‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 2 sur 48 · POU» I.F.S GRECS · texte numérisé non relu

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sentiment de sa dignité propre au grand seigneur d’illustre origine, au soldat, à l'Anglais, au doctrinaire politique et à l'homme de parti fanatique. Élève de Bentham, il était venu sur cette terre qui voyait renaître la liberté, la tète toute remplie des théories philanthropiques de son maître. 11 voulait combler la jeune nation tout d'un coup de toutes les- splendeurs de la civilisation : c’est pourquoi, immédiatement après son arrivée à Missolonghi {fin de 1823), il y avait établi une presse libre et faisait imprimer lu Chronique grecque qui paraissait sous la rédaction d’un Suisse, du docteur Meyer, avec la devise de Bentham : * Le plus grand bien-être du plus grand nombre. > En outre, il voulait établir un hôpital à Missolonghi, une poste en Morée et le système militaire suisse, la procédure judiciaire publique et des écoles avec la méthode de Lancaster dans toute l'Hellade. Quand Byron se moquait des théories du « colonel typographe » et qu'il insistait sur des armements de guerre, Stanhope, en vrai disciple de Bentham, défendait son opinion, d’après laquelle les philhellènes devaient restreindre leur bienfaisance à des actes qui « produiraient des avantages durables et très-étendus. ■■ C’est pourquoi aussi il s’agissait, à ses yeux, en première ligne, de mettre les Grecs dans la bonne voie d'une véritable existence politique, d’extirper en eux l'esprit du despotisme, d'y implanter celui du républicanisme et de faire de la Grèce « une nouvelle Amérique. » Au commencement, il semblait considérer les deux grands partis hostiles comme des éléments également incapables d’enfanter cet avenir qu’il rêvait pour eux. Les oligarques qu’il voyait entourés de flatteurs, de filles perdues et de soldats, de saleté, de splendeur et de misères, n'étaient, à ses yeux, que des Turcs par leurs mœurs «t leurs manières; pourtant, il voyait un élément plus dangereux de résistance à

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2t février.

l'égard de ses projets dans les primais civils, ces champions de la monarchie tempérée qui lui paraissait aussi impossible en Grèce qu'une « tigrarchie » tempérée. II se désespérait de voir l'esprit monarchique prédominer dans ce peuple qui, d'une seule voix, demandait à grands cris un roi; c'était, pour lui, une abomination qu'un homme, tel queMavrokordalos, au lieu d’aspirer avec grandeur d âme et avec hardiesse à jouer le premier rôle de dictateur républicain , ne visât qu'à prendre la seconde place sous un roi. Occupé de ces projets, il avait, déjà en janvier, prêté une oreille très-attentive lorsqu'on lui disait tout bas à Missolooghi qu’Odÿssevs, cet homme animé de sentiment s entièrement démocratiques, songeait en ce moment à réunir un congrès à Salona. Lorsque, quelques semaines plus tard le colonel se mit eu route pour se rendre au siège du gouvernement à Kranidi, il rencontra, à Athènes, Odyssevs qui désirait cette entrevue encore plus ardemment que Stanhope et qui était même venu exprès pour cela d'Eubée où il bloquait de nouveau la ville de Karysto.

Le fils d'Androutsos avait gardé une attitude expectante entre les partis en lutte pendant la guerre civile en Moréc. Gomme maître de l’Hellade orientale, il ne voyait son autorité contestée de personne, surtout depuis qu'il s'était réconcilié avec Négris qui autrefois avait signé la sentence de sa mort. Les deux nouveaux amis haïssaient cordialement les politiques du Péloponèse et ils avaient le même intérêt que Kolokotronis à renverser Mavrokordatos, l’homme de l'ordre et leur ennemi eommun; mais tant que l’issue de la lutte restait indécise, ils étaient assez habiles pour cacher leur opinion Sûrs de rester les maîtres de l'Hellade orientale, ils songeaient tous les deux à étendre leur pouvoir aussi sur L^uest et à soumettre ainsi à leur direction toute la Grèce continentale. Pour parvenir à leurs

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fins, ils essayaient, avant tout, de détacher lord Byron, qui était le butsdes intrigues de tous les prétendants et de tous les personnages influents, ainsi que ses amis, de Mavrokordatos et du gouvernement. C'est ce dont s’occupa alors Odyssevs, à Athènes et plus tard à Salona, avec un art si consommé de dissimulation fine et habile et avec un talent si supérieur à manier les hommes, qu'on en oublie presque la dépravation, devant laquelle les philanthropes et les aventuriers anglais restèrent confondus, comme des niais dont on s'était joué d'une manière ridicule. Parmi ces derniers, il y avait un certain Humphreys 1 qu’üdyssevs sut éblouir en flattant sa passidn de gentleman pour les chiens, les chevaux et la chasse. Trelawney, homme d’une grande force musculaire, qui parcourait le pays dans un costume de palikare, succomba sous l'influence du nouveau milieu dans lequel il vivait et qui lui faisait prendre des allures sauvages ; il se laissa charmer pur le caractère énergique d’Odyssevs et en épousa, plus tard, la sœur; mais, quant à Stanhope, qui s’était fait fort « de déjouer, par une conduite franche et hardie, toute ruse et toute habileté diplomatique, » il se laissa duper par ce Grec souple et habile au moyen d une comédie qui était un piège d'un attrait irrésistible pour un philosophe de l'école de Bentham. Odyssevs joua devant lui le rôle de républicain, d'homme populaire et d'ami éclairé des muses; il lui parla •le piusées, d’écoles et de journaux ; il lui permit de faire fonctionner à Athènes des presses lithographiques et le lit assister à des assemblées du peuple, dans lesquelles on élut des juges, où on accorda des impôts et où on fit des rapports sur des hôpitaux qui n'existaient nulle part. Par ces moyens il obtint de lui la promesse d'assister au con-

' Cf. W. H. Iliimplircy.s, Journal of a visil to Grerce. — ttans le recueil cité plus haut . IHclure of Gretce, I. II. p. '201 sq.

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grès de Salona, qui avait été convoqué, et de servir d’intermédiaire pour y taire venir aussi lord Bvron et Mavrokordatos. Plein d'enthousiasme, Stanhope disait alors dans une lettre qu'il écrivit d'Hydra et dans laquelle il vanta l'esprit ferme et le bon cœur d’Odyssevs, qu'il était brave comme son épée, n’appartenant à aucun parti, ami de la publicité et de la liberté et le seul qui put maintenir l’ordre, en un mot « précisément l'homme qu’il fallait à lu Grèce. » Aux yeux de Stanhope, on ne pouvait sauver la Grèce qu’en élevant Odyssevs au pouvoir et en renversant Mavrokordatos. A Krauidi, les partisans du gouvernement lui reprochèrent son alliance avec les ennemis de l’ordre et lui firent des représentations sérieuses à ce sujet, mais en vain. Les klephtes étaient complètement sûrs de lui et de ses amis. Sophianopoulos, le secrétaire de Gouras, dicommfnmnent sait d'un ton triomphant dans une de ses lettres', «que

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les Anglais, désabusés au sujet du parti du gouvernement réuni à Kranidi, avaient ouvertement passé au parti de Tripolitsa*. » Stanhope se rendit, suivant sa promesse, à ♦ i<> avril, l’assemblée de Salona’. Mais il n’y trouva point ses amis de Missolonghi. Mavrokordatos, craignant le piège qui lui était tendu, n'y envoya que quelques délégués chargés de tout observer; lord Byron était sur son lit de mort.

Alors Stanhope tomba sans défense entre les mains des intrigants les plus dangereux. Il s'abandonna avec enthousiasme à la pensée de voir jouer à Odyssevs le rôle d'un Washington et d'un Bolivar; il était charmé de voir que N’égris, qui lui remit une lettre pour Bentham, s’occupât de la rédaction d'un code; tout le monde à Salona lui paraissait être animé des sentiments les plus libres et les plus nobles. Alors il se sépara entièrement de Mavrokordu-

‘ Cf. Blaqniôre, SvcomI viril lo Gre.ce. 1925, t. Il, p. 90.

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tos à qui il écrivit un peu plus tard tout franchement,

« que parmi les mauvaises gens, travaillant contre la constitution, les pires et les plus ingrats étaient ceux qui agissaient en faveur d’un roi étranger. » Heureusement, Stanhope fut rappelé à ce moment môme en Angleterre, par un ordre du roi ; il n aurait pas cessé de jeter de l’huile dans les flammes de la guerre civile et de troubler les rapports entre le comité de Londres d’une part et le parti civil et le gouvernement d'autre part, ce qui aurait infailliblement fait manquer le second emprunt plus considérable qu’on songeait à contracter en Angleterre. Mavrokordatos se hâta de prévenir, par une lettre très-connue qu’il adressa à Blaquière*, les mauvaises impressions que les rapports de ♦ Stanhope pourraient produire à Londres1. Il y avait fait d’une manière fort honorable sa confession de foi politique.

Il y parla des accusations que des membres de la clique de Stanhope avaient élevées contre lui en disant « qu'il voulait un roi étranger; » et cependant, écrivait-il, c’était lui qui, dix-huit mois auparavant, s’était mis, avant tous les autres, en opposition avec Négris (le républicain !), lorsque celui-ci avait proposé pour le trône le roi Jérôme î On l’avait accusé « d’être l’ennemi de la constitution, » et pourtant il ne s’était toujours opposé, au risque de perdre la vie, qu'a ceux qui faisaient de la constitution un manteau pour voiler leurs infamies et leur brutalité! On lui avait reproché « de vouloir un despote, » et pourtant on ne portait cette accusation contre lui que parce qu'on savait qu'il n’en voulait aucun. « S’il est écrit dans le livre de l'histoire, disait-il en terminant, que la Grèce doit ramper devant un despotisme militaire, hydre non à sept, mais à cent têtes, je ne serai ni l'instrument aveugle, ni l'humble

1 Cf. même ouvrage. 1825, t. II, p. 78.

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serviteur de ces nouveaux tyrans. » — Heureusement tout se • décida peu de temps après, à Argos, en faveur du gouver-

nement, et les projets des hommes du congrès de Salona furent ainsi déjoués. L autorité d'Odyssevs s’écroula en même temps que celle de Kolokotronis. Il perdit en même temps ♦5 mai. son appui en Eubée où le camp de Vrysakia*, qui était dans une condition pitoyable, avait dû être levé. Il courut ensuite à Argos pour s’offrir comme arbitre dans la lutte encore indécise qui s’était élevée pendant le blocus de ♦cf. t. k P. 605. Nauplie*, et pour affaiblir ainsi, autant que possible, la victoire du gouvernement. Mais personne ne s'y fia h lui, pas même ses propres gens. Un jour, on tira sur lui, lorsque, dans la maison de Nikitas à Nauplie, il était assis à la fenêtre. Pendant son absence, on ourdit une conspiration qui ébranla la fidélité de son lieutenant Gouras. Ce jeune homme d’une force athlétique, barbare comme son maître, mais plein de bon sens, aussi rusé que vaillant, aussi flexible qu’énergique, était attaché par d'anciens liens étroits à Odvssevs qui, du temps où il était encore capitaine au service d’ Ali-Pacha, s'était servi de lui pour ses affaires les plus délicates. Au moment qui nous occupe, Sophianopoulos, son secrétaire, qui avait été corrompu par le gouvernement, lui dit tout bas à l'oreille qu'il pourrait facilement s’élever à la place d'Odyssevs. Pendant quelque temps, le vieux serviteur hésitait ; il obéit encore une fois à son maître qui lui avait ordonné de venir le rejoindre à Nauplie. Après s’y être informé de l'état des choses, Gouras repartit déjà avec l’intention de garder pour lui l'acropole d’Athènes. Odvssevs s’aperçut bientôt qu’il avait perdu son ancienne autorité, comme cela était arrivé à Mavrokordatos, par suite de ses malheurs dans la guerre, et par son double jeu avec la politique et la conduite de la guerre, comme ç’étaitle cas de Kolokotronis ; il pressen-

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tit que son rôle ôtait fini et se retira déjà comme un homme vaincu en Roumélie.

L'impression morale que le mouvement philhellénique avait produite dans la lointaine Angleterre n’avait pas peu contribué à donner de la force à tontes ces causes qui concouraient à la consolidation du gouvernement légitime. Autant il était évident, plus tard, qu'avec la mort de lord Bvron les sympathies du peuple anglais pour la cause grecque s'étaient beaucoup refroidies, autant on était frappé devoir jusqu'à quel point le mouvement philhellénique s'était répandu de plus en plus dans cette race anglosaxonne depuis que son grand poète s’v était personnellement consacré. A l’ouverture du congrès des États-Unis *, le président avait exprimé des vœux bienveillants et des espérances d'un heureux avenir pour les Grecs ; une réunion de philhellènes à la Nouvelle-Orléans’ demanda au congrès de prendre des mesures en faveur de leur indépendance; là, comme à Philadelphie et dans d’autres villes d’autres États, on ouvrit des souscriptions ; l'association de secoursde New-York lit espérer à celle de Londres qu'on pourrait armer une corvette à vapeur pour les Grecs ; on recueillit de l'argent pour eux-mêmes dans le Bengale plus lointain encore. L’intérêt que prenaient précisément ces peuples à la cause de la Grèce promettait de tirer la nation grecque de son état désespéré d'isolement politique, de même que l'emprunt anglais faisait espérer au gouvernement qu’il serait enfin délivré de sa disette d'argent continuelle. La seule perspective d'une solde à gagner augmenta le nombre de ses partisans et donna au gouvernement la prépondérance sur les klephtes et les antartcs (rebelles), même avant que l'on eût versé un seul schelling de l’em prunt. Il est vrai que la seule perspective de ces versements, qui étaient retardés d’une manière très-fâcheuse.

* Novembre J 323.

* 23 janvier 1824.

l.A GUERRE

il était pas suffisante pour faire des armements efficaces dans l’armée et dans la flotte. La mort de lord Byron exerça une influence très-nuisible et très-seusible même sur ces choses-là. Ce ne fut que cinq jours avant la fin du •ci.T.ii.!'. i7. poète que Blaquière apporta à Zante* le premier à-compte de 40,000 livres sterling; mais il ne put pas remettre celte somme au gouvernement grec parce que l’autorisation de lord Byron, qui était une des conditions du payement, faisait alors défaut. Un second envoi, montant à la même *i3 juin, somme, et qui arriva à Zante*, y resta, au désespoir du gouvernement grec, jusqu'à la fin du mois de juin, où il reput enfin de Londres la permission de liquider ces deux sommes. Ce retard eut une influence fatale sur la première marche de la guerre dans cette quatrième année de l'insurrection, bien qu'elle fût dénuée de grands faits d’armes, mais pendant laquelle l'Égyptien tant redouté entra en lice.

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