II
* 15 novembre.
* 25 novembre.
♦ Commencement de décembre.
* 19 décembre.
258 LA GUERRE
Au1 moment même où un certain nombre de vaisseaux turcs quittaient le port *, pour se rendre à Patras, des vents contraires et une tempête forcèrent les Grecs à retourner à Vathiko, où les Spetziotes et les Psariotes abandonnèrent Miaoulis. Aussitôt que le temps se fut remis au beau, le navarque retourna avec ses Hvdriotes au golfe de Corinthe. Près du cap Pappa, il soutint contre les forces supérieures du kapoudan-pacha des combats* qui se prolongeaient pendant plusieurs jours sans amener cependant de résultats décisifs. Ce ne fut qu’avec peine qu'il réussit deux fois* à faire entrer, avec des chaloupes, quelques faibles provisions dans Missolonghi. Les vivres de la flotte elle-même s’épuisèrent, et elle dut rentrer dans ses ports au moment où elle rencontra les navires spetziotes qui venaient pour prendre sa position devant Missolonghi, position qu’ils quittèrent plus tard à leur tour, aussitôt que les Hydriotes revinrent. Dès que Miaoulis fut de retour, les primats d’Hydra demandèrent avec instance au gouvernement de leur venir en aide avec des subsides, pour qu’ils pussent de nouveau faire sortir leurs vaisseaux. Le gouvernement voulut alors procéder à une vente de biens nationaux; mais l’assemblée législative, liée par une résolution prise antérieurement à Astros, crut devoir refuser son consentement à cette mesure. En revanche, elle fit un appel aux Grecs, afin de les engager à une souscription volontaire; elle en donna elle -même l’exemple, en souscrivant pour 82,000 piastres, tandis que les ministres et les membres du gouvernement y contribuèrent* pour 42,OlOO, et les négociants de Syra pour 40,000 piastres. Tout le monde était alors dans l’enivrement d’un enthousiasme tel qu’il avait déjà une fois, en 1822, contribué à sauver Missolonghi; mais on comprit qu'il fallait, au moment actuel.
en 1826 et 1827.
des secours plus grands et durables. Le gouvernement réitéra sa proposition relative à une vente de biens nationaux. tandis que l'assemblée législative vota un emprunt d'un million de piastres d’Espagne, emprunt qui fut, en effet, décrété * et publié, mais sans avoir de succès. Pen- . dant ce temps, les dons volontaires avaient mis Miaoulis en état de se diriger de nouveau, avec quinze vaisseaux d’Hydra et avec quatre bâtiments de Psara *, vers les eaux • de Missolonglii. Après avoir mouillé près du fort Vassiladi", il réussit à faire parvenir quelques provisions dans » la ville qui, déjà à cette époque, était tourmentée par une disette tellement grande que, dans les derniers temps, on avait dû restreindre les rations de pain de tous les jours au poids de 30 drachmes seulement, et que son sort dépendait, déjà à ce moment, de la réussite ou de l’insuccès de cette expédition de la flotte, qui devait ravitailler la ville. Le lendemain *, lorsque le vent soufflait très-fort, Miaoulis fut attaqué par les Turcs et forcé à se retirer derrière les Skrophades, après avoir subi de fortes avaries. Cependant le courage abattu des Grecs se releva encore lorsque, peu de temps après*, Politis réussit pendant la nuit à faire sauter, avec son brûlot, une corvette turque qui avait fait côte près de Prokopanistos , et qui portait trois cents hommes. Le lendemain, les Grecs engagèrent un combat de trois heures avec toute la flotte turque, forte de soixante voiles et de dix-huit brûlots, qui, après avoir perdu deux brûlots, se retira honteusement dans le golfe, derrière les châteaux-forts. Ce coup heureux permit alors aux Grecs de faire entrer, sous la conduite de Sachtouris, des munitions et des vivres, du biscuit et 7,000 kilogrammes de maïs dans la place, qui reçut ainsi des approvisionnements pour deux autres mois. Après s’être heureusement acquitté de sa tâche, Miaoulis re-
5 janvier 18i6.
17 janvier.
21 janvier.
* 22 janvier.
• 27 janvier.
LA GUERRE
Troisième siège de Missoloaghi.
4 Mi-février.
tourna au port, emmenant avec lui quelques délégués de la ville de Missolonglii, auxquels on avait donné pour mission d'informer le gouvernement plus exactement des vœux et des besoins de la ville et de ses défenseurs.
Pendant ce temps, les Égyptiens avaient continué à avancer le siège, sans presque jamais recourir aux armes et en ne s’occupant que des travaux préparatoires. Les assiégés étaient décimés par les combats antérieurs; les besoins et les privations de toute espèce les avaient horriblement fatigués. Pendant cette saison froide, ils n’étaient, pour la plupart, vêtus que de guenilles. Exposés à Pair malsain d’une ville située au milieu des lagunes et à moitié détruite par le canon, épuisés par les travaux et les fatigues qui les attendaient sans cesse dans les ouvrages et dans les fossés pleins de vase où ils avaient à réparer les endroits dégradés et les brèches, ils avaient perdu quinze cents hommes parmi ceux qui portaient les armes. Devant eux, dans la plaine, ils apercevaient, au contraire, les longues lignes des tentes égyptiennes; ils y voyaient les tacticiens, les Gallo-Arabes, faire l'exercice et s’apprêter à l’assaut. Des batteries nouvelles, plus fortes et plus habilement construites, s’élevaient*, sous leurs yeux, plus près d’eux, en face de leurs bastions. Dans le voisinage du petit port de la Saline-Blanche, où gisaient les débris des canonnières de Youssouf, ils pouvaient voir s'élever une nouvelle batterie dirigée contre les petites îles de Schylla et de Kleissova, de même qu’ils y apercevaient un grand mouvement qui leur faisait comprendre que les ennemis travaillaient ù rétablir la flottille des lagunes dans le but de donner assaut du côté de la mer, dénué de fortifications, comme les officiers européens P avaient recommandé.
Malgré tous ces préparatifs menaçants, les intrépides
.en 1826 et 1827.
Rouméliotes avaient, à deux reprises, rejeté les propositions d’ibrahim , qui les avait engagés à capituler, avec une énergie beaucoup plus grande que lorsque, pendant l'été, le séraskier leur avait envoyé un message semblable. Déjà, avant l’arrivée de Miaoulis, lors de sa seconde expédition, qui les sauvait d'une ruine immédiate, les assiégés avaient répondu * au pacha qui leur avait demandé de lui envoyer des hommes versés dans la connaissance des langues, pour négocier avec eux : « qu’ils étaient des gens ignorants, n’ayant pas appris les langues et ne sachant que combattre. » Pendant que Miaoulis se trouvait dans la ville, le capitaine anglais Abbot (de la corvette la Rose) avait été ensuite chargé par le pacha de notifier * aux assiégés que, dans huit jours, les préparatifs pour l'assaut seraient terminés, et qu'il désirait savoir à quelles conditions les assiégés rendraient la ville. Dans leur réponse, ils renvoyèrent le pacha au gouvernement grec , ajoutant qu’ils étaient prêts à soutenir son assaut. Néanmoins,. le pressentiment qu’ils avaient de ce qui allait arriver démentait, déjà à ce moment, cette confiance des assiégés. La flotte grecque était alors partie; celle des Turcs, augmentant de plus en plus en nombre, était mouillée dans les eaux de Missolonghi. Quand les approvisionnements pour deux mois arriveraient à leur fin, devaient-ils se dire, il serait tout à fait incertain si, et à quelle époque, le faible gouvernement et la faible marine trouveraient les moyens nécessaires pour envoyer des secours suffisants. Du côté de la terre, Karaïskakis était beaucoup trop faible pour leur donner une assistance efficace; il avait de la peine à maintenir réunis cinq cents hommes dans les montagnes. En effet, toute la contrée depuis Salona jusqu’au golfe d’Ambracie était un désert où l’on ne trouvait ni hommes ni- vivres. Les défenseurs de Missolonghi, aussi
Mi-janvier.
* Î7 janvier.
LA GUERRE
bien que les assiégeants, pressentaient une issue tragique. Toutes les lettres venant de Grèce et d Italie, et qui jusqu’alors avaient parlé avec tant de confiance du sort de la ville sainte, changèrent tout à coup de ton et n'exprimèrent que des inquiétudes et des appréhensions. Cependant le pacha avait retardé l’attaque dont il avait menacé la ville jusqu’à ce qu'il pût entreprendre un assaut combiné du côté de la terre et du côté de la mer. Dès qu'il
* 24 février, eut pour cela les ressources nécessaires, il ouvrit *, de
toutes ses batteries, un feu tellement violent contre la ville, qu’en trois jours il abattit complètement les derniers débris des maisons avec huit mille boulets et bombes. Cependant ce bombardement ne causa pas une grande effusion de sang, car les assiégés avaient alors appris à mieux se protéger dans les fossés et dans les galeries couvertes. Après que ce feu meurtrier eut cessé, des
• s& février, troupes turques prirent, pendant une nuit*, un ouvrage
extérieur que les assiégés avaient construit avec les débris de la grande levée de terre de Rechid, pour protéger le bastion Botsaris , et, soutenus par huit compagnies d’Arabes, ils s’y maintinrent pendant toute la nuit; mais à l’aube du jour, les Rouméliotes reprirent cet ouvrage l’épée à la main. Ibrahim arriva en personne pour pousser les siens à une seconde attaque ; mais les Grecs firent jouer une fougasse et chassèrent de nouveau les assaillants. A cette occasion, le pacha apprit par l’expérience que ses Arabes résistaient beaucoup plus mal aux Grecs, * quand ceux-ci les attaquaient au sabt*e, que ne le faisaient les Turcs et les Albanais. De cette manière, l’ouvrage de terre fut encore une troisième lois gagné et perdu par les Égyptiens. Le séraskier regardait cette lutte de loin avec un véritable bonheur. Après que le combat eut cessé, il demanda au pacha : « As-tu encore aujourd hui la même
en 1826 et 1827.
opinion que l'autre jour sur eet enclos? » Le fier Égyptien se vit obligé de lui donner une double satisfaction ; il dut demander h Rechid de lui promettre sa coopération et d écrire lui-même à Constantinople qu’il en avait besoin.
Après que cet assaut contre les remparts eut échoué, les deux pachas essayèrent dès lors de prendre la ville du côté de la mer. Outre les bateaux plats ( lanzonia ) qu’Ibraliim avait fait construire près de la Saline-Blanche, il avait reçu de Patras * encore d’autres chaloupes dont on pouvait se servir dans les eaux les moins profondes. Il donna alors ii Housseïn-Bey l'ordre de prendre le fort Yassiladi, cette clef du canal dans les lagunes, qui n’était défendu que par quatre-vingts hommes, dont vingt artilleurs, sous les ordres de Giachomuzzi, Italien d’une grande expérience, et par une seule batterie de misérables pièces. L’attaque eut lieu* avec quarante bateaux plats et autant de canons; ces masses d'ennemis firent bientôt reculer les quelques artisans, qui se sauvèrent dans la ville en passant presque tous les lagunes à gué. Ensuite l'ennemi dirigea* ses bateaux contre file de Dplma, où le capitaine Liakatas, avec deux cents hommes et une seule batterie, avait à se maintenir contre les forces bien supérieures de deux mille assaillants. Cette île ne fut prise qu’après un . terrible combat, qui dura sept heures, et qui coûta la vie h presque toute son héroïque garnison. Dès lors, les communications avec Anatoliko étaient complètement coupées, et les habitants de cette ville sans défense se virent obligés de conclure avec les pachas une capitulation \ par suite de laquelle ils furent transportés à Arta avec une faible partie de leur avoir. Cette reddition détermina le lord' haut-commissaire Adam à se rendre à Kryoneri *, * dans l’espoir que les assiégeants consentiraient encore
* 6 mars.
* 10 mars.
12 mars.
13 mars.
17 mars.
LA GUERRE
toujours à entrer aussi en négociations avec les défenseurs de Missolonghi. Mais les pachas, qui croyaient alors la chute de la ville certaine, évitèrent de se rencontrer avec lui. Néanmoins ils firent adresser encore une fois un message verbal aux habitants de Missolonghi eux-mêmes, pour les engager à se rendre, et, après avoir essuyé un refus, ils leur envoyèrent encore leurs propositions par écrit : les assiégés devaient tous partir sans leurs armes, ou bien encore les indigènes pouvaient rester, s’ils le voulaient, avec tous leurs biens, à Missolonghi. Les défenseurs de la ville dirent dans leur réponse écrite : « qu’ils 41’ avaient pas cru que les pachas pussent avoir une telle idée. Croiraient-ils qu’on leur livrerait huit mille armes ensanglantées*? » Réduits à l’emploi de la force, les pachas tournèrent dès lors leurs efforts contre l’île de Kleissova, à l’est de la ville. Cent trente et un Rouméliotes y tenaient garde, avec quatre canons, dans les retranchements qui avaient • été établis autour de l’église de la Sainte-Trinité. Leur chef, Hadschi Petros, était malade et avait été transporté dans la ville ; mais le vaillant Kitsos Tsaveias, qui, à ce moment, commandait sur la plage, se fit aussitôt transporter, avec dix hommes, vers le lieu du danger; cent cinquante autres Grecs suivirent son exem- • s avril# pie héroïque *. Rechid-Pacha conduisit * en personne deux mille de ses gens, montés sur quatre-vingt-treize lanzonies, au combat contre celte île. Ils renversèrent les palissades extérieures, mais ils n’eurent pas d'échelles d'assaut pour attaquer la tour de l’église, dont les meurtrières vomissaient un feu terrible, avec lequel les Grecs accueil-
1 Cette correspondance, en date du 3 avril, se trouve dans Trikoupis, t. 111, p. 401, 402.
* D’après Favre, qui suit ici un récit écrit immédiatement après le combat.
en 1826 et 1827.
lirent leurs ennemis. Après avoir essuyé de grandes pertes, ils furent obligés de battre en retraite ; le séraskier lui-même avait été blessé. Ibrahim tenta alors un effort pour voir ce que ses tacticiens pourraient faire sous les ordres de Housseïn ; mais ils ne furent pas plus heureux. Housseïn lui-même tomba. Cependant le pacha tenace fit continuer jusqu’au soir ce combat inutile par ses victimes résignées. Alors Tsavelas , faisant une sortie contre les ennemis qui se retiraient, leur enleva sept bateaux et fit un trophée avec dix-sept cents fusils européens. Il ne comptait parmi les siens que trente-cinq morts et blessés ; plus de mille cadavres des ennemis flottaient sur les vagues, suivant les rapports des Grecs. Si les assiégés, qu’un ennemi plus terrible qu Ibrahim, la famine, commençait alors à combattre, eussent profité, la nuit qui suivit ce combat, de la première terreur inspirée à leurs adversaires, ils auraient, suivant l’opinion alors généralement accréditée, pu s’échapper avec toute la population de la ville à travers le camp des Égyptiens. M ais Missolonghi avait été sauvée déjà plusieurs fois à des moments où le péril était le plus grand.* Tant qu’il leur restait encore les moindres vivres, les défenseurs de la ville attendaient donc avec fermeté quel serait le succès du message qu’ils avaient adressé au gouvernement grec.
Mais cette autorité sans puissance et sans direction v «ihlossc du
gouvernement.
était condamnée à prévoir, dans une paralysie complète, le coup terrible qui menaçait l’Hellade occidentale. En effet, dans le découragement qui s’était emparé de tous les esprits, nul ne voulait prêter ses ressources et ses forces à des entreprises qui auraient pu sauver le pays, et chaque tentative qu’on fit dans ce but n’amena que de nouvelles catastrophes. On aurait du s’attendre qu’immédiatement après le départ dTbrahim, tout le Péloponèse se
266 LA GUERRE
serait énergiquement levé comme un seul homme, et (pi on se serait jeté sur les quelques faibles garnisons des Egyptiens. En effet, déjà au commencement de l’année, beaucoup de gens s'étaient ralliés autour de Kolokotronis dan$ les environs de Tripolitsa, pour donner assaut à la s janvier, ville ; mais lorsqu’on trouva* les Turcs préparés à recevoir les Grecs, ceux-ci se débandèrent tous dans une fuite générale, et Kolokotronis se plaisait dès lors à rester dans l’inaction et à se montrer hostile au gouvernement qu’il accusait d’avoir ébruité ses projets par les journaux. De cette manière, toute diversion sur les derrières d'ibrahim avait été déjouée, et rien ne l’inquiétait pas non plus sur les flancs de son armée. Le gouvernement aurait bien voulu donner ordre à Karaïskakis d’entreprendre une expédition pour secourir et pour débloquer Missolonghi. Fabvier était tout prêt à se porter avec ses tacticiens sur ce point menacé; mais, après avoir épuisé l’emprunt, le gouvernement n’aurait pas pu maintenir le moindre corps de troupes dans les montagnes inhospitalières de l'Etolie, qui était alors dénuée de toute ressource. Fabvier préféra donc faire la tentative d’une diversion plus éloignée et moins énergique dans l’Eubée, qu’on lui avait dépeinte comme un pays plus riche et pouvant mieux subvenir aux besoins d’une armée. Mais lorsqu’il partit de Marathon et de Vrana pour se faire passer dans cette île’, et qu’il se rendit aussitôt de Stoura (Styra) à la ville de Karystos, devant les murs de laquelle tant de capitaines étaient déjà venus épuiser leurs forces, il fut accueilli partout par les auspices les plus décourageants, il ne réussit pas à rallier autour de lui le plus petit nombre de partisans de Styra. Les paysans , que d’amères expériences avaient rendus circonspects, s’enfuyaient à son approche; tout le pays était u q désert. Arrivé devant Karystos*, il se con-
* I i mars.
* (T mars.
en 1826 ET 1827.
vainquit que, pour prendre le château-fort, il fallait l’assiéger dans toutes les règles, ce dont il n’avait pas les moyens nécessaires. Une tentative * qu’il fit pour s’empa- * rer du faubourg, afin d’investir la citadelle plus étroitement, échoua complètement. Fabvier se vit obligé de ramener ses jeunes novices, qui n’étaient pas encore habitués aux fatigues, à Lykorrena, sur le bord de la mer, où il fut enfermé, du côté do la terre, dans les anciens retranchements de Kriëzotis par l’énergique Omer-Pacha, que le courage et la fortune n’avaient encore jamais abandonné, tandis que on/,e vaisseaux turcs coupèrent', * en même temps, les approvisionnements de Fabvier, de sorte que bientôt le camp des Grecs se trouva dans la position la plus désespérée. Heureusement le comte Porro, l’intendant, avait appris, à un moment où la mer était encore ouverte, le péril extrême dans lequel se trouvait le colonel, et il lui avait envoyé en toute hâte des navires qui, après avoir dispersé la flottille turque, embarquèrent* * les troupes de Fabvier, réduites à la dernière misère, et les sauvèrent en les ramenant sur la terre ferme. Ce fut là un grand désastre, semblable à celui de Peta; mais on le ressentit plus douloureusement, parce que les chefs durent s’en accuser euxrmêmes. Il est vrai que le gouvernement détourna les accusations portées contre Fabvier, et qu’il essaya de lui* donner le temps et les ressources nécessaires pour reformer sa troupe sur le cap Methana; mais rien ne put effacer dans l’opinion publique l’effet de ce coup qui avait encore une fois atteint la considération des tacticiens et de leur vaillant chef. Cette arme, dans laquelle le gouvernement avait mis, dans les derniers temps, tout son espoir avait entièrement trompé son attente, et se brisa au moment même où, à l'ouest, les meilleures forces des Rouméliotes étaient près de suc-
rt*
21 mars.
2 avril.
0 avril.
LA GUERRE
comber. Le Péloponèsa, les hommes tels que Kolokotronis et Mavromiehalis ne remuaient pas; les vaisseaux de guerre européens n arrivaient pas plus que le célèbre héros sur mer dont les services avaient été engagés depuis si longtemps déjà. On ne pouvait donc compter que sur la seule marine grecque pour porter secours aux défenseurs de Missolonghi.
Sur les représentations pressantes des délégués de Missolonghi, et afin de trouver les moyens nécessaires pour armer la flotte, rassemblée avait pourtant fini par con- • i8 février, sentir* à la vente de biens nationaux jusqu'à concurrence de trois millions de piastres. Mais cette mesure ne promettait, même dans le cas le plus favorable, que des secours bien trop tardifs; c’est pourquoi le gouvernement adressa encore un autre appel aux citoyens, afin de les engager à faire spontanément des sacrifices. On donna tout ce que possédait la caisse de l’État; on remit cent vingt mille piastres aux Hydriotes , et deux cent trente mille piastres aux délégués de Missolonghi, qui s’embar-
* si mars, quèrent* ensuite avec Miaoulis. Jamais une flotte grecque
n’avait encore quitté le port avec des armements aussi misérables. Elle ne comptait que trente bâtiments, dont plusieurs ne portaient que vingt matelots. Lorsque le navar-
• 12 avril, que arriva près de Zante*, la flotte ennemie formait une
ligne non interrompue depuis les Skrophades jusqu'au cap Pappa (Araxos) , interceptant ainsi toute communication avec Missolonghi. Un seul petit passage, presque imperceptible, avait jusqu’alors échappé à la vigilance des Turcs; de petites barques s'en servaient quelquefois pour porter de Petala un peu de blé dans la ville. C'était par cette voie que Miaoulis avait encore pu recevoir les nouvelles qui lui avaient annoncé la position terrible des assiégés; mais à ce moment les Turcs découvrirent aussi ce passage, de sorte
EN 1826 et 1827.
que les dernières communications avec la ville se trouvèrent coupées. Miaouli.s essaya de lutter* contre la flotte, si supérieure en force; mais tous ses efforts furent infructueux. On voyait alors clairement, dans l'état d'épuisement complet où se trouvait la Grèce, quelle terrible punition le gouvernement allait s'attirer par son ancienne négligence; car, si, dans la dernière tentative faite pour ravitailler la ville, on avait seulement envoyé le double ou le triple des provisions, les ennemis auraient encore une fois trouvé leur ruine devant ce boulevard remarquable. En effet, le superbe satrape lui-même l’avoua plus tard à de Rigny, qui le questionnait au sujet du siège, en lui disant : « Voistu cette neige se fondre sur ces hauteurs? C’est ainsi que nous aussi aurions fondu, si Missolonghi eût reçu des approvisionnements pour trois autres semaines! »
Mais, comme la ville ne les reçut pas, ce furent ses vaillants défenseurs qui fondirent comme la neige. Les hommes qui étaient encore bien portants erraient comme des spectres dans les rues de la ville, tandis que les malades succombaient par suite de l'absence complète de tous soins. La chair d’animaux impurs était déjà devenue une friandise; quant au poisson et aux autres aliments que fournissait la mer, on ne pouvait plus se les procurer qu’en exposant sa vie; les algues que mangeaient ces pauvres gens exténués par la faim les affaiblissaient encore davantage par la dysenterie que produisait cette nourriture. Le froid s’ajouta encore à la famine. Des myriades de boulets et de bombes avaient changé la ville en un tas de décombres n’offrant plus le moindre abri ; on manquait de bois pour se chauffer; le froid des nuits engourdissait les membres de ceux qui étaient encore les plus vigoureux parmi les défenseurs déguenillés. « Quelques jours encore, écrivait le docteur Meyer, de Suisse, et ces héros seront des fantômes sans
♦ !S irril.
Chut* de Missolonghi.
LA GUERRE
corps! » Miaoulis avait formé le projet de prendre d'assaut le blockhaus de Vassiladi et de frayer, par un coup de main hardi, un chemin jusqu’à la ville à ses chaloupes chargées de provisions. Mais, avant qu’il put mettre ce dessein à exécution, les assiégés se virent obligés de se tirer d'affaire par d'autres moyens. Ibrahim, bien renseigné sur la position de la ville, offrit encore une fois les mêmes conditions sous lesquelles la ville d’Anatoliko s’était rendue; mais les Grecs les rejetèrent. Pleins de sangfroid, les Rouméliotes avaient pris la résolution de ne pas quitter la ville sans leurs armes; ils décidèrent donc qu'après avoir brûlé tout leur avoir, ils quitteraient, pendant la nuit, la ville, et qu’en> plaçant ceux des habitants qui ne pourraient pas se défendre au milieu de la colonne, ils se frayeraient, les armes à la main, un passage à travers le camp des ennemis. Cette résolution même ne fut prise qu'après de grands combats. C’était pour eux une pensée pleine d’amertume d'avoir à s'arracher à ce sol où ils avaient souffert des maux indicibles, auquel les rattachaient les sentiments les plus profonds et les pensées les plus vives, ainsi que le souvenir de tant de victimes chéries, et où chaque pierre était teinte du sang de tant d’héroïques défenseurs. Mais la dure nécessité ne leur laissa pas d'autre choix. Des Albanais quittèrent la ville; après avoir réussi à se glisser à travers les rangs de leurs compatriotes parmi les assiégeants, ils informèrent Karaïskukis et les capitaines qui se trouvaient alors à Platanos, que les défenseurs de Missolonghi abandonneraient la ville dans la nuit du 22 avril, et qu'ils s'attendaient queKaraiskakis leur tendrait la main par une diversion sur les derrières des ennemis. Les capitaines promirent malheureusement ce qu’ils ne purent tenir. 11 est vrai que dans la • si atrii. soirée du jour indiqué* on entendit des coups de fusil dans
en 1826 et 1827.
la direction de la montagne, du côté du couvent de Hagios- Svmeon; mais ils ne servirent qu’à réveiller mal à propos l’attention des ennemis et à faire croire à tort aux amis qu’ils trouveraient des secours efficaces.
On jeta quatre ponts de planches sur le fossé extérieur, eu même temps qu’une patrouille annonça à tout le monde à quel moment on quitterait la ville; les sentinelles continuaient, comme à l’ordinaire, à donner les signaux et à faire entendre leurs cris habituels. A deux heures de la nuit, tous se réunirent en grandes masses près des dernières batteries à l’est de la ville. Les deux mille cinq cents combattants étaient divisés en trois corps, commandés par Ritsos Tsavelas, par Notis Botsaris et par Makris; ils devaient accompagner et couvrir dans leur marche les garçons armés, la foule des artisans sans armes et les femmes qui, habillées pour la plupart en hommes, portaient les petits enfants attachés à leur dos. Ceux-là seuls qui, par leur âge, par la maladie ou par leurs blessures, étaient empêchés de les suivre dans cette entreprise audacieuse et terrible, s'étaient enfermés dans les ruines d’un moulin à vent où se trouvait une partie des poudres. Mille soldats de la garnison se mirent à la tête de la colonne et se couchèrent silencieusement dans l’avant-fossé en attendant le signal qui devait être donné sur la montagne. Puis venaient les masses des habitants qui, sans ordre et se poussant les uns les autres, franchissaient les ponts ; le reste des hommes armés fermait le cortège. A cet endroit, les indigènes s’arrêtèrent longtemps, en faisant leurs adieux qui déchiraient le cœur; leurs lamentations ou bien le bruit qu’on fit en jetant les ponts, réveillèrent les ennemis, qui dirigèrent une canonnade violente sur cet endroit où s’effectuait la sortie. En vain ces malheureux attendaient ici le signal que devait donner Karaïskakis, jusqu’à ce qu’ enfin, pleins d’impa-
LA GUERRE
tience, ils se missent en marche. Notis prit avec sa troupe le chemin de Boehori (Hypochori); Makris se dirigea vers Anatoliko, tandis que Tsavelas suivit la ligne centrale. Toutes les trois troupes devaient se rejoindre à une lieue et demie de Missolonghi, dans la vigne de Rhazokotsikos, sur le mont Zygos et sur la route de Hagios-Symeon. Mais à peine les colonnes se furent-elles ébranlées, que les indigènes qui venaient d’apercevoir les retranchements des ennemis, firent entendre le cri de terreur : En arrière! Tout à coup, tous les habitants de Missolonghi qui suivaient, et même quelques étrangers, sous la conduite de Georgios Tsavelas, rebroussèrent chemin et retournèrent vers la ville. Mais les autres franchirent, avec une impétuosité irrésistible, le fossé et les parapets, et traversèrent le feu des ennemis. A une demi-lieue de la ville, les troupes, sous la conduite de Makris et de Kitsos Tsavelas, rencontrèrent la cavalerie du séraskier, de même que le corps dè Notis se heurta contre les soldats d’ibrahim qui accourait de Boehori. Les deux derniers corps eurent peu à souffrir dans ce choc, tandis que la troupe de Makris fut presque anéantie. Après avoir réussi à traverser partout les rangs des ennemis, ils parvinrent, dans différents endroits, jusqu’au pied du mont Zygos, où ils espéraient trouver les secours de leurs frères, qu'ils attendaient là. Mais à leur place ils y rencontrèrent de nombreuses troupes d’ Albanais, qui les poursuivirent jusque dans la montagne. De toutes les femmes et les enfants qui avaient été entraînés avec ces troupes, on ne put sauver qu'un petit nombre, et même cinq cents combattants avaient été tués dans cette sortie. Personne n’était venu au-devant des fugitifs pour les secourir : cinquante hommes seulement, conduits par Drakos, vinrent leur apporter quelques vivres. Après avoir passé une nuit terrible sur le sommet de la montagne, les mal-
F.N 182fi RT 1827. • 273
heureux arrivèrent le lendemain dans la ville de Dervekista, qui était dépouillée de tout et où ils ne rencontrèrent que quelques hommes, sous les ordres de Kostas Botsaris, qui disaient pour se justifier que, les renforts attendus n’étant pas venus, ils n’avaient rien pu entreprendre avec leur petit nombre. Le lendemain, les fugitifs arrivèrent à Platanos, où ils s’arrêtèrent pendant une semaine pour rallier autour d’eux ceux des leurs qui avaient été dispersés; puis ils se mirent en route pour Salona. Des centaines de personnes moururent encore de faim et d'épuisement pendant le trajet: de tous les hommes armés qui avaient quitté Missolonghi, treize cents seulement atteignirent ce lieu de refuge et de salut.
Un sort plus terrible attendait ceux qui étaient restés à Missolonghi ou qui y étaient retournés. Les musulmans avaient pénétré dans la ville à la suite des indigènes qui y étaient rentrés dans leur fuite. Les hommes tombèrent sous les armes des ennemis; les femmes et les enfants furent faits prisonniers et menés ensuite sur les marchés; seuls les hommes sous les ordres de Georgios Tsavelas se frayèrent un chemin, les armes à la main, jusqu’à Bochori, et s’échappèrent en partie. Dans l'intérieur de la ville, les ennemis commencèrent alors à piller et à tuer les Grecs avec une telle ardeur et une telle fureur, que les Turcs et les Égyptiens s'attaquèrent les uns les autres pour s’arracher le butin, jusqu'à ce qu’enfin ces derniers parvinssent à chasser leurs rivaux hors de la ville. Pendant toute la nuit, on entendit les hurlements des conquérants et les cris des chrétiens qui furent massacrés par eux, ainsi que le bruit des explosions qui ensevelirent les vainqueurs et les vaincus. Les Grecs mirent d’abord le feu aux poudres placées sous le bastion Botsaris , qui sauta en écrasant un grand nombre de musulmans. De la même manière on fit sauter
LA GUERRE
aussi successivement tous les hôpitaux, ‘où périrent, avec les amis, les ennemis qui y pénétraient. Le moulin à vent fut défendu jusqu’au 24, où l'on mit le feu aux matières combustibles qui y étaient entassées. Parmi les hommes notables qui venaient de tomber, on comptait les capitaines Stournaris et Sadimas, l’ingénieur Kokkinis, Meyer de Suisse*, les proéstes Rha/.okotsikos et Konstantinos Trikoupis, le frère de Spyridon, ainsi que Papadiamantopoulos, l’un de ceux qui avaient été députés au gouvernement, et qui, lorsque tout le monde crut Missolonghi déjà perdue, s’v était rendu de Zante, au prix de mille dangers, pour se sauver ou pour périr avec ses héroïques défenseurs. L’évêque Ioseph, ordinairement appelé Rhogon-loscph, d’après le nom de son évêché, avait jeté une torche dans un baril rempli de cartouches au moment où les ennemis pénétraient dans la ville; à demi brûlé, il fut saisi et décapité. La fin du vieux primat Kapsalis fut admirable. La veille du départ des défenseurs de la ville, il avait vu mourir sa femme dans les plus grandes souffrances, mais il n’avait pas versé de larmes; il avait, au contraire, exhorté son fils éploré à se réjouir plutôt de voir sa mère échapper à la captivité; puis il l’avait pressé de se sauver avec ceux qui partaient, tandis qu’appuyé sur son bâton, il parcourait lui-même les rues, ordonnant à tous les malades et à tous les vieillards qui écoutaient son appel, de le suivre; ensuite il s’enferma avec eux dans la manufacture de cartouches, où tous chantèrent des hymnes religieuses et des chants patriotiques en attendant l’entrée des ennemis, avec lesquels ils s’ensevelirent ensuite sous les mêmes ruines5.
1 Une description du siège faite par Meyer, fut perdue avec lui.
* Immédiatement après cet événement , Evanthia k ai ri s a essayé de glorifier cet acte héroïque de Kapsalis dans une tragédie intitulée : Nikeratos.
EN 182f> ET 18*27.
Ces' traits isolés d’un courage héroïque et d’un mépris ramiers effet»
1 1 1 produits en Grèce
absolu de la mort, groupés autour du brillant tableau de P.ar ‘i1 d*
^ 1 Missoloughi.
la défense de Missolonghi et autour des sombres scènes nocturnes où l'on ne voyait que la misère endurée par ces hommes vaillants et, au dernier plan, une fin désespérée, offraient au monde un ensemble grandiose de ce siège, qui produisit un effet des plus extraordinaires sur tous les esprits. La société polie de l’Europe n'est plus habituée à cette ardeur du patriotisme et de la haine contre les ennemis du pays, à cette indifférence pour la vie à laquelle sa civilisation plus raffinée donne un plus grand charme et. une plus grande valeur; mais elle n’est pas encore assez blasée pour qu’elle ait perdu le sentiment de cette grandeur de peuples plus grossiers et de ces vertus propres à la jeunesse qui nous charment tant, dans notre propre enfance, quand nous les voyons dans les jeunes générations de l'humanité : les antiques feuilles qui, dans leur langage énigmatique, nous racontent la défense de Sagonte et de Numance, venaient de trouver un commentaire plein de vie et de mouvement dans l’histoire la plus récente. On comprend donc facilement que, dans le voisinage le plus immédiat comme dans les pays les plus lointains, tous les esprits furent frappés d’une émotion subite et profonde à la nouvelle de cette catastrophe. Partout où se montraient ces hommes qui avaient échappé ù la mort, tels qu’un Makris, un Tsavelas, Photomaras ou le vieux Notis Botsaris, septuagénaire ù cette époque, ou les regardait avec surprise comme des prodiges de bravoure, en leur montrant une vénération muette et humble. Mais dès qu’on sut que les malheureux prisonniers, exténués de misère, avaient été exposés aux marchés pour être vendus, on vit se réveiller, d’abord dans le voisinage immédiat, la pitié la plus intense .et l’indignation la plus profonde qui se
LA GUERRE
répandirent ensuite dans les pays les plus éloignés, lorsque le bruit se propagea qu’on commençait à traîner ces pauvres esclaves en Égypte.
Les habitants de Zante, qui avaient fait des sacrifices ' assez grands, pour subvenir à la subsistance de la ville, déploraient la chute de Missolonghi comme un désastre dont ils auraient été frappés eux-mêmes. Mais ce fut avant tout le gouvernement grec qui dut le ressentir comme tel. Au moment où le péril était le plus grand, une nouvelle assemblée nationale, qui avait été deux fois convoquée en *5 anii* vain, s’était enfin réunie à Épidavros*. Sous l’impression des nouvelles du péril qui menaçait Missolonghi et de la défaite de Fabvier, la fureur des partis se tut cette fois-ci entièrement, ou elle fut étouffée dans son germe dès qu’elle se montrait de nouveau. On accepta presque à l’unanimité la médiation de l’ambassadeur d’Angleterre, en modifiant seulement dans quelques points les conditions arrêtées entre Stratford Canning et Mavrokordatos. Lorsque enfin la terrible nouvelle de la chute du boulevard de la Grèce parvint à l’assemblée, il y régna pendant une demi-heure un silence de mort. « Chacun mesurait dans son esprit l’anéantissement de la patrie. > 11 était évident que le faible gouvernement de Kontouriotis et de ses amis Kolettis et Mavrokordatos ne pouvait pas survivre à ce coup; mais on l’enterra, pour ainsi dire, silencieusement et sans qu’il y eut la moindre agitation. Kolokotronis chercha à consoler les députés et à relever leur courage par les paroles qu’il leur adressa; il les engagea à instituer un nouveau gouvernement et à envoyer les hommes de guerre dans les éparchies. L’entrée du nouveau gouvernement, avec Zaïmis à sa tête, dans la ville de Nauplie se fit tranquillement, sans le moindre bruit et au milieu d’un deuil universel. Jamais le découragement n’avait encore
en 1826 et 1827.
été aussi profond; jamais on n'avait eu moins de ressources. Les sommes provenant des emprunts anglais avaient été épuisées, sauf un faible reste qui était encore dû. Les revenus qui, eu 1825, où il y avait encore de l’ordre dans les affaires, avaient donné 5 millions 1/2 de piastres', ne rapportaient pas beaucoup plus de 1 million 1/2 dans ces années -ci. Au moment où le gouvernement arriva à Nauplie , il avait 60 piastres dans sa caisse! Lorsqu’au mois de mai ceux des Souliotes et des Houméliotes qui avaient survécu à la chute de Missolonghi vinrent dans la capitale, les Souliotes seuls récla- ’mèrent la somme de 800,000 piastres comme arriéré de solde! Le corps des réguliers de Fabvier était sur le point de se dissoudre, faute de subsistances! Kolokotronis eut de la peine à garder ses troupes réunies pour combattre les Égyptiens dans le Péloponèse ! Les primats des îles mirent leurs trésors en lieu sûr, et se seraient volontiers enfuis. Des hommes tels que Kontouriotis et Botassis demandèrent au gouvernement la permission de pouvoir émigrer dans Hle de Cerigo. Si le gouvernement ionien n’a- %
vait pas fermé ses ports et que le peuple jaloux de T île d’Hydra ne se fût pas aperçu des intentions de ses primats et ne les eût surveillés, les derniers asiles de la résistance , les îles , auraient été perdus pour la cause grecque avec les primats et les débris de leurs richesses.! Toute énergie était tellement paralysée qu’on aurait dit que tout le monde n'attendait plus le salut que d'un miracle quelconque ou d’un dcus ex machina . Les étrangers commençaient à croire que tous les Grecs se soumettraient alors spontanément, si on leur garantissait seulement que les musulmans quitteraient le pays. En effet, chacun sert-
* La piastre turque ( grossi ) valait alors à peu près 80 centimes.
[Xote des traducteurs.)
LA GUERRE
tait alors plus profondément que jamais que, après avoir soutenu cette lutte horrible, montré cette fureur dans la résistance, refusé le salut qui leur avait été offert, après avoir fait preuve d'une haine si implacable contre les oppresseurs, les Grecs ne pourraient jamais vivre en paix avec la race turque, et à côté d'elle.
i^"ion"*'phu- fl fallait donner aux Grecs des encouragements moraux, iHeuiqaœ. (jes secours matériels et l’appui de la politique, si l'on voulait encore venir en aide à ce peuple accablé par ses malheurs. La Grèce allait trouver tout cela dans les sympathies plus vives des pays lointains de 1 Occident , où l'on était plus que jamais disposé à faire des sacrifices,parce que l’admiration et la pitié, inspirées par les deré nicrs exploits héroïques et par les souffrances des
défenseurs de Missolonghi , n’étaient pa.-. amorties , comme dans le cœur des Grecs, par la consternation et' par les mêmes maux qui accablaient ceux-ci aussi bien que leurs malheureux frères. Un se sentait, en Occident, stimulé à faire de nouveaux efforts désintéressés dont l’effet fut de relever le courage abattu et de le ranimer complètement; tous les esprits furent entraînés par un rare mouvement dout le résultat lut que, sur la page la plus pure de l'histoire contemporaine, furent inscrits des faits d'une nature irréprochable. Si déjà le débarquement des Égyptiens en Morée , pendant l'année précédente , avait donné une nouvelle vie au philhellénisme sur le continent et au centre de notre partie du monde, en l’associant à la cause grecque, les victoires qu Ibrahim remporta dans l’année qui nous occupe allaient provoquer les efforts les plus actifs des amis de la Grèce. Déjà pendant l'hiver, et lorsqu’on venait de commencer seulement le siège de Missolonghi, les membres du comité de Paris avaient publié un nouvel appel pour engager tout le
en 1826 et 1827.
monde à secourir les Grecs. Les dames de la plus haute société formèrent des associations différentes; elles parcouraient les divers quartiers de la ville, pour y faire des quêtes â domicile; dans tous les salons, où l'on n’était pas tout à fait pour les Turcs, la maîtresse de la maison prenait l’habitude de faire une quête pour les Grecs. Ce nouveau zèle prit aussitôt un grand essor, aussi bien dans les provinces que dans la capitale. Eynard s’occupa activement d’un envoi de vivres qu'il expédia à Missolonghi, dès que cette ville fut en danger; il y ajouta la somme de 24,000 francs en son nom et en celui de ses amis; le comité de Paris accorda aussitôt la somme de 60,000 francs qui devait servir au même but, et, au même moment, les philhellènes d'Amsterdam mirent 30,000 francs à sa disposition, de même que l’association de Stuttgardt lui envoya tout l’argent qu’elle avait encore en caisse. Mais lorsque ensuite la nouvelle lugubre de la chute de la ville parcourut le monde; lorsque I’évéque d’Arta invoqua la pitié d’Eynard pour les femmes captives et pour les enfants que les musulmans vendaient comme un vil bétail, et qui, disait-il, une fois transportés en Égypte, n'en reviendraient jamais; lorsque ensuite Eynard transmit d’Italie* cet appel à Paris, d'où il se répandit dans le monde * En mai entier, toute l’Europe fut saisie d’un mouvement d'horreur et de pitié, dont on fera, dans tous les temps, le plus grand honneur à ceux qui le ressentirent, quels que soient les motifs plus ou moins étrangers à la cause des Grecs qui pourront avoir contribué à produire ce résultat.
Dans toute l’Allemagne, le philhellénisme, qui s’y était, pour ainsi dire, éteint, se réveilla tout à coup comme par enchantement. La mort du roi de Bavière (1825) avait porté au trône un prince tout dévoué à la cause des Grecs.
Le roi Louis, qui voyageait en Italie lorsque Eynard fit
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entendre son cri de détresse, envoya, outre la somme de
20,000 florins, pour laquelle il avait déjà souscrit, encore
20.000 francs pour le rachat de captifs de Missolonghi, et, peu de temps après, une autre somme de 20,000 florins sur sa caisse particulière, avec 26,000 francs qui avaient été donnés par les officiers de sa maison. Dans un voyage qu’il fit ensuite en Bavière, pour visiter toutes les provinces, il demanda qu’on renonçât à toute espèce de fêtes et qu’on consacrât toutes les sommes votées pour sa réception, moitié aux pauvres des communes, moitié aux Grecs. Ï1 se forma à Munich une association principale qui envoya, au mois d'août, une première contribution de
65.000 francs à Paris. Tiedge et W. Muller rallumèrent l’ardeur des philhellènes à Dresde et à Leipzig. Un grand résultat fut obtenu, lorsque enfin on put, à Berlin, laisser un libre cours aux sympathies pour la càtise des Grecs, sympathies auxquelles on avait dû, pendant longtemps, imposer silence. Hufeland, Neander et quelques autres furent les premiers à adresser un appel à leurs concitoyens et à les engager à faire des quêtes pour soulager la misère des Grecs et pour racheter les captifs. Les autorités municipales, le clergé, presque tous les membres de la famille royale contribuèrent alors à grossir les fortes ’ sommes recueillies par les philhellènes. Dans toutes les provinces, jusque dans les moindres villes, ou forma des associations secondaires dont les présidents donnaient leurs cotisations aussi bien que les moindres journaliers et les domestiques. Jusqu'au mois d’août, l’association de Berlin avait envoyé à Eynard la somme de 240,000 francs, dont la majeure partie fut distribuée aux malheureux qui s’étaient réfugiés dans file de Kalamos. A La Haye, à Namur, à Bruxelles, à Luxembourg et jusqu’à Stockholm, on suivit alors l’impulsion ainsi donnée; la ville de Genève
-JL-jJLi
et toute la Suisse firent de nouveaux efforts pour coopérer au même but. Toutes ces associations se mirent, surtout d’après les conseils d’Eynard, dans les rapports les plus étroits avec le comité de Paris, ce qui réagit, avec une nouvelle force, sur ce point central qui possédait et méritait la confiance la plus absolue et la plus générale.
Après la chute de Missolonghi, le comité de Paris commença à faire paraître une série de publications périodiques* qui devaient donner une expression authentique à la protestation permanente des peuples civilisés en faveur des Grecs. On peut démontrer, à l'aide de ces documents, que le comité, semblable à une petite puissance indépendante, suivait une politique nettement tracée, d’après les principes les plus honorables, et en se proposant d'atteindre, par des moyens très-rationnels, à un but bien déterminé. La profonde indignation qu'on ressentit en France, en apprenant que des Français avaient aidé à consommer la ruine de Missolonghi, avec des canons achetés en France, donna tout d’abord un stimulant très-énergique à l’action du comité, parce que le sentiment de l’honneur national avait été vivement blessé.
Parmi ceux des membres du comité qui siégeaient dans les Chambres, Chateaubriand avait, dans la Chambre des Pairs, donné une expression à cette disposition des esprits, même avant la chute de Missolonghi, lorsque malgré l’opposition du ministre de la justice, il obtint’ qu’on votât * •» »«*■ un amendement relativement h un projet de loi « concernant la punition des crimes commis par des Français au Levant, » amendement qui avait pour but de défendre aux sujets français de noliser leurs navires pour le transport des Grecs réduits à l’esclavage par les Egyptiens. Après la
* Documents relatifs à l’étal présent de la Grèce, publics d’après les communications du comité philhellénique de Paris. Paris, 1826, sq.
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chute de Missolonghi, Alexis de Noailles fit* la proposition de mettre à la disposition des consuls français un crédit de 300,000 francs pour le rachat d’esclaves chrétiens, et Constant demanda*, avec une très-grande énergie, au ministre de la guerre : < si parmi les ofticiers français qui, en commun avec les hordes égyptiennes, avaient plongé leurs mains dans le sang des défenseurs de Missolonghi, ceux qui se trouvaient encore sur les listes de l'armée, avaient toujours aussi leur rang militaire, et s'ils touchaient encore leur solde? > Alors le ministre des finances, pour conjurer ces orages, se décida à annoncer des concessions à cette agitation toujours croissante, en déclarant : « que l’attitude sage des cabinets donnait lieu d’espérer qu'on mettrait bientôt un terme aux malheurs de la Grèce par une pacification qui ne laissait pas du tout les gouvernements aussi indifférents que le paraissaient croire les orateurs de l’opposition! » Sur de tels indices, qui annonçaient un rapprochement entre le gouvernement français et la coalition formée par la Russie et l'Angleterre, l'association philhellénique se proposa, comme but bien arrêté de ses efforts, de prolonger, par les offrandes des peuples, l'existence de la nation grecque jusqu'au moment où la haute politique, au cœur de pierre, finirait par se lasser du spectacle qu’offraient cette longue lutte sauglante et ces victimes palpitantes, et où la diplomatie, aux lourdes allures, arriverait enfin, par ses négociations, à imposer une trêve aux parties belligérantes, et à venir ainsi en aide à la Grèce épuisée. En prenant cette résolution, l'association philhellénique continuait à rester toujours étrangère à toute jalousie mesquine à l’égard des autres nations. La catastrophe de Missolonghi avait inspiré à Eynard une profonde aversion pour la politique des Anglais qui n’avaient pas envoyé leurs navires des
îles Ioniennes a Missolonghi, pour forcer le blocus et pour porter des vivres aux assiégés lorsqu'ils mouraient de faim : « S'il avait été à la place du gouverneur, disait Eynard, il aurait agi autrement, quand même il aurait dû mourir sur l’échafaud! » Lorsque, un an plus tard, il se trouvait en Angleterre même, il était exaspéré de voir la froideur que continuait ii montrer, pour la cause des Grecs, ce peuple qui seul fermait son cœur à ce nouveau mouvement des esprits et à cet enthousiasme avec lequel l’humanité protestait contre l’ insensibilité indifférente de la politique. Néanmoins, c'était à cette même Angleterre que la Grèce avait voulu se soumettre, l’année précédente, par cet acte de protectorat dont nous avons parlé plus haut, et ce fut elle encore dont les Hellènes implorèrent, au moment actuel, la médiation. C'était là mettre à une rude épreuve le sentiment qu’avaient les Français de leur propre dignité. Néanmoins, cette fois-ci encore, comme déjfc l’année précédente , le comité ne permit pas que ces considérations refroidissent ses sympathies philhelléniques ou qu elles missent la division parmi ses membres.
En Angleterre on avait élevé des accusations tellement virulentes contre les Grecs et contre leur gouvernement, qu'on aurait dit que les Anglais, pour s’excuser, voulaient se persuader que tous les secours étaient prodigués là à des gens qui en étaient indignes. Mais les chefs de l’association de Paris ne se laissaient ralentir dans leur zèle ni par les discordes entre les Grecs, ni par les abus dans leur administration, ni par les mauvais traitements qu'ils faisaient subir aux Francs, ni par les malversations du gouvernement grec. Les rapporteurs que le comité avait envoyés en Grèce surent facilement se mettre au fait; ils étaient bienveillants dans leurs jugements; touchés par tant de courage, émus à lu vue d’une aussi grande persévérance, ils ne
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faisaient voir dans leurs rapports que le côté favorable, en passant par-dessus les abus qui devaient nécessairement pulluler dans ce chaos terrible de misères morales et physiques, et presque neutraliser l'influence des lumières et de l'ordre légal. Quelque fugitives que fussent ces impressions dans l'âme des Grecs, comme elles le sont chez tous les méridionaux en général, les Hellènes durent cependant être pénétrés d'une gratitude profonde; leur orgueil et leur haine contre les étrangers s’effacèrent peu à peu; les capitaines les plus fiers et les plusroidcs qui, encore à ce moment, se faisaient forts d'en venir à bout de l’Êgyptien et de ses soldats bien disciplinés, se virent cependant obligés de demander à grands cris du pain pour leurs vieillards, pour leurs femmes et leurs enfants, et même pour leurs compagnons d'armes, « qui portaient des couronnes de lauriers, disait l’un d'eux, mais qui mouraient de faim. » Ils savaient que, sans cette intervention des sympathies bienfaisantes de f étranger, leur patrie aurait péri, et ils en savaient doublement gré précisément aux Français, qui avaient eu à briser d'abord les barrières par lesquelles la politique de leur gouvernement avait voulu arrêter leur élan, et qui, après cela, avaient pu entraîner encore presque tous les peuples de l’Europe et les engager à prendre une part active dans leur œuvre de charité. Aussi fit-on à ce moment, en Grèce, tout ce qui était possible pour appliquer les secours envoyés au but auquel les avaient destinés les bienfaiteurs du pays. Le comité de Paris resta, il est vrai, sous ce rapport, toujours fidèle à son principe très-désintéressé et entièrement opposé à la manière d’agir des préteurs d'argent en Angleterre , et laissa tout ce qu'il envoyait en Grèce, les dons en nature, les secours en argent et en hommes, à la libre disposition du gouvernement grec; mais ce dernier, pour répondre
• EN 1826 f.t 1827.
de son côté à cette confiance, ordonna alors que la commission permanente de l'assemblée législative se mît en rapport direct avec le comité de Paris, et il institua plus tard des commissions mixtes, composées de Francs et de Grecs, en leur donnant pour mission de distribuer ces
offrandes dès leur arrivée en Grèce selon les intentions
des donateurs, et avec cet ordre systématique avec lequel on avait recueilli et remis ces secours.
Toutes ces atfaires étaient dirigées par Eynard, qui était l’àme de tout ce mouvement philhellénique. 11 se chargeait de faire presque tous les achats et d'expédier les envois du comité de Paris et des autres associations, ce dont il s’acquittait avec une circonspection, une patience infatigable et une intégrité qui ne pouvaient être surpassées. Il avait établi ses agents d'affaires à Nauplie, dans les îles d'Hydra, de Cerigo, de Zante et de Corfou ; dans plusieurs ports de la mer Méditerranée il avait si bien organisé la marche régulière des navires, qu'on pouvait avoir par lui les renseignements les plus sûrs sur l’état des choses en Grèce, de même que sur l’arrivée et sur la distribution des secours qu’on y avait envoyés. Lorsque, un mois après la chute de Missolonghi*, il rendit à Paris, * 30 m»i. pour la première fois, compte des mesures prises par lui, en premier lieu, pour secourir cette ville et ses habitants, il avait expédié environ trente-cinq mille quintaux de vivres et douze cents quintaux de plomb pour le compte des associations de Genève et de Paris, et il avait assigné la somme de cinquante mille francs pour racheter des captifs. En automne, lorsque les cris de détresse se firent entendre avec le plus de force dans toutes les parties de la Grèce, Eynard put dire, dans son compte rendu, que le 25 septembre trois navires chargés de vivres avaient fait voile de Corfou pour Nauplie ; que deux bâtiments étaient
* CommrTuvmnil de 1827.
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partis, le 1er octobre, de Zante, et deux autres d’Ancône, de même que du 10 au 20 octobre cinq autres navires seraient expédiés de ce port pour le Ma'ïna, pour Grabousa et pour Nauplie. Tous les différents envois de vivres faits depuis le mois d’avril jusqu'au mois de septembre de cette année-là, pour le compte des associations de Paris, de Suisse et d’Allemagne, montaient au chiffre de soixantetreize mille quatre cents quintaux, sans compter de nombreux envois séparés, qui étaient destinés à la marine grecque. Après la fin de cette terrible année de misère et de disette, le comité de Paris publia un aperçu1 de toutes les recettes et de toutes les dépenses, depuis la formation de l’association jusqu’à la fin de 182(>. Les recettes se montaient, en somme ronde, à deux millions et demi de francs. Lorsque le général égyptien redoubla ses efforts pour rendre inutiles ces secours imprévus et pour prévenir l'intervention des puissances, qui avait été annoncée ; lorsqu’il fit tout ce qu’il put pour que les Francs, quand ils interviendraient d’une manière décisive, ne trouvassent plus en Grèce que des cadavres et des esclaves, les associations philhelléniques, de leur côté, redoublèrent encore une fois de zèle. Eynard fit alors* un appel au public en demandant des cotisations mensuelles et hebdomadaires qui assurassent un revenu fixe et des envois réguliers jusqu'au moment oii la Providence tournerait le cours des destinées de la Grèce. On commença aussitôt à recueillir ces souscriptions hebdomadaires, même parmi les artisans et les ouvriers de toutes les classes, dans les trois pays voisins les uns des autres, où tout le mondo était sympathique à la cause des Hellènes; dans la seule vjlle de Genève, elles rapportaient plus de quatre mille florins déjà dans la se-
1 Cf. Gazelle d’ Auysbourg , 1827, février 19 et 21.
conde semaine après l'ouverture des listes. A Vienne même la glace commençait à fondre un peu, de sorte qu’on permit les quêtes qui avaient un but charitable. En Amérique aussi, il se produisit une activité nouvelle, qui eut les résultats les plus considérables. Cette nouvelle croisade entreprise par la bienfaisance publique conserva l’existence de la Grèce encore une seconde fois, jusqu’il l’époque prévue dès le commencement par le comité de Paris, où les premières résolutions des diplomates, provoquées par les cris de détresse que poussait le peuple grec dans son agonie, et par les appels que faisait l'humanité pour réclamer une intervention, purent enfin devenir plus tard des actes. Ce furent des paroles prophétiques qu'Evnard adressa en 1827, au printemps, il l’association de Munich, quand il disait dans sa lettre « qu’il espérait que cette année ne finirait pas sans que les vœux des amis de la Grèce eussent été remplis par les puissances. »
Le proverbe allemand qui dit que « quand le péril est le V1|l|>''r*,i0m na* plus grand, le secours de Dieu est le plus près, » tire les plus fortes preuves de sa vérité des expériences faites dans les temps de révolution. Mais aucune autre nation , luttant pour conquérir sa liberté, n’avait encore vu les calamités, fondre sur elle d une manière aussi imprévue; nulle part le danger n’était arrivé à la même extrémité, pour se prolonger autant qu'on l avait vu en Grèce ; dans les plaies d’aucune autre nation on n'avait versé le baume bienfaisant avec la même lenteur et, pour ainsi dire, goutte à goutte, et nulle paî t la guérison n'avait été aussi incomplète qu’en Grèce. Après la prise de Missolonghi la nation grecque était de nouveau menacée d'une destruction complète qui, semblable à une épée de Damoclès, était suspendue audessus de sa tête, absolument comme pendant l'automne précédent, lorsque Ibrahim était devant Nauplie. Il ne res-