche arriva* à Saint-Pétersbourg, on * s sept avait déj à préparé des expéditions pour Golowkin à Vienne ; on les fit partir* avant d'avoir « trouvé le temps de lire la * lo «e nouvelle dépêche > , comme Nesselfode le déclara à Lebzeltern; preuve d'un mauvais vouloir très-prononcé auquel on répondit à Vienne en ne faisant pas la moindre attention au contenu de ces expéditions, remplies en outre ée
manifestations peu rassurantes de l'extrême susceptibilité de la Russie •vis-à-vis de la Porte, quand elle croyait son î5 septembre, honncur engagé*. La réponse russe aux propositions autrichiennes se référa, comme la lettre du cabinet adressée à Londonderry, à ce que la Russie avait suggéré dans sa note du 22 juin. Elle vanta « la . modération du gouvernement russe poussée jusqu'aux dernières limites, pour voir si le gouvernement turc, par lui-même ou par l'influence de conseils bienveillants, pourrait, encore une fois, reprendre la place qu'il avait occupée au commencement du mois de mars de cette année, dans l'ordre politique de l'Europe. La Russie était encore à ce moment prête, disaiton, à reprendre ses négociations directes avec la Porte dès que celle-ci aurait satisfait aux demandes russes au sujet des Principautés ; les puissances ne pourraient coopérer à ce que ce but fût atteint qu'en poussant la Turquie à accepter l'ultimatum. La réunion proposée par l'Autriche ne pourrait avoir non plus d'autre but que celui de presser le sultan à accepter cet ultimatum ; mais, ajoutaiton, la réunion des ambassadeurs à Gonstantinople y suffirait entièrement ; seulement, dans le cas où la guerre serait inévitable, l'empereur croyait qu'une telle réunion, sur le sol russe et près du théâtre des complications, pourrait être utile afin que les puissances tombassent d'accord sur un système qui empêcherait que cette guerre ne pût être considérée, par les ennemis de l'ordre, comme une guerre isolée et comme le signe de la dissolution de l'alliance européenne si salutaire.
Suite. Après avoir vu Tinutilité de ces premières démarches, lord Londonderry * et aussi le roi d'Angleterre lui-même invitèrent le prince de Metternich à une entrevue à Hano-
* Lord Londonderry au prince Metternich. Aix-la-Chapelle, le !•' octobre. MS.
vre, où l'on attendait également le comte Liéven à son passage de Saint-Pétersbourg. Le ministre anglais désirait s'y entendre sans réserve avec le grand-chancelier sur tous les détails de leurs opinions et de la situation politique. Il voulait évidemment remplacer par une simple union anglo-autrichienne la réunion générale des représentants de toutes les puissances, telle qu'elle avait été proposée par le cabinet de Vienne. Effectivement, les deux diplomates réunis à Hanovre, arrivèrent à une intelligence plus étroite et réussirent même à gagner, à ce- moment, la France à l'opinion qu'une guerre russe serait un grand malheur pour l'Europe, tandis que, dans ses lettres confidentielles adressées au duc de Caraman, Richelieu avait jusqu'alors toujours représenté la guerre avec la Porte comme inévitable, et qu'il avait tenu un langage dans lequel on reconnaissait encore l'ancien gouverneur d'Odessa. Des expéditions écrites en commun par les deux ministres d'Angleterre et d'Autriche, partirent de Hanovre directement pour Saint-Pétersbourg. Lord Londonderry fit alors* ♦ w œt la réponse officielle * qu'il aurait voulu éviter. H y disait « qu'il ne voyait pas la nécessité d'une guerre; par conséquent, à la question : quelle serait l'attitude des puissances en cas de guerre, il ne pourrait pas non plus, d'après des suppositions arbitraires, déterminer d'avance quelles seraient les résolutions morales ou les mesures matérielles que des conjonctures futures le forceraient peut-être à prendre, ce qui serait surtout impossible dans le cas actuel où le ministre n'avait pas sous les yeux les faits qu'une guerre contre la Turquie, entreprise dans le vaste but de chasser les Turcs, pourrait produire comme conséquences nécessaires. Aucune puissance ne pourrait se faire une
* Dépêche de lord Londonderry adi'essée au chevalier Bagot, Hanovre le 2S octobre. MS.
4^70 NÉGOCIATIONS DIH.01lATIQUi$.
idée de la position qu'elle pourrait être obligée^ prendre pendant la durée d'une lutte aussi colossale. L'empereur aurait, dans les liens qui existaient entre les puissances, le gage le plus assuré de leur amitié et de leur amour de la paix, et les puissances, de leur coté, auraient tant de confiance 'en la longanimité et la modération de l'empereur que leurs eflForts communs en faveur delà paix devaient néceêsairement ^ùxkXiv et réussir doublement, si l'on ne laissait s'élever aucun doute à l'égard du succès- Que si Von ne pouvait p^s éviter la guerre, il ne s'ensuivrait cependant pas qu*elle dût être faite d'après d'autres principes que ceux qu'on avait observés dans les guerres antérieures avec la Turquie. S'il se mettait tout à fait à la place d'un ministre russe, disait Londonderry, il ne pourrait pas croire que ce fût une chose sage que de conseiller à l'empereur de chasser les Turcs hors de l'Europe, puisqu'ils pèseraient alors, avec des forces condensées, sur le sudest de la Russie, tandis que maintenant ils formaient un État divisé et atfaibli par sa position géographique dans deux continents. Mais s'il se trouvait un ministre russe qui voulût remplacer l'état actuel des choses par un État grec né de la révolution, il lui appartiendrait certainement, à lui fer^onmllement, de présenter aux alliés de l'empereur la manière dont il voudrait exécuter ce projet, contre l'urgence, l'utilité et même l'humanité duquel les puissances ae verraient obligées de protester unanimement. En tout cas, ajoutait Londonderry, le moment n'était pas encore venu de s'expliquer ^ ce sujet, puisque la seule et la vraie ques* tion était , dans l'instant actuel , de savoir comment on pourrait déterminer la Porte à satisfaire aux demandes de la Russie. L'empereur aurait le droit d'attendre que les alliés insistassent sur l'accomplissement réel de ses demandes, comme les puissances alliées avaient celui d'at-
tQgdre que l'empereur fit estrer dans les formes de Vaçrcompod^ment les ^douçisg^ments qui pourraient ménager la fierté du gouvernemeut turc, ^i peu maniable, Le§ deux cabinet» impériaux seraient appelés, par leur position de voisin§f, à entreprendre la direction particulière de ce^ négociations. Si, dans la correspondance russe, on pouvait dé«rirer voir des marques plu^pronoucée» d'une disposition confiante à l'égard de la Porte, on nç ppurrait qu'admirer, daps les notes autrichiennes, le talent et la franchise £^v^p lesquels V Autriche s'efforçait d'obtenir justice pour la cour de Ruasie, Les efforts faits en commun auraient déjà amené la Porte à faire les concessions les plus importantes, puisqu'elle avait presque accordé les demandes préliminaires de l'évacuation des Principautés, de la nomination des» hô»pûdars et de la renouejation à sa demande relative ^ X^^" tradition des réfugiés, puisque la Porte avait solennellemej)t promis d accorder la même protection à tous ses Hujets, et qu'enfin elle avait publié ce qu'on pourrtiit s^ppe^ 1er une amnistie générale. Toutes les mesures «Iti^riemr^s dent on voudrait se servir pour donner aux négociaUQBS plus de force, comme, par exemple, la conférence cep trfil^ proposée par le cabinet de Vienne, devraient être décoiii-r seillées puisque la Porte s'opposait h toute intervention collective. Lord Londonderry touchait ensuite encore à deux objections qui pourraient être faites contre l'attitude de l'Angleterre 5 on Vaoeuserait peut-ôtrci, disa^t^l, sous le point de vue des intérêts matériels, de jalousie oommoji^ ciale vis-À-vis des provinces méridion^^S dQ la Iiu§^ ; mais le epmmerçe anglais ne pourrait qu'augm^pt^p pp l'açQPoissa^çnt de la prospérité d'autres pa:js ; an lui don manderait peuH^re, sous un point de vue mpral, si}^ descendants de ee^x que notre éduc^tiop nous apprfip§|( à admirer « devrakait traîner <A^raell^e$it uae miaér^)^
472 IVÊGOGIAnonS DIPLOMAnQUSS.
existence sous le joug des Turcs. Cet appel ne devrait certainement pas être négligé si les bommes d'État pouvaient substituer les conseils de leur cœur à ceux de leur raison ; maïs, en réalité, les bommes d'État n étaient appelés quà sauvegarder les intérêts qui leur étaient confiés mmédiatement, et ils ne devaient pas mettre en péril l'existence de la génération actuelle en voulant assurer, par leurs calculs, le bonbeur de la postérité. Quant à biitnème, ce serait se mettre en désaccord avec ses notions du devoir que de se prêter au projet d'un rétablissement politique de la Grèce en s'exposant à livrer non-seulemait les Turcs, mais encore toute l'Europe, à une confusioD subversive; de plus, on amènerait ce résultat sans avoir même la conviction que la population grecque, telle qu'elle était alors, pourrait tirer de son propre sein, les éléments d'un meilleur système politique. Il pourrait seulement exprimer le vœu, disait le ministre anglais en terminant, que le temps et la Providence amenassent pour ce peuple des soulagements que l'bomme d'État ne saurait lui procurer sans devenir infidèle à ses autres devoirs. » — Les principes exprimés dans ces dernières considérations furent proclamés alors tout à fait publiquement par le gouTemement aurais dans son compte-rendu déjà souvent cité {êtâU of ihe nation)j dans lequel, au mépris des appels humanitaires de Tépoque, eQe qualifia même la neutralité au milieo de ces complications de prudence très-équivoque ; ce compterendu s'adressa à la jalousie des Anglais au sujet de la Russie, en ajoutant : « que, dans les circonstances actudies, il était peut-être plus nécessaire de fortifier la puiasanoe de la Porte que de simplement la conserver, pour ne pas dire de la diminuer. > En ce qui regarde la première moitié de la dépècbe de Londonderry dans laqudle celui-ci , «m des tr9it& de maître, demanda à la Russie de rendre vê
compte clair et précis au monde et à elle-même de ses projets, le gouvernement russe, dans sa réponse*, évita* d'en- *27no^ trer dans le cœur de la discussion, en redisant ce qu'il avait dit déjà, et en ne se montrant ni disposé à reconnaître que ses premières opinions avaient été victorieusement réfutées, ni conséquent avec lui-même dans les faits matériels. « Ces faits, disait le cabinet russe, ne répondaient pas au changement qui se serait opéré, d'après lord Londonderry, dans le système de la Porte. Le ministre anglais avait déclaré que le moment n'était pas encore venu de poser l'hypothèse de la possibilité d'une guerre ; s'il avait dit cela dans l'opinion que la Porte avait satisfait aux justes demandes de la Russie, la conviction de l'empereur était fort différente. Si , depuis l'établissement de la grande alliance, toutes les questions d'un intérêt général avaient été soumises à une délibération en commun, pourquoi cette crise, qui était l'œuvre des révolutionnaires et qui, en outre, avait donné la juste mesure de l'esprit et des ressources de la puissance musulmane, ne serait-ell^as considérée comme une calamité universelle qu'il faudrait attaquer dans ses causes générales? Toutes les ouvertures faites par l'empereur avaient été fondées sur ces considérations, qui étaient trop graves et trop importantes pour que l'empereur pût croire que la question au sujet des mesures à prendre était anticipée. Si l'on voulait que ^empereur considérât l'imminence de la guerre comme invraisemblable, il faudrait lui donner la certitude que la Porte voulait et pouvait satisfaire aux demandes russes. Le gouvernement militaire dans les Principautés, les excès commis dans l'He de Chypre, les désordres fomentés par les janissaires et l'impuissance du gouvernement à les arrê-
* Dépêche adressée au comte Liéven. Saint-Pétersbourg, le 27 novembre. MS.
474 T«ÉGpÇlÀTlOK3 PIPUMftÀTiQUlîJi.
t^r parmiPttë^i^At d^ douter à^ ïm ^us^i hm que da V wtr^« L'empire w, ajoutait-on , QoatmueruU à pousser sh modération jusqu'aux deruière^ limite^; dans le cas où la guerre éclaterait, il renoncerait à tout agrandissement de territoire, et, considérant l'union des puissfinces telle qu'elle existait comme indissoluble, il ne combattrait jamais pour les intérêts de 1^ Russie, mais pour ceux de toutes les puissances. » -— Cette dépêche, adressée à Liéven, fut envQyée, en copie, aussi h Vienne où elle devait servir, en mêmis tempSi de réponse aux communications que Metter^nichj à la remorque de l'Angleterre, comme on le donnait h entendre, avait envoyées de Hanovre à Lebzeltern. Cette ' forme impolie n'était pas propre à adoucir la fâcheuse impression çau^e par ce document rédigé par Kapodistria^, et dan^ lequel Metternich, aussi bien que I^pudonderry, voyaient la mauvaise humeur, l'insolence et le fiel percer ]^ faible envôlQppe d'as^ra^nces amicales. Situation des Qs^u^ cot éob&nge dc note^ et d^ns pette diiN^^^^ipn ei\\ye
négociatioDs à
constantinopie. \q^ diplfdftfttes, OU vQyfiwt Fégn^r uue différence d'opinions mx les ..fait» dpnt ils s'occupaient, C'^st pour Qela qu'il est ^éçô^re d^ connaUre l'état des choses ^ Qqnst^ntinQpl^. t 'internonce, .le comte Lutzow, y e^vait eu w çommencftrment l^ pr^sé^^nce dans les négociations, de QOftcert avi^^ l^ Rua^e, qui ne pouvait être que très-contente des inr- ^truQtiQns envoyées par Metternicb à l'jnternonce, en date
du 17 juillet, at qui reennoaissaient la justice de toutes
* Page 274. Jes deutai^es russes. Mftus rappellerons* que, sur le§ pre^ mière^ démarphes faitei^ par le çQmte l^ut^ow, pour ouvrir a la Porte une retraite bQnoraWe , ceUç^çi avait Aoooé à aa politique une autre tournure, en lui déclarant, aiflsi
qu'i Tambap^deur d' Angleterre, qu'elle était toute dispo^ sée à évacuer les Principautés , s'ils lui garantissaient qu'après la retraite des Turcs, les Russes ne viendraient pas
{^^ occypar. Tous 1^$ deux ambassadeur», ^ oa qu il semble, peu instruits $ur le point d'h^nn^r, si chatouilleux, de Tempereur de Russie, furent a^sez uaïf* pour croire que, vu les sentiments pacifiques du c«ar, il ne serait Pf^^ probable que ces ouvertures, qui passaient sous silence la question épineuse au sujet des réfugiés, fussent rejje^ tées * ; ils demandèrent donc h leurs gouvernement» respectifs l'autorisation de profiter entièrement de ces offres. Mais le C2;ar, avec tout son orgueil, fit dire* à Londres* * Toctobi que la Porte possédait dans la modération de l'empereur la seule garantie qu'elle pourrait prier la Russie de lui donner dans ses rapports avec elle, L' internonce ausei reçut de Metternicb * une réponse dans ce sens, qu'il n'y * ** octo aurait pas de garantie morale dont l'empereur ne se chargeât^ sur la demande du czar ; mais non pas sur la de^ mande d'un tiers. Les deux ambassadeurs se faisaient d^s Ululons semblables, et qu'on a de la pieine à oonoevoir, dans leurs premiers préliminaires timides , qui avaient pour but une immixtion dans les affaires, afin, d^ rétablir la paix en Grèce, Lord Londonderry avait demandé* à *aoùt. lord Strangford de lui donner son avis sur l'opportunité de représentations que les ambassadeurs pourraient adresk ser aux chefs grecs pour 1^ engager è. faire la guerre avec plus d'humanité. Les représentante des puissances eurent, à ce sujet, une confér^ce*, dans laquelle, craignant * is sept qu'une telle démarche n'impliquât une espèce de santîtion de la révolution, ils trouvèrent plus prudent d'adresser en commun un appel aux Grecs, pour les engager h profiter de l'amnistie que la Porte leur avait offerte. Pour dimi-
* Lord Strangford au chevaUer Bagot. Constantlnopl^, le 26 août. MS.
* Dépêche adressée au prince Liéven. Saint-Pétersbourg, le 7 octobre. MS.
nuer leur responsabilité , ils désirèrent recevoir à cette fin, de la part de la Porte, une invitation, quand même elle ne serait que verbale ; puis lord Strangford * pensa qu'avec un firman d'amnistie renouvelé et avec une nouvelle lettre pastorale du patriarche, il pourrait déterminer d'abord les insulaires à se soumettre, ce qui offrirait la plus grande facilité pour étouffer toute l'insurrection. Le chargé d'affaires de Prusse, le baron Miltitz, avait déjà entièrement élaboré le projet; mais l'orgueil des Turcs se raidit, dès le commencement même, contre ce premier essai timide d'une immixtion dans leurs affaires. « La lettre de leur religion, disaient-ils , obligeait le gouvernement ottoman à punir les rebelles 1 » Bientôt après, les ambas- * Novembre, sadcurs rcçureut* de leurs cabinets Tordre d'abandonner ces démarches intempestives , qui compromettraient les alliés vis-à-vis de la Russie et en même temps vis-à-vis de la Porte. La Russie, en particulier, rejeta ce projet, puisque, « dans le cas où les Grecs se refuseraient à écouter cet appel, la démarche des ambassadeurs devait nécessairement priver les Grecs de tout droit de demander plus tard une intercession amicale des puissances en leur faveur. Les Grecs, disait la Russie, avaient certainement le. droit de se méfier de l'amnistie, tant que celle-ci ne serait pas accompagnée de garanties de même nature que celles que le gouvernement anglais avait trouvé nécessaire de donner dans sa médiation entre l'Espagne et l'Amérique du Sud, et de l'acceptation desquelles elle avait fait la condition préalable de toute médiation. Le gouvernement russe se féliciterait, disait-on, d'autant plus d'une telle résolution du cabinet anglais, qu'elle autoriserait la Russie , dès que les circonstances lui permettraient de
* Lord strangford à lord Londonderry. Gonstantinople^ 10 septembre. MS.
renouer ses relations avec la Porte, à prendre part à des démarches faites dans le but de pacifier la Grèce. » En proposant ainsi, à la manière anglaise, qui avait été auparavant toujours un objet d'horreur pour toutes les cours continentales, d'entrer en négociations avec des rebelles, la Russie rendit très-habilement la pareille à 1" Angleterre pour ses démarches déloyales faites dans ces affaires d'Orient, à la manière de la Sainte-Alliance, et avec une tendance plutôt européenne que l'Angleterre avait toujours rejetée, avec beaucoup de justesse logique, dans toutes les questions occidentales.
Ces premiers tâtonnements incertains des ambassadeurs firent dès lors place à une marche plus assurée, depuis que les instructions anglo- autrichiennes de Hanovre étaient arrivées. Les cabinets de toutes les grandes puissances avaient reconnu que, malgré tous les airs guerriers du czar, ses sentiments n'étaient pourtant pas d'une nature bien menaçante, et les cabinets de Vienne et de Londres sachant qu'ils étaient d'accord, on commença à voir le danger plutôt à Gonstantinople qu'à Saint-Pétersbourg. Il importait donc de déterminer la Porte à se montrer facile dans les négociations destinées à ôter à la Russie toute raison pour chercher des faux-fuyants; c'est pourquoi les deux ministres avaient fait partir de Hanovre des ordres conformes au comte Lutzow et à lord Strangford, pour leur enjoindre de tenir à la Porte le langage le plus énergique. Déjà auparavant *, on avait envoyé à l'internonce les * <* expéditions russes, en date du 13/25 septembre, avec l'ordre précis d'appuyer les quatre demandes contenues dans l'ultimatum russe, en évitaiît soigneusement tout ce qui pourrait faire croire que l'empereur d'Autriche voulait jouer le rôle de médiateur, tandis qu'il ne parlait que comme voisin, comme ami de la Turquie et comme le chef
47* NÉGOCtAtlO«î^ DIPLOMÀTIOÛÉS.
de l'État le plus central en Europe, mais pai* conséquent aussi € coinme un des juges les plus compétents pour exprimer son avis sur la véritable situation morale et politique de cette partie du monde. » Immédiatement après avoir reçu ces premières instructions , Tinternonce avait
* 30 octobrê. demandé * une conférence. C'était à une époque oii Ton ne pouvait pas s'en promettre des résultats favorables; l'ancien reîs-effendi venait d'être congédié, par suite de l'échec qu'il avait subi dans ses négociations avec la Russie, etMouhammed-Sadik-Effendi, Télève de Djanib, Tavftit remplacé; l'opinion publique à Constantinople avait été le plus violehiment excitée par la nouvelle des barbaries commises à Tripolitza. Dans le dernier divan, l'opinion de Chalet-Effendi l'avait emporté, quand il avait dit qu'on ne devait plus aller au-devant de la Russie, après que les voies de la douceur qu'on avait suivies au sujet des Grecs, et le système d'une bienveillance pleine d" égards, dont on avait fait preuve vis-à-«vis de la marine marchande russe, n'avaient pas obtenu une seule marque d'approbation de la part de la Russie. Dans la conférence fixée plus tard seu-
22 novembre, lem^ut* etttrc Ics miuistres turcs et Tinternonce, et où le nouveau reis-eflfendi fut entièrement effacé par Djanib, qui portait la parole, on perdit, dans deux heures, le résultat d'un travail pénible de cinq mois. L'internonce proposa les quatre points comme acceptables; Djanib s'exprima au sujet de plusieurs d'entre eux d'une manière incisive, absolue et railleuse. A l'égard de la restauration exigée des églises , il demanda que les rayas eux-mêmes exprimassent cette demande, et cela après avoir donné des preuves de leur repentir. En parlant de la distinction à faire entre les coupables et les innocents, il montra du doigt ie drogman de la Porte, qui, on le voyait, avait encore sa tête sur ses épaules , sur quoi le drogman se prosterna
pour témoigner par àa joie de la véfité de c^tte assertion. Comme condition pféalable de toute négociation ultérieure, Djanlb Inisista i^ur Vexlfadition dès rèftigiéô, celle des contre-demandes turques (Jui touchait de plus près à rhôïineur de la Russie; Lès ambassadeurs désespérèrent de trouver encore un moyen pour obtenir un résultat quel'* côïique; car, se disaient-ils, qui pourrait réussir Ift ôtt l'ifttèrnonce avait échoué? Cependant tous les ambassa-dêurà appuyèrent la démarche de leur collègue, Tinternonce, et êfl particulier * Tambassadeur d'Angleterre, dan« * 2^ un document écrit dé main de maître et entrant dans Vsé idées et la manière de voir des Turcs*. Lord Strangford y appuyait tout ce que Tinternonce avait dit de Vive voit et même l'assurance « que la Porte n'aurait pas à espérer la paix, tant qu'elle n'accepterait pas les demandes russes dans leurs points essentiels. Il avait appris, à son grand étoUnèment, disait lord Strangford, que la Porte s*atTê- ' tait encore à la question des réfugiés. Lui, Tambassadeur, était témoin de ce que, dans des conférences antérieures, on avait abandonné ce point que tous les sentiments d'hon* nèur et de religion et toutes les loîà de Thospitalité dêfendînent d'accorder, lois que respectaient toutes les nations, même les Arabes du désert. La Porte elle-même ne livre* rait pas à la vengeance du c^ar des sujets musulmans de Tempereur de Russie. Achmet II, à la tête d'une armée victorieuse, avait demandé au czar Pierre l'extradition du prince Kantemir; mais, lorsque le prince russe l'avait refusée, la Porte avait renoncé à sa demande. » — Assaillie ainsi de tous les côtés par les mêmes demandes, la Porte réfléchit cependant un peu. C'était là la manière tout à ftiit turque d'être entêté, sans être ferme, d'être arrogant,
' Noté oMcieUe dô l'ambassadeur d*AnglêteîTe adreifeséè à M. Chabat (le drogman de Tambassade) MS«
mais de manquer de dignité, de montrer une fierté opiniâtre, mais de ne pas avoir de persévérance, de résister aux représentations, mais de céder devant des demandes énergiquement exprimées. La réponse écrite* que, par ♦ 2 décembre, suito de la confércnce, la Porte * fit à la note de l'interdu 18 novemb. noucc*, daus laqucUo celui-ci avait dû insister, à plusieurs reprises, sur la réunion, était pi us conciliante qu'on niaurait pu le supposer, d'après l'entrevue orale. Ce document, écrit avec une logique peu ordinaire pour la Porte, passa en revue les quatre points de Fultimatum russe, les uns après les autres, et donna d'excellentes raisons là oii on refusait d'accéder aux prétentions de la Russie. « La demande de l'évacuation des Principautés et de la nomination des hospodars, disait la Turquie, annonçait, dans les circonstances actuelles , le désir de la Russie d'usurper une nouvelle suprématie en Europe ; si la Porte s'y soumettait, il en naîtrait pour elle des maux qui léseraient sa souveraineté et la dignité de la nation turque ; la Porte se trouvait donc dans la nécessité bien justifiée de repousser cette demande pour le moment. Puisque le gouvernement russe invoquait des motifs particuliers qui lui défendaient de livrer les réfugiés malgré la teneur des traités, la Porte pourrait bien, par égard pour la cour de Vienne, ajour^ ner sa demande fondée sur les traités ; mais elle ne pourrait pas se résoudre à faii'e les deux actes demandés et confier le gouvernement de chaque Principauté à deux hommes de la nation grecque, tant que les Grecs seraient en pleine révolte, dont le but était le rétablissement de leur ancien empire. La Porte proposerait donc , comme expédient, de faire surveiller les Principautés par des commissaires et par quelques troupes, de faire continuer l'administra-
*• Note de la Sublime-Porte adressée à Tinternonce. Le 2 décembre. MS.
tion par des kaïmakams grecs, mais de retarder Tévacuation définitive et la nomination des hospodars jusqu'au rétablissement de la tranquillité. Quant à la protection à accorder à l'Église chrétienne, et au sujet de la distinction à faire entre les coupables et les innocents, la note donna les meilleures assurances. > — Lord Strangford reçut, au même moment, une note d'une teneur semblable. Les ambassadeurs comprirent que le gouvernement turc, d'ordinaire si intraitable, avait fait là plus qu'on ne pouvait espérer; eux, qui étaient sur les lieux, savaient que beau coup de difficultés légales et matérielles s'opposaient à ce que la Porte accordât ces demandes; ils savaient que, même dans des temps tout à fait tranquilles, il fallait toujours user d'artifices pour réparer des églises dégradées, et que, dans ce moment, les ecclésiastiques eux-mêmes conseillaient d'attendre, pour cela, un moment plus favorable. D'après le ton de leurs instructions précises, les ambassadeurs avaient néanmoins le pressentiment que ce résultat de leurs efforts ne satisferait ni leurs cabinets, ni la Russie. C'est pourquoi l'internonce exprima, dans une note verbale adressée au reis-effendi, ses regrets que, d'après la note qu'il venait de recevoir, tous ses efforts pour être utile à la Porte semblassent être vains. Tous les ambassadeurs tenaient le même langage. L'ambassadeur #Angleterre eut une nouvelle conférence avec les ministres turcs; mais ceux-ci s'obstinèrent à soutenir leurs prétentions. Us payèrent alors la Russie parfaitement bien en même monnaie, et, par rapport aux Principautés, ils se retranchèrent insolemment derrière la même impossibilité morale dont la Russie avait parlé, en refusant de livrer les réfugiés. Mieux encore, Djanib reprocha aux ambassadeurs, dans le langage très-franc du simple bon sens, ce que toutes les phrases diplomatiques sur l'allianco pa- I. . - .il
cifique des princes de l'Europe, etc., ne pouvaient pas cacher, c'est-à-dire la soumission et la servitude de toutes les puissances vis-à-vis de la Russie. < Ces puissances, disait-il, donnaient toujours, du matin au soir, des conseils à la Porte, et lui faisaient remarquer les dangers dont elle était entourée; pourquoi la Porte, à son tour, ne leur fe^ rait-elle pas remarquer aussi les dangers qui menaçaient les puissances^ qui toutes tremblaient plus devant la Russie qu'auparavant devant Bonaparte l » Ces déclarations et là note adressée à T internonce devaient naturellement arrêter complètement les négociations à Gongtantinople. L'Anteiche se L'Autriche Semblait presque se piquer de ces dernières
)proche davan- r ^ r ^
i« de la Russie, allusious. Elle se tourna dès lors vers la^ Russie , pour exercer sur elle son art de persuader, en représentant à SaintrPétersbourg ce qu'elle avait fait et obtenu comme aussi important qu'à Constantinople elle l'avait appelé insignifiant et de peu d'importance. Après avoir reçu les dernières communications de Tinternonce, Metternich fit ii^et e^a^eî P^^^^^^ P^^^ Saint-Pétersbourg deux expéditions *, après "• avoir eu d'abord à Vienne, avec Golowkin, une entrevue
préparatoire. Fort de l'appui de l'Angleterre et se fondant sur les concessions à demi obtenues, il osa conseiller au czar de renouer les relations diplomatiques avec la Porte. * 19 janvier. Lord Loudouderry * aussi envoya au chevalier Bagot de nouvelles instructions pour qu'il fît des représentatiofts dans le même sens. On crut que ces expéditions auraient un résultat décisif; on espéra qu'elles provoqueraient à
Saint-Pétersbourg des déclarations assez précises, pour
qu'on pût savoir au juste si la Russie comptait réellement se refuser à tout ce qui devait raisonnablement la déterminer à reprendre , dans l'intérêt de la paix , ses rapports directs avec la Porte. Mais ces prétentions touchèrent le czar d'une manière extrêmement sensible. Sa
vaniié, doflt on ne pouvait pas prévoir toute l'étendue, avait été déjà blessée de ce que la note du 2 décembre^ contenant la réponse de la Porte , avait été adressée aux ambassadeurs des alliés; il s'était attendu à ce que T Autriche l'aurait repoussée de prime abords coofuue ne pou-r vant pas être transmise à Saînt-Péterébourg , et qu'elle aurait insisté sur une rép9nse directe à adresser au gouv^njement rasse, ainsi que sur l'acceptation de l'ultimatum: Ou pouvait voir <|ue, si les déclarations de la note turque Avaient été adressées directement au cabinet russe et avec des formes meilleures, elles y auraient produit une impression beaucoup .plus favorable. Dans un bal chez l'impératrice mère* le czar s'exprima vis-àrvis dé Lebzeltem d'un ton très-irrité sur cette méfiance qu'on Jtui montrait. Les epd)arras ^ans lesquels il se trouva i^is pa^r l'attitude prise en commun par l'Autriche et l'Anglelerre lui étaient au plus haut d^gré pépibles. Mais ses velléités de guerre s'étaient singulièrement refroidies depuis que récemment le grand-duc Constantin» d'après ce que Bagot raconta confidenûeUement à. Lebzeltern comme càose tout à fait certaine, avait déd^aréà l'empereur que, 4ans le cas d'une guerre, il ne pourrait pas. répondre de la tranquillité de la , Pologne S D'après tous ces signes précurseurs, Metternicb s'attendait è^ recevoir une réponse jpù il verrait percer partout le dépit et le mauvais vouloir d.an^ lesquels il aurait vu les signes les plus favorables Enfin cette réponse arriva*; elle parut ^u grand-chancelier une des pièces les plus faibleîs sorties de la plume de Kapodistrias. Le désir de h paix y prédominait, et l'impression que laissait l'ensemble de la note tranquillisait
< Dépêches du comte Lèbzeltern^ en date du 31 janvier et du 6 février 1822. MS.
' Dépêche adressée au comte Golowkin^ en date du 12 février. MS.
Att 12 février. Mottemich. « L'internonce, étaît-il dît dans la dépêche*, avait actuellement tenu à Gonstantinople un langage bien différent de celui qu'il avait tenu auparavant, par suite des instructions du 17 juillet, reçues par lui avant celles qui lui avaient été envoyées de Hanovre. Il serait difficile, ajoutait-on, de dépeindre l'impression douloureuse que ce changement avait fait sur l'esprit de l'empereur. Après tant de preuves de patience données par la Russie et par l'ambassadeur et médiateur autrichien, la Porte s'était enfin décidée à parler, et pourtant les alliés n'avaient à transmettre qu'une conversation stérile et des preuves nouvelles de l'aveugle obstination du gouvernement turc. Ces résultats étaient bien éloignés de justifier une facilité à négocier inspirée par la peur ; toutes les considérations ramenaient, au contraire, la Russie à la conviction que la Porte ne céderait jamais devant un autre sentiment que celui de la crainte; toute tentative faite pour se rapprocher d'elle par des concessions qu'on lui ferait n'aurait qu'un résultat apparent, et toutes les négociations directes resteraient sans effet aucun. » Pendant ce temps, Metternich
«8 janvier. avEÎt cuvoyé * à Saint-Pétcrsbourg * de nouvelles expéditions 9 qui se croisaient en route avec la dépêche russe dont nous venons de parler; les questions des destinées futures de la Grèce et de l'attitude que prendrait l'Autriche dans le cas où la guerre éclaterait , y étaient de nouveau examinées par Metternich d'une telle façon que, d'après l'exemple de Londonderry, le grand-chancelier laissait à la Russie le soin de s'exprimer d'une manière plus précise sur ces questions difficiles. C'est pourquoi, après avoir reçu les communications russes, en date du 12 février, Metternich retarda sa réponse jusqu'à ce qu'il
* Elles nous manquent.
eût reçu des informations nouvelles au sujet de ces derniëres expéditions ; en attendant, il se contenta de charger le cabinet de Berlin d'apaiser le czar, en lui représentaQt que TAutriche n'avait jamais eu l'intention de détourner Tempereur des conditions exprimées dans son ultimatum. Cependant ces ouvertures du cabinet de Vienne, en date du 28 janvier, ne satisfaisaient pas non plus Tempereur Alexandre ; Metternich se flattait que c'était parce que le czar était embarrassé d'y trouver une réponse. Pour faire sortir alors les négociations de Tornière oii elles s'étaient embourbées, c'est-à-dire pour faire cesser l'accord entre l'Angleterre et l'Autriche, le czar résolut d'envoyer à Vienne le général Tatistschew avec une mission spéciale, dans l'espoir que les cours s'entendraient mieux en traîtant ainsi verbalement, c'est-à-dire en écartant l'influence anglaise. On nia à Paris et à Londres, sans pouvoir cependant empêcher le secret de transpirer, que cette mission eût pour objet des conférences orales sur la « pacification, 9 c'est-à-dire sur une modification future dans la position des Grecs, à laquelle, d'après ses déclarations récentes, l'Autriche paraissait vouloir se prêter. Le choix de cet ambassadeur extraordinaire avait été le résultat d'une délibération du czar avec Nesselrode seul, qui, à cette époque, osa déjà se mettre davantage en évidence et exprimer son opinion. Dans cette question, comme dans toutes les autres, il se trouvait plus près de l'Autriche que tous ses collègues, et encore, dans ce moment, il écrivit à Gentz, pour lui demander d'aider Tatistschew de ses conseils. Gé dernier passait pour un homme ambitieux et cupide, qui, comme Pozzo, ne pardonnait à personne une influence prépondérante, et dont Nesselrode disait : c qu'il ne serait heureux que lorsqu'il serait devenu un autre Potemkin ou un second Besborodko. > Par le rôle cynique
4M MÉMCfATlOMS DIPLOftATIQVES.
qu'il avait joijé autrefois en Espagne^ ii avait fortement ph^venu le cabinet de Vienne contre lui, et ràim^j lorsqu'il avait été désigné pour re«aplaoer Stackelberg ^ oà afvait formellement demandé au c^ar de ne pas Teàvo;^. A l'époque qui nous oceupei Ldjeeltera avait ses raisons poMT oublier cette ancienne répugnanoe; on savait que, dans la question grecque, Tatistschevvr était Tadterisaire de Kapodistfias, qu'il^tait riche en ressources et assez fiti pour pénétrer le désir réel de rempereur de conserva la paix, bien que ce désir ne fât pas avoué. Pour prouver jusqu'à quelpoint il importait qu czar, tourmenté de tous les côtés, de se tirer de ses embarras, Metlernich raconta que Tatistscbew était venu porteur de deux espèces d'instructions entièreHient dîiK^entes : que Tun de ces deux documents était signé par Kapôdiàtrias, et que l'autre, auquel renvoyé russe se conformait, avait été écrit par i'empereur lui-même. De môme que la Porte, dan^ sou désir sincère de eonsèrver la paix^ et se relayant, sur les iÂstaaces faites en commun par les ambassadeurs, un peu de sa rigidité et de son ppiniâitrèté, avait, de son oôté^ bien voulu condesoendiie à des demi-concessions, de même le czar, sur les propositions de ses alliés, fit un peu violence à sa susceptibilité. En mod^ant d'une banière essentielle ses demandes vis-^à-vis de la Porte, Alexandre voulut bien prêter ht iMin à un aecommodem^t pacifique; mais il demanda, en échange, que, dans te cas oh même ces démarches n^auraient pas de suite à CoDStantinople , les alliés rompissent leurs relati^ms dipIoButtiques avec la Porte, et ne laissassent que de simples agents dans la capitale turque. La Russie espérait quQ ces propositiotns seraient d'abord a^^ouvées par le eafcinet de Berlin, comme cela avait eu iieu déjà pour les fTpÉUb^esl comimunications du mois de juin de V année pré»>
DIFFÉRETfDS RUSSO-TURCS. 487
cédente ; lé cabinet russe envoya donc au comte Alopeus le projet d'une note verbale*, avec ordre de ne la remettre, sous une forme officielle, que s'il pouvait s'attendre à une réponse conforme aux désirs de la Russie. On ne se trompa point. Le ministre des affaires étrangères de Prusse crut plus sage de faciliter du czar la voie qu'il avait choisie luimême pour faire un pas en arrière et pour prendre des résolutions plus modérées, que de lui barrer cette route*. Il est vrai que le ministre de Prusse n'accéda pas à la proposition russe de faire un traité formel , mais on tomba d'accord de dresser un protocole* dans le sens indiqué par la Russie, et par lequel le gouvernement de Prusse ne s'imposa que des engagements qu'elle faisait dépendre diBs résolutions que prendraient les autres alliés. La Russie expédia ce protocole à toutes les cours. Mèttemich aussi se» déclara prêt à faire la démarche proposée ; mais, lui aussi, y mit la condition que toutes les puissances y prissent part*; cependant il paraissait espérer sérieusement, comme le faisait Esterhazy, qui était à Londres dans les rapports les plus intimes avec les ministres anglais, que l'Angleterre accéderait aux propositions russes, et qu'elle rappellerait lord Strangford > qu'on soupçonnait à Saint- Pétersbourg d'exciter la Porte à soutenir toutes ses prétentions et à persévérer dans son obstination. Lord Loadonderry, après avoir vu le protocole de Berlin, fit, comme on aurait pu facilement le prévoir, les plus grandes difficultés ^ Il importait beaucoup trop à l'Angleterre de se trouver en relations d'amitié avec la Porte, pour que le ministre eût jamais pu conseiller au roi de rappeler son ambassadeur; il se refusa dès lors» comme il l'avait fait
* Dépêche du comte Bernstoi ff adressée au général von Schœler. 23 mars. MS.
' Metternich au comté Zichy, à BerUn, le 2 avril. MS,
toujours, à toutes les démarches collectives ; il se montra plein de répugnance contre des stipulations quelconques au sujet des destinées futures de la Grèce, en disant qu'on pourrait à peine décider la Porte à accepter des stipulations semblables, après une guerre heureuse. Il n'était pas non plus disposé à appuyer, en outre, les efforts que faisait la Russie pour donner à son traité de Kainardjy une interprétation de plus en plus étendue, efforts, disait-il, qui rendraient illusoires tous les traités ; il voulait encore moins augmenter le nombre de ces traités, qui ne pourraient que créer de nouvelles complications. Metternich, de son côté, faisait ressortir les mêmes choses dans son entrevue avec Tatistschew, auquel il ne cacha pas que les trois d'entre les quatre demandes russes qui ne concernaient pas le^ Principautés étaient des interprétations arbitraires de l'article 7 de ce traité. Il lui déclara encore que les stipulations futures en faveur des Grecs ne devaient, sous aucune condition, porter atteinte à la éouveraineté de la Porte, ni accorder à la Grèce une indépendance semblable à celle de la Servie. Lorsque l'envoyé russe lui demanda à plusieurs reprises quelle serait l'attitude que prendrait l'Autriche dans le cas d'une guerre, Metternich aussi, comme lord Londonderry l'avait fait à Hanovre, refusa d'y répondre, puisque le moment n'était pas encore venu de la poser, car, disait-il , il fallait que la Porte fût folle de rejeter les justes demandes du czar. Cette réponse était, à la vérité, plus conforme au langage de l'Angleterre qu'à celui de la Russie et le comte Bernstorff, qui aurait voulu se montrer plus complaisant visà-vis du cabinet russe, blâma très-sévèrement ces attaques contre l'interprétation que donnait le czar à ses traités, après qu'on s'était épuisé jusqu'alors à élever aux nues sa modération ; il blâma ces soupçons qu'on faisait planer sur
les intentions de la Russie, comme si celle-ci voulait donner aux Grecs une indépendance semblable à celle des Serbes, intention que la Russie n'avouait pas; il blâma enfin qu'on niât la possibilité d'une guerre qui ne serait redoutable qu'aux alliés, et non à la Russie. Mais, en définitive, on ne voyait sous ces récriminations, qui semblaient bien odieuses dans ce moment où les puissances se rapprochaient les unes des autres, que l'intention de Metternich de faire perdre à Kapodistrias son influence et de s'entendre parler seul, pour revenir ensuite, par ses détours favoris, à la réconciliation, tandis qu'aux yeux d'un homme franc et loyal, le chemin droit aurait été indiqué comme le meilleur; or, c'eût été de laisser tomber les accessoires, de s'attaquer aux objets essentiels et de faire les sacrifices nécessaires. Déjà, dans sa première dépêche qu'il envoya* à Saint-Pétersbourg, Tatistschew exprima * l'espoir qu'il réussirait dans sa mission. On s'était décidé à Vienne à décharger la Russie de la tâche qu'on avait voulu lui donner auparavant, & savoir de formuler les propositions russes au sujet de la pacification; on fit élaborer un mémorandum sur cette question *. « Prenant comme point de départ la séparation et la distinction des questions du droit rigoureux d'avec les questions d'un intérêt général, de la question turque d'avec la question grecque et de la question russe d'avec les questions européennes, ce mémorandum fit observer qu'en fixant ses demandes légitimes, le czar avait,* dès le commencement, considéré l'accord des puissances, même au sujet de la question de l'intérêt général, comme inséparable de l'accommodement définitif. Mais, cette question n'ayant jamais été traitée d'une manière précise entre les cabinets, les alliés n'au-
* Mémorandum du 19 avril. MS.
4M NÉGOCUT10T98 DIPLOMATIQIJES .
raient pas non plus été à même de Tacceiituer d'niie ma^ nière particulière à Constantinopie, ni de faire des propositions & ce sujet. Il était de Tintérét des puissances, disait-on, de terminer ce^te affaire suivant les désirs de Temperaur et suivant ce que demandait la sûreté de l'Eur&pe. M jftis, puisqu'il ne s'agissait pas de toucher k la souveraineté du sultan, les propositions des alliés à l'égard de llavenir de la Grèce oe pourraient se rapporter qu'à des wjetâ de législation et d^administration : à l'assurance dà libre exercice du culte, à des dispositions législatives p(Hir mettre \e& personnes et la propriété à Tabri de tout danger, «I à ^administration régulière de la justice. L'Autriche, disait le mémorandum, ne pourrait reconnaître à aucune autre puissance le droit de s'immiscer dans les affaires intérietires d'autres États; mais il y avait en Turquie des eonditions particulières, qui rendaient indispensable ^de Irauver des moyens pour y rétablir une tranquillité permaneate, sans laquelle ni la Turquie, ni l'Europe ne sau* ment subsister. Ensuite le mémorandum se résumait en finissant par la oondusioa pratique que voici : les puissances auraient à insister auprès de la Porte pour que celle-ci rétablît Tordre dans les Principautés, pour qu'elle procla^ aàt Tamnistie dans les provinces révoltées, pour qu'elle acceptât les bons offices des puissances afin d'apaiser la révoluUçû^ et pour qu'elle nommât des délégués turcs, qui» dans une conférence générale, délibéreraient avec les ambassadeurs sur les mesures que les puissances juge- ]fhimi nécessaires au rétablissement de la U*anquillité dans l'eiopire turc. Afin d'entrer dans ces voies, il serait indispensable de savoir d'abord si les puissances étaient toutes d'ai^cord sur les pointe de vue établis dans le mémorandum, et de s'entendre ensuite sur les moyens les plus convenables qui pourraient déterminer la Porte ^ SQ ij^êk^. à ces pi^po-
sition». » — Il est vrai que ce mémorandum, avec ses conclurions ainsi fortnulées, ne fût présenté qu'un peu plus tard ; mais le travail n'était pas inconnu à Tatistscbew et devait être du meilleùP augure pour le succès de sa mission. En flattant habilement le penchant ambitieux qui portait lè prince Metternich à vouloir jouer partout le premier Pôle, et en lui cédaiit la première place, la Rusrie attira dans son camp Thomme d'État autrichien, qui reprit ses sentiers tortueux ordinaires au moment où le droit chemin, Tunion ferme avec l'Angleterre l'aurait conduit tout droit au but, et aurait décidé le czar, déjà fortement ébranlé, à céder entièrement. La Russie détacha Metternich de Londonâerry et de T alliance anglaise; elle le gagna pour la demande qui contrariait le plus l'Angleterre, comme elle était celle que le czar désirait le plus voir réussir, et dont la réalisation aumt ouvert à l'empereur la perspective certaine d'une influence nouvelle et plus étendue dans l'empire turc. Le mémorandum avait été déjà rédigé, lorsqu'on reçut de Gonstantinople des informations récentes ^ur Fattitude prise, en dernier heu, par la Porte, qui, dans une nouvelle note*, venait de désillusionner, par une autre dêmonstra^ tion, les plus grands amis de la paix. Linternonce avait rejeté cette note; la diplomatie autrichienne répara donc,, cette fois aussi, à Gonstantinople, là faute qu'aux yeux de la Russie elle avait commise en acceptant la dernière note turque du 2 décembre ; le czar trouva alors les actes de TAutriche, tels qu'ils les avait attendus d'une puissance amie et éprouvée. La conduite récente de la Porte mettait le czar en position de prendre les armes, et l'attitude prise par l'Autriche semblait lui être une garantie qu'au pis aller il ne les prendrait pas seul.
Nous avons à r^rendre maintenant les négociations qui, à Crastantinople, avaienteonduit àc^e dernière démon»*
492 NÉGOGIATIOISS DIPLOMATIQUES.
tration de la Porte. Depuis le récent accord si parfait entre toutes les ambassades, le gouvernement turc était devenu également défiant à Tégard de toutes les puissances. Ce n'était pas la première fois que la Porte faisait Vexpérience que souvent il faut se garder de ses amis aussi bien ou plutôt davantage que de ses ennemis. Déjà dans le grand drame diplomatique des années 1770 à 1790, elle avait suffisamment appris que les chrétiens, et même les ennemis de ses ennemis, étaient toujours tous ligués contre elle comme dans une conspiration tacite, et que ses amis les plus sincères ne voyaient jamais en elle une puissance égale en Europe qu'ils voudraient restaurer afin de lui donner les forces nécessaires pour se soutenir par elle-même et qu'ils voudraient fortifier pour s'en servir comme d'un contre-poids réel contre la Russie. Malgré la jalousie que leur inspirait la puissance du Nord, les amis de la Turquie n'avaient pourtant jamais et nulle part voulu tenter un effort pour lui faire quitter sa vaste proie ; ils avaient mieux aimé adresser les demandes les plus exigeantes à la faible victime et lui imposer tous les sacrifices possibles, afin d'apaiser, par un morceau de ses dépouilles qu'ils lui arrachaient, la première faim de la bête féroce. C'était le même jeu absolument encore à ce moment. Depuis l'origine des complications, la Porte n'avait pas songé un instant à chercher un appui dans aucun de ses amis; au moment actuel, elle semblait même craindre de les voir se ranger du côté de ses ennemis. Dans l'année qui avait précédé ces événements, la Porte avait été convaincue que toutes les puissances de l'Europe étaient trop épuisées pour qu'une seule d'elle pût risquer sa tranquillité par un seul coup de fusil tiré en faveur des Turcs ; mais maintenant elle semblait les croire capables de tirer avec la Russie sur elle. Elle avait commencé à se défaire de sa méfiance à l'égard
de rAutriche ; mais à ce moment son étroite uiiion avec la Russie lui causa de grands soucis au sujet du but secret de la Sainte-Alliance, et Tinfluence de Tinternonce baissa tous les jours davantage. L'Angleterre avait toujours eu, de préférence à toutes les autres puissances, la confiance de la Porte, mais, à" ce moment, l'autorité de lord Strangford lui-même se trouvait affaiblie pendant quelque temps. Le chargé d'affaires de Prusse, pourvu des instructions les plus précises au sujet d'une action énergique et commune avec les autres puissances, pressait les autres ambassadeurs, à toute occasion, de se servir en même temps du même langage énergique ; il était impossible qu'une telle conduite pût plaire à la Turquie. Quant à la France, la Porte y avait compté au commencement ; mais le nouveau représentant de cette puissance, le marquis de Latour-Maubourg, avait détruit d'avance tout le crédit qu'il aurait pu avoir à Constantinople, puisque déjà pendant son voyage, il avait eu une entrevue avec quelques chefs des insurgés à Navarin, puisque ensuite, après son arrivée dans la capitale turque, il voyait souvent les agents de Méhmet-Âli, et qu'il avait assez peu de sens pour vouloir jouer le rôle de dictateur qu'il avait joué là autrefois sous Napoléon. Dans cet état des affaires, les ministres turcs ne montraient pas la plus belle humeur, lorsque la diplomatie déploya une nouvelle activité après l'arrivée de nouvelles instructions reçues par l'intemonce et après celle de la réponse autrichienne' à la note turque en date du 2 décembre. Dans cette réponse, dont on connaissait à Saint-Pétersbourg l'esquisse, et qu'on y blâma comme trop complaisante et trop peu péremptoire, l'Autriche avait fait grand éloge du mérite qu'avait eu la Porte à accepter purement et simple-
* Note autrichienne adi^essée à la Sablime^Porte^ remise le 24 jan* vier. MS.
jaieattroiâ d'entre tes demandées risses, mais elle amt de- ^apiirottvé la demande d'un délai pour révacuation dès jPrïaoipautéSb demande qui ne saurait faire cesser la tension actuelle et cette position insupportable entre la pait et la guerre ; elle recommanda encore une fois, comme les mojmè les plus sûrs de dénouer toutes les difficultés , la nomination des bo^[K>dars -et Featente avec la Russie an aujet de radminîstratlon des Principautés. Dans sa dépè^ çh^. adressée au comte Lut^sow, le prince Metternich avait eu même tenof^ tracé la ligne de conduite qu'il désirait voir tenir à lord Strangford quand il appuierait cette noté; çavi le crédit 4b rint^rnojsice ayant presque entièrement disparu» c'était à Tamba^sadeur anglais qu'il voulait xx>n^ jà/^v entièrement cette négociation. Lord Strangford deiuapda, par conséquent, une conférence, mais il ne put ♦ 8 février. J' obtenir qu'après avoir adressé * à la Porte une lettre mo* ♦ 16 février, nitoriale très-énergique. L'issue de cette entrevue * n'était cependant pas décourageante S L'ambassadeur anglais p^t faire usage d'i^ne concession du czar qui s'était montré prêt à interner le prince Soutsos qui, plus tard^ fut envoyé en Autriche; 11 put donc exhorter la Porte avec d'autant plus d'instances à rétablir Tancieii ordre dans les Prinel* pautés et à nommer des bospodars» pris sinon parmi, le^ ÇreçSi du moins parmi les boyards. Par ces mesure^, disait lord Strangford, la Pprte se conserverait Tamitié de toutes les puissances, taudis que, dans l'autre cas, l'empû^ turc serait, dans un mois, exposée une guerre russe et aurait perdu l'amitié des puissances. Lorsque les miais«tres tuTi^ accentuèrent encore les circonstances défavorables, il leur rappela sévèreo^ent qu'ils n'avaient pas le droit de faire dépendre des circonstances l'accompUsse-
* Pcéds da la confiéreoce imae le i6 février iaSâ à i'MiIel du veii-efliaidi. MS.
ment de leur devoir; que diraît-611:, ajOâiait-â| d'im homme qui ae voudrait pa9 payer sea dettea sous prétexte que le mauvais temps ne lui permettait pias de sortir ? En outre, tout retard serait plein de périls puisque la r^rea^ sion de la révolte dépendait essentiellement de la paist avec la Russie, paix qui détruirait les espéruiees desiror belles, tandis que la guerre, au contraire, donnera it aux Grecs le temps de former un gouvernement indépendant que la Porte serait obligée de reconnaître à la oonelusion de la paix. D'un autre côté, après l'évacuation immédiate des Principautés, le czar pourrait tranquilliser ses si^et^ exaspérés de voir que F empereur ne défendait pas leurs coreligionnaires. Pendant une pause dans la conférence et dans un moment de conversation coniSdentielle, Strangford parla en passant de l'opportunité qu'il y aurait à nommer des délégués tures pour négocier avec des plénipotentiaires russes; mais cette suggestion fut repou&sée sans qu!on entrât dans des détails : « Ge n'était pas la Porte, disait^ on, qui avait rompu les négociations. » En reprenant le pro^ tocole de la conférence, Djanib fit ressortir que la présence de troupes turques était indispensable pour empêcher qu'une nouvelle révolution ne vint à éclater. Néanmoins» il donna l'assurance qu'on évacu^ait les Principautés et qu'on le ferait plus vite que l'ambassadeur ne le croyait^ presque immédiatement, puisque, ajouta-t-il, la Porte pour vait 'disposer dès lors de ses forces employées contre Âlir Pacha et que tout annonçait la fin rapide des troubles Toutes les affaires semblaient prendre une tournure plus favorable, lorsque tout à coup il y eut un changement complet sur la scène politique. La Porte avait été instruite du mauvais accueil que sa dernière note du 2 décembre avait trouvé à Saint-Pétersbourg, et ce ne fut pas là la première ni la dernière Sois qu'on eut lieu de s'étoi^^
496 MtoOGIATioifS DIPLOMATIOUES.
ner de la rapidité et de la sûreté de ses informations ; elle avait appris que, dans ses dernières ouvertures adressées aux puissances, la Russie avait désigné comme des préliminaires les quatre articles qu'autrefois elle avait appelés son ultimatum ; ce seul mot lui fit craindre qu'en concédant les quatre points, elle ne vit surgir aussitôt la demande d'un cinquième. Le sultan fut furieux à cette seule pensée ; les ministres prirent le langage précis de Tambassadeur anglais pour une alternative catégorique de choisir entre la guerre et la paix ; ceci donna aussitôt aux négociations une tournure tout à fait imprévue. Par suite de nouvelles instructions, Tinternonce demanda une nouvelle conférence, mais on ne l'écouta plus. Les ministres turcs
♦ t5 fénier. appelèrent* à leurs délibérations tous les chefs des milices et les représentants des corporations ; ils leur exposèrent la marche des négociations en leur demandant leur avis dans un de ces moments pleins de contrastes et qui n'étaient pas tout à fait rares, oîi le monarque le plus absolu, le vicaire du prophète, demandait conseil à son peuple. L'opinion de ceux qui représentaient la nation qu'on consultait était que, dans sa réponse à l'Autriche, la Porte ne devait pas aller plus loin que dans la conférence avec lord Strangford; dans le cas d'une guerre, disaient-ils, le peuple était prêt à se lever en masse. La seule forme de cette délibération, dès qu'elle fut connue à Saint-Pétersbourg, ranima tous ceux qui étaient pour la guerre et découragea tous ceux qui désiraient la paix ; communiquer aux janissaires les négociations politiques et les faire colporter dans les casernes, initier les pauvres prêtres et les membres des corporations de métier aux secrets de la diplomatie, tout cela pai'-aissait annoncer la résolution bien arrêtée de déchaîner le fanatisme guerrier du peuple. Cependant le
♦t8 «Trier, tou de la note adressée à l'internonee* et qui futpivsen-
tée k cette assemblée et approuvée par elle, comme celle d'une teneur semblable, qui était destinée à lord Strangford, n'était pas de beaucoup aussi sévère qu'on aurait pu l'imaginer. La note était, comme d'habitude, remplie de citations, de répétitions et de griefs ; la Porte se plaignit de la manière dont on avait traité Ypsilantis, elle remit sur le tapis la question de l'extradition def réfugias, elle agita de nouveau une ancienne affaire relative à Tun des articles de la paix de Boukharest, article qui n'avait jamais été exécuté et d'après lequel la Porte redemandait quelques forts sur la frontière d'Asie, forts dont la Russie s'était emparée par corruption et qui étaient une proie trop précieuse pour qu'elle eût jamais voulu les rendre, et pour que le sultan eût jamais consenti à y renoncer. Quant aux autres demandes, la Porte avait simplement concédé trois des quatre articles russes et, pour l'exécution du quatrième elle n'avait stipulé qu'un délai trè^- court. Pour tranquilliser la Russie, Djanib ajouta encore verbalement qu'on ne mêlerait pas, d'une manière bien sérieuse, la question dés forts aux négociations actuelles ; seulement si la Russie se targuait des traités, la Porte voudrait du moins lui rappeler que c'était la Russie qui ne s'y conformait pas. — En vérité, à cet égard la Porte aurait bien mérité l'appui public et le témoignage hautement proclamé de toutes les puissances, témoignage que Metternich ne voulut pas lui refuser, du moins en particulier, en reconnaissant que dans l'accomplissement de ses engagements pris dans les traités, elle s'était toujours montrée la voisine la plus sûre et d'une fidélité à toute épreuve. Les ambassadeurs d'Angleterre et de Prusse, exempts de toute prévention, interprétèrent la note dans un sens favorable ; l'internonce, rendu plus circonspect par sa dernière expérience, craignît précisément l'impression que laisseraient les reproches contenus dans
4^8 NÉGOËIAtlONà DIPLOMATIQUES.
" 8 mars. Ift iiote et, se donnant Taîr d'être offensé, il refusa* de la transmettre à Saînt-Pétérsbourg*. Les ambassadeurs d'Angleterre et d'Autriche firent encore un dernier effort qulls désignèrent eux-mêmes comme « peut-être le dernier de tous » et présentèrent une note collective ' dans laquelle ils insistèrent encore une fois sur la satisfaction à donner àiix désirs de la Russie, relativement aux Principautés ; car, disaient-ils, ce qui, trois semaines auparavant, avait été annoncé comme imminent, ne saurait être maintenant difficile à fixer d'une manière définitive. Cette note resta sans résultat et sans réponse ; la Porte communiqua seulement d'une manière confidentielle au drogman anglais que les firmans ordonnant la diminution des troupes avaient été envoyés dans les Principautés, que la place de commissaire général des troupes turques, devenue vacante par la mort de ce fonctionnaire, ne serait plus occupée et que le commandant en chef, qui venait de mourir égale*taetit, ne serait pas remplacé par un autre pacha à trois queues, mais seulement par un mirmiran. Mais immédiatement après avoir fait encore ces dernières concessions, la Porte s'abandonna de nouveau à d'autres suppositions sombres, en apprenant que Tatistschew avait été envoyé en mission à Vienne. L'influence personnelle de Tinternonce en reçut une nouvelle atteinte. L'infatigable lord
♦ 30 mars. Straugford remit* une nouvelle note pour conjurer, si c'était possible, l'agitation de la Porte. Malheureusement, à ce moment même arriva la nouvelle de l'attaque des Samiens contre Chios. Les ministres turcs se répandirent en invec-
* Note autrichienne remise à la Porte par Finternonce, le 8 mar?. MS.
' c Note signée en commun à la Porte par l'ambassadeur d'Angleterre Lord Strangford et rinternunce d'Autriche comte de Lutzow, » iO mars. MS.
DltYÉKCKDS RDâSO-T0RCS. 499
tives contre les agents russes à Psara oîi le consul, comme déjà auparavant celui de Patras, s'était ouvertement mêlé à Tinsurrection ; lord Strangford jugea alors prudent de se tenir à l'écart. Quelques jours après, Tinternonce reçut de Vienne de nouvelles instructions * qui devaient en même * di temps servir d'indications à lord Strangford. Par suite de ces instructions, le comte Lutzow remit* à la Porte une * ® noté dans laquelle le cabinet de Vienne continuait à jouer le rôle d'offensé comme l'internonce avait commencé à le fttire ; l'empereur, se drapant dans toute sa dignité, reprochait à la Porte sa conduite ingrate et cherchait à changer l'expression de cette susceptibilité même en un moyen propre à faire avancer les négociations au moment oîi elles allaient échouer. L'internonce avait à s'abstenir désormais complètement de la négociation, et l'on en chargea alors formellement lord Strangford, entre les mains duquel elle avait été de fait depuis longt«ips. Sans être gêné par une légation russe, sans être traversé dans ses desseins par l'ambassade de France, appuyé de toute manière par le chargé d'affaires de Prusse, et dès que l'internonce se fut renfermé dans un silence boudeur, l'ambassadeur anglais fit rapidement, vigoureusement et avec plein succès, usage de ce droit qui lui avait été donné.
La grande influence de l'ambassadeur d'Angleterre à i Constantinople, que nous avons pu suivre dès l'origine de ^^ ' ces complications, reposait, en première ligne, sur la grandeur de la puissance anglaise et sur sa position vis-àvis d6 la Turquie. La confiance en la bienveillance et la bonne foi de l'Angleterre et des Anglais était grande parmi les Turcs. Même les individus isolés, les nombreux touristes anglais avaient réussi, par leur modération, leur calme, leur sincérité et leur franchise, à effacer de plus d'une manière les préjugés que nourrissaient les Turcs à l'égard
de tous les Francs; les Anglais y avaient réussi, à cette époque, mieux que les Français dont on avait toujours dit auparavant qu'il leur serait aussi difficile de jamais perdre la faveur des Turcs qu'aux Russes de la gagner. Mais les rapports entre les gouvernements turc et anglais étaient d'une nature encore plus solide. Beaucoup de critiques en matières politiques, sans en excepter les Anglais eux-mêmes, ont souvent reproché amèrement aux homm*es d'État d'Angleterre et surtout du parti whig, qu'avec une insouciance criminelle ils eussent permis à la Russie de devenir grande et trop puissante de manière à dominer la Turquie et l'Angleterre elle-même. Et cependant, on pourrait se voir tenté d'admirer plutôt dans cette nonchalance légère, qui souvent pouvait paraître une trahison des intérêts nationaux, le calme tranquille des hommes d'État anglais, qui peut-être ont laissé passer bien des choses qui auraient exigé des efforts trop grands pour la circonstance ou hors de saison si on avait voulu les empêcher, mais qui ne perdaient jamais de vue le total de la dette croissante de leur adversaire, de manière à être toujours prêts à liquider avec lui au moment opportun. Pour reconnaître dans la conservation de la Turquie un intérêt anglais de premier ordre, il ne fallait vraiment pas que tous les hommes d'Etat fussent des génies tels que Chatham, qui aurait méprisé comme un fou tout homme professant une autre opinion ; ce dogme de la politique anglaise avait été , depuis longtemps déjà , reconnu et apprécié par la Porte qui y avait répondu avec l'instinct politique le plus juste. En Angleterre, où, à cette époque, tout le monde, d'accord avec Montesquieu, aurait encore considéré comme un bonheur inappréciable l'existence des Espagnols et des Turcs, c'est-à-dire d'hommes qui savaient posséder de grands empires sans en tirer le moindre avantage ; en Angleterre,
disons-nous, tout le monde aurait été révolté à la seule pensée de remettre la possession si précieuse de Constantinople entre les mains d'une puissance militaire et commerciale de premier ordre, douée d'un plus grand génie que la nation turque. De leur côté, les Turcs, dans leur mépris du commerce, aimaient mieux que ce fût l'Angleterre que toute autre puissance qui exploitât les avantages que leur grand territoire offrait au commerce. Ceux qui auraient eu la pensée de permettre, sous l'influence impérieuse de la Russie, la dissolution de la Turquie bien plus difficile à partager qu'à détruire, n'auraient pas pu facilement trouver en Angleterre un contradicteur moins naïf que sir Robert Murray-Keith qui aurait applaudi des deux mains si la Turquie avait pu s'engouffrer au fond de la mer, mais qui , avant de permettre qu'elle devint la proie de la Russie, voulait qu'on conservât la Porte jusqu'à ce que le peuple, abandonné à son hébétude particulière, mourût de langueur. En effet, permettre à la Russie, établie sur le Bosphore, de changer la mer Noire en un lac et d'établir complètement ainsi sa domination sur la mer Méditerranée ; permettre aux Moscovites de menacer d'une manière sérieuse la puissance anglaise dans les Indes, ou seulement les communications de l'Angleterre avec son empire indien, cette pensée ne serait pas plus venue à un homme d'Etat anglais qu'à la Porte celle de renier jamais, dans des conjonctures graves, la politique'du sultan Sélim, qui avait refusé de contribuer à l'affaiblissement de l'Angleterre dans l'Inde. Dans les grands troubles causés par les guerres françaises, l'expérience avait montré à la Porte que l'Angleterre avait résisté en Egypte à l'expédition française sans montrer une cupidité intéressée; elle avait vu que l'Angleterre avait humilié Alger sans le soumettre à son pouvoir, comme le firent,
.plus tard, les Français. La différence de cette manière d'agir, quelque étrange et quelque difficile à comprendre qu'elle fût pour des intelligences turques, était cependant frappante. L'Angleterre « ne demande le pays de personne,»» c'était là un dicton répandu même dans les couches inférieures du peuple turc. Dans les questions et les conjonctures actuelles, la Porte savait parfaitement bien que l'Angleterre observait vis-à-vis de la Sainte*Alliance une position particulière, qu'elle contrecarrait systématiquement toutes les démarches collectives dçs puissances alliées et qu'elle était redoutée de la Russie parce qu'elle avait toujours l'œil ouvert sur les intrigues russes à Con^ stantinople. Froid et exempt de sensiblerie, le gouvernement anglais avait toujours les yeux fixés sur le seul objet qui lui importait et dans la poursuite duquel il ne se laissa pas ébranler ; c'était la conservation de la Turquie. Les ministres anglais étaient préservés de toute velléité d'entreprendre des croisades en Europe par le sens pratique du peuple qui, autant que le gouvernement lui-même, craignait cette chevalerie errante des peuples sous l'hégémonie de l'Etat du Nord, pour lequel le soulagement de la Grèce, réclamé par lui au nom de la justice et de l'humanité, n'était qu'un prétexte pour servir ses propres intérêts et un masque sous lequel il cachait le désir d'opprimer. Les hommes d'État turcs ne manquaient pas d'intelligence instinctive pour saisir toutes ces considérations politiques ; mais ce qui les touchait de plus près et ce qu'ils comprenaient encore mieux, c'était que dans les îles Ioniennes, l'Angleterre avait absolument les mêmes intérêts à sauvegarder que la Turquie en Grèce. Les Anglais avaient à craindre que l'insurrection grecque en se propageant ne se transportât aussi dans ces îles, et à Gonstantinople on savait très-bien que le roi Tom, le fameux lord
baut-comraissaire, Thomas Maitland, qui y commandait à çetta époque, était assez pacha pour éloigner une telle catastrophe par tous les moyens qui seraient en son pouvoir, Des enthousiastes insensés pouvaient seuls demander à T Angleterre d'abandonner, par pure philanthropie politique, cette possession d'une valeur inestimable quand elle avait tant de bonnes raisons pour voir dans les commencements de Vinsurrection grecque la main de l'Ionien Kapodistrias et pour supposer derrière lui les machinations russes. Du reste, la volonté sincère et le principe du gouvernement anglais ou ionien paraissaient être au commencement de rester simple spectateur du mouvement grec en prenant une attitude pleine de modération. On accordait un asile à des milliers de Moréotes fugitifs, on passait sur les infractions aux lois sanitaires et aux prescriptions de la police, et on proclamait au commencement* une neutralité * 9 avril mi. qui n'empêchait pas les individus isolés de prendre part à la lutte, on Jes avertissait seulement qu'en le faisant ils ^e priveraient de la protection anglaise. Ce ne fut qu'après l'expédition des comtes Métaxas * et de leurs amis que ces * p. 289. a chefe des Zacynthiens et des Céphaloniens » furent invités à comparaître devant les tribunaux sous peine d'être bannis et de voir leurs biens séquestrés, menace qui fut exécutée . lorsqu'ils ne comparurent pas. Les Grecs blâment cette mesure rigoureuse comme injuste parce que d'autres États n'avaient pas inquiété leurs sujets philhellènes; mais ces derniers ne se sont montrés nulle part comme des corps allemands ou français, pour ainsi dire, au nom de leurs États, comme le faisaient les Métaxas en leur qualité d'Ioniens; l'Angleterre agit, dans cette affaire, d'une manière parfaitement loyale en donnant à la Russie une leçon et un exemple, en lui montrant de quelle manière elle aurait dû résister ouvertement aux prétentions
d'Ypsilantis. Mais de l'autre côté, Findigne partialité, avec laquelle le lord haut-commissaire despotique et brutal appliquait la neutralité depuis cette époque» était une honte pour le gouvernement des lies Ioniennes, comme pour celui dé l'Angleterre. Lorsqu'en 1821, la flotte de Kara-Ali pa-^ rut dans les eaux ioniennes, elle fut reçue et approvisionnée dans tous les ports des Sept-Iles et la correspondance des généraux et amiraux turcs fut expédiée par le bureau sanitaire, tandis que toutes les lettres grecques furent ouvertes et que Tombazis, reçu par le peuple avec des cris d'allégresse, fut insulté par les autorités. Il est vrai que 'opposition, la haine nationale et sociale de la population ionienne contre les Anglais n'était pas faite pour rendre les dispositions et l'attitude du gouvernement ionien moins irritables et moins passionnées. Au retour de Kara-Ali (en automne 1821) une frégate égyptienne, poursuivie par les Grecs, échoua sur la plage de Hypsolithro ; les Zacynthiens accourant sur le rivage et exaspérés de voir le pavillon turc flotter sur leurs côtes, eurent une collision sanglante avec la garde sanitaire anglaise, ce qui eut pour résultat la proclamation de l'état de siège dans les iles Ioniennes. En 1822, au printemps, Miaoulis conçut l'idée de faire un coup de main contre une escadre turque, mouillée près de Mourto, et il aurait atteint son but si les autorités ioniennes eussent traité ses vaisseaux de la même manière que ceux de la flotte turque et ne l'eussent pas empêché d'entrer dans le canal de Corfou. Lorsque Miaoulis envoya la Terpsichore pour porter plainte, on mit le séquestre sur le vaisseau, sous le prétexte que des vaisseaux grecs armés en course auraient, peu de temps auparavant, enlevé des troupeaux à Sainte-Maure ; des violences bien plus criantes, commises par les Turcs furent, au contraire, passées sous silence. Lorsque, un peu plus-tard, les Grecs envoyèrent
G. Spaniolakis, au sujet de cette affaire, à Corfou, Maitland, ne voulant pas reconnaître la t grandeur inconnue» d'un gouvernement provisoire de Grèce, repoussa ce délégué par une lettre* que des Anglais eux-mêmes, comme * 28 ami mi, Gordon, ont appelé un modèle parfait d'arrogance passionnée*.
Autant tous ces procédés causaient de haine en Grèce, lom stnngfeni autant ils donnaient au gouvernement turc de satisfaction et de tranquillité au sujet de l'attitude de l'Angleterre. Il voyait dans l'ambassadeur son ami le plus sincère, comme les Grecs et, au commencement, aussi les Russes voyaient en lui leur ennemi naturel. Une rumeur généralement répandue accusait lord Strangford d'avoir été le premier à dénoncer à la Porte le danger de l'insurrection grecque dès qu'il était arrivé à Constantinople" mais cette accusa- * 20 février iif tion n'est pas conforme à la vérité. Ce qui est vrai, c'est que dans la première audience même, oii il remit ses lettres de créance *, il avait dessiné d'une manière très-pré- * 22 mars, cise la position de l'Angleterre vis-à-vis de la Porte lorsque, dans le discours qu'il adressa au Grand-Seigneur, il appela le roi d'Angleterre l'ami et l'allié du sultan, et qu'il exprima des vœux pour la conservation de l'empire ottoman. Les ministres turcs furent tellement ravis de ces bons rapports que bientôt ils importunèrent leur ami des exigences les plus naïves. Ce n'était rien encore quand le reis-eflfendi lui demandait à l'occasion non-seulement d'observer une neutralité partiale, mais encore de repousser ou de livrer les réfugiés; mais lorsque la Porte eut appelé* * » «« i82i. aux armes les Barbaresques, elle exprima ingénument le désir de voir le double de ses expéditions transmis aux deys et aux beys par son ami qui, cette fois-ci, hésita pour-
« Trikoupis, t. Il, p. 219.
tant à répondre à cette preuve de confiance. Une autre fois encore, lord Strangford eut à refuser un cadeau peu convenable que lui offrait le sultan dans l'élan de sa reconnaissance ; mais il savait faire tout cela avec des formes qui ne blessaient pas. Il acceptait des complaisances d'un autre genre, au contraire, avec d'autant plus d'empressement. I^ous avons vu plus haut pendant les complications avec l'an^bassade russe, combien la Porte s'était niontréa k dessein prévenante vis-à-vis de lord Strangford et combien elle allait partout au-devant de ses vœux, quand elle refusait, avec éclat, les mêmes choses à la Russie. )\x^ qu'à quel point s'étendait l'influence de ce diplomate, c'est pe qu'on vit de la manière la plus frappante dans les querelles de la Porte avec la Perse oîi il jouissait, cpmma médiateur, de la confiance des deux parties. Après avoir épuisé leurs forces dans des opérations de guerre tantôt heureuses, tantôt malheureuses, le schahetspn fils prièrent à plusieurs reprises et formellement lord Strangford d'offrir sa médiation ; l'ambassadeur y consentit et, sur sa demande, la Porte envoya, plus tard, un commissaire turc dont la mission eut pour résultat la conclusion, de la paix d'Erzeroum (28 juillet 1823), Quelque grande que fût, du reste, la part qui, dans la considération extraordinaire dont jouissait lord Strangford, revenait à l'État puissant qu'il représentait, il la devait cependant bien plus encore à son influence personnelle. Aux yeux de la Porte il se recommandait déjà considérablemient par ce, qu'en vrai type de tory, il était nettement et sincèrement hostile aux pré-^ tentions des Grecs et à leur insurrection, et qu'il ne voyait dans ce peuple qu'un ramassis de gens ignobles et méprisables, La tâche qu'il avait à remplir était d'empêcher une guerre russe et non d'améliorer la condition des Grecs, ce qui seul lui donnait dans sa position un double avantage.
Dans son attitude officielle vis-à-vis de la Porte, il se mon^ tra toujours comme un homme d'une dignité bienveillante et d'une équité généreuse, d'une honnêteté et d'une fermeté toujours égales et d'une activité infatigable. A ses formes conciliantes il ajoutait une grande richesse d'idées et de ressources, mais surtout le talent de descendre au niveau intellectuel des Turcs et de leur parler avec leurs images et avec leurs formes de langage. Ne dédaignant de se servir d'aucun moyen, il sut nouer des relations intimes avec tous lés personnages saillants, que ce fût Cbalet-Ef-r fendi, homme corrompu auquel il parlait avep des argu^, ments sonnants, ou que ce fût le terrible Kara-Ali qua Strangford, h la grande surprise de ses meilleurs amis, proclama être un homme d'une nature aimable et de prinr» cipes éclairés, parce qu'en paroles il s'était déclaré contre les mesures sévères et qu'il avait conseillé d'étouffer l'in* surrectiou plutôt avec de l'argent*. C'était ainsi que l'ambassadeur anglais pouvait souvent se permettre vis-à-vis des ministres turcs un langage tellement fort qu'il pai*aissait aux yeux des autres diplomates risquer son influeuce, mais rareme/it il portait ses coups les plus vigoureux à l'orgueil des ministres turcs sans leur ouvrir, en même temps, une retraite honorable. Au moment qui nous occupa maintenant, Strangford continuait de la même manière à faire l'usage le plus énergique de sa nouvelle position, mais sans jamais se départir de la plus grande prudence. Comme introduction à la « nouvelle époque des négociations » dans laquelle on venait d'entrer, il donna* à son drog- * ^»vni man de nouvelles instructions pouK les communiquer à la Porte*, a 11 y récompensa d'abord la confiance du gouver-
* Correspondance entre Gentz et A. Muller^ p. 362. ■ Instructions confidentielles pour le premier interprète de l'ambassade britannique» le 9 avril 1823. MS.
nement autrichien par les témoignages d'estime les plus éclatants qui lui servaient en même temps de moyens d'attaque très-vigoureux contre les ministres turcs. Le principe fondamental de toutes les négociations ultérieures, continuait l'ambassadeur, devrait être l'obligation de témoigner dorénavant plus que jamais des sentiments d'amitié pour r Autriche.. La Porte 3'était montrée ingrate et sans mesure, ajoutait-il, vis-k-visderAulriche qui, depuis un an, avait fait les plus grands efforts pour lui prouver qu'elle était l'amie la plus sincère, et le gouvernement turc s'était mis dans une position par laquelle aux anciens éléments des négociations, aux intérêts de la Russie et de la Turquie, s'en était ajouté dès lors un troisième, c'est-àdire la dignité offensée de l'empereur d'Autriche ! L'ambassadeur anglais aurait simplement à déclarer qu'il était d'accord avec la manière dont le cabinet de Vienne avait accueilli la note du 28 février. Mais avec la dernière note autrichienne, disait-il, le moment des hostilités n'était pas encore pour cela venu : l'amitié discontinuait ses bons offices, qui n'étaient pas encore pour cela perdus, mais qu'il s'agirait de regagner. L'action de l'internonce étant paralysée, l'ambassade anglaise devrait redoubler la sienne, non pas pour usurper la part de l'influence de l'ambassade autrichienne, mais au contraire pour obtenir que celle-ci reprît son action aussitôt que possible. L'Angleterre, ajoutait-il dans une phrase empruntée au style de la Sainte- Alliance, n'était pas et ne voulait pas être autre chose que « l'organe des sentiments et des vœux communs aux cabinets alliés. » Mais la position de l'Autriche était différente. Cette puissance devrait être toujours considérée comme étant de fait le guide des alliés dans cette œuvre de médiation. » — Si déjà la note autrichienne n'avait pas manqué de faire une certaine impression, les ministres
turcs furent tout à fait consternés en recevant ces ouvertures de l'ambassadeur d'Angleterre. La Porte se hâta* de * « wii lui confirmer par écrit les dernières promesses faîtes par elle au sujet des Principautés ^ ; mais verbalement on donna au drogman l'assurance que la Porte s'occupait de la nomination des hospodars et que différents boyards avaient été, dans ce but, appelés dans la capitale. Alors lord Strangford, pour battre le fer pendant qu'il était chaud, démanda qu'on fit les mêmes déclarations à l'internonce et qu'on renouât, de cette manière, les relations avec TAutrichCé Aussitôt la Porte céda à ses désirs. Dans la note relative à ce sujet*, elle fit des promesses encore plus pré- ♦ to arri cises en assurant l'Autriche : « que l'évacuation des Principautés avait été ordonnée et que la nomination des hospodars aurait lieu en quinze jours. > En même temps, le reis-effendi déclara verbalement au drogman autrichien que la Porte n'avait jamais eu l'intention d'offenser la cour de Vienne; il disait, pour s'excuser, qu'il ne savait pas parler le langage des courtisans. Cette allégation n'était pas tout à fait superflue d'après ce quUl ajoutait en disant : € qu'il espérait que le prince Metternich aurait désormais encore plus de facilité à entretenir les bonnes dispositions du czar, s'il faisait valoir auprès de lui que le cabinet autrichien s'était même attiré des reproches de la part de la Porte , parce qu'il avait défendu la cause russe avec plus de chaleur que celle de là Turquie. Ne se contentant, pas encore de ces succès , lord Strangford ne fit jouer sa mine principale qu'à ce moment. Les ambassades avaient jusqu'alors toujours reçu les nouvelles les plus affligeantes sur les excès et les ravages commis dans les Principautés par les troupes turques dont elles
* Note du reis-effendi adressée au vicomte Strangford, le 18 avril, MS.
Sîi5 NÉGOCÎiTlONS iDIPLOMAtlQUÈS.
. demandaient la retraite. La Porte en avait toujours nié la vérité. Aux rapports effrayants que recevait l'internonce, l'ambassade française en avait toujours eu à opposer d'autres d'un caractère tout différent; D'après la version autrichienne, les janissaires étaient déchaînés sur le pays Comme des bêtes féroces ; le kaïmakam Vogoridès, à la tête des Grecs, fomentait ces désordres, d'intelligence avec les autorités turques ; à lassy on avait détruit par le feu cinq cents maisons. Toutes ces nouvelles avaient été toujours traitées par la Porte d'affreuses calomnies. Alors Strangford avait envoyé un courrier particulier à Boukharest pour prendre des informations authentiques. Celui-ci
î4 avril, en rapporta * la confirmation de toutes les affreuses nouvelles au sujet des atrocités commises par les janissaires et relativement aux exactions des pachas. Aussitôt lord
25 avril. Strattgford envoya son drogman * avec un message fulminant, touchant cet état de choses, au reis-effendi, en y ajoutant la déclaration : « qu'il avait honte vis-à-vis de son gouvernement d'avoir été si longtemps l'organe des communications mensongères de la Porte. » Immédiatement il reçut pour réponse l'assurance que l'évacuation, ordonnée déjà, aurait lieu le 5 mai, et que la nomination des hospodars se ferait sans délai dès que les boyards, appelés par le gouvernement, seraient arrivés ; ceux-ci apparurent effectivement, déjàquelques jours après, dans la capitale. Le même jour oii lord Strangford reçut cette réponse, ses rapports annoncèrent aux cabinets de Londres et de Saint- Pétersbourg ce changement d'opinion, ce retour à d'autres sentiments et cette acceptation du dernier des quatre articles russes. Absolument au même moment, une note, adressée par lord Londonderry au prince Liéven, avait exprimé le désir que l'empereur de Russie voulût bien faire
à la Porte la déclaration formelle que ses demander se boT'^ naient à ces quatre points. Si la Russie avftit répondu à ôé désir, uon-seulement la paix aurait été assurée à ce mo* ment) entre la Russie et la Turquie, mais encore le réta^ blissement sincère des relations entre ces deux empires •
aurait aussi fourni Tarme la plus puissante pour étouffer l'insurrection grecque. Mais voilà ce que T Autriche, qui n'aurait pas eu de désir plus ardent que d'amener cette tournure des affaires, venait d'empêcher dam ces mêmeê jours i par la remise de son mémorandum du 1 9 avril. C'était cette puissance elle-même qui était allée au-devant de la Russie en lui proposant le cinquième article si redouté de l'Angleterre et du sultan, et qui avait par là de nouveau fortifié le czar dans un désir déjà ébranlé ! Cet article était le fil qui devait fatalement servir à rejoindre de nouveau le tissu des différends entre Russes et Turcs, au moment où il était presque rompu, et qui devait permettre aux Grecs d'y rattacher de nouveau leurs espérances. Metter^ nich crut pouvoir respirer librement pourvu qu'il eût la paix; tout le reste, disait-il, s'arrangerait dé soinnême. Pendant ce temps, les sentiments pacifiques l'avaient de Le cinaaièiii«
^ ^ '- article russe, l
plus en plus emporté dans l'âme de l'empereur à Saint-Pé^ pacification. tersboui^. Tatistchew revint de Vienne chargé par Metter* nich d'exprimer le désir que le czar voulût bien hâter l'en* trevue des deux empereurs à Florence ou plutôt encore à Vienne. Ses communications, mais surtout celles du mé* morandum viennois au sujet de la pacification, trouvèrent, comme on le comprend sans peine, le meilleur accueiL Le czar était prêt à accéder aux suggestions de Metternich relativement à une réunion de plénipotentiaires qui auraient à délibérer sur les propositions contenues dans ce mémoire, et il donna aussitôt à Tatistchew Tordre de retour-
SIS NÉfiOGIATlONS DIFLOMAUQUIS.
nerà Vienne^ Sous ces au^ices très-EBLT<»ubleSy arrivéreol * les rapports de lord Strangford. Nesselrode prodigoa aussitôt les plus grands éloges ^ à ses efforts et donna Tassurance que» aussitôt révacuatioo effectuée et la première démarche faite par la Porte pour arriver à la |>aix par h nominatioD d*uii {dénipoteotiaire, lempereur, de son eôté, eu nommerait un autre; il prc^K^sa Kaminiec-Podobld comme Taidroit le plus convenable pour leur réunion. Ed communiquant* cette heureuse tournure que les affaires avairat jMÎse*, le cxar chercha à conquérir, comme pir un coup de main, aussi Inen la pacification qne les eooftrenées qui se trouvaient implicitement ccHnprises dans les propositions de F Autriche. U fit annoncer à ses alliés qoe, prévovant le cas ob lord Strangford rencontrerait encore de nouveaux obstacles, il renverrait néanmcnns le baiUi Th tastehew à Vienne, principalement aussi poor qu*il y tonbit d*aeeord avec les autres puissances sur la base qu'on donnerait aux négociations au sujet de la pacî6cation des provinces rêvollées. D fit inviter les cours, et cette foB-d encore cdle de Beriin, en premier lieu, à envoyer à leurs représentants les pleins pouvoirs nécessaires pour ces cobfirenees à Yienne, qui, sans avoir Tédat et le earaclir^ d^nn congrès, devaient cependant devenir le p^Aude du congrès des princes à Vérone, et dont on voulait essàmt la question italienne ainsi que toutes les antres qoestioBS provenant des anciennes conq^Bcatioiis entre les pinasiaces, afin de fkdtiter à TAngteterre la participiitkMi à ces confêrences. L'enqpereor demanda aux nodMissadesrs
^ Lettie4rtilic«èeM.èelUàrtcheffàM.k|nKe4e)Mlarfè.
* Dmx kttKs adressées an dKvalitf ftifoC Ai S iimL MS. 1 nf«t^fc» <4»Mtfti«» %iressiK aux MfciamAn à Fttrîs» Iimèn
ctBerfiHLk^aaL VS
d'Angleterre et d'Autriche à Saint-Pétersbourg de se charger d'envoyer aux légations de leurs cours à Gonsl^ntinople des instructions relativement aux ouvertures qui seraient à faire à la Porte, eur prenant pour base les nouvelles propositions de l'Autriche au sujet de la pacification. Ils le firent. Lebzeltem informa* Tinternonce du mémoran- ♦ u m». dum autrichien et des négociations qui, par suite de ce document, auraient lieu à Vienne entre les alliés^ L'empereur, disait-il, avait maintenant le désir d'a])réger, autant que possible, les négociations; il nommerait un plénipotentiaire aussitôt que la Porte ferait la même démarche; en paraissant prendre ainsi l'initiative, il mettait à la disposition du négociateur, lord Strangford, un moyen puissant (l) de vaincre la résistance de la Porte et d'arriver h un but que le mémorandum autrichien, à un moment ou on ne savait encore rien du changement qui s'était opéré dans la manière de voir de la Porte, ne représentait que comme le résultat d'une négociation préalable. — La cour russe crut dpnc pouvoir enlever d'assaut et sans d'autres façons la pacification^ cette demi-émancipation des Grecs, même auprès de la Porte et elle se trouva déterminée à confier maintenant aussi de son côté, comme l'Autriche l'avait fait auparavant, au vainqueur diplomatique, lord Strangford, le soin de faire ces nouvelles démarches, il n'y avait que quelques jours que le chevalier Bagot venait de lui écrire. Les vœux exprimés, peu de temps auparavant*, *W"»»^ par lord Londonderry, lorsqu'il avait désiré que la Russie voulût bien ne pas étendre ses demandes au delà des quatre points de l'ultimatum, furent complètement détruits par les démarches que, sur cette instigation expresse de l'empereur de Russie, on demanda à lord Strangford de
* Dépêche adressée au comte de Liilzow. Saint -Pétci*sbourg, 44/26 mai. MS.