‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 10 sur 48 · ÉTAT DES NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LES PUISSANCES · texte numérisé non relu

ÉTAT DES NÉGOCIATIONS DIPLOMATIQUES ENTRE LES PUISSANCES

Nous avons déjà raconté plus haut’ que l'empereur de Russie avait invité ses alliés à donner à leurs plénipoten- II. 10

Première* conférences de Saint* Pelersbcaif.

Hfi NÉGOCIATIONS OIPI.OMATIQUKS

tiaires à Saint-Pétersbourg l'ordre de se réunir en conférences avec les ministres russes, atin de délibérer avec eux sur la question de la pacification, et qu’il avait fait expédier son fameux mémoire du 9 janvier 1824, traitant ce même sujet. Il avait, d’une manière plus déterminée que jamais, repris la pensée de se faire charger par la Sainte-Alliance de la pacification en Orient, comme l'Autriche en avait été chargée en Italie et la France en Espagne; il aurait de préférence exécuté cette commission l’épée à la main, parce que ce dénoûment lui aurait procuré tous les avantages d’une guerre faite par la Russie seule, sans en présenter les inconvénients. Comme déjà auparavant, l’Angleterre et l'Autriche se montraient , an moment dont nous parlons, l’une aussi peu disposée que l’autre lise prêter îi ce désir du czar. Ces deux puissances étaient également consternées des projets que la Russie venait de trahir elle-même dans ce mémoire que la Franco et la Prusse seules avaient accueilli sans y voir malice; elles ne voulaient pas permettre à la Russie de prendre pied dans I Hellade, comme elle l'avait fait déjà sur le Danube. Ni 1’une ni l'autre ne voulait entendre parler d'aucune guerre, ni de médiation urinée, qui auraient été inévitables pour atteindre le but que se proposait le projet de pacification russe. Ce que Canniug voulait le moins, c’était de charger la Russie de l’exécution d’une telle mission au nom de l’Europe et comme représentant des puissances alliées. Ce que Metternich voulait le moins, c'était de la voir se tourner isolément en ennemie contre la Turquie ; car, d'après ces théories, « ou n'aurait, en saine logique, jamais dû songer à prendre des mesures coercitives, si ce ri était contre les rebelles. » Rien qu'ils poursuivissent ainsi le même but, ces deux hommes, qui étaient personnellement l’un 1 antagoniste de l’autre, ces défenseurs de la

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polii iquo de liAutriche et de celle de 1* Angleterre, si différentes par les principes qu’elles suivaient, se séparaient pourtant par le choix des moyens avec lesquels ils contrebalançaient l'action du czar. Canning s'opposa aux cou-* férences ministérielles proposées par la Russie, et insista, dans les instructions qu'il adressa à Bugot*, et plus tard dans une note qu'il écrivit au prince de Lieven*, avant tout sur le rétablissement de l'ambassade russe à Constantinople, qui avait été si solennellement promis après les succès de Strangford. Metternich, au contraire, était prêt à prendre part aux conférences. Il espérait enchaîner le czar encore une fois, surtout si l'Angleterre y participait; il se fiait à l’habileté de son ambassadeur, le comte Lebzeltern, auquel sa circonspection réfléchie, sa clarté et son habileté dans la rédaction assuraient un des premiers rôles dans une pareille réunion; il comptait sur le poids de ses raisons qu'il lit exposer par Gentz * dans un écrit qui devait combattre ie mémorandum russe; il se reposait, en outre, sur l’influence et sur l’assistance de ceux des Russes qui, comme Tatistschew, approuvaient ses vues. Sur de l’approbation de l’Autriche, l’empereur Alexandre s’était donc avancé et avait fait ouvrir les conférences % auxquelles Bagot prit pourtant aussi part, dès (jue la nomination* et le départ de Ribeaupierre pour Constantinople semblèrent assurés. Dans la seconde séance \ l’empereur, suivant les principes établis dans le mémorandum de janvier, et approuvés, en général, par le protocole de la première séance, fit faire une proposition d’après laquelle les puissances offriraient à la Porte leur médiation,, qui serait préparée par une suspension des hostilités. Mais on ne tarda pas à s’apercevoir qu'aucun des plénipotentiaires, assistant à la conférence, n’était autorisé à voter des mesures exécutives, de telle sorte qu’ils durent d’abord

* 7 janvier 1821.

♦ 29 mal.

* Avril.

* 17 juin.

? Cf. T. I«r,p.!i63.

* S 30nt.

demander des instruelions sur cette proposition qui impliquait, pour ainsi dire, la nécessité de transférer ces conférences à Constantinople. Pendant que cette demande •était en route pour l’Angleterre, elle se croisa avec une contre-proposition de Canning, qui venait de nommer son cousin Stratford Canning à la place de Strangford; il offrit d’envoyer le nouvel ambassadeur par Vienne à Saint-Pétersbourg, afin de s’entendre, avant son entrée en fonctions, avec le cabinet russe. Cette offre, qu'on accepta avec reconnaissance, fit qu’on laissa tomber la proposition russe à Saint-Pétersbourg, d’oit l’on envoya alors à Londres la notification officielle de la nomination • ü juin . de Ribeaupierre", par laquelle on comptait lever toutes les objections ultérieures de Canning contre les conférences. Néanmoins ce ministre ne voyait même alors que difficultés sur difficultés. 11 blâma Bagot d'avoir pris part aux premières conférences. Il exprima le désir qu’on commençât pur délibérer sur un plan détaillé à suivre, et qu'on le votât ensuite; il ne voulait pas qu'on eût recours à des mesures coercitives, et il ne désirait pourtant pas non plus qu’on fît des démonstrations inutiles; il voulait d'abord attendre l’arrivée de Ribeaupierre à Constantinople, du départ duquel il n’était déjà plus question peu de temps après; il trouva, en outre, que le moment n’était pas bien choisi, puisque les deux parties belligérantes, dont l’une avait trouvé des forces nouvelles dans les armes égyptiennes, et l'autre dans l’or anglais, étaient dans une exaspération trop violente. Metternich, de son côté, trouva, pour détourner les pensées du czar, une occasion favorable dans la manière dont procédait à ce moment en Espagne le gouvernement français, dont la marche lui causait plus de soucis que tout le reste. Un voyage que fit l’empereur de Russie dans les provinces méridionales de

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son empire contribua à interrompre, pendant assez longtemps, les conférences à Saint-Pétersbourg. Mais lorsqu'il revint et qu'on voulut rouvrir les négociations, l'Angleterre se tint, de la manière la plus décidée, sur la réserve. Canning venait de recevoir * la note officielle du gouver- • nement grec avec sa protestation contre les projets exprimés dans le mémorandum russe , protestation dont le ministre anglais était plus content « que de tout ce que les Grecs avaient jamais fait depuis les jours d’Kpaminondas \ » Canning déclara alors que cette réclamation, ainsi que la protestation de la Porte, survenant en même temps, changeaient toute la position du cabinet anglais, qui ne pourrait pas consentir à se faire le médiateur contre la volonté des deux parties belligérantes.

Ce fut en vain que tous les représentants des puissances orientales, P Autriche à leur tète*, exprimèrent leur désapprobation au sujet de l’importance que Canning attribuait à ce document, émanantd'un gouvernement de rebelles, et que ses ennemis l'accusèrent d'avoir provoqué lui-même.

11 déclara formellement que Stratford Canning, qui se mit à ce moment en route * pour Saint-Pétersbourg, n'assiste- •

rait pas aux conférences : « Il faudrait d’abord, disait-il,

laisser les parties s’épuiser et s'amollir davantage, et les puissances devraient premièrement tomber d’accord sur les moyens à employer dans cette intervention. Alors Lieven reçut l'ordre1 * 3, conçu en termes impérieux et hautains, de déclarer au cabinet de Londres que le czar cesserait toute discussion ultérieure avec lui au sujet de la question d’Orient. A cette communication Canning répondit avec

1 Cf. Stapleton, Canning and lits limes, p. ioS.

* Metternich au prince d’Estorhazy. Vienne, le •» décembre. MS.

* Nesselrode au prince de Licven. Saint-Pétersbourg, le 31 décembre. MS.

1 1 novcralnc

5 tléccmhre.

ménagement dans une dépêche adressée à Stratfbrd Can- 5fcrrieri8î5. niiig", mais non sans revenir sur la mission de ltibeaupierre dont le retard était considéré par lui comme un manque de parole. Ceci produisit une nouvelle irritation h Saint-Pétersbourg d'où l'on aurait peut-être envoyé le ministre, à ce moment même, à Constantinople, si cette dépêche n'était pas parvenue. L'exaspération contre Canning était déjà arrivée à un très-haut degré lorsqu’elle devint bien plus violente encore, par suite de la nouvelle que le ministre anglais avait reconnu l'indépendance des colonies d’Amérique. Cette démarche porta aux dernières limites la tension entre les deux cours impériales et l'Angleterre, et elle amena une crise décisive dans la position de Canning vis-à-vis de son roi. Comme nous l avons vu plus haut, Metternieh, alin de miner la position de son adversaire qu’il détestait, avait, pendant tout ce temps, suivi à Londres la même politique qui consistait à ne montrer, en public, aucune confiance au ministère de Canning et à agir sans cesse et en secret sur le roi et sur Wellington, qui considéraient la marche du gouvernement comme un scandale. Ce fut cependant précisément la question américaine qui devait faire éclater et détourner l’orage suspendu sur la tête de Canning. Bientôt Esterhazy eut à rapporter à son cabinet que toute l’Angleterre s'abandonnait à l’ivresse de son bonheur causé par les succès du ministre. Néanmoins Metternieh continuait à se bercer d'illusions au sujet de la position de cet homme d'Etat, position qui ne lui semblait pas tenable, et il usait, sans cesse, de toutes ses ressources pour l'ébranler. Pendant que son cousin Stratford se trouvait, à son passage, à Vienne, Canning avait fait faire par lui une tentative pour détacher l'Autriche des conférences; mois Metternieh avait rejeté comme imprudente la proposition du ministre anglais avec lequel il ne voulait

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pas agir en commun. Ensuite le prince conçut l'idée de profiter d'un voyage que l’empereur d Autriche projetait de faire, au printemps, à Milan, pour aller à Paris sous le prétexte d v conduire la princesse, sa femme, à cause de l’état de sa santé, mais en réalité afin d'y rattacher plus étroitement la France à P Alliance, pour isoler ainsi l’Angleterre d’une manière complète et pour ne plus lui parler d’aucune des grandes aft'uires qui occupaient la politique.

Il voulait préparer ii Paris « à la politique insidieuse de l’Angleterre le même sort qu’auparavant au plus puissant de tous les usurpateurs qui eussent jamais existé! » A l’é* poque ou les familiers du prince divulguèrent ces vaillantes intentions, les conféreucès à Saint-Pétersbourg allaient se rouvrir prochainement*. Dans sa haine contre Ganning et dans la crainte que l'empereur versatile ne se rapprochât cependant encore de l’Angleterre, Metternich fit préalablement* rendre compte de ses opinions au cabinet de Saint- # is récrier.

* Fin de février.

Pétersbourg en disant : « qu'il ne fallait plus admettre l’Angleterre aux conférences» quand même elle voudrait y prendre part; » plus tard, il mit même sur le tapis des mesures que « la véritable Alliance, > c'est-à-dire, les trois puissances orientales, devaient prendre en commun contre l’Angleterre ! Et même pour le cas où la Russie pourrait - néanmoins vouloir se laisser entraîner à partager les vues de Ganning dans sa politique américaine et à entamer des négociations avec le gouvernement grec, le grand-chancelier semblait vouloir prendre ses mesures de précaution, en établissant une nouvelle théorie de médiation qui fit fléchir un peu son unique vœu lui-même qu'il maintenait pourtant avec tant de rigidité et qui consistait à réduire la rébellion par la force des armes. Le magicien politique qu'il avait chargé des affaires grecques apprit au monde,

dans un nouvel écrit', qu’il fallait chercher l’instrument pratique pour la médiation dans les oligarques militaires en Grèce. 11 opposa au parti * démocratique, » à ce « bâtard de l'esprit du siècle, » qui était en possession du pouvoir en Grèce, les klephtes qui, dans leur lutte contre le parti du gouvernement, combattaient, en même temps, le principe révolutionnaire ! C’était par ces derniers, ajoutaitil, qu’on pourrait maintenir le principe de la légitimité, si l’on pouvait seulement les décider à s’accorder paisiblement avec les Turcs! En première ligne, la destruction du peuple chrétien des Grecs, si digne de respect par ses seuls malheurs, sous le sabre et le joug de l’esclavage turc; en seconde ligne, une pelite modification dans l’avilissement de ce peuple qu’on soumettrait au pouvoir des brigands qui devraient, selon l’auteur, livrer la cause des Grecs à leurs ennemis héréditaires; sur les deux lignes, l'alliance d'une puissance chrétienne et allemande avec les Turcs ou avec les klephtes, et tout cela pour le salut et pour la glorification de la légitimité : voilà quels étaient les dignes projets que l'art politique de l’Autriche s’était proposé de réaliser et dont le dernier n’avait été, avant tout, inspiré que par une résistance impuissante qu’on voulait opposer à Canning! * Ici comme ailleurs, disait en terminant ce mémoire, fruit de la sagesse politique de Metternich et de Gentz, la marche suivie par le gouvernement anglais, sous sa direction actuelle, doit nous servir d’instruction et de leçon, non pas pour l’imiter, mais pour adopter la marche contraire. L’Angleterre ne voit la Grèce que dans les démagogues de Nauplie et d’Hydra. Ceux qui veulent le véritable bonheur de la Grèce doivent le chercher de l’autre côté. Par toute autre voie on fera naufrage! »

1 Mémoire secret sur les partis en Grèce. Février 182.T. MS.

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Lorsque l’empereur de Russie invita ses alliés à reprendre les conférences de Saint-Pétersbourg, les conjonctures avaient été essentiellement modifiées et les motifs qui poussaient à faction étaient devenus bien plus pressants qu’ auparavant. Tant que la fortune avait souri aux Grecs, les négociations diplomatiques, de même que fintérét que les hommes privés prenaient à la cause de lTleilade, avaient manqué de l’aiguillon de la nécessité urgente. Ce fut ainsi que, même pendant la campagne égyptienne de 1824 dont on* n’avait pas prévu la stérilité, les premières conférences à Saint-Pétersbourg avaient pu être remises, ajournées et oubliées. Mais lorsque, au milieu de f hiver, Ibrahim prépara ensuite sa campagne maritime contre la Morée, lorsqu’on eut à craindre que les Grecs, exposés à un péril plus grand, ne se rapprochassent de plus en plus de l’Angleterre, comme on l’avait vu encore dans leur dernière protestation, Alexandre trouva en lui-même et en dehors de lui des raisons beaucoup plus urgentes pour ne pas rester plus longtemps inactif. Déjà depuis l’année dernière, comme Canning l’avait prédit, les conférences à Saint-Pétersbourg avaient, à elles seules, réveillé de nouveau dans les Russes de plus grandes sympathies pour le sort des Grecs. Elles furent excitées de plus en plus vivement par la marche que prenaient les affaires; partout on désapprouva hautement la modération de l’empereur; les cercles de la haute société surtout étaient dans une disposition tout à fait belliqueuse. Le bruit se répandit que Yermolow, appelé par l’opinion publique au commandement suprême de l’armée, avait été mandé à la cour, et, bien que l'empereur eût assuré au plénipotentiaire français, Laferronays, dans son audience de réception, que, pour l'amour de la paix en Europe, il continuerait à résister à lu pression de la voix populaire en Russie, comme il fa-

Secnnde série de conférences à St-Pctcrsbourg.

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voit fait déjà depuis quatre ans, la diplomatie craignit pourtant sérieusement que le parti de la guerre, s* appuyant sur l’armée prête à combattre,’ ne poussât néanmoins à l'action ce prince si mobile. Il est vrai qu’à ce moment, comme auparavant, le czar se trouvait empêché, déjà par son irrésolution personnelle, d’entreprendre la guerre pour lui seul; il en aurait été empêché, à ce moment, en

outre par l’état de sa santé, par un ancien mal à la jambe dont il avait eu à souffrir dernièrement et qui l’accablait aussi moralement; pour cette guerre il aurait encore toujours trouvé les mêmes obstacles politiques dans lesquels Metteniieh voyait les alliés constants et fidèles de son art diplomatique et qui étaient : rattachement du czar à l'alliance, sa crainte de la révolution, son appréhension de provoquer l’Angleterre à prendre part à la lutte et enfin le mauvais état des finances russes. Mais il fallait s’attendre que le czar pousserait, dans les nouvelles conférences, avec un zèle d’autant plus grand à une action commune avec ses alliés. Cependant, plus il voulait aller vite et plus ses anciens adversaires lui mettaient les bâtons dans les roues et lui suscitaient des obstacles, difficiles à surmonter. Canning se tenait tout à fait hors du jeu. Il prévit que de cette manière le dissentiment entre les deux cours impériales éclaterait ouvertement et que les conférences cesseraient sans résultat aucun, puisque, pour satisfaire le czar, l’Autriche n’avait d’autre moyen que d’entrer dans des principes dont l’adoption serait, à ses yeux, une souillure. 11 est vrai que la sagacité de Ganning lui-même n'aurait pu deviner que, n'oubliant jamais son but principal qui était d’assurer aux Turcs le temps et les moyens nécessaires pour vaincre l’insurrection par la force des armes, Mctternich prendrait, dès le commencement, part aux conférences avec l’intention astucieuse de les rendre stériles.

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Le prince Hatzfeldt avait trahi ce secret, déjà vers la lin de l’automne de l’année dernière en disant : « qu'à Saint- Pétersbourg on rivaliserait à qui montrerait le plus de bon vouloir à l’empereur, puisqu'on savait d’avance que toutes ees belles négociations n’amèneraient aucun résultat! » Afin d’atteindre ce but négatif, les plus grands efforts de Metternich tendaient à gagner à ses vues iet surtout pour l’empêcher de donner son consentement à des mesures coercitives) le cabinet français qui, par gratitude pour le rôle qu’on l’avait chargé de jouer en Espagne, était prêt à faire toutes les concessions et même il prêter son assistance matérielle dans une guerre éventuelle. Mais quant à la Russie, jl chercha à la leurrer, déjà avant l'ouverture des conférences1 * * *, en lui donnant l’assurance positive que, par des concessions spontanées, la Porte donnerait les garanties sur lesquelles les puissances voulaient fonder la pacification en Grèce. Ce fut ce moyen qu'il proposa pour trancher le nœud, parce qu’il savait qu’il ne mènerait à rien ; il le proposa uniquement parce qu’il savait cela. Sa véritable conviction était la même que celle des Strangford et des Kapodistrias qui savaient qu’on n'obtiendrait jamais rien de la Porte par les voies de la douceur et d'iule manière spontanée5. En ouvrant les nouvelles conférences* qu'on tenait dans le plus grand secret et encore avec moins

1 Rapport de Vienne, en date du 20 novembre tx-.it. MS.

* Par exemple, dans une dépêche adressée à Lcbzeltcrn en date du

13 janvier 1823.

5 I/inlernoncc à Constantinople exprima cela, un peu plus tard, d’une manière confidentielle, permettant ainsi à son collègue l'ambassadeur de Prusse, qui pourtant ne manquait pas d’esprit, de voir clair dans beaucoup d'affaires, et lui donnant ainsi la clef de beaucoup d’énigmes que jusqu’alors il n’avait pu s’expliquer. — Rapport du baron de Millitz en date du ~ septembre 1823. MS.

‘ Nous nous contentons de ces indications Irès-concises sur le

de formes diplomatiques qu’à Troppau et sans faire de pro- • i* février, tocole, Nesselrodc présenta, dans la première séance", un nouveau mémoire*, un « aperçu, » dans lequel on ne parlait plus des desseins et du but de l'intervention proposée, but qu’on comprenait comme contenu dans les propositions du mémorandum en date du 9 janvier 1 824, mais dans lequel on proposa directement, et pour préluder par un fait à l’intervention, la demande d'une suspension d'armes, avec menace de rappeler les ambassadeurs, si la Turquie n’y consentait pas. Mais dès cette première démarche , la Russie trouva, encore à ce moment, tous les plénipotentiaires unanimes à s’opposer à tout emploi de la force ; Stratford Canning déclarait aussi à toute occasion, dans ses conversations non officielles, que l'Angleterre considérait également comme un point de la dernière importance de s’abstenir de toute mesure coercitive, et il sonda les autres ambassadeurs pour voir si, au prix de cette concession, on voulait peut-être acheter sa coopération. Tous les trois plénipotentiaires autorisés à prendre part à ces conférences déclarèrent, après la première proposition de Nesselrode, qu’ils s’opposaient même à la seule menace d’employer seulement des mesures coercitives morales; mais l’ambassadeur d’Autriche trouva que, si l’on jugeait même nécessaire d’y avoir recours, la menace de reconnaître l'indépendance de la Grèce serait mieux appropriée à son but : se laissant diriger par la malignité de Metternich et ne pouvant pas donner de la couleur demandée par la Russie, il joua contre la carte du czar une autre couleur

contenu peu récréatif de ces joules oratoires el épistolaires, au sujet desquelles Lebzeltorn envoya des montagnes de rapports à Vienne.

1 Aperçu du cabinet de Russie sur la marche à suivre dans tes alTaircs du Levant. Du 12 février. MS.

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dont il savait que celui-ci ne fournirait pas, parce qu’il redoutait plus que toute autre chose lindépendance de lu Grèce. En outre, en déclarant que celte politique, si énergiquement repoussée au sujet de la conduite de l’Angleterre dans les affaires d’Amérique, était en contradiction avec tous les principes défendus jusqu’alors, Nesselrode lit une objection que Metternich désirait précisément lui entendre faire ; « car certainement, disait-il plus tard dans un de ses mémoires, Y Autriche n’avait pas à regretter qu’on lui épargnât le plus grand de tous les sacrifices qu’il eût pu faire à la conservation de la paix européenne! »

Déjà, dans la seconde conférence*, lorsque l'ambassadeur d’Autriche se prononça pour le maintien de la paix à tout prix, il fit de nouveau bouillonner le sang du ministre russe, qui ne cacha pas sa mauvaise humeur de ce qu'il devait toujours remarquer dans les autres plénipotentiaires la supposition que la Russie voudrait , coûte que coûte, amener ses alliés à faire la guerre. Cependant déjà ces premiers différends déterminèrent Nesselrode à exprimer le désir que les ambassadeurs voulussent bien faire euxmêmes leurs propres propositions dans cette affaire, qui, depuis l’acceptation des propositions russes à Vérone, avait pris, on ne saurait le nier, un caractère européen. On répondit à ce désir en présentant, dans la troisième conférence’, un mémoire élaboré en commun1, dans le développement duquel on s'était laissé guider par le principe de s’en tenir aussi près que possible aux propositions contenues dans l’aperçu russe, mais d’éviter tout ce qui devait mener à une rupture avec la Porte. Ce fut à ces « idées » que Nesselrode donna ensuite, dans un résumé pour la conférence suivante (la quatrième)*, la forme de proposi-

* Idées puisées dans l’aperçu du Cabinet de Russie et combinées avec les instructions de* Plénipotentiaires. MS.

• 1rr mars.

* 4 mars.

4 6 mars.

tions formulées. Bien que l'empereur, son maître, ne les eût pas approuvées, il s en référa dans ce document à la demande d une suspension d'armes, qui était indispensable, disait-il, si I on ne voulait pas encore, pendant des années, se laisser payer de belles promesses. Et même dans la coniü mars, férence suivante (la cinquième) *, Nesselrode revint obsti-

nément sur son aperçu et sur la suspension d'armes, faisant en même temps une tentative pour effrayer f Autriche par un mouvement de conversion vers l'Angleterre. « L'empereur, déclara-t-il, voulait cependant entendre les explications de l’Angleterre, afin de lui donner une preuve de sa modération. » Mais le comte de Lebzeltern ne broncha pas et donna lecture, dans la conférence suivante (la 12 mars, sixième)*, d’un vote des plénipotentiaires contre les dernières propositions de Nesselrode, qui les retira alors d’une façon encore plus inattendue que lorsqu'il les avait faites, et qui se déclara prêt à signer les propositions des plénipotentiaires telles qu’il les avait présentées lui-même dans le résumé. D’après ce document, on voulait, conformément aux inspirations fallacieuses de l'Autriche, proposer ii la Porte d’invoquer librement et d une manière toute spontanée l'intervention des puissances pour apaiser les troubles en Orient, et d’approuver la conclusion d'une suspension d’armes. Si la Turquie s’y refusait, on devait, dans une note collective, formellement offrir la médiation et, si l’on essuyait encore un autre refus, adresser au divan une autre note « plutôt avertissante que menaçante, » pendant que dans l’intervalle les agents des puissances iraient en Grèce pour y préparer les esprits à l'œuvre de la pacification. Mais lors- * i3 mars, que dans la séance du lendemain (la septième)* les ambassadeurs signèrent cette convention sous la forme de protocole, l'empereur remit entièrement en question ce premier et unique résultat des conférences, en présentant une « décla-

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ration > des raisons1 * * qui l'avaient déterminé k consentir à signer le protocole; déclaration dans laquelle, en donnant complètement tort aux plénipotentiaires et à toute leur manière d’agir, il exprima le dessein d'adresser aux cours des communications directes sur la suite qu’il faudrait donner aux résolutions de la conférence. Dans tout ce document on voyait dominer l'insolence opiniâtre du parti russe qui. était pour la guerre. Matouszewicz, un de ces champions de la guerre, exprima ouvertement son étonnement railleur de ce que des hommes d'esprit eussent consenti à accoucher d’un produit aussi misérable que ce protocole du 13 mars! Comme pour répondre sur le même ton à cette opiniâtreté insolente, Lebzeltern mit sur le tapis, dans la même séance, la proposition délicate des garanties à donner par la Russie, et qui répondraient aux puissances de ce que les mesures qu'on prendrait pour la pacification de l’Orient ne troubleraient pas la paix en Europe. Dans la conférence suivante (la huitième)’, il toucha môme le point chatouilleux de la question du territoire, en exprimant l'espoir que dans l’aperçu on ne comprît sous le terme de territoire grec rien que la Morée et les îles, mais non pas la grande extension qu’on lui avait donnée dans le mémorandum du 9 janvier. L’agitation que produisit ce ballon d'essai semblait cependant déterminer les plénipotentiaires de France et d’Autriche k présenter dans la séance suivante (la neuvième) * des propositions plus propres à apaiser le czar, au sujet de la délimitation de la Grèce, et qui embrassaient à peu près l’étendue du royaume actuel8. Dans cette même séance Nesselrode surprit encore les ambassadeurs, par la nouvelle proposition de cesser toutes les né-

19 mars.

1 Projet de déclaration du Cabinet de IC.ssic au protocole. MS.

* Propositions des Plénipotentiaires d'Autriche et de France rela-

tives à la Grèce. MS.

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gociations avec la Porte jusqu'à ce que, par suite des ouvertures adressées directement aux cours, les puissances fussent tombées d'accord sur leurs projets dans le cas où la Porte refuserait leur intervention. « La Russie, disait-il, ne pourrait pas s’exposer à un refus de la part des Turcs, sans avoir la certitude d'obtenir, dans ce cas, de ses alliés, ce que les conjonctures exigeraient. > De cette manière, même les résultats les plus faibles des négociations étaient continuellement remis en question, et la crainte seule de préparer un triomphe à l'Angleterre amena les ambassa- 5 «Trii. deurs, dans la dixième séance*, à un accord superficiel sur : avril, une résolution qu'ils consignèrent, à la séance suivante *, dans un nouveau protocole, en déclarant que pour le moment ils ne donneraient suite qu'à cette partie du protocole en date du 13 mars qui concernait les premières ouvertures confidentielles au sujet d'une médiation pacifique, forme que les ambassadeurs convinrent d’adopter, à la place de la remise solennelle de notes officielles, afin que la Porte ne parût pas céder à la puissance et à la pression des alliés, maisqu'elle eût l’air de suivre spontanément les inspirations d'une saine politique. On désirait évidemment se séparer du moins avec les apparences d'union et de concorde. Mais l'irritabilité étroite du czar détruisit à la fin même ces apparences.

Snîtr. Poussé à toutes ses dernières démarches par la jalousie que lui inspirait l'influence dont l'Angleterre jouissait en Grèce, l’empereur de Russie, pendant que les négociations se poursuivaient, finit par devenir jaloux encore de l'influence que ses alliés exerçaient sur la Porte et du rapprochement plus étroit qui s’était opéré entre eux. Depuii-que, par le départ de Strangford, l’ambassade anglaise à Constantinople avait entièrement perdu sa puissance, le nouvel envoyé français, Guilleminot, s'y était mis au premier plan.

ENTRE LES PUISSANCES

Il était venu vers le milieu de l’année précédente' dans la • t juin ism. capitale turque, où il avait fait son entrée en grande pompe et avec un cortège nombreux. Il essayait dès lors de rétablir les anciens rapports entre la Turquie et la France, et de ressaisir l’influence dont celle-ci y avait joui autrefois.

Le czar en ressentit une vive inquiétude; car il craignait que la France ne regagnât sa prépondérance en Orient, surtout parce qu’il voyait qu’il existait de nombreux rapports d’amitié entre elle et l’Égypte; mais les nouvelles influences que l’Autriche exerçait sur le cabinet des Tuileries lui inspiraient des inquiétudes plus vives encore et l’aigrissaient encore davantage. Au milieu des conférences on avait reçu, à Saint-Pétersbourg, la nouvelle que . le prince Metternich avait réellement exécuté le projet de son voyage à Paris. Personne ne crut avec plus d’assurance que le grand chancelier lui-même à tous les grands effets et à tous les grands succès qu’on appréhendait à Saint-Pétersbourg comme le résultat de cette visite. Il trouva Villèle imbu des principes monarchiques les plus purs; c’est pourquoi il le consolida dans sa position. Il pensa avoir gagné le roi si complètement, qu’il était convaincu que dans toutes les grandes questions politiques la France marcherait dorénavant de concert avec l’Autriche ; il crut avoir si bien miné l’influence de Pozzo, qu’il espérait le voir sous peu passer du service de la Russie dans la pairie française avec quatre cent mille francs de rentes.

Toutes ces manœuvres piquèrent de plus en plus l’empereur de Russie et augmentèrent encore le dépit que lui inspirait l’Autriche; et un mot dit par Metternich à Paris, où il avait fait entendre que le czar ne voulait pas sérieusement éviter la guerre, fit qu’ Alexandre concentra sa mauvaise humeur en particulier sur son ancien maître. Lorsque l’empereur interrompit, par son départ pour Varsovie*, les confé- • n avril im.

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