‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 20 sur 48 · A HUERRK · texte numérisé non relu

A HUERRK

posés aux mauvais temps et poursuivis par les ennemis, ils eurent à supporter des souffrances tellement atroces que tout le Peloponèse fut rempli d'horreur et d’effroi. Après une excursion à cheval inutile, entreprise pour rechercher le célèbre couvent de la Grande-Caverne (Megalospilaion), qu'il trouva situé dans un ravin escarpé, accessible seulement par un sentier étroit et gardé par les Pctmezades, 22 mai. Ibrahim entra* avec de riches provisions dans Tripolitsa, faisant cesser ainsi la terrible famine. Avec ses faibles forces, il u'osa pas avancer de lii vers l'isthme avant d’avoir couvert les derrières de son armée par la réduction • oui. du Maïna. 11 suivit* donc la route de Karytaina, pour se rendre en Messénie, où Kolokotronis essaya de lui barrer le passage. Le vieux klephte avait alors gagné à son système de guerre de partisans les Péloponésiens désespérés, qui déjà, de leur propre mouvement, avaient, à l'approche des Egyptiens, quitté leurs villes et leurs villages, pour chercher leur salut sur les hauteurs, dans les couvents fortifiés, les grottes et au milieu des rochers, dans les montagnes. Sans passer par Karytaina, Ibrahim descendit donc par la route de Nissi vers le golfe de Messénie; il dispersa une troupe de Grecs postés dans le défilé de Makryplagi, et brûla Andritsena. Suivi partout des partisans de Kolokotronis et de ses parents, qui, en rôdant autour de lui, le harcelaient et l’attaquaient, le pacha arriva enfin à Modem, où il resta un mois sans rien faire ; il somma seulement les Mavromichalis de faire leur soumission, avec la menace de dévaster le Maïna ; mais ils répondirent par un refus très-laconique. Les Magnotes, qui jusqu'alors avaient très-mal justifié leur réputation guerrière, et qui avaient encore plus mal rempli leurs devoirs envers la patrie, furent donc alors, pour la première fôis, attaqués dans leur propre pays; mais Us rendirent un nouvel éclat à leur

K N 1826 et 1827.

bravoure, qui avait commencé à pâlir. De Kalamata, le pacha mit** toutes ses forces disponibles (sept mille hommes) * 3 jniii*». en mouvement contre le Marna, tandis qu’il allait iui-méme, avec quelques vaisseaux, bombarder différentes villes suites côtes de la Laconie, afin de détourner l’attention des Magnotes du côté de la terre qui allait être menacé par lui. Vis-à-vis d Armyros et en face du chemin creux de Verga, les Égyptiens trouvèrent les Magnotes derrière leurs retranchements. Après avoir été repoussés deux fois, ils espéraient trouver les côtes plus dégarnies de défenseurs, et envoyèrent quinze cents hommes par mer à Dvron, d'où cette troupe s’avança dans la direction de Tsimova en dévastant le pays la torche à la main.

Arrivés dans leur marche jusqu’à la tour de Tsalapiana, ils furent repoussés par les Grecs, et lorsque, le lendemain*, après avoir été durement rudoyés par Ibra- • fl juillet, him, ils tentèrent encore une fois la fortune de leurs armes, ils furent mis dans un fâcheux état par la population qui accourut, par les prêtres, les femmes et les gens armés sous les ordres de Konstantinos Mavromichalis, et ils durent obligés de se retirer dans leurs navires. Le corps principal avait renouvelé, la veille, ses attaques contre la position d’Armyros; mais il dut se retirer à Kalamata, après avoir subi de grandes pertes. Kolokotronis accourut, à ce moment, avec des troupes auxiliaires; s'il était arrivé un peu plus tôt, il aurait trouvé les Égyptiens au milieu du combat, et il aurait pu les prendre entre deux feux. Le pacha retourna tout honteux à Tripolitsa, pour ravitailler encore une fois cette ville, qui était cernée de tous les côtés. Ce coup manqué releva le courage des Grecs. Kolokotronis publia de Nauplie * un appel au * 24 jniiiH. peuple, dans lequel il parla à ses compatriotes des secours envoyés par les philhellènes de France, d’Alle-

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LA GUERRE

magne et de Suisse. Pour encourager les Grecs , il tit surtout ressortir dans cet appel qu'en venant ainsi en aide à la Grèce, les autres nations avaient reconnu la justice de la cause grecque. Pour inquiéter Tripolitsa davantage dans son voisinage immédiat, il réunit de nouveau une troupe à Vervena, et poussa en avant ses corps de partisans jusque dans la plaine devant la ville, jusqu’à

• 30 juillet. Rhiza et à Machmetaga. Pendant ces jours -là*, trois

escadrons d’Arabes y tombèrent dans une embuscade, où ils furent anéantis dans l’espace d’une demi-heure. En revanche, les soldats de Tripolitsa battirent les Grecs à Alonistaina, et brûlèrent Vytina. Ibrahim lui-même saccagea l’éparchie de Hagios-Petros, et s' avança vers Astros, en dévastant par le feu tout le pays avec une vengeance barbare. Arrivé dans cet endroit, il divisa son armée en trois corps de troupes qu'il envoya par Vambakou à Mistra, à Arachova et dans la Tsakonie, afin qu’elles envahissent le Maïna à la fois par trois points différents. Cependant Nikitas, qui se distinguait surtout dans cette petite guerre, ainsi que son beau-frère Zacharopoulos, homme sensé et fils du célèbre klephte Zacharias, avait devancé le pacha et s’était déjà emparé d’Astros, en venant du côté des Moulins. Y ayant occupé le nouveau fort,

• i6 i7 août, il repoussa, pendant deux jours*, les attaques impétueuses

de treize cents Turcs. Cette division dut donc retourner à Tripolitsa sans avoir obtenu de résultat. Ibrahim lui-même cependant entra en Laconie, afin d’envahir le Maïna en passant à l’est du mont Taygète. En s'avançant par Ana- • î septembre, vryta et Stortsas , il franchit * le « mauvais défilé » du mont Taygète; mais lorsqu’il y rencontra de la résistance, • il repassa par le sommet de la montagne pour en descendre le versant orientai ; il passa la nuit dans la plaine de Machmoudbey, d’où il suivit le cours de l’Eurotas jus-

. en 1826 et 1827. 207

qu'à son embouchure; puis, en repassant par les communes des Bardouniotes, il se jeta sur l’éparchie de Maleuri, dont il réduisit en cendres toutes les villes et tous les bourgs. Mais, après y avoir trouvé une vigoureuse résistance près de Maniakova, il dut retourner dans la plaine de Passava, d’où un autre Ephialtès voulut le conduire, par le mont Taygète, à Polyaravo. Mais, comme Ibrahim avait été arrêté dans sa marche près de la tour de Desphina, les habitants de Polyaravo turent informés à temps de son expédition; ils le reçurent, à son arrivée* près de leur ville, avec deux mille hommes, et le pacha, complètement battu, dut rebrousser chemin vers Maleuri et Elos, d’où il se rendit, fort humilié, par Mistra, à Tripolitsa.

Sans perdre de temps, il continua cet aftreux système d’expéditions entreprises pour ravager le pays, en allant de Tripolitsa dans d’autres directions. Après être parti pour Dara*, il envoya de là un corps de troupes pour recueillir des vivres et pour détruire les villages circonvoisins, pendant qu’il se Jeta lui-même sur le centre de l’éparchie de Kalavryta, où il soutint des combats opiniâtres dans les environs de Sopoto, qui eurent bien pour résultat la destruction de toute une série de communes, mais sans laisser un seul pied de terrain en son pouvoir. De retour à Tripolitsa, il fit faire encore des expéditions pour ravager l’Argolide et le pays autour de Corinthe, et pour y faire du butin, jusqu’à ce que les .approches de l’hiver* le forçassent à retourner à Modon. Pendant ce temps, où les Grecs avaient été complètement dépouillés de toutes leurs ressources, ils avaient montré, même au puissant général égyptien, qu’ils savaient lui tenir tète. Les capitaines, qui s'en étaient vantés vis-à-vis de leurs bienfaiteurs, les philhellènes, n'avaient pas fait de vaines fanfaronnades; ils

• 9 septembre.

* *fi septembre.

* N'or?n.bre.

LA GUKRRK

avaient trouvé la manière la plus efficace de lui faire la guerre. Les rangs des troupes égyptiennes avaient été éclaircis d'une manière terrible par les fatigues dans leurs expéditions, par les armes dans les combats et par les épidémies dans les forteresses maritimes. Dans ce climat plus rude, le manque de# vêtements devint funeste aux Arabes; f extrême pénurie de vivres s'éleva à un tel point qu’on payait le biscuit au poids de l’argent, et que les Égyptiens, autrement dociles comme des esclaves, commencèrent à se révolter. Une nouvelle flotte, qui arriva d’Alexanî décembre, drie à Navarin*, fit bientôt cesser cette disette; mais elle n’amena pas de troupes pour combler les vides. Les ressources pécuniaires du riche vice-roi commencèrent à s'épuiser; on disait que cette guerre gréco-égyptienne avait englouti déjà 25 millions de piastres d'Espagne. Il se méfiait de la Porte et de la sincérité de son concours; il s'imaginait que les Turcs le verraient avec plaisir épuiser ses ressources, en se chargeant de tout le poids de la guerre, et baisser néanmoins dans l’opinion publique, sans avoir obtenu de succès. Avec une grande prudence, il suivait avant tout la marche des négociations diplomatiques, et lorsque, vers la fin de l’automne, il était sûr que les puissances interviendraient, il considéra la partie comme perdue et était décidé à ne plus risquer d'autre enjeu, dans les affaires grecques, que ce qui était absolument nécessaire pour ne pas renier ouvertement son caractère de serviteur de la Porte.

Presque au même moment où Ibrahim, après la prise de Missolonghi, avait de nouveau paru dans le Péloponèse avec toutes ses forces, le séraskier avait rassemblé une armée de dix mille hommes, avec une artillerie bien pourjuiu. vue de munitions, qu'il conduisit* ensuite dans I Hellade orientale. Plus habile que son rivai à traiter ses adver-

Opératious echid-Pü

de

Rechid-Paelia sur terre.

KH 1826 et 1827. 299

saires, il avait su neutraliser l'action d’un certain nombre de capitaines rouméliotes; il avait réussi à prendre à son service d’autres chefs, tels que Iskos et Hhankos, qui, dans le temps, avaient joué un rôle équivoque, et il les avait déterminés à se charger de défendre les délilés.

Après s’être ainsi assuré ses derrières, il put chasser rapidement les Grecs de leurs positions autour de Salona, atteindre Thèbes*, et de là s'avancer dans l’Attique. Là en- • lujmiai. core, il se facilita beaucoup sa tâche, en sachant gagner, par la clémence et par toute espèce de faveurs, les paysans qui s’étaient enfin révoltés contre les exactions dont les accablait Gouras, cet homme insatiable. Les habitants de la ville d’Athènes, qui jusqu’alors n’avaient pas encore joué un rôle brillant dans la guerre de l’insurrection, mais qui, au contraire, à l’approche du danger, s’étaient toujours réfugiés dans l’ilc de Salamis, se sentirent un peu stimulés par la gloire dont s’étaient couverts les défenseurs de Missolonghi, et ils se montrèrent plus disposés à faire la guerre que les campagnards des environs. Cette fois-ci, la petite troupe des mille gens armés parmi les habitants, renforcée par un faible corps venu de Me de Salamis, était bien résolue de défendre la longue étendue de ses murs négligés et délabrés, dont les vingt-quatre tours ne portaient que quelques rares canons; en outre, Gouras se trouvait avec trois cents mercenaires, plutôt comme un ennemi que comme un ami, isolé et enfermé dans la citadelle d’Athènes qui avait des provisions pour dix-huit mois, et qui était défendue par dix-sept pièces d’un fort calibre. Rechid-Pacha se trouvait encore à Thèbes , lorsque son avant-garde toute seule, sous les ordres de Moustapha-Bey, auquel s’était joint Orner de Karystos, s'était déjà établie dans la Pnyx (*i Hvüï) et dans quelques églises qu’on avait mises en état de défense eomme des ouvrages extérieurs,

LA GUERRE

• 23 juillet.

* 28 juillet.

* U août.

* LS août.

17 août.

* 18 août.

et qu elle avait déjà pris d’assaut la colline du Musée* et

dressé trois batteries contre la ville et la citadelle. Quand le séraskier arriva* lui-même, le bombardement devint plus régulier et plus violent, et lorsque, quinze jours plus tard, il apprit que les habitants d’Eleusis voulaient envoyer des renforts à Athènes , il se hâta de les prévenir par la prise de la ville. Pendant vingt-quatre heures*, il fit jouer toute son artillerie contre les murs, et, le lendemain*, il conduisit son armée à l’assaut. Les défenseurs de la ville ne lui opposèrent qu’une, faible résistance et se jetèrent ensuite dans l’acropole, qui, à cause de sa forte position, n’avait pas à craindre un assaut.

Un faible corps de troupes, commandé par Kriëzotis, faisait la garde près d’Eleusis; il avait été renforcé, à cette époque, par six cents hommes, sous les ordres de Karaïskakis, que le gouvernement avait nommé général en chef de l’Hellade orientale , à la place de Gouras que rien ne pouvait tirer de son inaction. Cette troupe fut encore rejointe par Fabvier, avec neuf cent vingt tacticiens, parmi lesquels il y avait soixante-dix philhellènes que commandait le colonel Pisa. Ces trois corps, comptant alors ensemble trois mille cinq cents hommes, partirent * alors d’Eleusis et s’établirent au nord-ouest d’Athènes, à une lieue et demie de la ville, dans un jardin entouré de murs, près du village de Chaïdari, et sur quelques collines qui de flanquaient. Ils y repoussèrent* vaillamment une attaque des Turcs, de sorte que Fabvier put donner à sa troupe l’ordre de descendre la colline, qu’on venait de prendre d’assaut, et de s’avancer dans la plaine tout droit sur Athènes; mais les capitaines grecs refusèrent de le suivre dans cette entreprise qu’ils croyaient trop téméraire. Karaïskakis, au contraire, proposa de conduire l’armée au port du Pirée, parce qu’elle y trouverait plus faci-

EN 182G et 1827.

lement à s’approvisionner; mais Fabvier répliqua que o/était là faire un mouvement en arrière qui coûterait du temps et qui ne répondrait pas au but qu'on s’était proposé , puisqu’on voulait débloquer la ville. Pendant le temps perdu ainsi par P irrésolution et les querelles des chefs grecs, le séraskier augmenta ses troupes par des renforts de cavalerie sous les ordres d’Omer-Pacha; puis il attaqua * la position des Grecs avec cinq mille fantassins * so août, et mille cavaliers. Devant le jardin, on avait placé un bataillon de tacticiens, qui formaient le carré; à la seconde attaque des delhis turcs, le commandant de la compagnie de voltigeurs recula et mit ainsi en désarroi le bataillon qui fut repoussé, dans le plus grand désordre, jusqu’au jardin ; de sorte qu’il ne fut sauvé d’une destruction complète que par Karaïskakis et Kriëzotis, ainsi que par le second bataillon de tacticiens, qui accoururent aussitôt. Alors le pacha fit faire deux attaques simultanées d’une part contre quelques retranchements, où. Perrhaivos et Lekkas repoussèrent les assaillants , et d’autre part contre une colline occupée par Kriëzotis, et qui se trouvait entre ces retranchements et la montagne. Dans ce dernier endroit, il s'engagea une lutte fort opiniâtre ; les Hellènes s’y trouvaient déjà dans une position très-périlleuse, lorsque, pour surcroît de malheur, la cavalerie turque, qui avait été Vepoussée près des retranchements de Perrhaivos, vint encore se jeter sur cette colline. Cette fois-ci ce fut Fabvier qui, avec ses deux bataillons, sauva les irréguliers de leur position fâcheuse, en rétablissant l égalité dans le combat qui cependant, après ces trois engagements, se changea en une canonnade inoffensive. On résolut alors dans le conseil de guerre des chefs grecs de conduire, pendant la nuit, les irréguliers à l'assaut contre les retranchements de l'ennemi; mais au moment où ces troupes devaient

* 7. 4!» septembre.

s’acquitter de cette tâche , elles s'enfuirent épouvantées dans la montagne, sans écouter les ordres de leurs capitaines, donnant ainsi l’alarme aux ennemis et forçant aussi les tacticiens à se retirer à la faveur de la nuit. Après ce honteux échec , dont Fabvier et Karaïskakis rejetèrent la * faute l’un sur l’autre , toute l’année se replia sur Eleusis.

Le désastre de Chaïdari fit naître un tel découragement dans la garnison de l’acropole, que la plupart des mercenaires de Gouras conçurent le projet de s’enfuir pendant la nuit, projet qui fut effectivement exécuté par quelquesuns de ces soldats. Gouras en eut une telle inquiétude qu’il fit expédier «à file de Salamis un certain nombre d’hommes impropres au service , ainsi que trois cents femmes; de sorte qu’il ne restait plus dans la citadelle que huit cents combattants et seize cent trente âmes en tout. Comme il n’était pas facile de prendre l’acropole par un assaut, et qu’il aitrait fallu trop de temps pour la réduire par la famine, le séraskier songea â faire fléchir le courage de la garnison, en lui coupant l’eau et en continuant le feu croisé de ses batteries qui devaient causer de grands ravages dans cet espace étroit. Il donna donc l’ordre de miner le bastion qu’Odyssevs avait fait élever, en 1822, au-dessus d’une source découverte par lui sous l’aile nord des Propylées, l’ancienne Klepsydra, dans le voisinage de la double grotte de Pan et d’Apollon. Mais ces travaux firent peu de progrès, parce qu’on les arrêtait toujours par des sorties heureuses* et par les contremines qu’établissait l’habile ingénieur Kostas Chormovitis. Cependant il s’en fallait de beaucoup que les mercenaires de Gouras eussent eu le courage héroïque des Rouméiiotes de Missolonghi, et qu’ils eussent fait les mêmes efforts pleins de dévouement. Par leurs désertions et par leur li-

cence effrénée, ils causèrent constamment les plus grandes inquiétudes à leur chef qui songea même à faire venir une nouvelle garnison dans la ville. Mais les deux tentatives faites par les Ioniens nouvellement organisés dans Pile de Salamis, pour se jeter dans l'acropole, échouèrent misérablement. Bientôt après, la citadelle perdit même son commandant. Pendant une reconnaissance de nuit.*, ou pendant qu’il commandait la garde en dehors du château, Gouras tira par pétulance un coup de pistolet; il donna ainsi un point de mire aux Albanais dans le camp des ennemis, et tomba frappé de leurs balles. Cependant sa mort semblait avoir un certain eflet sur les hommes de la garnison qui montrèrent dès lors un peu plus de vigueur. * Que pleurez-vous? disait sa veuve aux soldats consternés, ce sont vos désertions qui ont été la cause de sa mort ! Prouvez-moi votre compassion, en ne me tuant pas aussi par votre abandon 1 » Ces hommes, tout saisis, jurèrent sur P Évangile vouloir lui rester fidèles*. Lorsque, quelques jours après*, le séraskier, se préoccupant toujours de ridée de couper Peau aux assiégés, donna un nouvel assaut au Lcontari, cette positioiî fortifiée qui se trouvait devant la source, les assiégés repoussèrent les Albanais de la position attaquée, bien qu’une mine qu’ils avaient établie là vint à rater. Alors Rechid-Pacha promit de grandes récompenses aux volontaires qui donneraient l’assaut au château-fort lui-même. Des Chèques audacieux se déclarèrent prêts à l’entreprendre, en se raillant de leurs com-

* Peu de temps après , cette femme courageuse péril elle-même d'une manière malheureuse. Elle habitait le temple d'Érechthée. dont le plafond avait été couvert d’une couche de terre pour garantir cet édifice de l'action des bombes. Pendant un bombardement violent, une des colonnes du temple se fendit et le plafond ensevelit, dans sa chute, la veuve de Gouras avec dix autres habitants de l'édifice*-

lî octobre.

JS octobre.

LA GUERRE

* 19 octobre.

UsGrfCi prennent l'offensive.

* 13 octobre.

patriotes qui avaient en vain essayé leurs forces contre le Leontari. Le lendemain % ils montèrent de grand matin à l'assaut d’un des retranchements près de la citadelle, et atteignirent l’orifice d’une mine dans laquelle Kostas travaillait à ce moment même. Makriyannis ayant vu du haut de la citadelle le danger qui menaçait Kostas, accourut et repoussa, après un combat de deux heures, les Ghèques qui durent se retirer, sous les yeux de leurs frères, dont la joie était grande à la vue de cette défaite.

Cependant les Athéniens enfermés dans leur citadelle et ceux qui s’étaient réfugiés dans l’ile de Salamis se consumaient dans l’impatience, en voyant que le gouvernement et les chefs militaires, divisés entre eux par leurs discordes, ne faisaient rien pour sauver la ville. Fabvier lui-même conseilla vivement de s'assembler en conseil de guerre. On y résolut de jeter Kriêzotis avec trois cents hommes dans l'acropole, au moment où Karaïskakis, par un mouvement simulé contre Chaïdari, détournerait l’attention des ennemis et que Fabvier ferait, sur les derrières des assiégeants, une diversion contre Thèbes. Le colonel partit donc de Mégare et passa par les chemins

creux du Kithairon qu'il occupa avec des troupes irrégulières. Mais celles-ci quittèrent leur poste, comme Fabvier en eut la ferme conviction, sur l’instigation de Karaïskakis qui était jaloux de lui, et forcèrent de la sorte aussi le colonel à quitter en toute hâte, les bords de l’Asopos, qu’il venait déjà d’atteindre. Kriêzotis, au contraire, qui venait de débarquer * avec trois cents hommes à l’embouchure de l’Ilissos, et qui était soutenu par les mouvements de Karaïskakis, réussit à franchir la colline du Musée, et arriva sain et sauf dans la citadelle. Alors Karaïskakis invita le colonel Fabvier à continuer, même malgré les approches de l’hiver, avec plus de hardiesse, l’offensive qu’il venait de prendre.

en 1826 et 1827.

et à faire une expédition dans l'intérieur de la Roumélie; mais, dans son ressentiment, Fabvier se retira dans ses cantonnements à Methana. Karaïskakis poursuivit alors ses projets avec un zèle d'autant plus grand, comme s'il était désireux de montrer à cet officier étranger quel était le genre de guerre le plus approprié à ces localités, et qui étaient les soldats les plus propres à la faire. Cet Agraphiote, élevé à l’école pernicieuse d’Ianina, avait eu jusqu 'alors, par suite de ses mœurs dissolues, une réputation très-fâcheuse, aussi bien sous le rapport de la morale que sous celui de la politique. Nous nous rappelons * qu’on l’a- * cr. t. ii, p. ». vait accusé à Missolonghi d être entré en négociations avec les Turcs et d’avoir vôulu, au prix d’une satrapie, trahir la patrie, comme Odyssevs. Encore à l’époque qui nous occupe ici, il n’était pas à l’abri de tout soupçon de projets ambitieux qu'il aurait formés avec Kolettis. Mais sous le rapport militaire, cet homme, maigre, mobile et de petite taille, se faisait remarquer parmi tous les capitaines armatoles des Rouméliotes par son intrépidité personnelle et par sa connaissance instinctive de la guerre particulière à ces pays-là, par son coup d'œil stratégique sûr et par son habileté à suppléer à l’absence de ressources matérielles par une grande promptitude dans les mouvements et par l’art de diviser les ennemis. Avec cela, il possédait une certaine libéralité, un talent oratoire remarquable et une tournure originale d'esprit qui lui permettaient de gagner très-facilement l'amour de ses soldats.

Lorsqu’on discutait à Nauplie la question délicate de savoir s’il fallait le nommer général en chef de l'Hellade orientale, on sentait bien qu'on n’avait pas le choix. Le président Zaïmis, qui avait pour Karaïskakis une haine personnelle, lui donna sa voix, en disant : « Je veux que la patrie soit sauvée et que mon ennemi soit élevé! » Vasll. 20

LA GUERRE

silis Boudouris, membre estimé de la commission de Tas- • semblée législative, dit au nouveau général : « Karaïskakis, jusqu’à ce moment, tu n’as pas fait ton devoir envers ta patrie; Dieu te donnera les lumières nécessaires pour le faire désormais! — C’est vrai! répondit-il; quand je le veux, je puis être un ange ou un démon; dorénavant, je veux devenir un ange! » Effectivement, avec cette élévation extérieure, il semblait s’être opéré aussi une exaltation intérieure dans son caractère, comme on aurait pu la produire peut-être aussi dans d’autres hommes de sa trempe, si l'on avait su les prendre avec une connaissance plus juste de leur nature. Dès ce moment même, il devint un modèle d’activité patriotfque et militaire, et, par sa prudence et son zèle , il donna encore une fois un essor tout à fait inattendu à la cause de la Grèce continentale* qui était tombée bien bas. Favorisé dans ses desseins par le gouvernement, il fit, en premier lieu, déterminer les Thessalo-Macédoniens dans les Sporades, à appuyer ses mouvements, en venant occuper les Thermopyles. Le nouvel agent du comité de Paris, le comte Eugène d’Harcourt, se trouvait alors heureusement en état de contri- • buer pour la somme de 20,000 piastres, ce qui permit de

noliser les navires nécessaires pour les y transporter. Mais

» b novembre, malheureusement le départ * de ces troupes fut tellement retardé que le séraskier put envoyer à leur rencontre une colonne volante, sous les ordres de Moustapha-Bev, qui fit échouer cette entreprise dans sa première tentative contre Talantion.

* c novembre. Cependant Karaïskakis était parti *, avec trois mille hommes, du camp d’Eleusis, où peu à peu quatre mille cinq cents hommes des plus exercés à la guerre, Nikitas avec les gens de Missolonghi et les Souliotes s’étaient rassemblés après être venus de la Morée. En passant par

en 1826 et 1827. 807

Koundoura et Kaza, on s'était rendu à Dobrena*, sur la • • norembw. baie du môme nom, dans le golfe de Corinthe. 11 y. cerna d’abord la garnison turque dans trois tours; mais bientôt il se rappela qu’il ne pouvait pas perdre sou temps à faire des sièges, et, en livrant des combats continuels, il poursuivit sa route* avec toute l’armée, en se rendant par • w norrab* Chostia b Dystomos; puis il lit occuper Arachova* par ♦ » novembre, cinq cents hommes, sous les ordres de Gardikiotis Grivas, parce qu'il avait été informé que Moustapha-Bey, en revenant de son affaire facilement terminée avec les Macédoniens, comptait passer par cet endroit. En effet, à peine les gens de Grivas eurent-ils été postés dans les maisons, que Moustabey arriva avec quinze cents ou deux mille Albanais , hommes d’élite , qui ne s'attendaient ii rien moins que de trouver là des ennemis. Le général turc venait de réussir à s’établir, à côté des Grecs, dans une partie de la ville, lorsqu’à ce moment mémo Karaïskakis, avec tout son corps, vint rejoindre Grivas. Afin de ne pas être cernés, les Turcs se retirèrent alors sur la crête dénudée d’un rocher près de la ville où,* pendant la journée, ils avaient à supporter les attaques des Grecs et, pendant la nuit, la forte gelée d'hiver à laquelle ils étaient exposés en plein air. Gomme Karaïskakis tenait occupées les ouvertures de toutes les trois vallées, à la jonction desquelles est située la ville d’Aruchova, le manque de vivres força bientôt les Turcs à se résigner à entrer en négociations. Les Grecs demandèrent tous les effets et les armes des Turcs, ainsi que la reddition de Salona et de Levadia.

Alors les Albanais, en guerriers fiers, résolurent de continuer le combat plutôt que de se rendre , surtout parce qu'ils venaient d'apprendre qu’une expédition était partie d’Athènes pour venir à leur secours; mais le mauvais temps et les ennemis empêchèrent cette troupe d’arriver.

LA GUERRE

Voyant cet espoir déçu, souffrant du froid intense et de la disette, qui augmentait, découragés par la perte de Mous- • « déc.-mbr». tabey, qui venait de mourir' des suites d’une blessure à la tête, les Albanais entamèrent de nouvelles négociations; mais, lorsque celles-ci furent restées infructueuses, ils prirent le parti de quitter leur position pendant la nuit et de chercher à atteindre le couvent d’Ierousalem, soit en s’échappant secrètement , soit en s’ouvrant un passage l’épée h la main. Sept cents Ghèques, ne pouvant pas attendre le moment fixé pour’le départ, quittèrent de leur propre autorité le camp avant les autres. Poursuivis par les « dtcemre. Grecs les fuyards furent surpris, en outre, par une furieuse tourmente de neige; de sorte que la moitié à peine de ces Ghèques atteignit le couveut. Karaïskakis envoya au gouvernement les têtes de Moustapha et de trois autres beys tués; avec trois cents crânes des soldats tombés, il construisit une tour qui devait servir de trophée.

La nouvelle de ces triomphes de son rival stimula toute l’ambition de F abvier. A cette même époque, Makriyannis avait eu le courage de sortir de l’acropole avec cinq cavaliers. Il s’était présenté devant le gouvernement, pour lui faire un tableau effrayant de l’état dans lequel se trouvait cette forteresse, dépourvue de toutes munitions, qui, à la vérité, s'était continuellement défendue de la manière la plus vaillante dans une guerre de mines très-habilement conduite, mais qui, faute de munitions, serait forcée h se rendre, si le gouvernement ne pouvait pas lui porter secours. Fabvier résolut aussitôt d’entreprendre en personne une expédition, pour se jeter avec un approvisionnement • h décembre, de poudres dans la forteresse. Il débarqua * à l’est du port Mounychia avec six cents tacticiens choisis, dont chacun portait un sac rempli de poudre : entreprise extrêmement hasardeuse et pleine de péril, à cause de l’imprudence avec

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