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laquelle les Grecs maniaient leurs armes à l'eu; aussi Fabvier ordonna-t-il à ses hommes d’enlever les pierres à feu de leurs fusils. Par une belle nuit qu'éclairait lu lune, cette troupe lit, dans le plus profond silence, ce chemin de deux lieues jusqu'il la citadelle. Arrivés prés de la colline du Musée, les tacticiens furent arrêtés par les cris de : Qui vive? des sentinelles, qui les accueillirent à coups de fusil, lorsqu’ils ne répondirent pas. Alors les Grecs, au bruit du tambour, repoussèrent les ennemis du fossé qu’ils avaient creusé là, et, soutenus par une sortie de Kriëzotis, ils réus- * sirent à entrer dans l’acropole avec une perte de huit hommes seulement. Après avoir porté ces munitions à la garnison de la forteresse, Fabvier avait dû repartir avec les siens; mais deux tentatives faites par eux pour se frayer, pendant la nuit, un passage à travers les ennemis échouèrent, et ils durent rester dans l’acropole jusqu’à la fin du siège. De la sorte , cette forteresse avait reçu à l’intérieur des renforts utiles, et au dehors Karaïskakis menaça très-sérieusement l’existence de l'armée de siège, lorsqu’il envoya les Souliotes assiéger Salona, et. qu’il partit lui-même pour Velitsa, afin de couper l’arrivage des approvisionnements de la Thessalie. A peine arrivé là, il intercepta un grand convoi de vivres, en dispersa l’escorte qu'il poursuivit jusqu’à Vodonitsa, et envoya ses corps de partisans jusque devant Patratsik (Nea-Patra). Mais à la nouvelle qu'Omer-Pacha s'était mis en marche pour débloquer Salona, il retourna à Arachovo, d'où il se dirigea sur Lidoriki, afin d’y relever aussi la cause grecque ; puis il envoya de petits corps de troupes à l'ouest jusqu'à Lobotina. Ensuite il accourut au secours des Souliotes qui étaient à Dystomos et devant Salona, où Omer- Pacha, à la tête de deux mille cinq cents hommes, forces bien supérieures à celles du corps grec, les avait mis dans
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* janvier 18*7 . une position très-fâcheuse*. Après beaucoup d’escarmouches qui se succédaient tous les jours, il força les Turcs à • le février, lever leur camp * et à s’enfuir en laissant derrière eux beaucoup de provisions. Ensuite, les musulmans qui se trouvaient à Salona abandonnèrent cette position importante, et même les garnisons de Davlia et dlerousalem partirent en proie à une terreur panique. Ainsi, au commencement de la nouvelle année, toute la Grèce continentale, à l’exception des villes de Missolonghi, d'Anatoliko, de Vonitsa et de Lepanto, était de nouveau entièrement entre les mains des Grecs. Après ces succès surprenants, le gouvernement demanda à Karaïskakis de revenir à Eleusis, afin de préparer un coup décisif pour débloquei Athènes. En effet, l'ambassadeur anglais avait donné à entendre au gouvernement que, si l'acropole tombait, il se pourrait bien que, dans tout accord définitif des puissances, on ne tint aucun compte de lu Grèce continentale subjuguée.
Les grandes appréhensions qu'avaient dû faire naître les campagnes d'ibrahim et de Rechid-Pacha étaient donc encore une fois dissipées pour cette année-là. Déjà en automne on avait empêché que les deux généraux ne se tendissent la main par-dessus l'isthme. A cette époque même,
* septembre 1 826. les Grecs avaient intercepté* deux lettres* de Rechid- Pacha adressées l’une au grand-vizir et l'autre au sultan, et dans lesquelles le général turc leur avait exposé les difficultés qu'offrait la prise d'Athènes, en demandant en même temps qu'on chargeât seul d’une telle entreprise un vizir aussi hardi et aussi habile que l'était Omer-Pacba, afin que lui, le séraskier, eût toute la liberté nécessaire pour occuper les Dervennes. Si une fois il était maître de
* Xlnkcisen- Gordon, t. Il, p. 412,
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la Roumélie, disait Rechid, il se ferait tort de soumettre en deux mois la Morée déchirée par les querelles des partis. Mais les Turcs ne devaient parvenir ni à subjuguer la Morée, ni à se rendre maîtres de la Roumélie. Comme presque toutes les autres campagnes , celle-ci aussi avait commencé sous d'heureux auspices, mais elle avait eu une issue peu glorieuse. 11 est vrai que cette fois-ci encore on n’avait pas eu non plus les brillants résultats des premières années de la guerre, qui avaient été si satisfaisants.
Comme l’année précédente, l’ennemi restait, pendant tout l’hiver, avec la même ténacité, devant un des derniers boulevards de la Grèce. Si Athènes allait avoir, l'année suivante, le même sort que Missolonghi, le Péloponèse était placé entre deux feux et devait inévitablement succomber; car la désorganisation, l’abattement et le découragement y régnaient partout, par suite du poids que la guerre et la dévastation des campagnes faisaient peser sur le pays, par suite des privations terribles qu’on avait à supporter, du désordre sauvage qui avait envahi l’armée et la marine, et surtout par suite des dissensions intestines qui dévoraient la Grèce.
Les grandes ressources pécuniaires, provenant de l’em- j™<ns pana po
c litiques en Grèce.
prunt anglais, par lesquelles Kontouriotis avait pu s'attacher les forces armées, faisaient défaut au gouvernement de Zalmis ; cette circonstance seule suffisait pour rendre sa position nécessairement beaucoup plus faible que celle du gouvernement précéderit. Mais déjà sa seule composition et son établissement le condamnaient à une faiblesse plus grande. Il est vrai qu’à la dernière assemblée nationale, à Epidavros, on avait plus que jamais senti qu'on avait besoin d’un gouvernement fort qui ne fût pas paralysé , comme tous les gouvernements précédents, par les empiétements des législateurs; c’est pourquoi, déjà avant l’ouverture de
LA GUERRE
l’assemblée, on avait répandu dans le public un projet d après lequel tous les pouvoirs, excepté les pouvoirs judiciaires, devaient être confiés à un triumvirat, en même temps qu’on ajournerait l'assemblée législative jusqu'à la fin de la guerre de cette année-là. Mais, même à cette époque pleine de périls, ce projet n'avait pas pu l'emporter sur les intérêts des ambitions personnelles. On commença par augmenter le nombre des membres de ce gouvernement qu'il s’agissait d'instituer, de trois à cinq, puis à sept, à neuf et même à onze; et cependant on plaça à côté de cette autorité suprême, affaiblie ainsi par le nombre de ceux qui la formaient, une commission législative permanente, à laquelle on confia le soin de convoquer la prochaine assemblée nationale, de surveiller l’administration des finances et de continuer les rapports diplomatiques avec les puissances au sujet de l'affaire de la médiation. Combien peu les membres de ce gouvernement sans puissance et sans ressources étaient en état de conserver, aux veux des hommes de guerre, l'autorité qu’a-
vaient possédée leurs prédécesseurs ; c'est ce qu’ils avaient vu dès leur arrivée à Nauplie, où les Souliotes et les Rouméliotes , sous les ordres de Photomaras et de Theodoros Grivas, qui étaient en possession des deux forteresses dltchkalé et du Palamidi, inspiraient à la ville et a l'autorité suprême du pays une terreur si vive, que cette dernière se retira dans la Tour sur la Mer de Nauplie, où elle restait pour ainsi dir^enfermée, en y traînant une existence complètement nulle. Autrefois, un grand péril avait ramené tous les Grecs à la réconciliation et à la concorde ; mais à cette époque où le désespoir régnait partout, la discorde se répandit dans tous les districts où l'ennemi n’avait pas encore paru. A Corinthe, deux cousins dû
* Août, nom de Notaras se disputaient* la récolte des raisins de
en 1826 et 1827. 313
Corinthe et la main d’une belle et riche héritière ; les indigènes et ceux qui étaient alliés aux familles du pays dévastaient cette province que les Égyptiens avaient épargnée ; et l’arrivée même des primats les plus considérés, tels que Zaimis, Kolokotronis et Mavromichalis, put à peine apaiser un peu la guerre civile. Kolokotronis lui-méme, mécontent de ne pas avoir obtenu aussi la place de Karaïskakis, outre la dignité de commandant en chef dans le Péloponèse qu'il possédait déjà, excita de nouveau les discordes entre les éparchies ; il se sépara de nouveau de Zaïmis et chercha à gagner à ses intérêts les primats de Vostitsa, les Lontos et les Meletopoulos. Abandonné de presque tous les Grecs, le gouvernement trouvait son appui principal à l’étranger, auprès des Anglais et d’un petit nombre d’hommes réfléchis, tels que Miaoulis, Boudouris et Tombazis, qui approuvaient sérieusement et par principe le gouvernement se rattachant à l’Angleterre et à sa médiation. Pour donner encore plus de force à cet appui, le gouvernement avait, pendant l’été, appelé le général Robert Church à la tète de toutes les forces de terre de la Grèce. Ce militaire s’était fait connaître à Naples'; beaucoup de Grecs le connaissaient du temps des guerres françaises, où il avait été, dans les îles Ioniennes, le chef aimé d’un bataillon grec dans lequel Kolokotronis et ses parents avaient servi sous ses ordres. Le général accepta, et l’on put s’attendre à le voir arriver prochainement. Lord Cochrane, qui depuis si longtemps était engagé au service de la Grèce, ne venait pas encore, bien qu’on l’attendit avec l’impafience la plus vive. Le commodore Hamilton était encore -toujours considéré comme le conseiller et l’ami le plus sur. Quant à
Stratford-Canning, ses instructions* lui avaient expressé- * • «p**»**»-
1 Cf. Gervinus, Geschichte des 19“m Jahrhunderts ( Histoire du XIX' siècle), t. Il, p. 116.
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ment enjoint de faire savoir au gouvernement grec qu'il se préparait à agir conformément aux désirs des Hellènes ; aussi entretenait-il dès lors des relations non interrompues avec cette autorité, et lui exprima-t-il d'une manière très* prononcée et fort agréable aux membres du gouvernement, le désir de voir rester dans leurs places les fonctionnaires faisant partie des commissions qui avaient commencé à se mettre officiellement en rapport avec lui. S’il était vrai que ces différents rapports avec les étrangers.devaient fortifier l'appui que le gouvernement trouvait en dehors de la Grèce, on ne pouvait pas contester qu'à l'intérieur les Francs et les philbellènes ne fussent, par suite de ces mêmes rapports, mélés d'une manière très-funeste au jeu déjà assez embrouillé des partis, et qu’ils ne donnassent aux indigènes de nouvelles occasions de dispute. Kontouriotis, qui, pendant son administration, avait perdu la partie d’une façon si déplorable, poursuivait cependant toujours ses propres projets pour satisfaire son ambition personnelle, et dans ses journaux d’Hydra il accusait le gouvernement de trahir la patrie en s'entendant avec les Anglais pour faire de la Grèce un hospodariat. Il s’irritait en se voyant complètement éloigné de toutes les affaires , ce qui arrivait aussi à Kolettis qui, de son côté, en se liant avec tous ceux qui étaient les partisans de Fabvier, essayait d’opposer un parti français au parti anglais. Lorsque Kolettis se trouvait, au printemps, à Epidavros, au moment où l’on poursuivait la médiation anglaise, il avait continué à mener l'intrigue orléaniste qui, en 1824, avait provoqué l'acte demandant le protectorat anglais; mais, à cette époque, on l’avait calmé en lui faisant comprendre qu'il fallait d'abord s'assurer, par une demande directe, si le duc d'Orléans accepterait le choix qu’on ferait de son fils, et si l'on pouvait s’attendre à ce que le roi de France y donnerait son con~
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sentement. Plus tard, il avait été encore plus fortement irrité par le gouvernement de Zaïmis, lorsque celui-ci avait cherché à se venger, par un procès, de son attitude hostile. Kolettis lui aurait peut-être suscité de graves embarras en provoquant une forte opposition, à l’aide de ses relations parmi les Rouméliotes, et par le parti français dont il était Pâme, si tous les malheurs n’étaient pas continuellement venus fondre sur Fabvier, et que le duc d'Orléans ne lui eût pas fait faire la réponse décourageante ? « que l’acceptation de la couronne grecque dépendait de la situation de la Grèce et de celle du prince qu’on élirait ; mais que le roi de France non-seulement n’agirait pas en faveur de l’élection du fils du duc d'Oiv léans, mais encore quil serait peut-être obligé de la repousser1. » Mais le gouvernement grec trouva un adversaire d'autant plus dangereux dans Kolokotronis, depuis que celui-ci, dirigé par Metaxas, l’implacable ennemi des Anglais, s’était mis à la tête d’un parti russe qui tramait ses projets en secret ; le chef klephte travailla alors activement à ce qu’on appelât le comte Kapodistrias, et il poussa les Grecs à une rupture ouverte avec leur gouvernement , afin d’obtenir ce qu'il désirait. Depuis que les Onze s’étaient retirés dans la Tour sur la mer, ils avaient toujours songé h transférer le siège du gouvernement dans une autre ville, afin d'échapper aux demandes impétueuses de la farouche soldatesque rouraéliote et en même temps à l’influence de Kolokotronis. Dans ce but, ils avaient d'abord* convoqué un congrès à Poros, mais ensuite ils s’étaient décidés à se transporter à Aigina (Égine), et â y faire convoquer aussi la nouvelle assemblée nationale par la commission législa-
1 La réponse du duc d'Orléans se trouve en traduction grecque dans: ’ArrojiynjMviûaarat vtcq toü N. XmrçXtfltfoti, 'A flr.v, 1851,
t. IJ, p. 393, note.
14 août.
* Octobre.
* 14 novembre.
tive. Kolokotronis se rendit alors' à Nauplie, où il protesta contre le choix de ces deux endroits, « parce qu’il avait juré à Hvdra qu’il ne voyagerait plus par mer. » Il se rendit auprès de Zaïmis pour le déterminer en disant : * que le Péloponèse deviendrait tiède si on le quittait. » Zaïmis regarda par la fenêtre sans lui répondre. « Adieu, frère, disait Kolokotronis , nous ne parlerons plus de cette affaire. » Zaïmis se rendit donc àÀigina', tandis que Kolokolronis alla à Kastri (Hermione), où lui et son parti firent convoquer un congrès, laissant aux éparchies le choix d’envoyer leurs anciens représentants ou de nouveaux députés. Le gouvernement, au contraire, fidèle à la résolution légale du congrès d’Epidavros, insistait sur une nouvelle réunion des anciens représentants dans la ville d'Aigina.
Comme s’il n’était pas déjà ussez que les représentants du peuple, s’assemblant ainsi peu à peu dans ces deux endroits, donnassent le scandale public d’une guerre civile parlementaire, dès que les Onze eurent quitté Nauplie, Grivas et Photomaras , les Rouméliotes et les Souliotes , divisés déjà auparavant entre eux, y firent éclater une nouvelle révolte qui , au grand effroi des habitants de la ville , eut pour résultat que les deux forteresses, celle d'Itchkalé et le Palamidi, se bombardèrent l'une l’autre. Dans l’ile d’Hydra, de violentes querelles s’élevèrent entre les partisans de Kontouriotis et le parti anglais de Miaoulis, querelles que ni les bons procédés ni les mesures violentes de Hamilton lui-même ne purent apaiser. Ces dissensions entre les insulaires profitèrent, pour le moment, aux adversaires du parti anglais ; elles jetèrent le fier Kontouriotis tout à fait dans le parti de Kolokotronis qui , oubliant entièrement les outrages que Kontouriotis lui avait faits dans le temps, reçut à bras ouverts cet homme qui fit reconnaître le congrès d’Hermione par les Hydriotes, les
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Spetziotes et même par les Psariotes résidant dans Me d’Aigina. Sissinis y parut aussi, et fut nommé président* * « féTrierisî?. de l’assemblée dès qu'elle fut ouverte. Dans son découragement, le parti anglais fit alors une tentative de réconei- • liation *; mais on le repoussa avec arrogance. Dès qu’on 4 3t janvier, fut arrivé au nombre légal des deux tiers des membres, ce parti ouvrit donc aussi de son côté un congrès à Aigina, et la Grèce eut encore une fois le triste spectacle de voir siéger deux assemblées nationales l’une à côté de l’autre; mais dès lors elles n’étaient plus divisées en deux camps représentant l'esprit des provinces, .ou un parti militaire et un parti civil; c’étaient, au contraire, deux partis dont l’un était pour l’Angleterre et l’autre pour la Russie, et qui donnaient comme principal motif ou comme prétexte de leur division le projet des uns d’abandonner la Grèce continentale qui était déjà presque perdue , tandis que les autres voulaient la conserver et s’y maintenir.
On ne peut pas méconnaître que cette modification dans congrès de t™-
r r 1 zen (Trèz*ne\.
la position des partis à l’intérieur de la Grèce ne fût l’image exacte de l’attitude prise par les puissances, dans leurs rapports diplomatiques, relativement aux affaires grecques.
C’était là le commencement des malheurs les plus funestes qui ont accablé la Grèce et qui l’ont forcée à accepter, avec son indépendance , l’héritage le plus pernicieux que lui laissait la domination turque; c’était cette dépendance continuelle d’influences étrangères, bien qu’elle changeât toujours dans ses oscillations à peine perceptibles. Si le puissant empire des Osinanlis , dans sa totalité , avait été depuis si longtemps le jouet des influences rivales de la diplomatie européenne, aucun vassal turc, Ali-Pacha aussi peu que Méhmet-Ali, n’aurait jamais pu arriver à devenir une puissance indépendante et à disposer, en souverain, de ses forces, sans se voir soumis à la même surveillance :
bien moins encore la faible Grèce pouvait-elle se détacher de l’empire ottoman, sans rester dans la position d’une province dépendant de la Turquie en ce qu’elle était tou- . jours exposée h l’influence des étrangers, dont les secours lui permirent seuls d’obtenir son indépendance. On voit par les nuances délicates, par lesquelles, déjà à cette époque, l’état de choses en Grèce réfléchissait , comme un miroir. l’état des affaires en Europe, combien il était naturel et nécessaire que ces relations réciproques s’établissent entre l’Europe et la Grèce sans qu’il y eût eu là à l’œuvre des influences directes et puissantes. Tant que les deux grandes puissances allemandes avaient tourné le dos à la Grèce, que l’empereur Alexandre avait condamné la révolution des Hellènes et que le gouvernement français était resté indifférent, tous les regards avaient nécessairement dû se tourner vers T Angleterre seule qui , au commencement, semblait, à la vérité, être animée de sentiments presque plus hostiles que l’Autriche elle-même, mais qui, dans ses îles Ioniennes, possédait un lien trop naturel entre les deux nations pour que l’attention , avec laquelle on s’observait mutuellement, le commerce et les échanges entre la Grèce et T Angleterre ne leur eussent toujours fourni de nouvelles occasions de se rapprocher, jusqu’au moment où les deux pays entreraient dans des rapports plus intimes. Plus tard , lorsque les sympathies philhclléniques se réveillèrent avec une si grande force en France et en Allemagne, la Grèce y répondit par la confiance avec laquelle le gouvernement donna à Fabvier une position importante et une grande influence, et par la déférence avec laquelle il écoutait les conseils du colonel Heidegger (baron von Heidcck), que le roi de Havièrc avait envoyé en Grèce; seulement, il était bien naturel que ces influences étrangères, sans excepter môme celle de la France, ne
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pussent pas produire des partis bien dessinés, puisque les Grecs ne trouvèrent aucun appui dans les gouvernements.
Mais depuis l’ avènement de l’empereur Nicolas, les rapports entre la Grèce et la Russie avaient de nouveau changé subitement, et, depuis la signature du protocole d’avril, les Grecs avaient commencé ü partager leurs affections entre les deux puissances protectrices qui y avaient participé. Absolument comme dans cette intervention arrêtée à Saint-Pétersbourg, la Russie ne s’était montrée qu’en seconde ligne, tandis que l’Angleterre occupait le premier plan dans cette affaire de médiation ; en Grèce aussi le parti anglais était celui qui se mettait ouvertement en avant, pendant que le parti russe y agissait sans être avoué, et de même qu’une méfiance et une jalousie secrètes se cachaient sous cette union apparente des deux puissances, de même des discordes continuelles séparaient •aussi les deux partis en Grèce, même après qu'ils furent arrivés à un compromis. Cette réconciliation était l’œuvre des philhellènes anglais. Si c’était l’immixtion des Francs qui avait fait cette nouvelle blessure à la Grèce, en don- • liant une nouvelle intensité aux querelles des partis, le philhellénisme semblait posséder aussi les remèdes nécessaires pour guérir cette plaie. .
Quelques jours après l'ouverture de l'assemblée à Herinione , Church débarqua * à Cheli , vis-h-vis de Spetzia. * » mars. Kolokotronis l’y reçut, l’accompagna à Hermione, l’appela son père et son bienfaiteur et se déclara prêt, « pour l’amour du bien public, » à faire le sacrifice de reconnaître son ancien chef de bataillon comme le généralissime de l’armée. Cependant, à peine Church fut-il instruit de l’état des choses * qu’il déclara qu’on ne pourrait le considérer que comme simple volontaire tant qu'on n’aurait pas apaisé toutes les discordes. A Aigina, où il se rendit* avec * «
Hamilton, on était tout de suite disposé à l’accepter comme arbitre; mais il n’en fut pas de même à Hermione. Pour intimider les membres de ce congrès, Hamilton leur dit alors qu'il écrirait à Stratford Canning, qui tout récemment1 avait fait annoncer qu’il donnait formellement son autorisation à la médiation, et qu’il lui déclarerait que la Grèce, en voie de dissolution, ne méritait pas que l’Europe fit des efforts pour elle. Ce langage modéra l’outrecuidance des députés assemblés à Hermione et jeta la division dans leurs rangs; les insulaires se séparèrent alors des autres, en suivant Kontouriotis qui, sur ces entrefaites, avait découvert que le projet secret de Kolokotronis était de faire nommer Kapodistrias président de la Grèce, dignité à laquelle Kontouriotis croyait avoir les premiers droits. Au milieu de ces troubles, les pacificateurs anglais reçurent le plus efficace de tous les renforts. Lord Cocbrane, que les Grecs avaient appelé de leurs vœux ardents commeun autre Messie , qu’on avait bien trop longtemps attendu en vain et qu’on avait peu à peu complètement désespéré mars, de voir arriver, débarqua à Hydra *, d'où il se rendit ensuite à Àigina. Enveloppé dans une obscurité mystérieuse, il avait, pendant plusieurs mois, rôdé dans la Méditerranée pendant qu’on attendait inutilement les vaisseaux anglo-américains , pour se rendre ensuite dans l’automne précédent, à Marseille et à Genève, où il s’était mis en rapport avec Eynard. Le comité de Paris avait fait en faveur de lui, l’Anglais, le plus brillant de tous ses efforts, en achetant pour lui, au prix de 260,000 francs, le brick le Sauveur, armé de dix-huit canons, et en épuisant, en outre, toutes ses ressources, afin de pouvoir lui donner la somme de 355,000 francs qui, pour les premiers temps après
1 Lettre adressée à la commission législative, en date du 8 février 1827. MS.
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son entrée en scène, devait le mettre à l'abri de toute vexation de la part du gouvernement grec. De tous les côtés, on lui envoya, pour le saluer, des adresses et des députations pleines d’enthousiasme. Kolokotronis délégua le comte Metaxas pour le recevoir. Mais lord Coehrane parla le même langage, empreint d’une précision hautaine, que ses compatriotes Church et Hamilton. Il répondit aussitôt à l’adresse envoyée par le congrès d’Hermione, « qu’il était profondément affligé de voir que les représentants du peuple et les primats gaspillaient leur temps dans des discordes, pendant que les ennemis s’avançaient en ravageant le pays. Que si Démosthènes vivait encore, ils entendraient de sa bouche la première Philippique; ils devraient la lire devant toute l’assemblée, afin d’apprendre ce qu’ils avaient à faire. »> La crainte de perdre aussi l’assistance de lord Coehrane fit fondre la glace et imposa silence aux sentiments de haine dans les cœurs des députés : les deux assemblées tombèrent d’accord de se réunir sur les ruines de Troizen (Trézène), où elles ouvrirent* leurs séances * avril, dans un jardin de citronniers du village de Damala.
Nous passons sous silence, comme nous l’avons fait pour les autres assemblées, les nombreuses résolutions touchant les finances et la guerre, la constitution et l’administration, qui passèrent sans avoir de suites ; nous ne nous occuperons que des choses les plus importantes.
Un décret déclara que l’État indivisible de la Grèce était composé de toutes les éparchies où l’on avait pris les armes; on voulut ainsi aller au-devant de tous les bruits calomnieux qui auraient pu prétendre que l’assemblée voulait, en faveur du Péloponèse, en séparer la Grèce continentale. On maintint les bases de la convention sur laquelle on était demeuré d’accord, en se proposant pour but la médiation de l’Angleterre. Les dispositions sur la nouvelle il. 21
condition de Tannée, de la marine et du gouvernement eurent une influence immédiate et pratique. Lord Cochrane
* io avril, prêta serment* comme amiral devant rassemblée; le brave
Miaoulis, auquel la flotte grecque devait presque toute sa gloire, se montra, à ce moment, tel qu'il avait été toujours, d’une modestie et d’une abnégation extrêmes et fidèle à lui-même aussi bien sous le rapport de la politique que de la moralité : avec une sincérité et une loyauté entières, il quitta le poste de navarque pour reprendre le rang de simple capitaine de vaisseau. Kolokotronis ne se subor-* donna pas avec la même sincérité è Church qui, peu de
*i5 avril, jours après*, s'engagea formellement au service de la Grèce. Le vieux klephte ne s’était pas opposé à ce que ces
> deux Anglais entrassent dans leurs fonctions périlleuses,
dans lesquelles personne, sans excepter les indigènes, n’avait encore réussi à obtenir de la puissance ; il s’y était même prêté , afin d'obtenir ensuite , avec d’autant plus de certitude, qu’on mît à la tête du gouvernement l'homme de
* 7 avril, son choix. Lorsque les Onze se démirent* de leurs fonc-
tions , tous les députés , rendus plus circonspects par une longue expérience, étaient d’accord qu'il fallait confier le pouvoir exécutif à un seul homme. Mais lorsque le nom de Kapodistrias sortit de l’urne, les partisans de Kontouriotis se précipitèrent, en pleine révolte, hors de l'assemblée. Cependant l’extrémité à laquelle la Grèce était réduite, et l’absence de meilleurs conseils, la confiance vague du peuple dans ce nom , la discorde qui régnait dans le parti opposé entre Kontouriotis et Zaïmis et leurs partisans, tout cela força les Grecs à en revenir toujours à Kapodistrias; et cependant, il n’y avait que deux ans, il avait sufti h un bienfaiteur de la Grèce, tel queVarvakis, de le proposer seulement comme chef du gouvernement, pour perdre aussitôt la faveur et la reconnaissance de tous ses concitoyens.
en 1826 et 1827.
On pesa les noms de tous les indigènes, et on les trouva tous usés. Kolokotronis leurra ses compatriotes , en leur représentant la nécessité d’élire un régent , afin de prouver aux Anglais l’indépendance des Grecs. Les deux chefs anglais parlèrent eux-mêmes en faveur de ce choix, qu’ils supposaient peut-être ne devoir pas être accepté par les Grecs. Kolokotronis gagna à ses vues, dans cette question très-importante, jusqu’à Hamilton. Peu de mois seulement auparavant, il avait dit au commodore qui voulait le sonder : « qu’il n’était pas avantageux de nommer un sujet russe, puisque les Grecs dépendaient de l’ Angleterre qui leur promettait sa protection. » A ce moment dont nous parlons, Kolokotronis se rendit à Poros, pour savoir qui serait celui que Hamilton conseillerait de prendre pour régent, puisque Ghurch et Cochrane avaient été placés h la tète des forces armées. « L’Angleterre, lui demandat-il, nous donnera-t-elle un roi ou un régent? — Non! —
La France, la Russie, la Prusse, Naples, l’Espagne le feront-elles? — Non! Cherchez un Grec! — (Hamilton aurait conseillé de prendre Mavrokordatos.) Nous n’avons pas de Grec plus digne que Kapodistrias! » A ce nom, Hamilton fixa les regards sur son interlocuteur et lui rappela ce que lui, Kolokotronis, lui avait dit tout récemment. « Eh bien! répondit le chef klephte, c’est vrai; mais les temps ont changé; l’Angleterre est notre refuge; nous avons maintenant des commandants anglais à la tête de nos forces de terre et de mer; nous accepterions volontiers aussi un régent anglais; mais vous dites vous-même qu’il n’y en a pas! — Prenez Kapodistrias, dit alors Hamilton, ou qui diable vous voudrez, puisque autrement vous êtes perdus! »
— Kolokotronis avait donc obtenu ce qu’il voulait. Dès lors, il n'eut pas de difficulté à déterminer ceux qui hésitaient encore. Kapodistrias fut élu * président de la Grèce pour la * *»