LA GUERRE DANS LES ANNÉES 1821 ET
Mi-biDft-AU. Le vice-roi d’Égypte, dont nous avons suivi plus haut la marche lente, mais progressive vers la puissance, avait pu consolider de plus en plus sa position en secret et grâce au bruit de la guerre révolutionnaire en Grèce qui ne permettait pas à la Porte de se préoccuper des mouvements de son vassal. Prince temporel et chef de l'Église dans ses Etats qu'il gouvernait sous la suzeraineté du sultan, il était, en même temps, le plus grand commerçant du monde. Nous aurons occasion de parler, dans un autre ouvrage, de l'économie politique de ce brigand, de ce marchand royal dévoré d’une soif d'or inextinguible, mais élevé jusqu'aux
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nues par des parasites francs ; nous dirons de quelle manière il rendait les ressources inépuisables de l’agriculture en Égypte productives pour lui-même, de quelle façon, en introduisant la culture du coton dans son pays, il en avait monopolisé. rachat et la vente en traitant seul avec les producteurs et avec les marchands qui exportaient la marchandise, et comment, en dirigeant ainsi la plus grande partie des produits du sol et des gains du commerce vers ses propres caisses, il put augmenter ses revenus de manière à dépasser de beaucoup ceux de ses prédécesseurs. La possession et l’exploitation de sa vallée du Nil, qu’il appelait la perle des pays, exaltait tellement son ambition qu’aucun but ne lui semblait trop élevé ni trop éloigné pour elle ; il croyait qu’après un certain nombre d’années de paix, il pourrait, par ses ressources et par ses richesses, ajouter l’Egypte comme sixième grande puissance aux cinq autres puissances de l’Europe. La durée de l'insurrection grecque et, en première ligne, l’événement qui avait poussé les Grecs eux-mêmes à prendre les
armes, avaient essentiellement contribué à consolider et
à étendre de plus en plus son pouvoir. Méhmet-Ali ne pouvait pas avoir le moindre doute que la proscription d’ Ali- Pacha d’Ianina ne fût le prélude d’une attaque contre luimême : on se disait déjà à cette époque que l’intention du sultan était de partager l'Égypte en deux et de nommer un autre pacha au gouvernement de la Basse-Égypte. Pour prévenir l’exécution de ce projet , Méhmet avait fait de grands achats d'armes remarqués par tout le monde, dès que la Porte commença ses entreprises contre Ali-Pacha; puis, sans se laisser déconcerter, il avait continué ses guerres dans le Scnnaar et le Dougola, il avait introduit sur une échelle de plus en plus grande le niznm-djcdicl parmi ses troupes en donnant, en même temps, par des moyens arti—
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ficiels, à son armée un développement de plus en plus considérable et funeste pour le pays et pour le peuple. Les Grecs l’avaient observé attentivement, afin devoir s’il ne se laisserait pus entraîner par la défection d’Ali ou par leur propre insurrection; mais Méhrnet, qui avait la vue plus longue, jugea plus prudent, pour le moment, de tenir le milieu entre la dépendance complète de vassal et la révolte des infidèles. 11 fournit régulièrement à la Porte ses contributions d'argent et lui donna des preuves constantes de son dévouement. Afin de satisfaire aux exigences plus grandes et de pouvoir, en même temps, faire dans la Haute-Égypte la guerre pour ses propres intérêts et fournir à la Porte son contingent en argent et en vaisseaux, il pressura son pays de la manière la plus froide par de lourds impôts1.
Mais avec toute cette soumission, Mélimet se plaisait dans le sentiment orgueilleux d’habituer les Turcs de plias en plus à l’indépendance et à la spontanéité de ses actions, et de les convaincre d’une manière de plus en plus profonde de la supériorité de ses ressources morales et matérielles. Les nouvelles de tous ses faits d’armes étaient constamment accompagnées de bulletins victorieux; il avait su vaincre les préjugés religieux et nationaux qui s’étaient opposés à ses innovations européennes; à sa cour, il n’y avait pas de factions de sérail qui eussent pu paralyser sa volonté; dans l’intérieur de son royaume, il n’y avait pas de révolte, de même que, dans ses relations avec l’extérieur, il n’y avait pas de différends diplomatiques. De la sorte, Méhrnet se trouva dans une attitude et une réserve imposantes vis-à-vis de la Porte, profondément ébranlée. Il fit, à l’égard de son suzerain, son de-
Cf. Mcngin, t. Il, p. 240.
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voir, et rien de plus : ses vaisseaux combattaient à côté de ceux des Turcs, sans rendre plus de services qu’eux; il se taisait rechercher et il attendait l'offre d’un prix plus élevé pour des secours plus grands que ceux qu’il était obligé de fournir. 11 n’entra en lice, en déployant toute sa puissance, que lorsque l'insurrection se consolida et continua dans l'ile de Crète que la Porte dut lui céder, et lorsqu’on l’appela en Europe, en lui offrant des titres et en lui ouvrant une perspective qui lui laissaient les honneurs de la lutte et une partie de la conquête. La Porte elle-même fraya alors un chemin h son ambition, en lui facilitant l’accès de l’Europe; où la Crète était pour Méhmet le pont, et en l’attirant à Constantinople , contre laquelle le Péloponèse était pour lui la tête de pont.
Nous avons donc à raconter ici brièvement comment il était arrivé que les affaires de Crète avaient donné au vice-roi la première occasion de tirer l'épée, afin de décider l’issue de cette guerre de l’insurrection grecque.
A l’époque où les habitants de la ville de Sphakia s'é- mie decrtu. taient levés pour se mettre au premier rang de ceux qui combattaient pour la révolution en Crète, Dimitrios Ypsilantis avait nommé Michaël Aphentoulis son représentant dans cette île'. Ce dernier, qui avait été autrefois formé * Novembre! 82 1. pour le service diplomatique de la Russie, et qui, par conséquent, comme Ypsilantis, semblait avoir un appui dans cette puissance, était peut-être de tous les préteurs du prince celui qui le représentai! le plus fidèlement. Au physique et au moral, il prévenait peut-être encore moins en sa faveur que son chef : il était petit et boiteux, et d’un caractère faible, sombre et méfiant. 11 montra un talent extraordinaire pour l'administration, à la tête de laquelle, plus tard, les paysans crétois le rappelaient souvent de leurs vœux; mais au moment actuel, il aurait fallu là, à la
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place de l'homme de cabinet, un vaillant soldat, qui, s’appuyant sur les éparchies de la plaine, eût su dompter les Sphakiens, enclins au brigandage , qui , sans avoir une idée d'un but patriotique plus élevé, disputaient aux musulmans le privilège de pressurer cette île. Leurs chefs reçurent le gouverneur d’Ypsilantis de la même manière dont celui-ci avait été reçu lui-même par Kolokotronis et ses pareils; ils songeaient à en faire l'instrument de leurs projets, ou bien à s’en débarrasser aussitôt que possible. Au moment de l'arrivée d’Aphentoulis, la révolution dans l’ile de Crète n'était plus encore vivante que depuis la côte occidentale jusqu’à Rhethvmnon (Retimo); Roussos occupait les défilés et les routes conduisant dans ce pacbalik; Chania (La Canée) était investie par deux mille quatre cents hommes sous les ordres de' Papadakis; à l’est de l'ile, où il n’y avait qu'un petit corps de troupes sur le mont Ida (Psilariti), commandé par Antonios Melidonis, l’insurrection était presque complètement étouffée. Mais cet homme valait à lui seul une petite armée. Il avait été un des délégués de l’hétairie, et, dans ses aventures personnelles, il avait essuyé ce que la petite guerre, dans cette île, avait de plus amer et de plus terrible; suivant les circonstances, clément et dur, barbare et généreux, il était devenu, par sa bravoure et par sa présence d’esprit, la terreur des Turcs, le favori du peuple et l’objet de l’envie des chefs sphakiensL Aphentoulis eut le tact d’attirer à lui cet homme avant tous les autres ; le frère de Melidonis était le médecin du gouverneur, qui nomma Antonios lui-même à un poste militaire élevé : il est vrai qu’en agissant ainsi il s’attira la haine des Sphakiens, en même temps qu'il l’augmenta à l’égard de Melidonis. Lorsqu’au
* Cf. Gonlon-Zinkeisen, t. 1er, p. 583 : Quelques traits de la vie d'Ant. Melidoni.
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printemps de l’année 1822 les Crétois se virent assez forts pour pousser plus énergiquement l’investissement de Chania et de Rhethymnon, ils désiraient, en même ' temps, donner plus de liberté, à l'est, aux mouvements de Melidonis, que les Turcs avaient repoussé de plusieurs positions sur l'Ida, et en face duquel ils se trouvaient alors dans des retranchements près de Phourphoura, dans l’éparchie d’Amari. Tous les chefs crétois influents se réunirent alors, en occupant la position centrale de Vryssa; mais la jalousie et les dissensions les divisaient.
Les Sphakiens, avides de rapine, surent éloigner Aphentoulis du camp principal, comme on avait écarté Ypsilantis devant Tripolitsa; quant à Melidonis, qui, par un heureux coup de main ", venait de renouveler son ancienne • M»r» gloire, le farouche Roussos s’en débarrassa d’une manière infâme, en l'assassinant pendant un repas, auquel l’avaient invité les chefs sphakiens. Par suite de ce crime monstrueux, tout le camp crétois se débanda; Aphentoulis, dans son indignation, renvoya Roussos à Sphakia, tandis qu’il se rendit lui-même à Chania, où il engagea à venir aussi le vaillant Balesto qui venait d’arriver avec trois cents Samiens. Les Turcs de Megalokastro, trouvant alors les chemins jusqu’à Rhethymnon complètement ouverts, se mirent en marche pour débloquer cette ville investie par les Crétois; mais ceux-ci, en voyant ce danger imminent, se réunirent aussi rapidement qu’ils s’étaient dispersés auparavant. Balesto prit position près de Kastelo, oii il avait quatre mille hommes sous ses ordres*; il • h »«u. y était même venu des Sphakiens, peut-être avec le projet perfide de perdre Balesto, ce nouvel appui du gouverneur, comme on venait de se débarrasser de Melidonis.
Balesto, qui n’avait que des munitions de guerre insuffisantes, considérait une attaque contre les forces réunies
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des Turcs de Rhethymnon et de Megalokastro , qui 5e trouvaient en face de lui, comme beaucoup trop risquée, donnant ainsi aux ennemis le temps et l'occasion de le • 26 arrii. surprendre et de l’attaquer lui-même". A peine la lutte eut-elle commencé que les Grecs furent saisis d’une terreur panique, provoquée, à ce qu’on croyait, par les Sphakiens; il s’ensuivit une fuite générale, pendant laquelle Balesto lui-même perdit la vie.
us ÊKjptiens De la sorte, Aphentoulis se trouva privé des soutiens
dinsl'ile aeCirlr. .... . ...... .
militaires, au moment meme ou il allait perdre aussi son appui dans le gouvernement grec, par suite de l’éloignement d’Ypsilantis, écarté par l’assemblée nationale d’Epidavros. Au moment même où eut lieu le combat de Kastelo, Petros-Skylilsis Omeridis, le représentant de la nouvelle administration, était arrivé dans l'ile, en débar- •sîarrii. quant* près d’Armeni, à une demi-lieue de Souda, où il manda aussitôt le gouverneur d'Ypsilantis. Il y délibéra, avec les primats de la commune, sur une espèce de constitution, restreignant les pouvoirs du gouverneur qui jusqu’alors avait régné en autocrate, constitution que ee- •îjmn. lui-ci dut signer lui-même". Irrité par ces humiliations, Aphentoulis allait quitter l’ile, lorsque l’apparition d’une flotte égyptienne le fil changer d avis. L insurrection dans l’île de Crète durant toujours, lu Porte avait jugé indispensable de soutenir, par des secours étrangers, les musulmans de Crète. Toutes ses forces étant employées en Grèce, elle avait dû se résoudre, déjà à cette époque, à placer l'ile de Crète sous la juridiction immédiate du vieèroi d’Égypte et à le charger du commandement en chef contre les révoltés. Hassan-Pacha, le gendre de Méhmet- Ali, commandait la flotta égyptienne, qui venait de faire *9 juin, son apparition" sur la rade de Souda avec cinq mille Albanais à bord de ses vaisseaux. Aprè6 un premier avan-
tage remporté sur les Grecs assiégeant Chania, et qui s'étaient retranchés dans une position fortifiée, près de Malaxa , en face des Égyptiens , Hassan-Pacha , fidèle au système adopté alors par le sultan, tint un langage pacifique aux rebelles, et leur promit des monts d’or, s’ils voulaient se soumettre. Mais les négociations furent interrompues par un acte de violence commis par des Grétois armés de Malaxa; alors Hassan se jeta aussitôt* sur cet • Fin de juin, endroit, d’où il repoussa les Grecs; puis il se prépara à une entreprise plus importante contre Sphakia. Néanmoins, on ne fit rien de bien sérieux. La flotte égyptienne reçut l’ordre de se rendre dans l’Archipel, pour y opérer sa jonction avec la flotte turque ; et quant aux troupes de ferre, elles semblaient être paralysées par les malheurs qui, à cette époque, faisaient échouer les superbes entreprises des Ottomans dans le Péloponèse; elles s’enfermaient de nouveau dans les forteresses, où leurs rangs furent éclaircis par la peste, tandis que les navires des hardis insulaires de Kassos molestaient les côtes de Crète sans trouver d’obstacle. A la fin de l'hiver, l’insurrection se répandit * à l'ouest de la Crète, dans tes éparchies de • Ferrie isz3. Kysamos et de Selinos, et elle semblait avoir trouvé un nouvel appui plus solide, lorsque, après l’éloignement d’Aphentoulis, les Cretois offrirent les fonctions de gouverneur ù Manolis Tombazis, d'Hydra, afin de s’assurer, par cette tactique habile, l'assistance plus active de la flotte grecque. Ce nouvel harmoste embarqua à Nauplie une troupe nouvellement levée de douze cents hommes qui descendirent à terre * dans la baie de Kysamos, où ils * J juin, prirent possession du précieux port de Drapani, s'assurant ainsi les communications avec la Grèce. Le fort de Kysamos, assiégé par eux, se rendit aussitôt que Tombazis eut dressé- les canons qu’il avait apportés. Ensuite
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rharmoste voulut , pur la prise de Kandanos, assurer le triomphe définitif de l'insurrection de Selinos ; et bien que, dans son attaque contre ce village d'une grande étendue, il fût battu par les musulmans, réputés les plus vaillants et les plus cruels de file, eux aussi furent pourtant forcés par la peste à livrer la ville, reddition qui fut souillée par la trahison la plus infâme et par les atrocités les plus barbares commises par les vainqueurs étrangers et indigènes. Ces prompts succès de i’barmoste poussèrent les Égyptiens à faire de nouveaux efforts pour porter cette fois un coup décisif à l’ennemi. Une escadre, commandée par Ismaél-Gibraltar, porta cinq mille hommes de troupes de débarquement à Mégalokastro, et elle s’en retourna aussitôt, afin d’y amener, dans un second voyage, d’autres provisions et de nouvelles troupes. Cette fois-ci encore, l’arrivée des Égyptiens eut pour conséquence la concentration immédiate des Crétois ; mais, malheureusement, Tombazis ne sut pas bien les diriger. 11 avait trouvé in- . dispensable d’établir une organisation militaire, embras- • sant toute file, et il avait convoqué’ une assemblée des
primats à Arkoudena, dans l’éparchie d’Apokorona, en y invitant aussi les Sphakiens arrogants, qu’il aurait mieux fait de laisser de côté. Les éparchiotes proposèrent ici d’enlever aux Sphakiens le privilège de fournir des capitaines pour tous les autres habitants de 1 île de Crète, privilège dont ils avaient abusé. Cette proposition fut effectivement adoptée par l’assemblée; mais les représentants de Sphakia, irrités par cette résolution, quittèrent Arkoudena pour s’én retourner dans leurs montagnes. AuJieu d’en laisser là cette affaire, Tombazis fut assez faible pour les ramener par des promesses, pour bannir môme quelques-uns de leurs adversaires les plus violents, et pour offrir à Roussos, cet homme abominable, le com-
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mandement en chef d’une expédition qu'on résolut, à Arkoudena, d’entreprendre dans l'est de Me, afin d’y ranimer l’insurrection. Dans ce but, on avait ordonné une concentration de troupes à Amourgelai, à cinq lieues de Megalokastro ; mais , par suite des mesures insensées prises par lharmoste, il ne s’y rendit que deux mille Crétois, et Roussos lui-même, occupé ailleurs, s’y lit attendre. A ce moment même eut lieu le second débarquement des Égyptiens". Hassan-Pacha était mort, par suite d’une * sepiemin.». chûte de chev al ; le jeune Moustapha-Bey, qui le remplaçait, brûlait du désir de cueillir ses premiers lauriers. 11 tomba sur les Crétois, placés près d’ Amourgelai, et les dispersa; puis il entra dans l’éparchie de Mylopotamos, entre Rhethymnon et Megalokastro, et poussa les chrétiens devant lui comme des troupeaux qui s'enfuient.
Cinq cents personnes, pour la plupart des femmes et des enfants du village de Melidoni, se réfugièrent dans la grotte de stalactites située au nord-est de l’endroit, et consacrée, dans l’antiquité, à Hermès de Talaios, où elles furent brûlées ou étouffées. Tous les corps de troupes crétoises se débandèrent alors; les ennemis inondèrent toutes les provinces de l’ouest; douze ans plus tard, les voyageurs reconnaissaient encore les terribles traces de la dévastation que les Turcs avaient portée dans toutes ces contrées. Les combattants , dispersés dans toutes les directions, se tenaient cachés, pendant l’hiver de 1823-24, dans les recoins les plus éloignés des montagnes, beuucoup d’entre eux se réfugièrent dans les lies de l’Archipel. L’insurrection avait reçu le coup de grâce.
Au printemps arriva" Housseïn-Bey , homme sauvage et • muiiim. brutal, destiné à succéder à Hassan. 11 parcourut le pays en le dévastant par le fer et le feu, et invita les Sphakiens ii se soumettre. Le consul autrichien, Dorkalis, prêta sou
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appui à ces exhortations. Tous les capitaines étaient découragés. L'harmoste, traqué de tous les côtés, menacé d'être trahi par les Sphakicns, s’enfuit dans le port de
♦ is avril. Loutro, et réussit à s’échapper*. Quant aux capitaines
sphakiens qui s’étaient soumis, Housseïn leur prépara un sort qu’ils avaient bien mérité; il les jeta dans les sombres cachots de Chania. Roussos fut aussi du nombre.
La conquête de Hle de Crète était achevée. Pour l’assurer dès lors d’une manière durable, il ne fallut plus que la soumission de l’ile de Kassos, dont les habitants, marins habiles, inquiétaient le littoral étendu de l’île de Crète, comme les Psariotes le faisaient sur les côtes de l’Anatolie. Souvent ils avaient assisté les assiégeants de Chania et de Rhethymnon, en bloquant ces villes du côté de la mer, et ils pouvaient encore dorénavant tendre la main aux bandes des révoltés dans les montagnes. L’es-
♦ En mai. cadre récemment* renforcée d’Ismaël-Gibraltar se trans-
porta deux fois devant Kassos, sans avoir, en apparence, de projets sérieux sur cette île, et sans résultat aucun. Lorsqu'elle s’y présenta pour la troisième fois, elle ou^ vrit, pendant deux jours, un feu violent contre la ville,
♦ i8 juin, et, dans la soirée du second jour*, Housseïn-Bey, tout en
occupant les Kassiens sur un endroit tout à fait opposé, jeta vingt-quatre chaloupes sur la côte située en face de l’île de Crète, et d’un accès difficile, où sept hommes seulement faisaient la garde d’une manière négligente. Les troupes, débarquées dans cet endroit, occupèrent tous les quatre villages de Plie, et forcèrent les Kassiens, placés ainsi entre deux feux, à se rendre sans même combattre; cette soumission cependant ne devait pas les sauver de l’esclavage. En vain, le capitaine Markos essaya de se maintenir avec une petite troupe dans l’ouest de File, il fut écrasé par des forces supérieures ; on le conduisit lié
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devant Housseïn; mais il brisa ses liens et renversa quelques-uns de ses gardiens, jusqu’à ce qu'il fût taillé en pièces par les nombreux soldats.
Avant et après l’hiver de 1823-24, Méhmet-Ali avait dé- Armements de ployé dans l’île de Crète une activité très-vive, récom- Morée.1® 000116 U pensée par des succès décisifs. Mais aussi, lorsqu'il eut obtenu ces avantages, la Porte lui avait déjà fait entrevoir comme prix la haute dignité qui excitait toute son ambition ; puis elle la lui avait conférée, en le chargeant du commandement en chef de l’armée qui combattait les insurgés grecs en Morée \ On voit, par un seul coup d’œil * t.i»,p.6os. jeté sur les chiffres de ses forces qui augmentaient de plus en plus par grandes masses, quelle impulsion extraordinaire cette nomination avait donnée à l’extension des projets du vice-roi, et combien il était pressé de hâter toutes les démarches nécessaires pour développer le plus rapidement possible la puissance avec laquelle il voulait commencer cette grande mission en Europe, but de tous ses désirs. Encore, en 1823, avant que la Porte lui eût fait cette proposition brillante, la force numérique de son armée ne dépassait pas, d'après Mengin, le chiffre de dixneuf mille hommes. En 1824, les seuls corps exercés d'après les règles de la tactique comptaient déjà quinze mille hommes complètement disciplinés et huit mille hommes qui apprenaient l’exercice 1 ; deux ans plus tard, on évalua* ses forces armées à quatre-vingt-dix mille hommes, qui se composaient de trente-cinq mille hommes dans nie de Crète et en Morée, de huit mille hommes dans le Kordofan, de vingt-cinq mille hommes dans le camp d'exercices près du Caire, de trois mille quatre cents hommes en garnison à
* Rapport du consul général anglais Sait, adressé à lord Strangford. MS.
1 Rapport du baron Miltitz, du mois de novembre 1826. MS.
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Alexandrie et au Caire, de seize mille hommes sur la flotte et de deux mille cinq cents hommes dans file de Chypre et dans différentes autres stations. L'exercice suivant les règles de la tactique, auquel on rompait ses troupes, avait fait des progrès continuels dans les deux années qui précédaient l'immixtion du vice-roi dans les affaires de l’Europe. Il fit habituer à la discipline beaucoup de milliers de nègres captifs, et lorsqu'il vit que ces derniers ne pouvaient pas supporter ces fatigues, il fit, par une espèce de conscription , entrer peu à peu trente mille fellahs dans ses régiments de tacticiens. La description que firent les Européens de ces troupes un peu sauvages du vice-roi ne donne pas précisément une image bien flattée de leur extérieur. Ces soldats portaient des pantoufles rouges, des guêtres de drap cousues à leurs pantalons bouffants, une veste collante ouverte en haut et sans col, un fez, une giberne et un fusil avec baïonnette; les officiers étaient habillés à la turque, mais leurs uniformes étaient de la couleur des régiments. A voir le maintien des soldats, on devinait qu'ils avaient été dressés par la force; leurs buffleteries et leurs fusils étaient mal tenus ; quand ils n’étaient pas rangés en bataille, ils mettaient leurs souliers dans leurs poches, dès qu'ils le pouvaient, et se présentaient dans toute la saleté et dans le désordre bruyant de sauvages à demi nus. Les officiers et les in structeurs avaient été pris dans le corps des mamelouks, qui, de leur côté, avaient été instruits par des officiers instructeurs français, parmi lesquels le colonel Sève était le plus remarquable. Ayant pris part à la tentative faite pour délivrer le maréchal Ney, après la seconde restauration , il avait dû quitter sa patrie, et, comme tant d’autres aventuriers français, il avait trouvé le meilleur accueil en Égypte. Dans l’accomplissement de sa tâche, il rencontra les plus
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grandes difficultés à vaincre au milieu des mamelouks. Parmi ces ennemis tenaces des mœurs étrangères, il y avait des complots continuels contre le nizam-djedid. Pendant l'été de 1824, le pacha se vit obligé de faire exécuter Ibrahim-Aga, le gouverneur de la citadelle du Caire, qui, depuis vingt ans, avait été son ami, mais qui était accusé d’avoir trempé dans une de ces conspirations. Ainsi, la vie de Sève aussi était menacée de dangers continuels; mais il sut vaincre tous ces obstacles, à force de persévérance
et de patience, ainsi que par son courage, qui imposait le respect, et par son intrépidité calme. Le vice-roi aurait voulu faire de son instructeur un bon général ; mais la loi , ne le permettait pas, tant que Sève restait chrétien. Méhinet-Ali profita de ce que, comme Français, il était exempt de préjugés, pour le déterminer à changer de religion.
« La cérémonie, lui dit-il, en souriant, à l’oreille, se ferait entre eux deux. * Souléiman-Bey , tel était le nouveau nom du colonel, buvait dès lors son vin en secret; mais il organisa son harem publiquement; il rougissait de sa nouvelle position devant ses compatriotes, mais il était un serviteur fidèle des musulmans. Ibrahim-Pacha, le général en chef , qui , lui aussi , s’était , depuis longtemps , exercé au métier des armes, reçut de cette manière un général capable pour l'armée destinée à se rendre dans la Morée, de même que la flotte égyptienne possédait un excellent instructeur dans la personne du Français Letellier. Un mouvement extraordinaire régna alors, depuis le printemps de 1824, dans les arsenaux du Caire, où l'on faisait les armements nécessaires pour cette armée. Les commencements n'en furent pas accompagnés de signes de bon augure. Un terrible incendie et une explosion des poudres dans la citadelle du Caire * détruisirent, au grand préjudice du satrape, d’énormes quantités de munitions et
* 22 mars 182'..
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• de provisions, et coûtèrent la vie à des milliers d’ouvriers, de soldats et de bourgeois de la ville. Mais eet événement funeste n’arréta pas un seul instant le progrès de ces armements. Le paisible port de commerce d’Alexandrie se transforma en de vastes docks pour la marine militaire ; des masses de troupes, attendant leur embarquement, s'y aggloméraient dans les alentours, et, pendant des mois entiers , le pacha interdit l'exportation de marchandises, afin de forcer les navires francs qui se trouvaient dans le port à lui prêter leurs services pour le transport de ses troupes, services qu’il offrait de rémunérer par de grosses sommes d’argent. La flotte qui s’y réunit, pendant le cours de l’été, était composée de cinquante-quatre vaisseaux de guerre; pour le transport des troupes et des munitions , on avait nolisé environ quatre cents bâtiments, parmi lesquels quatre-vingt-six navires marchands d’Europe. Les forces de terre consistaient en douar mille tacticiens, deux mille Albanais, deux mille cavaliers, sept eents artilleurs et hommes du corps du génie, comme en un parc d artillerie de cent cinquante pièces de campagne et de siège. Le vice-roi les expédia comme si elles allaient , s'amuser à faire une petite campagne pour s’exercer. l)rovetti, qui, avec tant d’habileté, avait aidé Méhmet-Ali à élever l’édifice de sa puissance, et qui, avec la flatterie d’un courtisan, avait fait miroiter devant ses yeux le rôle d'un Bonaparte de l'Orient, lui représentait la réduction de la Mofée comme l’aft’aire de quatre mois tout au plus, et le vice-roi lui-même . en répétant cette opinion devant le consul anglais, Sait, dit que c’était là sa propre conviction.
:iniie a* Pan. Le gouvernement grec observait avec crainte et en tremblant, mais, pour ainsi dire, les mains liées, ces redoutables préparatifs de guerre , au développement des-
rGtX
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quels, à l’intérieur comme à l’extérieur, des Européens prêtaient leur assistance , et qui étaient accompagnés d’autres armements plus formidables encore quon faisait à Constantinople pour la marine. Il ne pouvait pas payer de solde aux marins de sa flotte, et cependant, à aucun autre moment, elle n’aurait dû, avec plus de promptitude et de force, être prête à arrêter, dans leurs premiers mouvements, les Turcs et les Egyptiens qui étaient alors encore séparés. Les matelots, ne recevant pas de solde, restaient aux îles dans l’inaction et la paresse; les primats, épuisés, se tenaient sur la réserve dans l’attente d’avances qu'ils voulaient que le gouvernement leur fit à l’aide de l’emprunt; le gouvernement, souffrant le supplice de Tantale, savait que les trésors qui pouvaient sauver la Grèce, les quatre-vingt mille livres sterling, étaient sous séquestre à Zante sans qu’il pût les toucher. Ce fut dans cette situation pénible qu'il publia à Lerna le fameux décret * par lequel il autorisa ses croiseurs à détruire tous * les navires européens servant de vaisseaux de transport aux Turcs : acte précipité et désespéré, qui n’avait pu être inspiré aux Grecs que par la position funeste dans laquelle ils se trouvaient exposés, sans défense, aux coups de deux expéditions maritimes d’une force écrasante et dont on ne pouvait méconnaître la destination fatale. Le \ice-roi avait commencé ses opérations par la réduction complète de l’ile de Crète afin de se couvrir les derrières : son premier but fut ensuite de s'assurer, aussi complètement qu’il avait conquis T île, les communications entre l’Egypte et la Morée Ces communications ne pouvaient pas être appelées libres et ouvertes tant que la marine grecque restait dans toute sa force et qu’elle maintenait la réputation de sa supériorité qui inspirait la terreur. On résolut doue de dompter, dans cette campagne, Samos et
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les trois îles qui avaient l’hégémonie sur mer, par les forces combinées des Turcs et des Egyptiens, et de faire précéder le débarquement en Morée par ce prélude. Dans ce but, la flotte turque, plus forte qu'elle n'avait jamais encore été, s’était mise en mouvement, sous les ordres de Chosrew-Pacha* et avait fait son apparition devant Psara*' dès que les Egyptiens eurent pris l'ile de Kassos. La petite île de Psara était défendue par cent cinquante canons dressés dans de nombreuses fortifications le long du littoral et sur les murs de la ville ; sa population , auparavant trèspeu nombreuse, avait été augmentée alors par des masses de réfugiés de Kydonia et par une troupe de mercenaires macédoniens , de manière à atteindre le chiffre de trente mille âmes. Un si grand nombre d’hommes, faibles et incapables de se défendre , rendait difficile et dangereux tout combat à terre; néanmoins, contre l’avis plus prudent de Kanaris, les primats résolurent de se borner à la défense de l'ile. Ils mouillèrent leurs navires dans le port et en enlevèrent même les gouvernails, parce que les Macédoniens avaient demandé cette garantie pour être sûrs de ne pas être cîélaissés et sacrifiés. Avec une imprévoyance pareille et à peine croyable, les Psariotes se dépouillèrent des meilleures forces et des plus grandes ressources qu’ils possédassent pour toutes les vicissitudes de la bonne et de la mauvaise fortune , se privant en même temps du seul moyen qui leur restât pour réveiller leurs frères d’Hydra et de Spetzia de leur inaction. L’impatience pleine de désespoir du gouvernement grec , qui , depuis longtemps, avait vu le malheur s’approcher d’une manière menaçante, arriva à son comble à ce grand moment décisif, où il s’agissait de sauver une de ces îles qui s’étaient mises au premier rang des combattants, et de conserver une partie précieuse de la flotte, sa vaillante avant-garde au nord.
F.N 1824 et 1825.
Délaissée et abandonnée comme elle l’était, file des Psariotes subit le même sort terrible que celui qui avait frappé l’ile de Kassos et dans des circonstances presque pareilles.
Les Turcs occupèrent* les défenseurs de la ville par une • terrible canonnade qui durait le jour et la nuit ; quatre heures après le lever du soleil, cachés par la fumée de la canonnade, cinq cents hommes débarquèrent sur la pointe nord-ouest de l'ile pour y enlever un retranchement, pendant qu’une autre troupe de débarquement prit d’assaut une autre position près de Phtelion ; les deux corps de troupes se montrèrent ensuite tout d'un coup sur les hauteurs qui dominent les derrières de la ville. Leur seule apparition jeta l’épouvante dans les troupes des réfugiés qui eurent à subir une seconde fois toute la terreur du sort qui les avait déjà accablés. Entraînant les gens armés avec eux, ils se précipitèrent de la ville sur le rivage et dans les navires ; beaucoup d’entre eux sombrèrent avec les barques surchargées; la plupart tombèrent, avec les navires, entre les mains des Turcs. Dix-neuf bricks s’échappèrent seuls de toute la flotte des Psariotes ; cent navires furent pris et brûlés, à l’exception de ceux qui étaient les plus propres au service. Les troupes de débarquement turques avaient pénétré de la côte dans la ville, dont les batteries avaient pu prendre à revers celles qui avaient débarqué les premières ; les Turcs firent un horrible carnage dans la population, puis ils incendièrent la ville après l’avoir pillée.
Le fort seul fut défendu, pendant deux jours et deux nuits, contre toutes les attaques des Turcs, par une vaillante garnison, dans laquelle il y avait six cents Magnésiens. Le troisième jour *, lorsque le kapoudan-pacha força toutes • 4 j«uw. ses troupes à faire l'assaut du fort, ces héros grecs, réduits au tiers de leur nombre, épuisés, privés d'eau et sans espoir de se voir débloqués, prirent la résolution de sacri-
LA GUERRE
fier glorieusement leur vie : ils se préparèrent à la mort en célébrant le service divin, puis, lorsque les Turcs livrèrent un nouvel assaut, ils jetèrent des torches dans les poudrières, line explosion terrible ébranla toute Tîle et ensevelit, à l'exception de deux hommes, toute la garnison et deux mille des assaillants turcs sous les ruines du fort et du couvent qui se trouvait dans son enceinte. De sept mille cinq cents habitants psariotes, trois mille cinq cents purent seuls se sauver ; si la proportion était la meme entre les étrangers qui s'étaient réfugiés dans l'ile, il y en eut peut-être dix-sept mille qui furent tués ou faits prisonniers; ceux qui avaient pu s'échapper remplirent, dans un état de misère affreuse, les plages de Syra, d Êgine et du Pirée.
Les Turcs des côtes de l’Asie-Mineure commençaient à respirer , lorsqu’on traîna sur leurs marchés , comme prisonniers , ceux qui les avaient tourmentés jusqu’alors; de tous les côtés , les habitants affluèrent vers les côtes • pour prendre part aux actes de vengeance auxquels la flotte turque, croyait-on, irait dès lors se livrer encore contre les insolents insulaires. En effet, tout le monde s'attendait à une attaque immédiate contre Samos, qui, à ce moment, aurait infailliblement succombé à la première terreur panique. Mais le « dominateur des mers, » le kapoudan-pacha , trouva plus commode et plus agréable de célébrer sa victoire de Psara en s'abandonnant, pendant le mois du beiram , à l'oisiveté dans l’ile de Lesbos. Pendant ce temps, les navires psariotes, qui avaient pu s’échapper et sur lesquels Kanaris et Apostolis s’étaient jmiiet. sauvés, portèrent à Hydra et à Spetzia* la nouvelle du sort terrible dont Psara avait été victime. L'apathie énervante, produite par les succès de l’année précédente, en reçut un choc terrible mais salutaire. Le soin de leur propre conser-
en 1824 et 1825. 55
vation l'emporta dans les insulaires sur leur égoïsme et leur insouciance. Miaoulis mit aussitôt à la voile*, espérant pouvoir sauver encore le fort de Psara; Sachtouris se rendit dans file de Samos pour l’encourager à la résistance, Heureusement, l’auxiliaire anglais, bien qu’il fut encore toujours emprisonné dans T île de Zante , encouragea alors les habitants de Samos, par la seule perspective du secours qu'il pourrait prêter à leur cause; la nouvelle, que le gouvernement avait destiné une partie de l'emprunt, la somme de 90,000 distiles (piastres d’Espagne) à l'armement d’une flotte auxiliaire, contribua beaucoup à donner la victoire à l’opinion du plus hardi d'entre les partis samiens qui était décidé à résister à une attaque des Turcs. Tranquillisé à ce sujet, Sachtouris remit à la voile» afin de rejoindre Miaoulis qui était déjà arrivé devant Psara*, où il avait surpris vingt-sept vaisseaux turcs mouillés dans le port. Un certain nombre de marins, qu’il avait jetés dans Pile* s’étaient emparés des ruines de la ville et avaient chassé devant eux la garnison que les Ottomans y avaient laissée; lorsque le9 Turcs se furent réfugiés sur leurs vaisseaux qu'ils essayèrent de sauver par la fuite , les Grecs les poursuivirent aussi sur mer» et, uprès que l'escadre de
Sachtouris, qui, attirée par la canonnade, s’approchait,
eut opéré sa jonction avec les vaisseaux de Miaoulis , la ruine de la flottille ottomane fut complète. Après avoir appris ce désastre; le kapoudan-pacha revint avec toute sa flotte \ et quand , rien que par ses forces supérieures, il eut effrayé les Grecs qui désertèrent et se retirèrent à Hydra, il se trouva assez de courage pour procéder à l'attaque contre Samos. Sachtouris l'attendait, avec l'avant-garde de la flotte grecque*, dans le détroit qu'il faut nécessairement posséder pour pouvoir débarquer dans T île de Samos.’ Une petite flottille turque, conduisant quarante aakolè vas
* 6 juillet.
* 15jnillet.
19 juillet.
Commencement
d’aoüt.
et chaloupes qui- transportaient des troupes de débarque-
• h août, ment d’Asie; fut dispersée * par le vice-amiral grec ; les
sakolèves furent coulées. Pendant les deux journées suivantes, Chosrew conduisit, à deux reprises, ses vaisseaux de guerre contre Sachtouris qui le reçut avec ses vaisseaux à l'ancre et qui, par ses brûlots, le força deux fois à la retraite. Même une troisième tentative, faite par les
• i6 août. Turcs pour forcer*, avec quarante-deux vaisseaux, le pas-
sage du détroit, fut déjouée de la même manière, après que Kanaris seul, quatre autres brûlots ayant refusé d'attaquer des forces aussi supérieures, eut conduit le sien
• n août, contre les Osmanlis. Un jour plus tard* eut lieu le combat
décisif. Chosrew fit doubler le cap Trogilion par une frégate et une corvette, afin d’attaquer l’aile droite des Grecs, tandis que l’escadre principale devait venir de l'autre côté et s'avancer vers l'aile gauche de la flotte grecque, en passant entre le promontoire à l’est de l lle (Kolones) et le * port de Hagia-Marina. Kanaris allait avoir encore les honneurs de la journée. Après que les hommes de l’équipage d’un autre brûlot, destiné a attaquer la frégate principale des ennemis , eurent forcé leur vaillant chef Tsapelis à quitter le brûlot avec eux, Kanaris porta l’épouvante parmi les matelots de la frégate; il l’atteignit dans sa fuite vers les côtes d’Asie et la fit sauter. Dans leur première consternation, les Turcs cessèrent le combat ; ce ne fut que l’après-midi qu’ils le rouvrirent en bombardant la citadelle. Mais alors les brûlots avaient repris courage ; les Grecs incendièrent encore un brick tunisien et une corvette tripolitaine, et surent maintenir leur position sans avoir perdu plus de trois hommes sur leurs brûlots. Samos, cette île toujours heureuse, était sauvée encore une fois. Les secours d'argent, fournis par les philhellènes et qu’on avait alors fini par liquider, avaient rendu de grands
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en 1824 ET 1825.
services dans cette occasion. Le gouvernement grec, souvent accusé d’avoir mal employé ces ressources, avait eu bien raison d'en appliquer une grande partie en première ligne à la flotte , cette force mobile dont les succès, plus que tous les autres, devaient toujours protiter à toute la Grèce.
La flotte turque avait perdu le goût de ces tentatives contre les lies; elle se retira à l'ile de Kos et à Halicarnasse (Boudroun). Mais sa retraite était le présage d’un danger plus menaçant pour les Grecs : elle avait pour but sa jonction avec la flotte égyptienne. Cette dernière s’était rendue, sous le commandement d’Ibrahim-Paeha, d’Alexandrie * sur les côtes de l’Asie-Mineure, avec le nombre de vaisseaux indiqué plus haut et en emmenant toutes les forces de terre destinées pour la Morée ; elle s’était arrêtée, pendant quelques jours, dans le port de Makri sur la côte de la Caramanie; puis, après être partie de là*, elle avait été assaillie, près de Rarpathos, par les vents étésiens qui l’avaient repoussée vers l'ile de Rhodes, d’où elle put enfin, renseignée sur la position du kapoudan-pacha, rejoindre les Turcs à Boudroun '. Les flottes ainsi combinées comptaient : un vaisseau de ligne, vingt-cinq frégates, vingtcinq corvettes et presque cinquante bricks et goélettes, sans compter les vaisseaux de guerre plus petits et la grande masse des bâtiments de transport. Les Grecs avaient mouillé près de l’ile de Patmos. Leur flotte s’était renforcée jusqu’à compter soixante-dix voiles et peut-être huit cents canons; c’était avec ces ressources qu’elle allait faire face à des forces d’tfnviron cinquante mille marins et troupes de débarquement avec deux mille cinq cents canons, forces qui se préparaient à partir pour se rendre en Morée. Miaoulis, partant de Patmos’, se fit précéder d'une avant-garde de dix-huit vaisseaux et de six brûlots
Les flottes combinées de UTurqoio et de l’Egypte.
4 tO jniflct.
4 10 août.
• I" septembre.
• b septembre.
LA GUERRE
qu'il suivit, à une faible distance, avec l'escadre principale La flotte ennemie se rangea en bataille entre Ros et Boudroun ; mais on n'en vint pas à un combat proprement dit. Les deux parties paraissaient se redouter mutuellement; les Turcs semblaient craindre la supériorité virtuelle des Grecs et ceux-ci les forces matérielles bien plus grandes de leurs ennemis. Ibrahim se sentait mal à l'aise , sur mer; Ismaël-Gibraltar, qui avait beaucoup voyagé en
Europe, mais qui était néanmoins resté musulman jusqu'au fond de l’ème, ne justifia pas la réputation de bon marin dont il avait joui ; quant aux Grecs, ils étaient trop faibles pour entreprendre une vigoureuse attaque. On dirigea un ' brûlot contre la frégate d'ibrahim, mais sans obtenir de résultat; le vaisseau-amiral du kapoudan-pacha se retira à Boudroun, après que son grand mât eut été cassé ; Ismaël- Gibraltar passa, à deux reprises, avec sa frégate, le long de la ligne des Grecs, mais hors de la portée de leurs petits canons ; il n’y eut pas la moindre énergie dans tous ces mouvements qui n'eurent aucun succès ; en outre, les opérations furent dérangées par un vent violent qui, jètant la confusion dans les deux flottes, poussait les vaisseaux amis les uns contre les autres et en endommageait ainsi un grand nombre. Les Grecs se retirèrent à Geronda (Panormos, le port de l'antique sanctuaire des Branchides dans le territoire de Milet). Mais les Turcs, pénétrés de la nécessité de porter un grand coup à la flotte grecque, avant d'oser partir pour la Morée avec leur lourd convoi de vaisseaux de transport, résolurent d'attaquer de nomveau les ennemis avec tous les'vaisseaux capables de tenir • 10 septembre, la mer et se dirigèrent* contre les Grecs, avec quatrevingt-sept voiles déployées sur une seule ligne qui s'étendait depuis Lero jusqu'à Kalymno. Cette fois-ci encore, la lutte ne fut que peu sérieuse et se prolongea jusqu'à midi ; un brûlot psariote dut être abandonné après qu'un
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boulet lui eut fracassé le mât de misaine ; trois autres se consumèrent inutilement en attaquant un brick égyptien qui échappa au danger, grâce à la direction habile de marins européens. Déjà les Grecs se retiraient découragés et leur arrière-garde sous Miaoulis était en danger d’être coupée par l'ennemi qui la poursuivait, lorsque Pappantonis d’Hydra et un second brûlot, qui suivit son exemple, réussirent à s’accrocher sur les deux flancs de la frégate de l’amiral tunisien. L'explosion de ce vaisseau termina le combat sans résultat décisif, combat dans lequel, à l’exception des capitaines de leurs brûlots, les Grecs ne s’é- — taient distingués ni par leur discipline, ni par leur résolution. Par bonheur pour eux, l’union n'était pas trop grande non plus parmi leurs ennemis, la coopération entre les Byzantins et les Africains n’était pas bien sincère et Chosrew n’avait pas fait preuve d'un très* grand zèle à l'égard d’Ibrabim-Pacha, fils de Méhmet-Ali*, son ancien rival. Le *cf.T.i-,P. 59. fier Egyptien était d'une mauvaise humeur extrême en voyant échouer les opérations sur mer. La résistance des Grecs n’avait pas seulement déjà déjoué les projets contre les îles, mais elle avait aussi rendu impossible une campagne de terre pendant cette année, quand bien même on réus-^ sirait à se transporter encore dans le Péloponèse. Le pacha préféra donc employer les dernières semaines de l’automne à faire une nouvelle attaque contre Samos. Mais avant qu'on eût fait une tentative sérieuse pour s’y rendre, une tempête dispersa* les deux flottes dont la position se * il i>eptembr*. trouva ainsi toute modifiée, les vaisseaux ne pouvant plus opérer ensemble. Les amiraux turcs, chassés par les gros temps vers le nord, se réunirent près de Mitylène, d'où le kapoud an-pacha, abandonnant une partie de sa flotte à l’amiral égyptien, retourna aux Dardanelles; les Grecs se rassemblèrent dans les eaux de Psara et de Chios où, par un motif qu'on ne s’explique pas, les Psariotes sous Apos-
60 LA GL'ERRF.
tolis se séparèrent de Miaoulis; quant à Ibrahim, renonçant à ses projets contre Samos, il se retira à Halicarnasse. Pendant ce trajet, il rencontra les vaisseaux enne- • e octobie. mis près de Karabournou * ; mais, favorisé par lèvent du sud, il leur échappa et se rendit à Mitylène. Poursuivi par les Grecs, il accepta le combat pendant la nuit ; deux brûlots lui firent sauter un brick égyptien, et Nikodemos, le Psariote, qui, restant, comme Kanaris, fidèle à la cause de la patrie commune, n’avait pas suivi Apostôlis, détruisit une corvette tunisienne. Cependant ce jour-là, comme dans d’autres occasions déjà, on avait sacrifié inutilement plusieurs brûlots, de sorte que les Grecs n'en eurent plus qu’un seul lorsqu’ils partirent pour Sariios. A ce moment où, après la séparation des deux flottes ennemies, les Grecs auraient pu s'attendre à de plus grands succès, leurs équipages, suivant leur fâcheuse coutume, commencèrent à déserter les navires, de sorte que l’escadre de Miaoulis fut bientôt réduite à vingt-cinq voiles. L’amiral grec se vit » si octobre, forcé à laisser passer* devant lui, sans la molester, la flotte égyptienne qui se rendait à Boudroun où Ibrahim fit ■ s novembre, embarquer* son armée, ravagée par les épidémies et par les mauvais temps, pour qu’elle passât l’hiver dans l’ile de Crète et qu elle s’y remit de ses fatigues. Informé de ce départ par des Kassiens transfuges, Miaoulis mit aussitôt à la voile, afin de poursuivre le pacha. A vingt lieues seuleii noTembrr. ment de Megalokastro, il atteignit* la flotte ennemie dont Ibrahim lui-même commandait l’arrière-garde. Un calme complet arrêta, pendant cette journée, toute entreprise, et u novembre, le lendemain * matin, les Égyptiens avaient disparu de bonne heure à la faveur d’une forte brise du nord; mais lorsque ensuite le vent eut sauté, les Grecs les atteignirent de nouveau et, après quelques heures, ils réussirent à gagner le dessus du vent aux ennemis. Alors Miaoulis, avec
vingt voiles, se jeta sur une frégate formant l'avant-garde avec des vaisseaux de guerre et de transport plus petits, et, bien que deux attaques faites par les vaillants chefs du brûlot Vokos et Rhobotsis, restassent sans résultat, les Égyptiens en furent néanmoins tellement effrayés que beaucoup de gens de la frégate sautèrent à l’eau et que les bricks et les bâtiments de transport descendirent leurs chaloupes pour se faire remorquer par elles. Dans l’aprèsmidi, Ibrahim s’avança avec ses frégates, afin de couvrir les vaisseaux de transport; mais, bien que les Grecs ne pussent remporter aucun avantage sur lui non plus, il était cependant, lui aussi, en proie à une confusion et à une épouvante tellement grandes que, passant entre les îles de Crète et de Kassos, il abandonna les vaisseaux de transport à leur sort. Plusieurs de ces navires tombèrent * entre les mains des Grecs ; un certain nombre parvint jusqu’à l’ile de Crète, d’autres se réfugièrent à Alexandrie, tandis que quelques autres rallièrent Ibrahim qui était retourné aux lies de Karpathos et de Rhodes et à la baie de Marmari (Marmoritsa). Les maladies, les désertions et la disette forcèrent ensuite le pacha à se retirer encore une fois à file de Crète, après que, pour son bonheur, les Grecs maltraités par les combats, les vents et les mauvais temps, furent rentrés dans leurs foyers. L'armée d’ibrahim était diminuée d’un tiers lorsqu’il l'embarqua * afin de lui faire prendre les quartiers d'hiver à Souda. La superbe armada égyptienne avait complètement échoué dans sa première expédition après avoir perdu deux frégates, deux corvettes, deux bricks et cinquante bâtiments plus petits ; elle n'avait pas même aperçu la Morée qu'elle avait dû subjuguer en quatre mois et, après une campagne de six mois, elle avait été forcée à se rejeter sur l'ile de Crète ! La flotte grecque n’avait peut-être jamais accompli des faits
H novembre.
* 3 ilécero re.
LA GUERRE
d’armes moins brillants et jamais elle n’avait subi des pertes plus grandes que dans cette année ; néanmoins, quand on considère l’immense supériorité de l’ennemi et l'affaiblissement de leur Hotte, par suite du départ de l'escadre psariote, il faut avouer que leurs efforts n’avaient jamais été plus dignes de louanges et leurs succès plus importants. Néanmoins, leur ancienne fortune semblait être arrivée alors à un point culminant entouré de tous les côtés de dangers menaçants. Dans les rencontres de cette année, les Grecs avaient, plus que jamais, hésité à entrer en lutte ouverte avec leurs petits bricks marchands contre les lignes imposantes des vaisseaux de leurs ennemis ; leur hardiesse habituelle avait assez souveut fait défaut même aux capitaines des brûlots, depuis qu’ils se furent aperçus de la ineille ire direction donnée aux vaisseaux ennemis par des marins européens ainsi que de la défense plus efficace que leur opposaient les Africains qui allaient alors presque toujours à la rencontre de leurs brûlots dans des chaloupes basses; il n’y eut pas moins de vingt-deux de ces instruments de guerre d'un grand prix que les Grecs perdirent dans cette campagne de cinq mois, et encore la plupart avaient été sacrifiés inutilement. Ils avaient commencé à perdre le prestige de terreur qui les avait fait paraître si redoutables, et les Grecs ne pouvaient espérer trouver de sitôt une autre arme qui les remplaçât.
Les luttes daus Les matelots grecs et les sequins des philhellènes avaient
la (irèoe coati- ® * r .
atntiie. servi à balayer la mer, à en chasser les Egyptiens et à ob-
tenir, en même temps, que pendant la quatrième année de la guerre (1824) les Grecs pussent jouir d’une situation re- • lativement aussi paisible que dans l’année précédente. En effet, tout ce qu'on fit, pendant le cours de cet été, au nord des provinces insurgées ne vaut guère la peine d'être mentionné. D’après le plan des opérations militaires des Turcs, .
en 1824 et 1825.
le pacha de Skodra avait dû envahir l’Heltade occidental)) et prendre Missolonghi, pendant qu’Omer-Vrione, en traversant le Pinde, aurait conduit dix mille Albanais dans la Grèce orientale, etqueDervisch-Paeha, le nouveau roumilivalessi, s’y serait rendu en même temps en venant de Théssalie. Ensuite, Youssouf-Pacha avait dû renforcer à Patras la flotte par dix mille janissaires, afin que le général en chef égyptien, en débarquant sur les côtes du Péloponèse, y trouvât des forces turques respectables pour opérer conjointement avec lui. Mais les difl'érents chefs militaires durent croire que tous ces plans étaient fondés sur la supposition de l’arrivée des Égyptiens, et, cette impulsion faisant défaut, tous ces projets s'évanouirent complètement. Dervisoh-Pacha parvint jusqu’il Lianokladi * d’où il expédia • Fin juin, à Salona sept mille hommes sous le commandement de Perkophtali, pendant qu’Omer-Pacha, en venant de Karvsto, devait envahir l’Attique. Panourgias attendait Dervisch- Pacha à l’abri de dix retranchements, qu’il avait élevés sur la frontière phocéenne, près d’Ampliani, à une lieue de Gravia, tandis que Gouras s'apprêtait à recevoir Omer- Pacha sur une hauteur dans le voisinage de .Marathon.
Dans leurs tentatives faites pour forcer oes passages, les Turcs furent repoussés sur les deux points ‘ ; Umer se re- • Jaiiut. tira en Eubée, et Dervisch-Pacha, harcelé par les insurgés et atl'aibli par des désertions dans ses troupes, leva eu automne* le camp de Gravia et rebroussa chemin en fran- • u .«-tobr*. chissant le Sperchios. Le pacha de Skodra n'avait pas quitté sa position, de même que la coopération d’Omer- Vrione à l’est avait complètement fait défaut. Pressé par la ' Porte, ce dernier fit enfin irruption dans l’Acarnanie et campa près de Karvasara; en face de lui, à Ligovitsi, se trouvait Mavrokordatos' qui, malgré ses rapports pom- • auai. peux dans la Chronique grecque, restait dans la même
LA GUERHE
Guerre cirile entre les primats.
inaction expectante que son adversaire. On n’avait pas vu arriver de renforts à Patras; en automne, la ville pouvait être de nouveau investie du côté de la terre et le blocus du golfe de Corinthe pouvait être notifié. Jamais on n’avait encore vu les Turcs aussi inactifs et aussi peu disposés à faire la guerre. L'épuisement de la Porte se trahissait de toutes les façons. Il était évident que si le secours des Égyptiens, cette dernière ancre de salut pour la Porte, allait lui faire encore défaut, les propres forces des révoltés leur auraient suffi pour se maintenir contre les forces desOsmanlis. Rien n’eût été plus facile à ce moment, où l’expédition des Égyptiens avait été rendue impossible pour cette annéelà, que de prendre les places fortes du Péloponèse et de chasser les Turcs complètement de la péninsule, afin d'être mieux protégé contre un débarquement futur. Mais rien de tout cela ne put être fait par suite de l’état fâcheux des affaires à l'intérieur et à cause de la guerre civile qui venait encore d'éclater, nouveau résultat de l’inaction des armées et de l’absence de danger qui aurait pu menacer le Péloponèse du dehors.
Par l'installation du dernier gouvernement grec*, il s’était produit une grande modification dans la nature des anciens partis. Sorti de la lutte entre les partis civil et militaire et Consolidé par la victoire remportée par les amis de l’ordre, le gouvernement de Kontouriotis reposait peutêtre plutôt sur la base d'un parti provincial que d'un parti formé par une certaine classe d'hommes. L'issue de la dernière guerre civile avait été plutôt une défaite de l’influence des Péloponésiens en général et une victoire remportée par les intérêts des îles et de la Grèce continentale. Cette victoire paraissait être consolidée d’une manière inébranlable. Le président Georgios Kontouriotis s’appuyait sur tout ce qui pouvait augmenter et rehausser l'autorité du
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chef d’un gouvernement républicain : un bonheur commercial sans exemple qui avait fait de sa maison une des plus riches de la Grèce; sa famille d’une réputation d’honneur qu’entretenait surtout le caractère irréprochable du frère aîné, Lazaros, homme exempt de toute ambition politique; l'importance d’Hvdra, sa patrie, et celle de ses vaillants marins, et enfin le succès que son gouvernement avait eu jusqu'alors dans le département de la guerre et des finances. Parmi ses collègues dans le gouvernement, il n’y avait d’une importance réelle que son compatriote Botassis de Spelzia, insulaire comme lui, et, parmi les autres, le seul Ioannis Kolettis ; ce dernier était corps et âme Rouméliote. Il était né de parents vainques à Metsovo sur le Pinde où nous l’avons rencontré pour la première fois* : ayant étudié la médecine à Padoue, il était devenu le médecin particulier d’ Ali-Pacha et s’était mis en rapports de toute nature avec les Albanais et les capitaines de la Grèce continentale. Quoiqu'il fut homme instruit et bien élevé, qu'il connût bien les langues étrangères et qu'il dominât tout son entourage par son intelligence et son habileté, il n'avait pourtant pas pour cela adopté les habitudes européennes au même degré que Mavrokordatos ; d'une taille imposante, il la faisait valoir dans le costume des palikares et en imitant le maintien de ces hommes avec lesquels il savait vivre en très-bonne intelligence, et ce fut surtout par son influence médiatrice que les capitaines du nord, tels que Gouras, le Souliôte Nassos Photomaras et même un Moréote tel que Makriyannis, furent retenus dans le parti du gouvernement. Dans la très-grande influence que Kolettis exerçait sur Kontouriotis, il n'avait de rival que Mavrokordatos qui, déjà à cette époque où il se trouvait dans l'Hellade occidentale, luttait contre sa prépondérance, mais beaucoup plus encore lorsqu'il fut rappelé plus
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blessés. Les primats civils de la péninsule partageaient ce sentiment de jalousie, comme, du reste, la prépondérance de l’influence des insulaires et des Roumôliotes dans le gouvernement n’indisposait pas moins les archontes que les chefs militaires. Les plus puissants parmi les archontes,
«les deux Andréas, » mus par un sentiment de jalousie à l’égard des insulaires, avaient laissé échapper à si bon compte leur adversaire Kolokotronis, déjà vers la fin de la dernière guerre civile, comme nous l’avons vu plus haut * ; * t. i-, p. m. la mauvaise humeur que le gouvernement leur en avait montrée n’avait fait qu’exciter davantage le mécontentement de ces hommes à son égard ; le vieux Kolokotronis, guettant dans sa retraite de Karytaina tout ce que faisait le pouvoir, voyait avec plaisir avec quel aveuglement on amenait ses anciens ennemis dans ses bras. Parmi ceux-ci,
Andréas Zaïmis, fils d’Asimakis, homme très-respecté, aurait dû être, d’après tout son caractère, entièrement du côté du gouvernement; il possédait l’art de bien parler et était doué d’un esprit souple, bien qu’il ne fût pas instruit; ses sentiments pacifiques, sa douceur vis-à-vis des indigents, sa modération à l’égard de ses ennemis et sa crainte de tout projet audacieux et chanceux devaient nécessairement lui inspirer de l’aversion pour les hommes de guerre sauvages ; bien qu’il recherchât les honneurs avec un peu ' de jactance, il était pourtant entièrement exempt de toute ambition dangereuse ; malgré son maintien plein de dignité et de fierté tout asiatiques, qui faisait qu’on le comparait quelquefois à Ibrahim-Pacha, il était pourtant d’une grande améuité, et son patriotisme avait, comme on le voyait rarement chez les autres Grecs, uu cachet tout à fait hellénique et non pas seulement local ou péloponésien.
Mais le gouvernement ne pouvait ou ne voulait s’atta-
LA GUERRE
* 13 octobre.
* 15 octobre.
* 4 novembre.
cher même un tel homme; moins encore son cousin, Andréas Lontos, qu'on disait être le bras droit deZaïmis, tandis qu’on appelait celui-ci la tête. Lontos s’était placé, comme intermédiaire, entre le parti civil et le parti militaire ; il était vaillant et ferme, mais aussi brutal, tyrannique, rapace et adonné à l’ivrognerie. Lui et le vieux Sissinis à Gastouni furent les premiers à montrer ouvertement leur hostilité à l’égard du gouvernement. Prenant comme prétexte le siège de Patras, pour lequel ils ne faisaient cependant rien du tout, ils retenaient les revenus de leurs éparchies et, lorsque la presse leur reprocha leur inaction, ils accusèrent le gouvernement de négliger la Morée et d'appliquer toutes ses ressources à la flotte dont la solde, plus que ses honneurs, excitait leur jalousie. Cependant les partis imposèrent silence à leur mécontentement, qui se répandait sourdement dans le pays, jusqu’à la réunion de la nouvelle assemblée nationale qui, après beaucoup de retards, ne fut ouverte à Nauplie qu’en automne*. Mais son premier acte, l’élection du nouveau gouvernement*, enleva aux Péloponésiens tout espoir d’un changement dans l’état des affaires. Kontouriotis, le président, et Botassis, le vice-président, Kolettis et Spiliota— kis furent réélus : seulement, à la place de Nikolaos Lontos, ou leur adjoignit un autre Moréote, Pholilas de Kalavryta. Dans cette réélection des membres du gouvernement, le parti des insulaires osa faire un usage illégal de sa prépondérance, ce qui fournit aux Péloponésiens le prétexte qu’ils cherchaient pour se révolter. Les Arcadiens, en refusant de payer les impôts, donnèrent le signal de la rupture ; lorsque le gouvernement envoya* le ministre de la guerre Dikaios, avec cinq cents hommes, pour les ramener à l’ordre, les adversaires du pouvoir abandonnèrent le blocus de Patras et battirent le ministre qu’ils mirent en
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fuite. L’assemblée législative avait essayé, pendant quelque temps, de réconcilier les deux partis ; mais, à ce moment où les chefs prirent les armes et que Photilas, le seul partisan que ceux-ci eussent dans le gouvernement, abandonna son poste*, elle se sépara avec éclat des re- **onoTembre. belles. Pour ne pas avoir toute la péninsule contre elle, l'assemblée remplaça Photilas dans le gouvernement par Konstantinos Mavromichalis, le frère de Pétrobey, et alors on déploya, vis-à-vis des rebelles, une énergie d’autant plus rigoureuse. Le gouvernement n’eut pas beaucoup de difficulté à tirer profit de l'inimitié traditionnelle entre les Rouméliotes et les Péloponésiens; Kolettis gagnaGouras et le détermina à se déclarer contre les rebelles, de même qu’il attira du côté du gouvernement les Souliotes à Salona et les Olympiens des îles de Skiathos et de Skopelos.
De cette manière, la supériorité du parti de l’ordre n’était plus douteuse. Les Kolokotronis marchèrent sur Tripolitsa, afin de l’arracher au gouvernement; Nikitas, envoyé à Koutsopodi, semblait avoir pour mission de menacer Nauplie et de couper les communications de cette ville avec Tripolitsa ; Andréas Lontos et Notaras avaient reçu l’ordre d'investir Acrocorinthe. Mais tous ces projets échouèrent.
Les gardes de Tripolitsa battirent les antartes * d’une ma- • 23 novembre, nière si décisive que Panos Kolokotronis demeura sur la place. Les troupes réunies à Koutsopodi furent dispersées par Dikaios; celles qui avaient été envoyées contre Corinthe reculèrent devant les forces de Gouras et de Karatassos jusqu'à Hagios-Georgios quelles durent ensuite évacuer*. Le gouvernement profita de ses avantages avec une * i9 <técembr*. promptitude comme on n’en avait jamais montré après des victoires remportées sur les Turcs. Ses troupes occupèrent l’Achaïe et l'Êlide ; Gouras chassa Sissinis de Gastouni ; les Souliotes de Salona, après avoir passé le
LA GUERRE
golfe de Corinthe pour se rendre à Vostitsa, repoussèrent les Zaïmis avec Lontos et Nikitas jusque dans l'Hellade occidentale ; Karytaina fut soumise par Hadschi Christos. la Messénie par Dikaios et par Makriyannis. Accablé par la mort de son fils, Kolokotronis implora l'amnistie du gouvernement; celui-ci insista sur ce que le vieux chef se présentât en personne devant lui. 11 se rendit, en effet, dans * it jMTierms. la capitale" où, pendant quelques jours, il put circuler librement ; mais dès que les frères Dclyannis, ainsi que Notarus, Grivas et d'autres chefs des rebelles furent arrivés aussi, on les transporta, au nombre de treize, dans i« juYier. l’Ile d’Hydra* pour les y faire garder, au couvent de Hagios-Elias, comme prisonniers d’État.
Chose curieuse et dans laquelle on aurait pu voir une intervention miraculeuse en faveur du gouvernement ! après cette nouvelle chute de Kolokotronis, on vit tomber aussitôt tous les capitaines notables des rebelles, même dans la Grèce continentale. Sissinis, qui avait joué, dansl'Élide, le rôle fastueux d’un pacha turc et qui, en plaisantant, avait quelquefois exprimé le désir d'obtenir la dignité de duc de Clarence (Klarenza), s’était réfugié à Zante où le peuple faillit le lapider ; expulsé par les autorités de nie, il ne lui resta plus d'autre moyen que de se présenter à Nauplie et de partager le sort des prisonniers à Hydra. Zaïmis, Lontos et Nikitas s’enfuirent dans l'Hellade occidentale et invoquèrent la protection du congrès provincial que Mavro- • i9 déc. ni*, kordatos venait de réunir * à Anatoliko, avant de se rendre à son nouveau poste, ou siège du gouvernement. Par égard pour une vieille amitié, on les accueillit, mais en leur déclarant d'une manière expresse qu'on devait toujours les considérer comme soumis au pouvoir des lois. Les hommes qu’on recevait de la sorte arrivèrent à propos pour assister au procès qu’on faisait aux capitaines les plus
en 1 824 et 1825.
importants de l’Hellade occidentale. Au congrès d’Anatoliko, on s’était répandu en plaintes amères au sujet des violences et des actes arbitraires commis par ces harpies rapaces et surtout par Makris. Pendant qu’on débattait au sujet de cette accusation dans l'église de la Panagia, l'assemblée fut effrayée par un violent tremblement de terre ; avec une grande présence d’esprit, Spyridon Trikoupis saisit l’occasion pour représenter cet événement comme la voix du Dieu irrité qui voulait délivrer les Grecs non-seulement des Turcs, mais aussi de ceux des chrétiens qui se montraient les ennemis de la tranquillité et de l’ordre. Il ébranla Pâme superstitieuse de ses auditeurs ; Makris, pôle et tremblant, fut le premier à se soumettre aux demandes qu’on lui adressait. Peu de temps après cette humiliation des chefs puissants de l’Hellade occidentale, le gouvernement fut débarrassé aussi du dictateur de l'Hellade orientale, après que son ami Negris était déjà mort" à Nauplie, • * aérernt»». où il s’était retiré méprisé de tous. Odyssevs avait dû remarquer depuis longtemps qu'il avait perdu toute son ancienne autorité sur le gouvernement, sur le peuple et sur les soldats. Lorsque, pendant l’été, il avait paru près d'Ambliani, les capitaines lui avaient fait comprendre que sa présence était superflue. Le gouvernement ne lui avait pas demandé son secours pour combattre les antarlcs. Altéré de vengeance, Odyssevs entama alors des négociations avec Orner de Karysto; malgré la promesse donnée par tous les capitaines de l’Hellade orientale, il fit sa paix avec le sultan et, pejidantque Gouras était occupé à combattre les rebelles du Péloponèse, il appela les Turcs d'Eubée dans l'Attique. Mais à la nouvelle de tous ces événements, Gouras retourna, en toute hôte, dans l’Attique’ et • ju-mar» t»«. sortit d'Athènes contre Odyssevs qui se tenait, avec six cents chrétiens et quatre cents Turcs d’abord près de Chai-