‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 28 sur 48 · I.A TP.IPI.K ALI.IANCK · texte numérisé non relu

I.A TP.IPI.K ALI.IANCK

qui serraient la bride, il lui était enjoint de communiquer à Stratford les dernière? instructions d’un ton plus sévère qu'on avait envoyées à Lieven et dans lesquelles on pouvait reconnaître les résolutions de la Russie; en cas de besoin, Ribeaupierre devuit même avancer tout seul. Sans parler, sans se passionner et plein de calme, il devait à chaque occasion laisser deviner ces résolutions par l’attitude qu’il prendrait en entamant la question grecque. 11 serait d'un bon effet, lui disait encore le cabinet russe, si Stratford, dont les premières impressions étaient toujours très-vives, voulait communiquer à son gouvernement le résultat de ces démarches.

Cette manière de procéder était très-bien calculée ; mais elle devenait encore beaucoup plus efficace, lorsque Strattord, par une voie non-otïicielle, eut connaissance du contenu de la dépêche, adressée par Nesselrode à Tatistschew en date du 26 janvier*, et qui devait le confirmer dans * cr.T.n.p.<n. l’opinion que la Russie voulait dépasser les mesures concertées entre les deux puissances et contraindre la Turquie par la guerre. Et comme il se voyait, en outre, repoussé au second plan par les dehors séduisants de Ribeaupierre et par les succès que ce dernier obtenait par sa manière d’agir dans toutes les affaires courantes, Stratford conçut tout à coup la crainte que l’Angleterre ne se laissât dépasser par la Russie. Un jour, sa mauvaise humeur déborda à un tel point qu'il se laissa aller, devant le témoin le plus mal choisi, devant l'internonce, à des épanchements pleins de violence sur l’attitude de la Russie et sur ce qu'on méconnaissait les desseins de l’Angleterre qui, en signant le protocole, n’avait pourtant pas eu d’autres intentions que de retenir la Russie et de sauver la Porte à la conservation de laquelle elle était si vivement intéressée. Fort égayé en observant cette mésintelligence qui, produite par

LA TRIPLE ALLIANCE

mars.

ma:».

des malentendus, cessa bientôt; heureux comme un roi, en lisant les rapports du chargé' d’affaires de Prusse à Constantinople qui dépeignait l’ambassadeur -anglais comme atteint de folie, Metternich saisit le moment propice pour se jeter, encore une fois, entre les puissances brouillées, afin de voir s'il ne réussirait pas à prévenir la conclusion de la triple alliance par la force de ses contrepropositions. Il déclara à l'ambassadeur russe à Vienne* qu'il adhérait à la proposition que, sans d'autres façons, il attribua à la Russie et qui était d’ouvrir à Londres une conférence centrale où tous les alliés pourraient s'entendre. En même temps, il réchauffa 1 idée de déterminer le sultan à se charger, de son propre mouvement, de la pacification. De même, il répéta", à Londres* la proposition, inspirée par le cabinet de Paris, d'offrir une garantie des puissances en faveur des deux parties belligérantes. Il réitéra * encore d'une manière directe * à Saint-Pétersbourg la tentative de prévenir la Russie contre les motifs, si odieux au prince, de la médiation anglaise. Quand, dans sa dépêche, adressée à Londres, il prenait en considération 1 emploi de mesures coercitives et qu'il donnait la préférence à la menace d une rupture formelle avec la Porte. Metternich semblait vouloir adhérer aux mesures énergiques, proposées par les trois puissances alliées. Mais dans un post-scriptum, il se montrait de nouveau effrayé de cette concession; car, disait-il, il avait la confiance que, si la menace restait inefficace, les puissances se réuniraient pour une délibération ultérieure, avant de procéder à l’exécution !

1 Note verbale adressée à M. de Talistschcw. mars 182". MS.

1 Instructions pour te prince Eslerhazy. Vienne , fe 25 mar- «821. MS.

5 Dépêche adressée au couite de Bombelles à Saint-Pétersbourg. Vienne, te 27 mars 1827. MS.

LA TRIPLE ALLIANCE

En faisant communiquer * aussi au cabinet de Berlin 1 * » mars, cette même dépêche ainsi conçue et destinée pour Londres, le prince sentit et dit qu’on pourrait reprocher à la mesure proposée de retomber dans le néant, si elle ne réussissait pas ; mais ce défaut, disait-il plus explicitement en s’adressant à Berlin, était dans la nature des choses, c’est-à-dire dans cette infraction aux lois de la nature dont les puissances sctaicnt rendues coupables en intervenant en faveur de rebelles, ce qu'elles n'auraient jamais - dû faire, en laissant à la révolution le temps nécessaire de se développer et en se décidant à une démarche insoutenable devant le tribunal de la raison. Si, au milieu même de ces négociations entre les puissances et pendant qu’elles étaient en pleine marche, Metternich croyait pouvoir arri- \ ver à un résultat quelconque, à l’aide de ces moyens usés, on ne se l'explique qu’en songeant à la vanité sans bornes de cet homme qu’une influence traditionnelle avait habi-

tué à jouer toujours le premier rôle et dont l'esprit avait été troublé lorsque, pendant tous ces derniers temps, il

s’était vu relégué au dernier rang. A Berlin même ou se

demandait, avec étonnement, ce que signifiait tout cela ; si l'Autriche voulait sincèrement marcher en avant avec les puissances ; si, en feignant de les dépasser, elle voulait les forcer à reculer; ou si elle voulait faire éclater au grand jour les discordes secrètes qui régnaient entre elles? Les autres cabinets ne pouvaient plus guère douter que même ces dernières tentatives n’eussent d’autre but que de poursuivre toujours les premiers desseins de l’Autriche, par lesquels elle voulait traverser la marche des alliés, empêcher la conclusion de la convention , arrêter les démarches imminentes d'un caractère plus énergique et offrir

* Dépêche adressée au comte Zichy à Berlin. Vienne, le 2V mars 1827. MS.

son concours pour menacer la Porte de ces mesures coercitives afin d’en déjouer d’autant plus sûrement l’exécution. Or, si toute cette manœuvre iv était dans ses points essentiels que la continuation des intrigues menées' par l’Autriche pendant les conférences de Saint-Pétersbourg, elle ne pouvait pas manquer d'être accompagnée à Constantinople du même système d'imposture que dans la capitale russe. Guilleminot soupçonnait de plus en plus l'internonce d’entretenir la résistance de la Porte, tout en feignant d’appuyer les puissances ; le baron Miltitz apprit que M. von Ottenfels avait approuvé vis-à-vis de la Porte la déclaration turque en date du 9 juin, tandis qu’il l'avait blâmée vis-à-vis des ambassadeurs. A Vienne même, les plus sagaces d’entre les diplomates étrangers étaient tout à

fait convaincus que Metternioh ne croyait pas à la pacification entreprise spontanément par le sultan et qu’il la désirait encore bien moins, quoiqu’il assurât toujours que, si l’on lui en donnait l’autorisation, il accomplirait la pacification en moins de temps qu’il n’en faudrait aux puissances pour tomber seulement d’accord1. Les nouvelles successives qui lui parvenaient de Constantinople et qui lui apprenaient que toutes les démarches, faites auprès de la Porte, avaient échoué, agitèrent le prince de transports de joie si peu dissimulés que ceux qui ne se laissaient pas duper* ne doutèrent pas que Metternieh ne voulût absolu-

* Dépêche adressée au comte Zichy, en date du 1 5 avril 1827. MS.

* De ce nombre était le jeune baron Mallzahn, qui, après la mort du prince Hatzfeld (en février), avait été mis provisoirement à la tète de l'ambassade de Prusse à Vienne, jusqu'à l’arrivée de son frère, le comte Maltzahn. Dans les documents simples et clairs, sortis de sa plume, et qui montrent un rare talent politique et psychologique, on respire, comme dans les rapports du baron Bülow de Londres, un air pur, tel qu'on le trouve à peine dans les productions des diplomates anglais.

ment pas autre chose que l’insuccès complet de toute négociation quelconque, quand même elle serait conduite sur la base de ses propres principes légitimistes.

Pendant ce temps, la France avait envoyé à tous les cabinets son projet de traité que Canning, en le comparant au « canevas * russe, était occupé k transformer en une troisième combinaison, lorsque Esterhazy reçut ses nouvelles instructions. Mais toute l’atmosphère diplomatique, et surtout les rapports existant entre Canning et Lieven, durent bientôt convaincre l’ambassadeur d'Autriche qu’on tournait dès lors, avec une grande détermination, le dos à son cabinet. Lorsqu’il dit à Lieven que sa cour consentait à faire de Londres le centre de réunions, où tous les alliés pourraient s’entendre, l’ambassadeur russe lui déclara avec toute la précision possible 1 * qu’il ne s'agissait plus de négociations. Les cabinets, disait-il, n’avaient •plus l'intention de provoquer encore des délibérations entre cinq puissances, dont trois étaient déjà d’accord; mais ils voulaient simplement savoir jusqu’à quel point irait le concours des deux autres cabinets qui ne s’étaient pas encore joints à eux. L’expérience de six ans avait montré que la Porte ne voulait pas pacifier la Grèce, ou que, si elle le voulait, elle ne le pouvait pas; il faudrait donc qu’elle laissât faire cette pacification par les autres puissances. La Russie était résolue d’agir, en se fondant sur le principe d’une nécessité incontestable, et le sentiment de cette nécessité ne se laissait pas concilier avec les objections élevées contre tes seuls moyens qui pussent conduire au but. * Le refus que Canning fit essuyer à Esterhazy, fut encore plus péremptoire. A la question de l’am-

' Observations faites par le prince de Lieven. — Feuille sans date, dont le sujet est une conversation qui avait eu lieu à celte époque entre Lieven et Esterhazy. MS.

Page 1