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de tous les côtés, les amis des Turcs, les ennemis des Russes et ceux qui haïssaient les Grecs ; puis Lieven , ce diplomate plein de défiance qui, embourbé dans ses vieilles rancunes, augmentait encore ses embarras et ses difficultés, en se liant continuellement avec les hommes de l’opposition ; et enfin Polignac qui connaissait mal le terrain, et qui s’entendait peu à pénétrer le jeu des partis, les passions, les inimitiés et les petites jalousies des individus avec lesquels il se trouvait en contact.
De cette manière, les rapports entre les trois puissances signataires du traité étaient aussi troublés que l’état de l’alliance elle-même, dont l'existence semblait être dans une crise permanente et être suspendue aux fils les plus minces d’influences accidentelles. Les efforts faits par Wellington pour exécuter le traité avec la France seule, trouvaient la plus constante opposition dans le cabinet de Paris qui insistait sur des opérations communes, sur la nécessité d’envoyer Stratford Canning à Corfou et sur la reprise des conférences, interrompues depuis longtemps, sans pouvoir cependant amener Wellington à prendre une résolution. *
Cette attitude de la France n’était pas peu fortifiée par l’action de la Prusse qui, d’une manière très-déterminée et exempte de préventions, conseillait de maintenir le traité et de rétablir les conférences dont Metternich essayait d’empêcher la reprise par tous les moyens possibles. Ces conseils de la Prusse étaient exprimés dans une dépêche circulaire* qui était d’abord destinée à réaliser les vœux de • Dmo «ni. l’empereur de Russie, mais qui, plus tard, fut considérée par les trois cours alliées comme un véritable acte d'amitié en faveur de toutes ces puissances. La France persista donc dans son désir de retenir les flottes des trois alliés dans la Méditerranée, pour y agir en commun ; mais ce que Wellington ne pouvait pas du tout comprendre, c’était
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!° imt.
que les flottes de deux puissances neutres pussent coopérer avec la flotte d’une puissance belligérante, jusqu'à ce que, un peu plus tard, on lui prouvât qu'un tel cas s'était pourtant déjà présenté une fois en 1759. Dans sa réponse aux dernières déclarations de Dudley *, la Russie indiqua * elle-même cette manière d'agir particulière et compliquée.
Le cabinet russe reconnut la force obligatoire permanente du traité sur tous les points et chercha, en même temps, à écarter toutes les difficultés que l'Angleterre trouvait à continuer l'action commune des trois alliés. • Letraité lui-même, disait Nesselrode, avait prévu, comme on le savait, le cas d’une guerre et celui d’une action isolée de la Russie, à côté d une action commune des trois puissances. On chargerait provisoirement le comte Heyden, ajoutait le ministre russe, d'exercer, pour le moment, les droits de la guerre avec la plus grande modération et de sc rapprocher, dans ses opérations, autant que possible de celles des autres amiraux. Mais dès que dans les conférences on serait tombé d’accord sur un plan, bien déterminé, on remplacerait ces ordres provisoires par d'autres qui seraient eneore davantage en harmonie avec la position des alliés; alors le comte concerterait toutes ses mesures avec ses deux collègues et suspendrait, pour ainsi dire, ses droits de puissance belligérante, excepté dans le cas d une attaque ou d'une autre nécessité urgente. » De cette manière, la Russie fit donc des avances, afin de désarmer la méfiance de l'Angleterre, et Wellington abandonna son ancienne manière de voir d’après laquelle il avait considéré une guerre, entreprise par la Russie, comme incompatible avec le traité de juillet. Lord Aberdeen déclara ne pas vouloir se charger du reproche d'avoir
1 Ne<selrode au prinre Lievcn, le 2!» avril 1 828. MS.
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amené une crise plus redoutable par la nonchalance du ministère. En répondant* à la note de Lieven, il accepta 'njoin. l’offre de la Russie de vouloir se dépouiller, dans la Méditerranée, du caractère de puissance belligérante, et invita Lieven à reprendre les conférences le lendemain même. Stratford Canning reçut l’ordre de partir pour Gorfou. Dans une conférence*, on arrêta les instructions pour • J juillet, les plénipotentiaires à Corfou et pour les amiraux; dans une autre*, Wellington reconnut la nécessité d’envoyer •iijoiiw. dans la Morée une expédition française que l’Angleterre préférait appuyer seulement par sa flotte. Ayant une fois pris son parti, Wellington accepta dès lors franchement et sans aucune arrière-pensée toutes les conséquences de sa résolution.
On avait même à blâmer le duc de le faire par trop sincèrement. A peine la Porte, qui venait de rejeter, d’une manière si hautaine, les conseils par lesquels l’Autriche l’avait engagée à rentrer dans la voie des négociations amiables, eut-elle été informée de la déclaration de guerre formelle de la Russie* que, prise d’une frayeur salutaire, • u mi. elle secoua tout à coup sa léthargie apathique avec laquelle elle s’était laissé balancer entre l’indolence du fanatisme et la violence des passions, et fit, de tous les côtés, des démarches qui auraient bien pu conjurer l’orage pendant qu’il approchait, mais qui ne purent plus le détourner après qu’il eut éclaté. Elle envoya quatre métropolitains avec le protosyngelos à Poros, où ces délégués firent * au * 2 i«». président Kapodistrias des propositions et lui exprimèrent des prétentions qui, dans les circonstances actuelles, ne pouvaient pas avoir, il est vrai, la moindre chance d'être bien accueillies. Le reïs-effendi dit*, d'une manière non *"»»'■ officielle, au drogman de Prusse que la Porte reconnaissait le traité d’Akerman dans toute son étendue ; peu de temps
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après,’ il fit même une tentative pour séparer les trois alliés en se rapprochant des deux puissances neutres par la concession la plus significative. Il écrivit * aux ambassadeurs d’Angleterre et de France* et les engagea, en saisissant l’occasion de leur prochaine conférence à Corfou, à retourner à Constantinople oü la Porte serait disposée « à reprendre les articles litigieux et à arranger tout à l’amiable et dans un accord parfait. > Au fond, on offrait là tout ce que les puissances voulaient obtenir. Tous les diplomates résidant à Constantinople crurent que, par cette dernière démarche, les affaires grecques étaient complètement terminées. Si la distance matérielle entre les différentes cours n’avait pas été si grande, si la conférence des plénipotentiaires avait été déjà réunie à Corfou, si l'Angleterre n’avait pas été liée d’une manière trop frappante par la parole qu’elle venait de donner à l’instant même et qu’elle n’eût pas été gênée par l’attachement que la France montrait à la Russie, Wellington aurait eu, à ce moment-là, l’occasion la plus favorable d’accomplir à deux l’opération pacifique la plus efficace, en laissant la Russie s’avancer toute seule pour faire la guerre. En effet, la France et l’Angleterre auraient accueilli la proposition du reïs-effendi, comme une acceptation formelle de la médiation ; ils auraient- envoyé leurs ambassadeurs à Constantinople où, ayant devant eux, au nord, les arguments fournis par l’armée russe, et derrière eux, au sud, ceux que leur donnait la présence d’une flotte près des Dardanelles, ils auraient pu, avec un peu d’habileté, cédant sur la forme et catégoriques dans les choses, accommoder en quelques jours les affaires grecques et même les différends russes. Mais ce temps précieux fut gaspillé, de la manière la plus étour-
1 Lettre du Reïs Efendi eus Ambassadeurs de France et d’Angleterre, le 19 mai 1828. MS.
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die, par les alliés qui, matériellement et politiquement parlant, étaient trop éloignés les uns des autres.
Guilleminot, qui à cette époque était encore seul à Corfou, ne voyait dans la lettre du reïs-effendi que l’intention de la Turquie de séparer les puissances, ce qui n’allait pas du tout à la politique française ; il répondit* donc par un * »< jn<n. refus, en donnant pour excuse qu’il n’avait pas d’instructions à cet égard. Dans la même conférence de Londres* * * jmiw. oh l’on arrêta les instructions pour les plénipotentiaires h Corfou, on rejeta la proposition de transférer le siège des négociations à Constantinople où l’ambassadeur de Russie ne pourrait pas se rendre ; l’union intime entre les puissances, disait-on, ne permettait pas la supposition de négociations séparées. Dès queStratford fut arrivé à Corfou, il refusa donc encore une fois et d’une manière officielle la proposition du reïs-effendi, par une lettre qu’il lui adressa en commun avec Guilleminot*. Avant d’avoir reçu * uww. cette lettre, le divan s’était encore une fois adressé directement à Wellington *, en lui assurant de nouveau qu’ après * 6 joiuet. le retour des ambassadeurs tout ce qui avait fait l’objet des négociations antérieures serait terminé à fond et entièrement accommodé. Dans une seconde invitation adressée aux deux ambassadeurs h Corfou*, le divan leur ré- * h s*pumbr*. péta encore une fois, à eux aussi, que « tout serait expédié dans une seule séance. »> La réponse de Wellington' exprimait simplement et avec franchise la résolution du cabinet anglais de ne pas se séparer de ses alliés, résolution à laquelle la Russie paya un tribut d’éloges bien mérités.
Cependant, se ravisant plus tard, il blâma fortement les plénipotentiaires d’avoir refusé aussi la seconde invitation du reïs-effendi, sans en faire seulement un rapport à leurs
* Toute la correspondance, dont nous parlons ici, est en manuscrit sous nos yeux.
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cours. II sentait probablement que c’était, pour ainsi dire, renier ses projets que de vouloir céder si peu quant aux moyens, et que c'était là montrer un entêtement puéril, tout à fait à la façon des Turcs, que de ne pas vouloir faciliter à la Porte, au moins dans les formes, les grands sacrifices qu'on exigeait d'elle, et tout cela pour rester fidèle à la lettre même du traité! « On avait souvent vu, disait l’intcrnonce dans une de ses dépêches de cette époque, qu'un homme se laissait couper une jambe malade ; mais jamais on n’avait encore exigé de personne de se la couper soi-même. >
Cependant même en Autriche, où l’on n’avait pourtant pas de rôle actif à jouer dans cette affaire, les sages politiques n’étaient nullement, au sujet de cet incident chatouilleux, d’accord entre eux, comme l'était le baron von Ottenfels avec lui-même. A cette occasion, Metternich sortit encore une fois d’une position qu’il avait constamment occupée. Il avait toujours considéré jusqu'alors le traité de juillet comme extrêmement avantageux pour la Russie; mais à ce moment, il y vit tout d'un coup une garantie contre les projets moscovites! Il avait toujours désiré jusqu’alors faire sauter les conférences à Londres; mais à cette époque, il chargea Esterhazy de faire tous ses efforts pour les faire continuer* : en effet, il venait d’apprendre que la Porte voulait terminer les affaires grecques avec les deux puissances occidentales et sans la Russie ! Ce qui lui semblait être le moins à désirer, c’étaient des garanties
* Cela n’empêcha pas le prince de se plaindre, en même temps, de Biilow, qui travaillait également au maintien des conférences; le grand-chancelier s’appuyait, dans scs plaintes, sur de prétendus rapports d’Esterhazy; mais Biilow douta de leur existence, à moins que Esterhazy n’eut dîi les envoyer à Vienne, d’après les ordres de Metternich, « ce qui ne serait pas, disait Biilow, le premier exemple de faux rapports demandés à un ambassadeur. »
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données à l’indépendance de la Grèce et, à côté de cela, une guerre d autant plus exaspérée entre la Russie et la Porte ; c’est pourquoi il faisait travailler à la conservation de cette alliance dès qu’elle était troublée. Ses familiers qui l'approchaient le pïlis près, et Gentz lui-même, désapprouvaient hautement cette manière d’agir. En effet, ils auraient considéré cette tournure des choses, dont le chemin avait été ouvert par le reïs-effendi, comme l’événement le plus heureux, précisément par rapport à la position et à l’attitude de la Russie. Car, dès le moment où la cause grecque n’aurait plus été enjeu, la Russie aurait eu contre elle les voix de tout le monde. Voici donc quels avaient été, au bout du compte, le point de départ et le point d’arrivée des chemins tortueux et détournés que la politique sinueuse de Metternich avait suivis dans celte question grecque : desespérant de triompher de tant de chicane, de faiblesse et d'ineonstance, tout le monde avait fini par lui tourner peu à peu le dos en refusant de s’associer à cette politique. D’abord c’était l’Angleterre qui, au commencement, n’avait penché ni d’un côté, ni de l’autre ; ‘ puis la Russie, longtemps si docile aux conseils du prince; ensuite la France toujours si craintive; plus tard la Prusse, si disposée use montrer accommodante; enfin même ses propres diplomates, tels qu'Esterhazy et, en dernier lieu, Gentz lui-méme.
A côté de cet isolement et de cet éloignement des hommes du camp opposé et même de celui du prince, il y eut le triste résultat que la guerre russe venait d'éclater; événement que Metternich redoutait plus que toute autre chose, et qu’il avait voulu détourner en mettant en mouvement les tours d’adresse les plus fins et les plus grossiers de la diplomatie autrichienne. La déclaration de guerre de la Russie avait été publiée. Elle était accompa-
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gnée d'une dépêche circulaire dont toutes les expéditions -vrii. portaient la même date'; elle vantait encore une fois la modération de l'empereur, qui voulait seulement renouveler les traités d'une manière plus efficace et faire servir la crise actuelle à la pacification de l'Orient. Il est vrai qu'il avait l'intention de demander aussi des indemnités pour les frais de la guerre et pour les pertes subies par ses sujets. La Russie, suspectée comme elle l était, avait déjà dans d'autres occasions, en faisant la guerre et en concluant des traités de paix, cru devoir se justifier pur des arguments particuliers, au sujet de cette demande, bien qu elle s'entendit d‘ elle-même. Déjà les négociateurs de la paix d'Iassy avaient dit dans ce sens : « que renoncer à ces compensations, pour diminuer les dangers qu entraînaient les actes de violence de la Porte, ce serait encourager son audace et son injustice. » Et de la même manière, les diplomates russes disaient encore à l'époque qui nous occupe : « que si la Russie annonçait qu elle n'avait aucune espèce de desseins ambitieux sur la Turquie, et qu’elle ne lui demanderait même pas un sacrifice trop lourd pour elle, le cabinet russe ne ferait qu’exciter la Porte à prolonger les hostilités. * — Cet avertissement avait été ajouté pour l'Angleterre et pour l'Autriche qui, à plusieurs reprises, avaient exprimé au sujet de cette question des indemnités, des suppositions et des prétentions presque naïves et qui, au moment actuel, croyaient même pouvoir interpréter cet avis, en disant que les demandes fuites publiquement par la Russio à l'égard des indemnités pour li ais de guerre, n'étaient qu’au masque dont la générosité de l'empereur se couvrait par pure prudence! Immédiatement après la publication du manifeste pur lequel la Russie déclarait la guerre à la Turquie, les armées russes se mirent en mouvement. Dès ce moment, la politique aulri-
Digitizadtiÿ Geogle
LA GUERRE RUSSO-TURQUE DE 1828 A 1829. 495
chienne jeta entièrement le masque, déjà si transparent, dont Gentz croyait l’avoir couverte dans la question grecque. Les agents de l’Autriche en Grèce et hors de ce pays changèrent tout à coup leur ton, qui jusqu'alors avait été assez modéré, et montrèrent une fureur sans bornes contre tous ceux qui portaient le nom de Russes et de Grecs. Gentz avait dit déjà, quelques mois auparavant, que la crainte de la Russie et la haine pour elle deviendraient bientôt le cri de guerre général. Lorsqu’il lut la déclaration de guerre, il éprouva une sensation singulière, en voyant devant lui en chair et en os ce qui, pendant des années entières, avait été présent à son esprit comme un fantôme effrayant, et ce qui lui faisait paraître l’avenir sombre comme la tombe. « Cette guerre, disait-il dans une lettre adressée à son ami*, le comte Stanhope, admirateur # Fin de m*r>. enthousiaste de cet État idéal que représentait, à ses yeux, l’Autriche; cette guerre serait ou la dernière ou bien l’avant-dernière de celles que la Russie avait à faire contre la Porte: l’avant-dernière, dans le cas où le sultan céderait pendant le premier ou le second acte de la tragédie, et lu dernière si le grand-seigneur attendait jusqu'au troisième acte*. »
Nous aurons à voir de quelle manière cette prophétie s’est vérifiée.