‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 22 sur 48 · I.A guerre · texte numérisé non relu

I.A guerre

durée de sept ans. Le choix des membres du gouvernement provisoire institué, pour le temps de l'intérim, jusqu'à l'arrivée du président, était de mauvais augure. On nomma une commission exécutive de trois membres, qui avait à sa tête le beïzadé Georgios Mavromichalis, homme de mœurs dissolues, et un de ceux qui avaient travaillé avec le plus de zèle à l'élection du comte, mais qui, plus tard, allait causer sa ruine. Ses collègues étaient deux hommes entièrement nouveaux : l’un était le Psariote Milaïtis, dont la réputation était encore plus fâcheuse que celle du beïzadé, et l'autre, Ioannis Nakos de Levadia, dont le peuple riait comme d"un vrai sot et d‘un imbécile. En même temps qu'on envoya sa nomination à Kapodistrias , on adressa un appel aux peuples chrétiens pour leur deman-

• der leur assistance et pour exprimer la reconnaissance de

la nation grecque au roi Louis de Bavière, à Canning, à Eynard et aux philhellènes.

Loni coehran*. L’autorité des commandants anglais et, en dernier lieu.

Tentatives faites # ”

Fwropoiïébl°qner Par0^e puissante et redoutée de lord Cochrane avaient ainsi réussi à rétablir, pour le moment, la tranquillité dans l’intérieur de la Grèce. Ce sauveur cependant n’était pas venu apporter seulement la paix, mais aussi l'épée. C'était dans sa personne que le philhellénisme semblait se faire fort, non-seulement d apaiser la guerre civile, mais encore de terminer la guerre de l’insurrection. On avait fondé les espérances les plus extravagantes sur les exploits futurs de ce marin qui, en quelques expéditions navales et, pour ainsi dire, eu se jouant, avait fondé et consolidé un empire au Brésil; l’amiral lui-même ne se faisait pas faute d'augmenter encore l'impatience déjà si vive avec laquelle les Grecs s’attendaient à lui voir faire des merveilles. Avant son arrivée, on avait publié une lettre pleine de jactance, adressée par lui à Méhmel-Ali; on avait élevé

Digitiz

des doutes sur son authenticité ; mais Cochrane lui-même avoua l’avoir écrite. Il y invitait le vice-roi à ouvrir un champ plus noble à ses forces, à protéger l’industrie, les arts et la culture intellectuelle dans son pays, et à unir des océans lointains. « Il serait glorieux de l’aider dans de telles entreprises, comme il était ignominieux de tolérer sa manière d'agir actuelle. 11 jetait le gant, disait Cochrane, à tous ceux qui travaillaient à éterniser la bar- . barie. » Arrivé ensuite en Grèce , l'amiral disait dans des proclamations d’une emphase fanfaronne que l'empire byzantin renaîtrait et que le drapeau grec serait arboré sur l'église de Sainte-Sophie! On peut s’imaginer combien ce langage était propre pour disposer les* Grecs , heureux d’entendre parler dans de telles hyperboles, à croire toutes les merveilles que, dans leurs rêves, ils voyaient déjà accomplies par l’amiral. 11 avait été précédé par quelquesunes de ces redoutables armes navales qu'on avait attendues depuis si longtemps, mais qui, une fois arrivées, n’avaient pas peu contribué à enivrer d’avance les cœurs des Grecs des plus folles espérances. Au mois de septembre, le capitaine Hastings avait fait son apparition devant Nauplie, avec le vapeur ta Persévérance (Kaprepta) , et les paysans grecs se racontaient que la vapeur avait poussé le bâtiment jusque sur le sommet du Palamidi. Puis, au mois de décembre, Kontostavlos était venu de New-York avec la belle frégate l’JIcllas. Ensuite lord Cochrane y avait ajouté lui-même son propre schooner et le brick le Sauveur ; il avait, en même temps, apporté les provisions les plus précieuses en argent, en munitions et en vivres, qui tirèrent les Grecs des plus grands embarras du moment, et qui furent aussitôt employées à payer la solde des troupes, à réparer les vaisseaux, à construire des brûlots et à acheter des munitions de guerre de diffé-

LA GUERRE

rente nature. Eu effet, la manière dont lord Coehrane commandait aux Grecs de taire la guerre n'était pas moins dictatoriale que le langage avec lequel il leur avait ordonné de faire la paix entre eux. Étant obligé au comité de Paris des secours qu'il t*n avait reçus, il crut que c'était pour lui une affaire d'honneur et son premier devoir de dégager, l épée à la main, Fabvier qui se trouvait, à l’acropole, dans une position périlleuse. C’est pourquoi, avec le désir ambitieux d'obtenir un succès immédiat et

avec une impétuosité insensée , il insista sur ce qu'on commençât aussitôt cette entreprise dont on n'aurait pu guère manquer le but, si l'on s'y était pris avec plus de prudence. Depuis son arrivée, il n'avait cessé de tonner contre les Grecs qui gaspillaient follement leur temps dans des assemblées nationales. Dans une seconde lettre,

adressée au congrès, il avait insisté sur la nécessité de débloquer Athènes, ce qui était pour lui la seule chose indispensable. Après avoir essuyé de nouveaux délais, il avait menacé de son départ, s'il ne recevait pas une réponse satisfaisante le jour même où il avait écrit cette

lettre : on avait dù lui promettre tout ce qu'il avait demandé. 11 est vrai que su place aurait été près des Dardanelles, d’où la flotte turque devait partir prochainement. Mais il ne pensait qu’à cette seule expédition d’Athènes où, sur un élément et sur un sol étrangers, il devait combattre un ennemi étranger avec une armée étrangère.

Déjà, avant que Coehrane eut fait ces demandes impétueuses, et même avant qu'il fût arrivé, le gouvernement de Zaïmis avait fait encore une tentative pour débloquer l’acropole, dont le sérûskier avait continué de faire le siège avec une patience et une régularité très-grandes. L’arrivée de Fabvier n’en avait pas beaucoup fortifié la défense, car ses hommes, qui n'avaient pas été préparés à

un plus long séjour, et dont les vêtements étaient trop légers, avaient gagné des fièvres, par suite des froids de l’hiver; ils avaient peu à peu succombé, et il ne restait plus qu’un cinquième de la troupe. Se rappelant les avis de Stratford Canning et désireux, à ce qu’il paraissait, de consolider son gouvernement vacillant par un fuit d’armes éclatant et vigoureux, Zaïmis avait, à l'aide des secours pécuniaires donnés parles philhellènes", réuni à Eleusis * Fia <i« jauritr une division de cinq mille hommes pour dégager la citadelle d'Athènes; elle devait d'abord occuper le port du Pirée et se séparer, dans ce but, en deux corps, dont l'un ferait d'Eleusis une diversion contre Chassia et Menidi. tandis que l’autre, commandé par le colonel Gordon, débarquerait au Phaleros (Phalère). En vain les officiers des philhellèhes, instruits par l’expérience faite à Chaidari, avaient-ils recommandé de se borner simplement à empêcher l’arrivage des convois au camp turc, en conseillant d'éviter toute lutte ouverte et surtout d'abandonner cette opération séparée si imprudente contre les forces supérieures de l’ennemi : on entreprit malgré tout cette expédition d'après le plan qui en avait été tracé1. Le mouvement fait au pied du Parnasse par l'un de ces deux corps, sous la conduite de Vassos et du Céphalonien Bourbachis, qui venait de quitter, à ce moment même, le service militaire en France pour rentrer dans sa patrie, y attira le séraskier, donnant ainsi à Gordon le temps et la liberté nécessaires pour débarquer dans le port du Phaleros". * s férrier.

Il n'v avait d'autres ennemis dans les environs que sept • cents Chèques occupant Hagios-Spyridon, le couvent du Pirée, que les Grecs bombardèrent avec leurs navires mouillés

* Cf. Fr. Millier, Denkwürdigkeiten ans Criechenland (Mémoires lie Grèce). Paris, 1833, p. 28.

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