LA GUERRE RUSSO-TURQUE DE 1828 A
La Porte, qui avait montré tant de vigueur et de réso- de u
lution, en jetant le gant aux puissances par son manifeste adressé aux ayans, paraissait perdre toute son énergie et
* Cf. (Jentz Worke (Œuvre* de Gentz), I. V, p. 1 47.
LA ÜUEKKK KUSSO-TUKUÜE
toute son assurance, dès le moment où la Russie accepta le défi par sa déclaration de guerre, et où tout d’un coup le divan fit, sur tous les points, ces concessions par lesquelles il voulait encore prévenir la guerre au moment même où 4 17 m*i. elle venait d'éclater. On avait fait lire’, à la vérité, dans la capitale, un firman exhortant tous les musulmans à se tenir prêts pour la guerre; avec une jactance pleine de morgue, le reïs-effendi avait répondu à une question du drogman néerlandais au sujet des armements de guerre: que la supputation des forces turques pouvait se faire en deux mots : qu’elles se composaient de toute la population ottomane; quant au grand-seigneur, on disait qu'il avait déclaré préférer se faire derviche plutôt que d’acheter une paix honteuse, et qu’il avait pris la résolution de se mettre à la tête de l'armée, ce qui n'avait été fait par aucun sultan depuis Mustapha II. Mais malgré tout cela, presque tous les diplomates, et surtout les connaisseurs initiés aux affaires d*0rient, tels que Guilleminot, étaient convaincus que la Porte n'avait ni les moyens, ni même lu volonté bien arrêtée de résister à la Russie. Le peuple ne se leva point; les Russes étaient entrés depuis longtemps dans les Principautés, * jo juin, avant même que le manifeste turc eût paru*. Il se passa encore beaucoup de temps avant que le généralissime Housseïn et son kaïmakam , le jeune Chalii-Pacha, zélé partisan de la réforme militaire, se rendissent à leur poste à Schoumla, et que le kapoudan-pacha , Izzet-Mehmed, partît pour Varna. Le grand-vizir n'alla qu’au milieu de l'été à Andrinople pour y remplir ses fonctions, tandis que / le sultan ne quitta pas du tout la capitale. L’enthousiasme • v fanatique pour la guerre, qui s'empare si facilement des • musulmans, fit complètement défaut. La diplomatie autrichienne seule, qui souhaitait les meilleurs succès à la Porte, voyait les choses sous un jour different et plus favorable.
DE 1828 a 1829.
Elle prédisait aux Russes qu’ils trouveraient une résistance militaire qui, aussi sûrement que la résistance diplomatique et morale de la Porte à laquelle on ne s'était pas attendu, les désabuserait au sujet du roman que, depuis plusieurs années, ils avaient composé à Saint-Pétersbourg, et à l’égard des images chimériques et flatteuses dans lesquelles leurs hommes d'Etat avaient vu tout l’empire turc déjà miné, images qu'ils avaient créées avec cette facilité qui distinguait si souvent la conception de projets russes. Les diplomates de Vienne, comme les Turcs les plus intelligents, voyaient même un progrès dans l’altitude plus calme et plus composée du gouvernement et de la population en Turquie, attitude qui avait remplacé le tumulte stérile des janissaires d’autrefois. Déjà par la seule considération des subsistances, ils trouvèrent juste de ne procéder à une levée en masse que peu à peu et à mesure que les ennemis approcheraient, et de ne pas mettre en mouvement à la fois tous les contingents des pachas. Si le sultan ne quittait pus du tout la capitale et si le grand-vizir continuait encore à y séjourner longtemps, on s’expliquait ces faits par la crainte que les Russes ne profitassent de leur supériorité sur mer, pour débarquer une armée duns le voisinage immédiat do Constantinople.
Plus tard, la marche des événements montra qu’il y avait aussi d’autres causes plus graves qui avaient produit cet affaiblissement général de l’enthousiasme populaire et çe ralentissement dans les mesures adoptées par le divan. La Russie ne- s’était pas trompée en considérant cette époque critique de la transformation de l’ancienne organisation militaire en Turquie dans un nouvel état de choses, comme le seul moment propice pour faire la guerre, dont il fallait profiter sans délai. La levée et l’habillement des troupes, ainsi que l'exercice qu’elles avaient à faire, avaient II. 32
LA GUERRE RUSSO-TORQUE
trouvé, dans les campagnes, la plus grande résistance et y avaient été accueillis partout avec une répugnance des plus marquées. On avait dû choisir les hommes les plus jeunes comme étant les plus dociles; mais plus tard, ils montrèrent qu'ils n’avaient pas les forces nécessaires pour résister aux fatigues des campagnes. Leur discipline plus grande avait dû être achetée au prix de la confiance que les anciens soldats avaient eue en eux-mêmes, ainsi qu’au prix de leur courage guerrier, qui allait autrefois jusqu'à lu témérité, et que les jeunes soldats ne pouvaient pas posséder. Un avait renoncé à l’ancienne manière barbare et impétueuse de faire la guerre, avant que l’art militaire civilisé eût été mis à sa place, avant qu’il fût éprouvé par l'expérience et enraciné pur l’habitude. On manquait complètement d’officiers instruits, puisque les étrangers ne pouvaient qu’exercer les soldats, mais non les commander. Le nombre des troupes nouvellement organisées ne dépassait pas encore le chiffre de quarante-huit mille hommes; on dut, comme autrefois, y joindre les hordes irrégulières d’Asie; et encore, de cette manière, on ne réunit que cent cinquante mille combattants environ, sans compter les garnisons des forteresses en dehors du théâtre de la guerre : soixante-sept mille hommes avaient à couvrir les deux capitales, Constantinople et Andrinople, tandis que trente mille soldats devaient faire ftice aux Russes dans l'Asie- Mineure; de sorte que, sur le théâtre de la guerre en Europe, on ne put disposer que des vingt-cinq mille hommes qui étaient en garnison dans les forteresses sur le Danube, et du même nombre de combattants qui se trou- \ aient dans le grand camp retranché près de Schoumla. On ne pouvait pas oser appeler aux armes les rayas, les Bulgares chrétiens qui avaient été, de tout temps, les mieux disposés pour les Russes, ainsi que les Serbes qui.
de 1828 a 1820. 499
une fois réunis sous les armes, auraient aussitôt passé du côté des ennemis, pour combattre les Turcs. Quant aux Principautés, on renonça, dès le principe, à les défendre. D'un autre côté, la Porte aurait désiré profiter de la haine des Bosniaques contre les Serbes, et elle ordonna au vizir ■ de la Bosnie, Abdourrahim, d’entrer en Servie avec quarante mille hommes; en même temps, le skodra-pacha Moustapha, avec ses Albanais, devait menacer l’aile droite de l’armée russe. Si l’on avait exécuté ce projet et que, d'après les conseils de Housseïn, on eût pu employer les vaillants Bosniaques et leurs émules, les Albanais, à faire la petite guerre sur ce terrain entre le Danube et le Balkan, contrée coupée par les vallées, boisée, dépourvue de chemins, malsaine et privée des ressources nécessaires pour nourrir une armée, terrain extrêmement avantageux pointes Turcs, comme, au Sud, les labyrinthes des montagnes grecques leur étaient défavorables ; si les Turcs, disonsnous, avaient pu profiter de tous ces avantages, ils auraient, dès le commencement même, pu donner h la guerre un autre caractère et peut-être même un tout autre développement et une issue différente. Mais la Russie retira lit clos avantages inappréciables de ses anciens préparatifs et des nouvelles applications de son système traditionnel qui consistait ii miner le terrain sous les pieds des ennemis, ainsi que de ses relations avec les sujets chrétiens de la Porte.
Quelques mois auparavant seulement, le prince Molternich avait fait assurer au cabinet de Berlin, de la manière la plus positive, que trente mille Serbes étaient tout organisés et prêts à se révolter pour coopérer dans la guerre, sous la direction d'officiers russes; mais, au moment actuel, le czar fit, avec le plus grand éclat, parade, devant tout le monde, de ses sentiments de modération,
500 LA GUERRE RUSSO-TURQUE
en donnant aux Serbes le conseil de se tenir tout à fait tranquilles et de ne pas sQrtir de la légalité, conseil qui fut très-exactement suivi par eux. Mais en renonçant ainsi à la coopération des Serbes, il se fit rendre par eux des .services infiniment plus précieux, en déterminant le prince Milosch à empêcher le skodra-pacha de prendre part à la guerre, et à s’opposer, en cas de besoin, les armes à la main , à l’entrée des Bosniaques dans la Servie. Les deux choses lurent faites. Le skodra-pacha, frère adoptif de Milosch, suivit, comme il l'avait fait toujours, les conseils de son frère et resta, pendant toute l’année, dans la même position. Lorsque les Bosniaques, profondément irrités de la nouvelle organisation militaire, se rassemblèrent, au nombre de trente mille hommes, près de Byalina sur la frontière serbe, ils profitèrent du prétexte que fournissait l’attitude hostile de Milosch à leurs désirs pour se dissoudre aussitôt. Il ne suffisait pas au czar qu’au Sud les Français, par leur expédition en Morée, dussent faire une diversion en sa faveur; il mit aussi à une première épreuve le dévouement de la Grèce, qui n’existait pas encore, et celui de son nouveau président. En acceptant cette dignité, et pour ainsi dire comme condition de son acceptation, Kapodistrias avait, tout de suite et à plusieurs reprises, exprimé la demande urgente* que les trois puissances lui fournissent les ressources nécessaires; qu’elles garantissent un emprunt, ou qu’elles lui donnassent des subsides et des troupes, entre autres dans le but de for- ♦cer, avec la coopération des flottes alliées, Ibrahim-Pacha à déposer les armes. On ne voit pas qu’aucune des puissances ait montré, au commencement, un très-grand zèle
1 Mémoire du 31 août (12 septembre) et Note du 20 septembre (2 octobre) 1827. Cf. Correspondance de Capodistrias , par Bétant, t. p. 235. ' *
de 1828 a 1820.
à se rendre à ces désirs; mais dès que la Russie eut résolu la guerre, elle crut que c’était un secours qu’elle ne devait nullement dédaigner, si elle permettait à la Grèce de « coopérer à la pacification de l’Orient, * du moins sur la même ligne que ses alliés. Appuyée par la France, la Russie se déclara donc prête, à la conférence de Londres*, * à garantir un tiers de l'emprunt de 2 millions de livres sterling, somme jugée nécessaire par Kapodistrias, et à donner immédiatement des subsides que l'amiral Heyden, disait l'ambassadeur russe, avait déjà entre les mains.
Mais, là encore, les dissensions cachées entre les alliés troublaient, au préjudice des Grecs, le jeu du philhellénisme des grandes puissances : l’Angleterre se débattait contre une telle guerre d'argent avec la Porte ; mais Ncsselrode défendit ces mesures en disant* « que donner des subsides n’était pas une violation de la neutralité, ni un acte d'hostilité ouverte qui pût porter une rude atteinte à l'empire turc. » Effectivement, la Russie et la France* promirent au président des subsides mensuels réguliers d’un demi-million de francs chacun, et le czar débuta * 4 avec une somme plus forte d’un million et demi de roubles qui devait être employée « pour les besoins les plus pressants de l’armée et pour la restauration du peuple. » Ln patriote indépendant, revêtu de la dignité de président, se serait empressé de réaliser d’abord ce dernier dessein et aurait puisé à pleines mains dans le trésor qui lui était offert, pour relever le peuple affamé et misérable; mais Kapodistrias, en rappelant vivement à tous « qu’il était responsable vis-à-vis des puissances du bon emploi des subsides, » gaspilla, avec une prodigalité coupable, la plus grande partie de ces ressources dans l'organisation de l'armée. A peine fut-il arrivé de Malte à Aigina*, ' pour s'y faire investir de sa dignité * , après avoir voyagé
!2 mars 1828.
29 av/il.
Juin.
23 janvier.
7 février.
LA GLEUf'.K llDSSO-TURQUK
longtemps en Europe, alin de se préparer à ses nouvelles fonctions, qu'il s'occupa aussitôt à concentrer les Rouméliotcs remuants dans un camp près de Troizen, sous les ordres d’Ypsilantis; qu’il fit cesser tout envoi de secours à Ghios; qu’en revanche il envoya des provisions à Church dans l'Hellade occidentale, et qu'il expédia ensuite le corps d’Ypsilantis à Megara, où il le porta peu à peu au chiffre de huit mille hommes, fl s’agissait, à ses yeux, de regagner Athènes et Missolonghi, ainsi que la Grèce continentale qu'on venait de perdre, afin qu’à la conclusion de la paix on pût s’appuyer sur un état de possession suffisant. Néanmoins, pendant tout l’été, on ne fit rien pour atteindre même ce but modeste et naturel. On aurait dit qu’il ne s'agissait d'abord pour le président que de posséder une armée bien organisée qu'il pût faire servir aux desseins * 2; juin, des alliés. Il se rendit* en personne dans l'Hellade occidentale, pour y passer en revue l’armée sous les ordres * Commencement 'de Church, tandis qu’il envoya* à Megara, pour l’inspec- • lion des troupes, le colonel Richter de l'état-major de l’empereur de Russie, ce qu'on trouverait tout naturel, disait-il dans une lettre adressée à Ypsilantis , l’armée n’existant que grâce aux subsides russes et français. Si ceci était juste, il devait être encore plus équitable, dans l'opinion du président, que l'armée n'entreprît rien sans la volonté de ceux dont elle mangeait le pain. Tel était, en effet, l’état des choses. D’après toutes les mesures du président, l’armée grecque devait simplement se tenir prête à coopérer, suivant les circonstances, aux desseins de l’expédition française. Tant qu’Ibrahim se trouverait dans la Moréc, il était de l’intérêt de la Russie qu'on ne le perdît pas de vue, qu'on eût toujours la main sur lui, pour qu’il ne s'échappât pas afin de faire une diversion embarrassante. La manière dont on plaça les deux divisions de
r.nr,
l'armée grecque n avait donc d'autre luit, avant l’arrivée des Français, que d'empêcher qu'lbrahim ne reçût d'approvisionnements par Lepanto et par l'isthme.
La Russie avait pris ses précautions en Asie, en concluant la nouvelle paix avec la Perse, et avait fait ainsi **■ preuve d’une grande circonspection dans le jeu de sa politique à l’est, au sud et à l’ouest, en se couvrant les flancs et en préparant des diversions ; dans ses préparatifs immédiats sur le véritable théâtre de la guerre, cette prévoyance, au contraire, semblait avoir fait place à un mépris altier de son adversaire, mépris avec lequel on subordonnait étourdiment la supputation des moyens matériels h l’estimation des ressources morales dont on exagérait la valeur. L'opinion dominante dans le camp russe était, sans aucun doute, qu'on finirait, dans une seule campagne imposante, cette guerre, prévue depuis si longtemps; qu’après avoir franchi le Danube, on exécuterait, par une suite de succès rapides, les opérations indiquées comme indispensables par la nature des choses, pour paralyser Schoumla et pour prendre Varna; et qu'ensuite, en passant par le Balkan, on s'avancerait vers Aïdos et Andrtnople, pour forcer la Porte terrifiée à conclure la paix. Mais si tel était le but qu'on s’était proposé, la campagne fut commencée beaucoup trop tard, même en supposant que les Russes n eussent trouvé que des succès et nulle résistance. Prêt pour la guerre depuis longtemps et résolu de la faire déjà depuis le mois de février , le czar perdit pourtant un temps précieux de presque trois mois , avant les premiers conynencements de la campagne. Avant d’avoir pris ses précautions par rapport à l’Angleterre, il ne paraissait pas vouloir se compromettre par des actes d'hostilité effective. L'armée russe n’avait fini de se concentrer entre le Prouth et le Dniestr
LA OUF.RRF. RUSSO-Tl’ROUF,
que vers la fin de mars; la déclaration de guerre n'avait eu lieu que vers la fin d’avril ; on avait franchi le Prout h * 7 mii. et envahi la Moldavie au commencement de mai" seulement, comme on n’avait franchi le Danube qu'un mois » juin, plus tard *. Deux mois plus tôt, les Turcs auraient été pris complètement à Timproviste et sans avoir fait les moindres préparatifs ; comme c'était arrivé déjà tant de fois auparavant, les places les plus fortes sur le Danube auraient succombé peut-être au premier coup de main. Mais ensuite, malgré le temps qu'on avait gagné pour se préparer à la guerre, les ressources dont on disposait étaient beaucoup trop faibles pour le but qu'on voulait atteindre.
La deuxième armée, commandée par le feld-maréchal comte Wittgenstein auquel était échue la campagne en Europe, aurait dû avoir, dans scs trois corps d’armée ( le troisième, le sixième et le septième), une force numérique de cent vingt mille hommes ; mais par suite des négligences, des abus et des retards de différente espèce, inhérents à l'organisation administrative de l’armée russe, presque la moitié des hommes manquait sous les drapeaux. Aux premiers mouvements que fit cette armée, on dut donc, pour la renforcer, appeler une partiè de la garde qui n arriva qu'au mois d'août sur le théâtre de la guerre, ainsi que le second corps d'armée qui ne put par- * venir sur les bords du Danube que vers la fin de la campagne. Si l'on eût calculé les forces numériques si faibles de cette armée d'après les difficultés qu'on trouvait, dans les territoires qu'il s'agissait d’occuper, à se procurer les subsistances nécessaires, on aurait perdu ces avantages par la présence du cortège extrêmement nombreux de gens de haut rang que l'empereur traînait à sa suite. Le czar accompagnait en personne le corps d'armée qui avait à prendre une part active dans les opérations de la guerre.
de 1828 A 1829.
et il semblait croire indispensable , par égard à la jalousie qui régnait entre les puissances, d’avoir tout un corps diplomatique présent au quartier-général. Toutes les quatre puissances accréditèrent auprès de lui, pour toute la durée de la campagne , des officiers supérieurs : la France, le duc de Mortemart; l'Angleterre, lord Heytesbury; la Prusse, le comte Nostitz, et même l'Autriche, le prince de Hombourg, nomination qui fut accueillie par l'empereur de Russie avec une reconnaissance toute particulière. Mais on disait que, pour entretenir tout ce faste, le quartier-général avait à nourrir dix mille chevaux, à la place desquels on aurait pu amener deux divisions de cavalerie de plus. C’était surtout cette arme qui y était faiblement représentée; la cavalerie, accompagnant l'armée, était très-peu nombreuse et difficile à manœuvrer. Il n'y avait pas plus de quatre mille Cosaques, et pourtant cette espèce de cavaliers était particulièrement appropriée à la nature du terrain et à celle des adversaires. Ce qu’on comprenait encore moins, c’était que, dans son artillerie bien supérieure à celle des Turcs, l'armée n’eut amené avec elle qu'un seul train de siège pour faire une guerre qui devait surtout s'attaquer aux forteresses, guerre dans laquelle les Turcs étaient passés maîtres.
Des militaires intelligents et instruits, tels que Pozzo di Borgo, avaient conseillé de s'emparer de toutes les forteresses sur le Danube, depuis Braïla (Brahilov) jusqu'à la frontière serbe, et de s'assurer, de cette façon, une large base d’opérations, afin de pouvoir faire avancer l’armée active de plusieurs points à la fois. Mais par égard pour l’Autriche, des frontières de laquelle on voulait éloigner, autant que possible, les fureurs de la guerre, on résolut .de ne s’attaquer qu’aux deux forteresses à l’extrême est, à Braïla et à Silistri, dont la possession était indispensable