‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 23 sur 48 · LA GU EH UE · texte numérisé non relu

LA GU EH UE

* 3 février.

• 7 février.

• 8 février.

• 10 lé7rcr.

♦Il février.

dans le port, en même temps qu'ils firent quelques faibles essais de le prendre d’assaut du côté de la terre; mais tout fut en vain. Pendant ce temps, l’autre corps, fort de trois mille cinq cents hommes, s’était avancé jusqu’à Chassia*, d'où il s'était rendu à Kamateros, près de Chaïdari, sur le bord de la plaine d’Athènes*, où, contrairement aux conseils des capitaines expérimentés, Bourbachis poussa les Grecs à livrer bataille, et descendit dans la plaine, en lais^sant Vassos derrière lui. Ce fut là que Rechifl, tout en occupant les Grecs restés au Phaleros par des escarmouches de peu d'importance, attaqua* Bourbachis avec deux mille fantassins et six cents cavaliers; le général turc mit en fuite l’avant-garde grecque, le commandant y fut tué luimême et le corps principal se laissa entraîner dans la fuite générale sans que rien pût l’arrêter. Ensuite Rechid.se jeta * avec quatre mille hommes sur le Pirée et attaqua la position que les Grecs y occupaient sur les hauteurs fortifiées de Kastella (Mounychia), position que jadis, dans la guerre du Péloponèse, les Spartiates avaient occupée, afin de réduire Athènes, et dont Thrasibule s’était emparé pour attaquer les trente tyrans. Les Athéniens, commandés par Makriyannis, se trouvaient à l’aile droite, protégée par des marais, dans une .position presque inaccessible ; le centre était occupé par Noteras, tandis que l’aile gauche était commandée par Kalergis, qui était exposé davantage, mais couvert par le feu des vaisseaux mouillés dans le port. On y répara, dans une certaine mesure, l’échec de Kamateros par une lutte de cinq heures, où le bateau à vapeur de Hastings et le vaillant Makriyannis contribuèrent* le plus à repousser les Turcs. Dès lors le séraskier renonça au projet de s'emparer de vive force de la position de Kastella; mais il fortifia davantage ses retranchements près du couvent et sur les bords de lllissos, tout en

harcelant les Grecs, tous les jours, par le feu de ses canons et en menaçant leurs approvisionnements. Le gouvernement grec, de son côté, après avoir vu échouer toutes les tentatives faites pour débloquer Athènes, revint alors au projet qui lui avait été recommandé d’abord, et résolut, au contraire, de couper les vivres aux assiégeants. Miaoulis, avec un corps de troupes de débarquement sous les ordres de Heidegger, devait faire une tentative contre Oropos, tandis que Kolettis, avec des Thessalo-Magnésiens, reçut ordre de se diriger sur Talantion; mais les deux entreprises échouèrent *. Heureusement le courage abattu des Grecs fut relevé à ce moment par le retour de Karaïskakis qui, sur les vives instances du gouvernement', revint à Eleusis et prit ensuite une position près de Keratsini, à l’ouest du Pirée. Le séraskier l'y attaqua' en vain; mais il réussit à maintenir les deux camps grecs du Pirée et de Keratsini séparés l’un de l’autre, jusqu’à l’époque où Cochrane pressa les Grecs de faire en commun un grand effort pour délivrer l’acropole.

Le philhellénisme qui, par ses secours moraux et pécuniaires, avait si bien mérité de la Grèce, engagea, à cette occasion, encore une fois ses ressources militaires, bien que jusqu’alors les résultats en eussent été toujours si désastreux. Jamais encore les philhellènes n'avaient mis en campagne tant d’illustrations militaires qu’a ce moment, où un amiral célèbre dans tout le monde, où un général en chef d’un grand mérite et un commandant vaillant, comme celui qui défendait l’acropole assiégée, devaient coopérer avec d’autres officiers expérimentés, tels que Heidegger et Gordon. Les dangers qui menaçaient l acTopole et la confiance avec laquelle tous regardaient sa délivrance comme certaine, furent cause que, cette fois, tout le monde courut prendre les armes. Cette circon-

• Commencement de mars.

• il mars.

f 16 mars.

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stance aurait du rendre les chefs des philhellènes d'autant plus prudents, car on savait par une longue expérience qu'avec 1 absence de tout esprit vraiment militaire et national parmi les Grecs, les affaires marchaient d'autant plus mal qu’ils étaient rassemblés en plus grand nombre et que chacun d'eux croyait pouvoir se reposer sur les autres. Jamais le Péloponèse n'avait encore été aussi disposé à écouter l'appel que lui adressaient les habitants de la Grèce continentale. Les Noteras, tiennaios Kolokotronis, Sissinis et les deux frères Pctmezas avaient rejoint l’armée de l'Attique, qui atteignit le nombre de dix mille

• 2* mit. combattants'. Avant qu'on se décidât à attaquer immédia-

tement Reehid-Parha, suivant le désir et sur l’impulsion de lord Cocbrane, on délibéra encore une fois sur les propositions de ceux qui conseillaient une plus grarule prudence. L'opinion de Ghurch fut que, par une diversion en Albanie, il faudrait détacher les Albanais du séraskier. Karaïskakis fut d'avis qu’il fallait occuper les Thermopyles et Oropos, tandis que le colonel Gordon conseilla de se maintenir en possession du Pirée et d'opérer conjointement avec le corps d’armée principal dans le canal d'Eubée. Mais dans une entrevue de lord Cochrane et de Ghurch

* i9 avril, avec Karaïskakis à Keratsini', l'amiral insista sur ce qu'on

délivrât l’acropole en attaquant directement le pacha; il planta un drapeau dans la terre en promettant 4,000 francs à celui qui l'arborerait sur l'acropole, et 40,000 francs à tous les autres qui tenteraient cette entreprise. La confiance aveugle que sa présomption fanfaronne avait inspirée à ce peuple crédule lui donna aussi au conseil des chefs une prépondérance que nul ne pouvait vaincre; il n eut donc pas beaucoup de peine à faire adopter son opinion, et retourna à bord de sou navire, emportant avec lui les éloges des capitaines. On avait seulement donné ordre

en 1826 et 1827.

à Hastings de se rendre, avec une escadre détachée, dans le golfe de Volo, afin d’empêcher les communications entre les ennemis. Dès qu’il y parut *, ce vaillant marin y prit ou détruisit, avec ses hommes bien disciplinés, huit bâtiments turcs chargés de blé dans le port de Volo; il incendia, à l’aide des boulets rouges de sa Karteria , un brick de guerre près de Trikeri, et détruisit un dépôt d'approvisionnements établi à Koumi en Eubée : tout cela fut fait avec tant de bonheur, une si grande rapidité et si peu de pertes* qu'il semble hors de doute qu'en acceptant les propositions de Gordon on aurait nécessairement forcé les Turcs à lever le siège de l'acropole.

1/ amiral avait pris à son service particulier et à sa solde douze cents Hydriotes et Cretois qui! fit débarquer* dans le port du Phaleros sous les ordres d'un de ses parents, le major Urquhart. Se joignant ensuite aux Athéniens sous* les ordres de Makriyannis, ces troupes avaient livré tous les jours des combats aux Turcs. Un jour*, il y eut même une lutte très-opiniâtre, pendant laquelle Cochrane, qui se trouvait fortuitement à terre, accourut* à la tête de la troupe de Kolokotronis, au secours des siens. Enthousiasmés par son exemple, tous les autres Grecs affluèrent aussi du Phaleros et de Keratsini pour prendre part au combat; ils prirent d’assaut les retranchements élevés récemment par les Turcs autour du couvent de Hagios- Spyridon, et rétablirent, par ce coup hardi, les communications entre les deux camps grecs qui formaient dès lors une ligne continue depuis le Phaleros jusqu' au mont Korydalos. Ravi de ces succès, Cochrane disait ce jour-là dans une de ses lettres : « que de ce moment datait une nouvelle époque dans le système militaire de la Grèce! * et il se fit fort de débloquer le lendemain l’acropole* si les Grecs combattaient comme la veille, karaïskakis, de même

* 20 avril.

* 20 avril.

25 avril.

LA GUERRE

que Church, connaissant bien les armées grecques, conseillèrent encore à ce moment de ne pas risquer aussitôt tout ce qu'ils avaient obtenu, et de ne pas mettre tout l’enjeu sur une seule carte, et ils insistèrent sur ce qu’on

• î6 tvrii. s’emparât préalablement aussi du couvent. Le lendemain*,

on donna donc, du côté de la terre et de la mer, l’assaut à Hagios-Spyridon, en le bombardant en môme temps; mais les Chèques, bien qu’ils ne fussent pas soutenus par le séraskier, se défendirent, dans ce bâtiment délabré, avec un tel courage héroïque que l’amiral comprit qu’il avait là devant lui d’autres ennemis que ceux qu’il avait combattus à Baliia et à Pcrnambouco. Après des négociations infructueuses qui eurent lieu pendant la nuit, Cochrane poussa, le lendemain, à un nouvel assaut ; mais les Grecs le refusèrent comme une effusion de sang inutile. Du reste, * les Ghèques, dans leur position difficile, furent bien obligés de rouvrir les négociations, et Church profita de l'absence de l’amiral, qui s’était retiré en boudant, pour ac-

♦ 27 avril, corder* aux ennemis les conditions que Cochrane leur avait

refusées la veille.

Lorsque les Chèques eurent livré leurs drapeaux à Karaïskakis et qu’ils se mirent en marche pour se rendre, en bon ordre, au camp du séraskier, des milliers de Grecs se précipitèrent dans le couvent afin de le piller ; mais n’y trouvant pas ce qu’ils cherchaient, ils suivirent les Albanais qui s’étaient mis en route, et donnèrent le signal d’une attaque générale, violant ainsi la foi jurée. Ce fut en vain que Karaïskakis s’efforça d’arrêter ce carnage ; lorsque les Ghèques poursuivis parvinrent jusqu’aux derniers retranchements grecs, occupés par Kostas Botsaris et par Nikitas, ces chefs aussi firent des efforts honorables pour retenir ceux qui poursuivaient les Albanais ; mais ils eurent à essuyer alors le feu des avant-postes turcs qui tiraient.

EN 1820 et 1827. 333

sans distinction, sur cette masse confuse d'amis et d’ennemis. Cet événement produisit un désaccord fâcheux entre les chefs grecs et les chefs des philhellènes et fit éclater de nouvelles discordes entre eux. Cochrane était furieux de colère et de honte ; Church se retira pendant quelque temps sur son schooner ; Gordon, plein de mécontentement, quitta avec d'autres philhellènes les rangs des Grecs, comme il l'avait fait déjà une fois après les atrocités commises à Tripolitsa. Karaïskakis tomba malade par suite des efforts surhumains qu'il avait faits. Comme quelques soldats de Ioannis Notaras avaient été parmi les meneurs, les ennemis de ce capitaine, les Kolokotronis, provoquèrent des poursuites contre lui, ce qui fit naître de nouveaux ressentiments parmi les Péloponésiens. Mais ce qu'il \ avait de plus fâcheux, c'était que dans tout ce chaos, le dernier mot restait toujours à l'amiral qui, par son entêtement, par sa suffisance arbitraire et même par son manque d'intelligence, rivalisait avec tous les indigènes. Toujours prêt à menacer les Grecs de son départ, il était parvenu, dès le commencement même, à usurper, pour ainsi dire, outre le commandement sur mer, aussi toute la direction suprême des forces de terre. « Là où je commande, disait-il, tout autre commandement doit cesser. » De la sorte, il poussa avec d'autant plus d’énergie, après la chute du couvent, à une attaque immédiate du camp ennemi , soit pour obtenir que les Turcs levassent aussitôt le siège, soit pour soulager du moins les défenseurs de l'acropole en les relevant et en les ravitaillant. Dans ce but, il voulut qu’une division de l’armée débarquât au cap Kolias et que, en laissant de côté le bois d’oliviers, elle traversât la plaine entièrement dépouillée d’arbres où la cavalerie ennemie pouvait déployer . toutes ses ressources contre la colonne, pour pénétrer ensuite dans l'acropole.

l,A GUERRE

* 3 mai.

Chntf de l'acropole.

• 4 mai.

Celte folle entreprise fut en vain combattue par Karaïskakis qui, avec une grande intelligence, lui opposa sa connaissance des choses et de la localité, et qui conseilla, au contraire, de s’avancer prudemment du côté ouest, en profitant du terrain avantageux qu’offrait le grand bois d’oliviers, où, par des travaux de longue haleine, on avait élevé peu à peu toute une série de retranchements et où l’on avait repoussé les ennemis presque de toute la ligne, depuis l'entrée du bois jusqu’au Pirée. Les capitaines délibérèrent* sous la présidence de Karaiskakis. Makrivannis fut seul de l’avis de Cochrane ; néanmoins, la volonté de l’amiral dut être faite. Tout le monde devait se tenir prêt pour le lendemain où, disait le marin plein de jactance, on dînerait dans l’acropole.

A droite de la route qui conduit du Pirée à Athènes, entre le port du Phaleros et le cap Kolias, il y avait, du côté de la mer, trois redoutes turquès ; la plus forte, celle qui était la plus voisine du Phaleros, était une étable, contre laquelle des Crétois ivres firent une attaque* sans en avoir reçu l’ordre. Bientôt il s’engagea un combat sur une longue ligne, auquel les ennemis accoururent prendre part des deux côtés. Karaiskakis, malade, était au lit ; mais il monta à cheval et se rendit au milieu de la mélée ; il y fut mortellement frappé par une balle , lorsqu’il exhortait les Grecs à se retirer. Transporté à bord du schooner du général en chef, il y mourut le lendemain matin , dans des douleurs atroces, mais après avoir pu, avec une lucidité d'esprit entière, satisfaire à ses derniers devoirs. Ainsi s’évanouit le dernier espoir de ce peuple agonisant. Les ennemis eux-mêmes avaient dit, duns leur admiration:

« Les Turcs n'ont qu’un seul Rechid ; les Grecs n’ont qu'un seul Karaiskakis ; ce sont deux lions qui luttent : lequel terrassera l'autre ? * La veille de sa mort, lorsque

en 1826 et 1827.

Cochrane réunit les capitaines encore une fois autour de lui et qu'on n’y entendit plus la voix de Karaïskakis, le silence morne du découragement régna dans ce cercle. Sur la demande de Cochrane s’ils étaient prêts pour le lendemain, tous les chefs se turent ; lorsqu’il répéta sa question, ils répondirent : « Non ! > en ajoutant que leur armée était en désordre, que tous espéraient ne pas être séparés de leur chef, tant que son âme n'aurait pas quitté le corps.

Plein de colère, l’amiral retourna à bord de son vaisseau en menaçant les Grecs encore une fois de son départ. Alors ils se soumirent à sa volonté. Le lendemain matin', les * s»>i. capitaines, réunis dans la tente de Vassos en présence du général en chef, décidèrent que le corps principal, fort de sept mille hommes, s’avancerait le jour suivant, sous la conduite de Kitsos Tsavelas, par le bois d’oliviers, tandis que les trois mille hommes, destinés à se rendre au cap Kolias, s’embarqueraient dans la soirée, pour mettre pied à terre pendant la nuit. Le général en chef conduisit cette division à sa destination ; mais il resta à bord de son navire et laissa les différents chefs débarquer et placer leurs soldats suivant qu'ils l'entendaient et sans exercer son autorité sur eux ; l'amiral aussi, montrant toujours une confiance égale à celle du général, ne se mêla pas non plus de ces mesures prises sur terre. Munies seulement de quelques fascines et pourvues d’un matériel très-insuffisant dont on voulait se servir pour se protéger, par des levées de terre, contre les attaques de la cavalerie ennemie, les colonnes grecques partirent du cap Kolias et s'avancèrent vers la colline du Musée ; on ne leur avait même pas adjoint de la cavalerie, qui était là cependant indispensable.

Lorsque les premiers Grecs, tacticiens et Souliotes, eurent parcouru la moitié de la distance qui les séparait de la colline, les derniers hommes de la division étaient en-

336 LA GUERRE

core bien loin en arrière et près du lieu de débarquement ; la colonne en marche était distribuée en treize divisions ' séparées les unes des autres. Le séraskier hésita à les attaquer, dans b attente qu’il y aurait en même temps une attaque du côté du Pirée et une sortie des troupes de la citadelle; cependant il observa, avec sa cavalerie, le mouvement des ennemis, et envoya un corps d’infanterie prendre position vis-à-vis de l’avant-garde grecque qui avait élevé deux faibles redoutes construites à la main. Deux attaques de cavalerie contre les tacticiens et les Souliotes furent repoussées; mais, à la troisième attaque, les delhis pénétrèrent, à bride abattue, dans les retranchements imparfaitement exécutés, et en sabrèrent les défenseurs *. Les différents corps de l’arrière-garde qui suivaient se précipitèrent alors, dans une fuite désordonnée, vers la mer. Chupch, qui était parti de la côte pour suivre les troupes, et Cochranc, qui avait quitté son vaisseau, afin de ne pas se faire attendre trop longtemps au banquet triomphal de l’acropole, durent, pour se sauver, descendre dans la mer et la traverser jusqu’à leurs canots qui n’osèrent pas approcher de la côte, de peur d’être attaqués par les ennemis. Tous auraient été infailliblement perdus, si le feu des vaisseaux n'avait pas balayé la côte jusqu’à une grande distance et qu’il n'eût ainsi arrêté les delhis dans la poursuite. Ce ne fut que pendant la nuit que les chaloupes s’approchèrent de terre, afin de recueillir les masses des fuyards. Beaucoup des meilleurs soldats étaient tombés victimes de l'absurdité de cette entreprise de Cochrane et de la négligence dont le général en chef avait fait preuve dans l'exécution du projet. Mille combattants des plus vaillants avaient péri ; de cent quatre-vingt-six tacticiens qui étaient

* Cf. Finlay, t. Il, p. ioO.

KN 1826 f.t 1827.

partis, cent cinquante-six avaient succombé, ainsi que vingt-deux philhellènes sur vingt-six ; deux cent quarante prisonniers furent décapités, pour venger les Albanais, trahis après la reddition de Hagios-Spyridon. Parmi les chefs, Georgios Tsavelas, Veïkos, loannis Notaras, le colonel Inglessis et Doussas étaient restés sur le champ de bataille ; Drakos et Kalergis, ce dernier après avoir été blessé grièvement, avaient été faits prisonniers, au moment où les Turcs s’étaient emparés de la première redoute ; Drakos mourut pendant qu’on le transportait en Eubée; Kalergis fut échangé plus tard ; mais il revint avec une jambe brisée et une oreille de moins. Si, à ce moment de la première consternation, les Turcs avaient attaqué le camp grec avec toutes leurs forces, ils auraient achevé la défaite de leurs ennemis. Immédiatement après la bataille, les Moréotes retournèrent à l’isthme. Trois jours plus tard, l'armée, près des ports où Church dut concentrer ses forces, était réduite au nombre de trois mille cinq cents hommes. Tout le monde se sauva.

On n’avait fait ni le mouvement qui , suivant la convention entre les chefs, devait partir du Pirée, ni la sortie à laquelle on s’attendait de la part des assiégés. Au Pirée on n’avait plus Karaîskakis, et à l’acropole Fabvier était paralysé par l’état de choses autour de lui, ainsi que par le mécontentement qui s'était emparé de son esprit. Lorsque Church avait été nommé général en chef, Fabvier avait compris qu’on ne l’avait envoyé se jeter dans la citadelle d’Athènes que pour faire place au général anglais, et que Kriëzotis avait reçu l’ordre de ne pas l’en laisser sortir. Cochrane, auquel il importait avant tout de sauver Fab- .vier, engagea le capitaine de la frégate Junon , Le Blanc, à essayer d’obtenir, par son intermédiaire, une capitulation, à laquelle Church, convaincu que l’état des assiégés

LA GUERRE

devait être désespéré, donna son consentement. Lorsque Fabvier reçut le projet de capitulation, il déclara, dans sa mauvaise humeur, que sa présence dans l’acropole n’était qu'accidentelle et que d’autres auraient à décider ; mais les Grecs, pleins de jactance, et par la seule raison qu’ils redoutaient que les Turcs ne se vengeassent des atrocités commises le 28 avril, rejetèrent deux fois les propositions

Mimai, de capitulation, même lorsque Church leur ordonna* de les accepter. Mais ces Hellènes de l'Est étaient bien loin de se montrer les égaux des défenseurs de Missolonghi , bien qu’ils se fussent fait fort de les imiter. Dès que le gé-

* *7 mai. néral en chef eut quitté* le port du Phaleros qu’il avait •

occupé pendant quelques semaines, s’attendant tous les jours à recevoir la nouvelle que les puissances avaient pris une décision, la garnison de l’acropole demanda elle^ même aux commandants des escadres européennes, en station près d’Aigina, de vouloir bien intervenir. Un heureux

* 5 jnin. hasard permit à l’amiral de Rigny d’obtenir* pour la gar-

nison une retraite honorable avec armes et bagages. Le bruit s’était répandu qu" Ibrahim-Pacha arrivait avec son armée de l’istlnne ; alors le séraskier accorda tout ce qu’on demandait, de peur que le général égyptien ne lui volât les honneurs que lui promettait la prise d’Athènes, comme il l’avait fait devant Missolonghi.

Church éprouva des regrets amers lorsqu’il fut alors détrompé au sujet de l’état des choses dans l’acropole et qu’on commença à mieux savoir quelle avait été la véritable position de la garnison. Celle-ci avait eu à souffrir, à la vérité, les plus grandes privations, par suite de la disette de viande et de bois,, et de l’absence de tout abri; mais elle avait encore du blé pour quatre ou cinq mois. Si l’on s’était maintenu avec la persévérance résolue des défenseurs de Missolonghi, on aurait vu dans un mois un ehan-

en 1826 et 1827.

gement dans les affaires diplomatiques, changement qui aurait assuré le salut de la Grèce, et dans six autres semaines on aurait vu apparaître les flottes des alliés qui auraient fait cesser l’effusion du sang! Le peuple était extrêmement irrité contre de Rigny, contre Church et Cochrane, contre Fabvier, qu’on était obligé de soustraire, à Poros, à la fureur de la multitude, en faisant semblant de le mettre en prison, et contre tous ceux qui avaient contribué à cette reddition précipitée. En effet, cette capitulation menaçait, sinon d’anéantir toute l’œuvre de la révolution, du moins de la détruire à demi et de briser honteusement les liens qui unissaient les différents membres du jeune peuple, liens qui avaient été fortifiés par le sang versé dans les luttes communes! Toute la Grèce continentale, reconquise par Karaïskakis, fut de nouveau perdue avec sa citadelle. Les capitaines se soumirent ou bien s’enfuirent dans le Péloponèse. Par un bonheur qu’on ne pouvait pas prévoir alors, Rechid-Pacha demeura, pendant l’été suivant, à Tlièbes dans l’inaction. Rien ne s’opposait plus alors à ce qu’il tondît la main à Ibrahim par-dessus l’isthme; mais, ou il ne le voulait pas, pour ne pas faciliter sa tâohe au général égyptien, ou il ne le devait pas, pour ne pas intervenir dans son pachalik, ou encore il ne le pouvait- pas, parce qu’il était obligé de licencier les Albanais devenus difficiles à manier. Qui aurait pu autrement prévenir la. ruine de la Péninsule? En effet, dès le commencement du printemps, Ibrahim y reprit de nouveau son œuvre de destruction et d’asservissement; on y voyait alors les chefs militaires indigènes et étrangers, divisés par la jalousie et la défiance, par les rancunes et les querelles, former deux camps hostiles, où tous se déchiraient les uns les autres ; on y trouvait un gouvernement plus pauvre de ressources morales que n’avaient été tous ceux qui l’avaient précédé, et

LA GUKRRF.

à ce moment même, plus que jamais, dépourvu de ressources matérielles; pour comble de malheur, la commission philhellénique elle-même y avait, à cette époque, 30,000 francs de dettes : Heidegger disait, dans une lettre en date du 31 mai, qu'il avait avancé son dernier écul Tel était l’état de choses au moment où l'on s’attendait au départ de la flotte turque, et lorsqu'on armait à Alexandrie une nouvelle flotte égyptienne : toutes les deux étaient destinées à porter à l’ile d’Hydra le coup mortel qui avait été différé si longtemps. Cette lie était le dernier boulevard dont la chute devait nécessairement consommer la ruine de la Grèce. Il est vrai que la reddition de l’acropole avait renouvelé en Europe la terrible impression qu’y avait causée la catastrophe de Missoloughi ; mais les secours des philhellônes auraient difficilement encore une fois été ce qu’ils avaient été en 1826. 11 était très-urgent qu’une puissance plus forte opposât une digue à la ruine qui approchait à grands pas. C’est ce qui arriva à la dernière heure. La forte impulsion que les sympathies de l'Europe, inspirées par le triste sort de ce peuple luttant pour sa liberté, avaient donnée à la politique lente et traînante, en aidant à l’amener à la demi-mesure qui avait abouti au protocole d’avril, cette impulsion, disons-nous, avait continué à exercer, pendant tout ce temps, une influence salutaire. On n’était pas encore arrivé, il est vrai, à agir promptement pour sauver la Grèce, cependant les diplomates continuèrent et achevèrent leur œuvre commencée, en grande partie, malgré eux et h contre-cœur. Le protocole qui, quelques jours avant la chute de Missolonghi, avait été signé par la Russie et par l'Angleterre, fut, peu de temps après la reddition d’Athènes, changé en convention formelle entre la Russie, l'Angleterre et la France.

A partir de ce moment, le centre de gravité de l’histoire

r.n 1826 kt 1827.

de cette révolution se déplace ; il n'est plus sur le théâtre de la guerre, mais on le trouvera dans les cabinets des diplomates. A cette époque, la modification effective dans l’état des choses arracha à la diplomatie l'aveu : que la question grecque « devenait de jour en jour plus étrangère à son ressort. » Toute énergie était paralysée dans le peuple grec, qui n’avait plus assez de vigueur pour se défendre lui-même ; personne ne s’attendait plus à voir les Grecs seuls décider les destinées de leur patrie; les faits matériels eux-mêmes ne marchaient plus qu'à la remorque de la diplomatie : la question grecque était dès lors réellement de son ressort. La phase dans laquelle Metternich avait le premier et tout seul désiré voir entrer les négociations diplomatiques, dans l’espoir d’v trouver un motif pour sanctionner « la seule manière correcte de procéder, » c’est-à-dire l'emploi de mesures coercitives contre les rebelles, cette phase-là n’était pas du tout arrivée. Dans la

première période effective qu’il y eut dans ces négociations, période dont nous avons raconté l’histoire et qui finit à Vérone, les puissances avaient résolu d’observer la neutralité et d’abandonner la Grèce à son sort. Dans la seconde période, celle des conférences de Saint-Pétersbourg, la Russie avait en vain essayé de dépasser cette neutralité et la révolution avait continué sa marche régulière. Une troisième période décisive commença avec le protocole du 4 avril 1826, par lequel les puissances devaient se porter médiatrices entre le sultan et ses sujets rebelles, « ré-

solution insoutenable devant le tribunal de la raison, >»

d’après l'opinion de Metternich ‘. Nous sommes donc forcé à nous placer principalement sur ce terrain de la diplomatie et de jeter seulement de temps à autre un regard sur

‘ Dépêche du prince Metternich au comte Zicliy à Berlin, du 20 mars 1827. MS.

LA TRIPLE ALLIANCE

la marche désormais infructueuse des événements en Grèce, de même que, jusqu’à ce moment, nous avions pris notre position sur le théâtre môme de la guerre, pour examiner, de ce point de vue et quand l'occasion s’en présentait, les mouvements jusqu’alors stériles de la diplomatie.

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