‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 26 sur 48 · I.A TRIPLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

I.A TRIPLE ALLIANCE

russes des soupçons sur les intentions du gouvernement français. « Le cabinet de Saint-Pétersbourg, disait-il, ne pouvait pas ne pas avoir remarqué dans la réponse faite par le gouvernement français, après la communication des documents de Londres, l'intention non avouée « d’enchaîner » la Russie en même temps que l’Angleterre. Au même moment, le grand-chancelier fit agir sur Yillèle pour le maintenir précisément dans cette même voie, et il lui inspira la pensée de demander, outre les garanties nécessaires pour le nouvel État grec, avant tout un traité garanl issant à la Turquie le maintien de ses possessions actuelles ! Mais tout cet ingénieux tissu de faussetés fut déchiré par l’empereur russe, qui avait profité des enseignements de l'expérience et qui, après avoir pénétré depuis longtemps le but et les desseins de la politique autrichienne, était enlin décidé ii les percer à jour. Le czar Nicolas fit donner les meilleures assurances à l’empereur François au sujet de l'appui qu’il lui prêterait contre les menées révolutionnaires1; il fit même une rude mercuriale à Lanning au sujet du langage révolutionnaire qu'il avait employé dans son disi janvier, cours sur les affaires du Portugal ! ; mais le jour même * oh cette dépêche partit pour Londres, Nesselrode adressa une seconde lettre secrète au prince Lieven 1 et, quelques jours après, une réponse directe à Vienne par laquelle il coupa court à la fois aux contre-propositions ouvertes de Metternich et à ses intrigues secrètes à Paris. Lorsque, dans les délibérations avec les ambassadeurs de Russie et d'Angle-

1 Dépêche adressée à Tatistschew, janvier 1827. Cf. Portfolio. I. IU, p. 282.

* Dépêche de Nesselrode, du 21 janvier 1827. Cf. Portfolio, 1. IV, p. 207.

s C.r. Portfolio, t. V, p. 439. Elle est plus complète dans le nonm'jui Portfolio, t .«nid res, 1843, t. H, p. 32.3.

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terre, Villèle mit, pour la première fois, sur le tapis la proposition de garantir l’intégrité de la Turquie, « comme indispensable pour tranquilliser une certaine cour, » Pozzo, qui ne savait pas si l’Angleterre n’y était pas pour quelque chose, ne voulait pas se prononcer tout de suite ; mais lord Granville lui délia aussitôt la langue, car il savait fort bien que Ganning était aussi peu disposé que la Russie à garantir une chose aussi impossible que la durée de l’empire turc*.

Pozzo écarta ensuite la proposition de Villèle d’une manière très-nette, et la dépêche secrète adressée à Licven, dont nous avons parlé plus haut, prépara cet ambassadeur à repousser cette idée avec la même netteté également à Londres, si elle venait jamais à y surgir. Il y était dit « que c'était un principe immuable de la politique russe de ne pas laisser s’établir entre la Russie et la Porte une espèce d'intervention des cours étrangères, telle qu'elle serait justifiée par une semblable garantie; la Russie avait besoin de la même influence prépondérante à Constantinople que celle que l’Angleterre maintenait au Portugal. Quelque peu que la Russie eût intérêt, ajoutait-on, à hâter la chute de l’empire ottoman, il y avait pourtant une grande différence entre l'absence de cet intérêt et un engagement formel de maintenir cet empire qui tombait si visiblement en décadence. » Au contraire, la proposition du cabinet français, de transformer le protocole en traité, fui acceptée par la Russie avec une promptitude à laquelle on ne s'était attendu ni à Vienne, ni à Berlin; le cabinet de Saint-Pétersbourg envoya un « canevas » à Lieven, en le chargeant de s’entendre à ce sujet avec Canning. La dépêche disait que les contre-propositions de l'Autriche étaient déjà « jugées d’avance » par une longue expérience. Cette même

• Gf. Canning and his Unies, p. iX(i.

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déclaration , conçue dans un langage qui ménageait assez î« jinrier. peu les termes, fut adressée” directement aussi il Vienne*.

On disait « que la Russie ne s’opposerait certainement pas à une pacification entreprise spontanément par le sultan, pourvu toutefoisque les concessions de la Portefussent placées sous une garantie sans laquelle elles devraient paraître illusoires aux yeux des Grecs. Cependant il s'agissuit moins de la forme de ces concessions que des concessions elles-mêmes. Les Grecs avaient accepté à peu près les articles du protocole ; mais il n’y aurait que les moyens les plus énergiques, les menaces, les mesures coercitives, et ces dernières mbne plus étendues que celles sur lesquelles onétail jusqu’alors tombé d’accord, qui pussent amener aussi la Porte à accepter ces articles, puisque le sultan avait toujours résisté à toutes les démonstrations purement diplomatiques. Ces considérations, ajoutait-on, méritaient une attention d’autant plus grande que la France proposait, à ce moment, de donner au protocole un caractère plus solennel. L’empereur approuvait cette proposition, mais il ne le faisait qu’à la seule condition qu’on serait décidé à ne pas s’arrêter à des demi-mesures. » Dans la dépêche mentionnée plus haut, qu’on avait envoyée à Londres, à Lieven, le cabinet russe avait donné déjà une forme plus concise à cette condition : on insistait sur ce que les trois puissances, après avoir transformé le protocole eu traité, fixassent, dans leurs propositions, un terme précis à l’expiration duquel la Porte ferait connaître ses résolutions, et que les flottes ' alliées, observant une attitude « d'hostilité négative, » empêchassent Ibrahim-Pacha de recevoir de nouveaux renforts dans la Morée. — On voyait, par toutes ces démarches, quel zèle la Russie déployait pour continuer à battre le fer

* Dépêche adressée il M. de Talistsrhew. Saint-Pétersbourg , 2ti janvier 1827. MS.

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pendant qu’il était chaud. Néanmoins, Metternich ne renonça pas à tout espoir de déterminer la Russie à faire une convention sur d’autres bases. On avait envoyé à Vienne le « canevas » du traité proposé, en y joignant l’invitation d’v accéder et de lui donner la préférence sur le projet de traité présenté par la France. Ce fait ne semblait pas annoncer la meilleure intelligence entre la Russie et l'un de ses alliés; mais les renseignements qu'on reçut de Constantinople semblaient encore bien moins indiquer une entente cordiale avec l’autre de ses alliés.

A Constantinople, Stratford Canning avait eu soin de convaincre la Porte qu elle ne devait pas conclure du silence observé par la Russie, à Akerman, sur les affaires grecques,

qu’à Saint-Pétersbourg on voulait renier cette cause. Au milieu même des négociations d' Akerman, l'ambassadeur anglais s’était un jour présenté* chez le reïs-effendi, afin de le préparer, par une lettre confidentielle, à des démarches que feraient bientôt les deux puissances pour exécuter leur protocole. Stratford n’avait nullement l’intention d'obtenir un résultat quelconque, en agissant ainsi; Minciaky appela cette démarche précipitée parce que, au moment actuel, la Russie ne saurait en aucune façon l'appuyer. Une telle manière d’agir désorientait entièrement la diplomatie des puissances allemandes qui étaient ainsi amenées à croire que la Russie n’appuierait en réalité la médiation anglaise qu’en tant que les autres cours seraient prêtes à s’y associer. Elles étaient surtout confirmées dans cette opinion, lorsqu’elles virent Stratford Canning faire d’autres démarches plus graves et* plus formelles, sans attendre l’arrivée prochaine de Ribeaupierre. Dès que les deux cours se furent entendues sur les détails de leur conven-

tion et que l'ambassadeur anglais eut reçu ses premières instructions (du 6 septembre), il avait résolu d’agir immé-

Ihimnrclies faites à Constantinople.

4 10 sept. 1826.

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diatcinent par considération pour la triste condition de la Grèce; dans ce but, il avait envoyé des lettres à Odessa, au-devant de 31. de Ribeaupierre, pour lui représenter que le moment actuel, où l’hiver imposait une suspension d'armes aux parties belligérantes, était très-favorable aux négociations, et pour le prier, en même temps, d’appuyer les démarches de l’Angleterre par un acte officiel, ou bien d’autoriser M. de Minciaky à en faire. Ribeaupierre n’avait encore reçu ni autorisation, ni instructions ; mais le cabi-

* 24 décembre. net russe se hâta d’enjoindre* à Minciaky de se conformer

à tous les désirs de l’ambassadeur anglais el lui laissa la plus grande latitude pour agir comriie il l’entendrait*. Au sujet de ces relations confidentielles, on dupa l’inlernonce dans les formes les plus grossières. Depuis qu’il avait reçu ses dernières instructions, Minciaky était presque tous les jours en conférence avec Stratford Canning. Lorsque les diplomates s’en enquirent, il leur avoua confidentiellement toute la vérité, en leur disant qu’il avait été mis à la dis- * position entière de l’ambassadeur anglais, et que, dans les affaires grecques, la Russie irait beaucoup plus loin que les alliés ne pensaient; à Tinternonce seul, il disait qu'il était entièrement sans instructions pour cette affaire, réservée àM. de Ribeaupierre.

La première démarche confidentielle, par laquelle l’arn- * 23 janvier 1827. bassadeur anglais voulait reconnaître le terrain, fut faite* eu secret et à l’insu des autres ambassadeurs: il remit au reïs-effendi une note verbale, écrite en turc, dans laquelle

il réitéra l'offre formelle d'une médiation anglaise sur la

base des propositions faites par les Grecs. Cette note devait être suivie d'un mémorandum officiel, préparé long-

* * temps d’avance ; Minciaky devait offrir son concours quand

' Cf. Portfolio, t. V, p. 230.

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ou le remettrait, et ou invita aussi les représentants de la France, de l’Autriche et de la Prusse à l’appuver officiellement. Sur leur refus d'entrer dans ces propositions avant l’arrivép de Ribeaupierre, Slratford allait avoir une délibération orale avec les ambassadeurs, lorsqu’il fit déclarer au ministre turc qu'il ne lui ferait pas la visite qu'il avait déjà fait annoncer ; en etfet, sur ces entrefaites, il avait reçu* du reïs-effendi un refus qui semblait plutôt lui eau- # 31 ser de la satisfaction que de la mauvaise humeur. Peu de jours après ", on communiqua aux trois ambassades le texte • 3 férUcr. d’une nouvelle note 'anglaise' et celui d'instructions russes* qui devaient être remises ensemble ; on s'en rapporta entièrement aux ambassadeurs pour décider s'ils voulaient les appuyer, ou non. La note anglaise, abondant en remarques bien calculées et empreinte d’un ton de conciliation pleine de dignité, exposait, pour la première fois, en détail les conditions auxquelles les Grecs avaient offert de se soumettre, et recommandait encore une fois l’œuvre de la pacification sous la médiation anglaise. Immédiatement après que cet acte eut été remis, Ribeaupierre arriva*. Ce ♦ 11 fm*r. jour-là même, Stratford se rendit auprès de lui, afin de s'excuser et pour justifier ses démarches isolées par ses instructions qui, dans le cas où les alliés 11e voulaient pas s y associer, l’autorisaient à faire des propositions à la Porte au nom de son gouvernement seul; cependant, disait-il, il avait différé la remise du protocole jusqu'à l'arrivée de l’ambassadeur russe, pour qu’elle fût le signal de cette démarche à faire en commun. Ribeaupierre arriva muni de ces instructions* dans lesquelles on avait consigné la profession fran-

* Note officielle présentée à la Haule-Poiic par l’Ambassadeur de Sa Majesté Britannique, en date du 5 février 1827. MS.

* Instructions adressées par le charge d’aflaires de Russie au Sieur Franchini, même date. MS.

* Dépêche ostensible et dépêche réservée adressées à M. de Ri-

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che et nette de la politique russe et de ses intérêts, profession à laquelle nous nous sommes référé déjà plusieurs fois. Le cabinet russe lui avait indiqué, « comme le but immédiat de la politique de sa cour, » de maintenir à Constantinople finj fluence prépondérante de la Russie, de sauver d'une destruction imminente la nation grecque dont la ruine léserait la Russie dans ses idées religieuses et dans sa prospérité commerciale, et enfin de travailler avec plus d’énergie à obtenir le concours de l'Angleterre pour arriver à ce ré- ' sultat. De cette mission découlait pour l’envoyé russe la tâche immédiate : de stimuler l’ambassadeur anglais à déployer une activité aussi grande que possible et de pousser, de fait, l’Angleterre à se mettre au premier rang d'où elle ne put plus se retirer. Dans le cas où il trouverait que les instructions de Stratford auraient enjoint à celui-ci de rester inactif, l’ambassadeur russe, dès le commencement même de son apparition sur la scène de l’action politique, ne devait plus, vis-à-vis de la Porte, faire unsecretdu protocole ni des obligations mutuelles qu’il imposait aux deux puissances. Toutes ces choses dont Ribeaupierre était préparé à chercher la solution dans tous leurs détails, Stratford * les lui apporta dans une seule parole, au moment de leur première rencontre, et l'ambassadeur russe comprit bien ' que Stratford n’avait pas besoin, en effet, de stimulants artificiels ; ses manières, son^caractère et ses instructions d'une grande latitude suffisaient pour le faire agir.

Rien ne s’opposait donc à leur action commune. Dans son premier entretien avec le reïs-effendi*, Ribeaupierre attaqua la question grecque sans tout autre préambule, mais de la façon la plus cordiale et la plus persuasive : cependant le ministre turc refusa simplement de l’entendre.

beaupierre, en date du 41/23 janvier 1827. MS. — La dernière se trouve aussi : Portfolio, t. V.

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Déjà à ce moment, le reïs-effendi se fit l'écho d une assertion qui avait été souvent répétée, en disant qu’à Akerman la Russie avait formellement renoncé à la pacification; Ribeaupierre déclara que c’était tout simplement une erreur, puisqu'on avait toujours considéré la répression des troubles en Grèce comme le complément nécessaire du traité d’Akerman. Comme l’ambassadeur russe accentua cette nécessité, le reïs-effendi lui opposa la complète impossibilité du fait. Alors les deux ambassadeurs remirent* le pro- * tocole tout entier à la Porte, mais encore toujours d’une manière confidentielle ; cette fois-ci tous les autres ambassadeurs les appuyèrent. La Porte tarda à faire une réponse par écrit; mais elle répondit d'une manière très-éloquente par des faits, lorsque le reïs-effendi Saïda, homme conciliant et pacifique, reçut son congé, comme on le disait, à cause de sa santé délabrée. Son successeur, Mehmed-Pertef-Effendi, qui jusqu'alors avait été son bexlikdji (sous-secrétaire d'Ètat), créature de Sadik-Efifendi et partisan rigoureux du vieux parti turc, avait été à peine investi de ses fonctions*, que Stratford lui demanda la ré- • ponse qu'on lui devait encore. Lorsque cette démarche n’eut encore aucun résultat, les deux ambassadeurs annoncèrent* à la Porte que dès ce moment elle avait à con- • sidérer comme officielle la communication du protocole qui jusqu’alors n’avait eu qu’un caractère confidentiel. On n’informa les ambassadeurs des deux puissances allemandes de cette démarche qu après qu’elle avait été faite, de même que de la démarche suivante à laquelle l’ambassadeur français s’associa déjà ; l'anniversaire de la signature du protocole*, on adressa à la Porte la demande d’une * suspension d’armes.

Alors le nouveau reïs-effendi fit une réponse pour le moment verbale, en disant, « que le protocole, par lequel

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4 avril.

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