‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 33 sur 48 · I.A Ul'KRRF. RUSSO Tl'RQl'E · texte numérisé non relu

I.A Ul'KRRF. RUSSO Tl'RQl'E

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aux Russes pour pouvoir se faire suivre de renforts de troupes et d’approvisionnements. C'esjt pourquoi l’aile droite de l'armée, le sixième corps, fort de vingt mille* hommes et commandé par le général Roth, dont la destination était d’occuper les Principautés, devait seulement observer les places de Yiddiu et de Roustchouk. Le centre, le septième corps, fort de dix-huit mille hommes sous les ordres du grand-duc Michaël, devait assiéger Braïla, sur la reddition immédiate de laquelle on ne semblait pas avoir le moindre doute, et ensuite investir Silistri. L’aile gauche, au contraire, formée par le troisième corps de trente mille hommes, et commandée par le général Roudvevitch, devait passer le Danube entre Matjine et Isaktji, prendre les petites places fortes sur la rive droite du Danube, en face de la Bessarabie, et accélérer ainsi la chute de Brada. Ceux des militaires qui comprenaient les égards qu’on avait pour l’Autriche, ne concevaient cependant pas pourquoi on ne préférait pas faire occuper, pour le moment, les Principautés sans défense, exclusivement par les corps de troupes qui venaient renforcer l'armée; ou, du moins, pourquoi, en faisant descendre le Prouth par de grandes masses de bateaux et de radeaux, on ne passait pas le Danube au même instant que le Prouth, et au moment où l’on envahissait la Moldavie et où l'on assiégeait Brada. Pour passer le Danube, on avait, ce qui était fort étrange, choisi un point près de Satounovo où, pour arriver seulement au bord du fleuve, on dut établir, à travers une plaine marécageuse, une digue de fascines longue de trois lieues, ce qui donna aux Turcs un délai d’un mois, dont ils purent profiter pour faire leurs préparatifs. Mais comme il fallait construire la digue sur la rive russe du fleuve, où l’on avait moins h craindre d'êtredérangé, on choisit ce point, le plus défavorable de tous,

doit i on dirigea les opérations du seul. corps d'armée en activité vers les contrées les plus désavantageuses, vers les plaines désertes et dépourvues d’eau de la Dobroudja.

Cependant, malgré tous ces obstacles et ces retards, les premières entreprises promettaient un succès rapide et brillant au delà de toute attente1. L’occupation des Principautés n’était qu’une simple marche militaire; le gros du sixième corps arriva, sans trouver d’obstacles, jusqu'à Boukharest* , et l’avant-garde des cosaques jusqu’à Kraïova \ On passa, sans difficulté, le Danube près de Satounovo, dès que l’empereur fut arrivé*. Dix mille Turcs, qui, dans les retranchements convenablement construits vis-à-vis de la digue, auraient pu opposer les obstacles les plus sérieux au passage des troupes, s'enfuirent devant un faible corps de Russes qu’on passait dans des barques, et se jetèrent en partie dans la place d'Isaktji, une des petites forteresses de la Dobroudja, située à quatre mille pas seulement du lieu de débarquement. Le commandant de cette place se rendit encore le môme jour, sans essayer de faire une résistance quelconque. C’étaient là des coups heureux, impossibles à prévoir, qui accompagnaient, dès le début, ce premier mouvement, malgré toutes les fautes faites par les Russes dans leurs dispositions préparatoires, et comme pour prouver la vérité de la saillie de Frédéric le Grand qui avait l’habitude d'appeler les succès militaires des Russes en Turquie « les victoires des borgnes sur les

1 L’esquisse de cette description de la guerre, que nous croyons suffisante pour remplir notre but, ne saurait guère être autre chose qu’un extrait de l’excellent ouvrage du baron von Moltke : Der rnssisch-Uirkische Feldzug in der europœischen Türkei , 1828 und 1829 (La Campagne russo-tufque dans la Turquie d'Europe , 1828 et 1829), Berlin, 1845. — I/ouvrage de Feodor Iwanitschew : Geschichtc des russisch-türkischen Kricgs ( Histoire de lu guerre russo-lurquc), llmenan, 1829, ne saurait lui être comparé.

Premières opérations.

* 16 mai.

* 21 mai.

* 7 juin,

aveugles. » Combien l’armée russe se fiait à cette première bonne fortune et jusqu’à quel point elle se croyait autorisée à pouvoir mépriser ses adversaires, elle le prouva par l’étourderie ou par la témérité avec laquelle elle continua sa marche à travers la Dobroudja, en se dirigeant sur Basardjik, marche pendant laquelle elle avait à s'emparer, à droite, des petites forteresses de Matjine et de Hirsova et sur son flanc gauche, de celle de Touldja et plus bas, vers le sud et sur la mer, de la place de Koustendje, au bout du

mur de Trajan. On envoya contre chacune de ces quatre

places un corps de deux mille hommes seulement, avec quelques pièces de campagne, de sorte qu'après avoir avancé l’avant-garde, le corps principal fut réduit à un effectif de seize mille hommes. Cependant, cette fois-ci encore, la fortune ne trompa pas la superbe confiance des Russes. Ils n’avaient pas apprécié, il est vrai, à sa juste valeur, l’importance des fortifications et de la garnison de Braïla qui était défendue par sept ou huit mille hommes. Le septième corps d'armée avait dû commencer*, dans toutes les règles, le siège de cette forteresse; on entreprit les travaux avec un soin minutieux qui coûta beaucoup de temps ; on fit des tranchées larges et profondes ; on éleva de nombreuses batteries en rouage, de même qu’on creusa des mines en abondance qu on chargea à l'excès et dont on voulut se servir pour ouvrir la brèche au second bastion, à partir du bord supérieur du fleuve, endroit qu'on avait choisi pour front d'attaque. Lorsque, après avoir fait des préparatifs si minutieux, on voulut donner l’assaut à cet endroit*, deux mines ne jouèrent pas parce que, par suite d’une erreur dans les signaux, on n'y avait pas mis le feu ; l’explosion ayant été, par conséquent, très-défectueuse, les brèches restèrent si imparfaites que, devant la vaillante résistance des Turcs, les colonnes d’assaut durent reculer.

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après avoir perdu deux mille cinq cents morts et hommes mis hors de combat. Mais encore cet échec ne jeta qu’une ombre passagère sur la fortune russe.

Déjà quelques jours auparavant, la flottille russe du Danube avait forcé celle des Turcs, stationnée près de Brada, à se retirer vers Silistrie ; la forteresse de Matjine, espèce de tête de pont de Brada, capitula, comme Isaktji, sans motif et sans y être forcée par la nécessité. Ces événements troublèrent à un tel point la tête du commandant de Brada,

Souleïman-Bey, qu’il offrit* de rendre la forteresse qui * i7 juin, était défendue par trois cents canons et pourvue de munitions et de vivres en abondance, si l’on voulait lui accorder la retraite libre et sans condition vers Silistri. Alors toutes les autres petites places se rendirent aussi les unes après les autres, bien qu’elles eussent pu arrêter la marche des Russes qui se dirigeaient vers le mur de Trajan ; six forteresses avec huit cents pièces de canon étaient, en six semaines, tombées entre leurs mains, lorsqu’à Koustendje* * 5 in|,,etils tendirent la main à leur flotte de transports venue d’Odessa. Dans cette marche en avant du troisième corps d’armée qui montrait ainsi qu'il se croyait sur de vaincre, on ne s'était trompé que sur un seul point principal. On avait laissé de côté la place de Silistri qui était plus faiblement fortifiée et défendue par une garnison moins forte que Brada et qui, probablement, avait dû être investie encore par le sixième corps d'armée, pendant tout le temps qu’on se servait du train de siège devant Brada. Mais cette division de l’armée avait trouvé le passage du Danube près d’Oltenitza, sur l’autre rive, à Tourtokaï, trop fortement défendu et n’avait pas pu, pour cette raison, accomplir sa t

tâche et effectuer l’investissement de Silistri qui, après la chute de Brada, reçut des renforts précieux par la garnison de cette dernière forteresse qui venait d’y entuer. Or, c’é-

tait risquer beaucoup que de quitter la base d’opérations qu'on venait de s'assurer et, avant d'avoir pris Silistri, de s’avancer vers Varna avec le troisième corps d'armée si faible qui, à la première rencontre avec les ennemis, lorsque son avant-garde, s'avançant de Karasou, se trouva en face des Turcs près de Basardjik, apprit à connaître, à son préjudice, la supériorité de la cavalerie turque et le nouveau caractère régulier de ses mouvements. C'est pourquoi, dès que le septième corps d’armée n'eut plus rien à faire devant Brada, il reçut ordre de suivre le troisième corps, et l'investissement de Silistri échut ensuite à une moitié du sixième corps d’armée qui, par un long détour pur llirsova, se rendit au lieu de sa destination.

Toutes ces dispositions aussi trahissaient l’étourderie incroyable avec laquelle les Busses exagéraient la valeur de leurs propres forces, en même temps qu ils se faisaient une idée beaucoup trop faible de celles de l’ennemi. Ou dégarnit ainsi la Valachie d’une manière très-fâcheuse ; le corps d'armée devant Silistri, qui comptait de dix à onze mille hommes sans artillerie de siège, était tout à fuit iusuilisanl pour investir la place d’une manière efficace, tandis que le gros de l’armée d’opération était, par ses forces numériques, bien au-dessous de la tâche qu’elle uvait à remplir, même après que le septième corps se fut joint au troisième jniiift. près de Basardjik’. Déduction faite de ses avant-gardes et de ses corps détachés, le gros de l'armée ne comptait pas plus de vingt-quatre mille hommes; et même les avant gardes, envoyées vers Kosloudja et Varna, se montrèrent beaucoup trop faibles; l'une d'elles, commandée par le général Rüdiger, et l'autre, sous les ordres du comte Somhtelen, essuyèrent des échecs aussi décourageants que ceux de Basardjik , lorsqu elles s'approchèrent, pour la première fois, de «es deux«ndroits où elles furent repoussées par lu cava-

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lerie turque. Il était visible qu’on ne savait ce qu’on devait faire avec une armée aussi peu nombreuse, ou plutôt ce qu’on pouvait faire dans cette position entre Sohoumla et Varna, où l’armée principale des Turcs, forte de quarante mille hommes et commandée par le séraskier Housseïn-Pacha, se trouvait bien retranchée près de la première de ces villes, tandis que la dernière, la forteresse la plus importante qui commandait la route principale conduisant au Balkan, était dans une position des plus difficiles à attaquer; cependant il s'agissait de s’en emparer, car sa possession était absolument indispensable aux Russes, rien qu’à cause des communications avec la mer Noire. C’était sur ce point que, sans aucun doute, tous les mouvements avaient été dirigés jusqu’alors; mais tout à coup, le gros de l’armée, laissant seulement un faible corps d’observation près de Derbend, à six lieues de Varna, se dirigea, fort de trente mille hommes, sur Schoumla, comme si l'on voulait paralyser la résistance de l'ennemi en portant un grand coup à ses forces principales. Peut-être aussi n’était-ce qu’un expédient pour se tirer d’un grand embarras ; en effet, la flotte militaire des Russes, qui devait appuyer les opérations de l’armée, n’avait pas encore paru dans les eaux de Varna, et on était encore toujours sans train de siège. Mais encore en tenant compte de ces circonstances, les hommes experts blâirtent cette résolution ; car, disent-ils, on aurait, du moins, pu faire les préparatifs du siège de Varna et placer dix mille hommes dans la direction de Schoumla, pour couvrir ces travaux préparatoires, taudis qu'une simple observation de cette place d’armes si fortç était tout à fait superflue, puisqu'il n’y avait là rien à couvrir, tandis que l’offensive était accompagnée des plus grands dangers.

La ville de Schoumla, dont le nom rappelle des faits si

Schoumla.

célèbres Pt des événements si fâcheux dans l’histoire militaire de la Turquie, compte quarante mille habitants et est située dans une vallée ouverte, à l’est et à la base d'un . plateau haut de huit cents pieds qui est séparé du Balkan et présente partout des parois escarpées s’élevant en forme de muraille. A mille ou quinze cents pas de la ville, il y a, le long de la crête des premières collines qui forment la base du plateau et descendent vers la plaine, sur une longueur de huit mille pas, un rempart de terre et un fossé qui s’étendent, sur une ligne continue, des hauteurs escarpées de Strandja, au nord, jusqu’à celles de Tjenghell, au sud de la ville. Sur les derrières de Schoumla, sur les hauteurs du plateau, l’accès en était entièrement ouvert aux convois d’approvisionnement et on avait peu à redouter une attaque de ce côté-là, toute la hauteur de la montagne, dans un rayon de douze ou quinze lieues, étant couverte d’un taillis peu élevé et très-fourré, coupé seulement de voies de communications très-longues et étroites, qui n'offraient pas l’espace nécessaire pour servir de champ de bataille et pour déployer des masses de troupes. Afin d'investir cette position d'une manière efficace, l'empereur de Russie dut distribuer son armée, déjà si réduite, sur une ligne dépourvue de réserves et longue de six lieues, formant des redoutes et des stations de blocus dont chacune était toujours exposée aux sorties iidprévues et facilement couvertes par les déchirures du terrain, sorties que les ennemis pouvaient, en outre, faire avec toutes leurs forces. Mais, ne se contentant pas de cette longue ligne d’investissement déjà si tendue, les Russes voulurent encore essayer de s’emparer des accès sur les derrières du grand camp. C’est pourquoi ils occupèrent Rasgrad sur la route de Roustchouk , * Fiu d* niiteu et firent plusieurs tentatives* pour s’emparer des défilés importants de Kyœtesch, en passant avec l’aile gauche par

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Eski-Stamboul, pendant que l'aile droite faisait, à l'occasion, des diversions à Eski-Djoumna. Mais toutes ces tentatives, qui donnaient à la ligne d’investissement une étendue de quinze lieues, depuis Strandja jusqu'à Kyœtesch, ne furent résolues qu'avec la désapprobation des officiers supérieurs intelligents et instruits ; eïles ne furent entreprises qu’avec une grande hésitation et exécutées avec des pertes sensibles et sans produire de résultats durables. Si l’on avait espéré attirer l’ennemi de Schoumla en rase campagne, on n'y réussit pas ; bien approvisionnés sur leurs hauteurs où ils ne souffraient pas des chaleurs, les Turcs restaient presque toujours tranquilles, tandis que les Busses dans la plaine, exposés à l’ardeur du soleil, avec une nourriture et une eau de très-mauvaise qualité, éprouvant les plus grandes difficultés à fourrager, par suite de la diminution dans le nombre de leurs chevaux, furent tourmentés par des maladies qui firent irruption parmi eux, par le scorbut et par la gale, ainsi que par toute espèce de souffrances et de privations.

Ce ne fut qu’un mois après, lorsque Housseïn semblait peu à peu comprendre la position de ses ennemis, qu'il laissa plus de liberté à ses cavaliers pour faire des expéditions plus hardies, afin d’attaquer les communications des Russes et de piller leurs dépôts ; il finit même par se

résoudre* à faire lui-même une double sortie nocturne, • u août

une attaque simulée contre l'aile droite de l’ennemi et, une attaque principale contre le camp du prince Eugène de Wurtemberg près de Marasch. Son projet échoua ; mais, à cette occasion , les Turcs firent subir aux Russes de telles pertes et auraient tellement mis en péril la position de leurs ennemis s'ils avaient réussi dans leur entreprise, que les généraux russes comprirent la nécessité de concentrer davantage leurs forces, et de retirer, en pre- II. 33

* 9 sf j>U*ml»re.

* Conmipncpmeut d’aoftt.

Varna.

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mier lieu, l'aile gauche de ses six retranchements près d’Eski-Stamboul et, plus tard encore, de quatre autres redoutes plus voisines du camp russe, après que le séraskier eut fait une seconde sortie * dont le secret fut trahi par des Bulgares, de sorte que les Russes purent la . faire échoudf. Le comte de Wittgenstein se serait alors de nouveau retiré jusqu'à Yenibasar pour y prendre l’attitude de simple observateur, si l’empereur ne lui avait donné l’ordre formel de se maintenir dans ses positions. Des combinaisons stratégiques n’entrent que rarement dans l’art militaire des Turcs et dans leur système de tactique; s’il en eût été autrement, la position de l’armée russe, disséminée devant les trois forteresses de Schoumia, de Silistri et de Varna, qui toutes les trois étaient insuffisamment cernées, leur aurait offert les meilleures occasions de faire des entreprises que le succès le plus brillant serait venu couronner. En effet, le siège de Varna aussi avait commencé avec une grande lenteur, depuis que la Hotte, commandée par l’amiral Greigh, fut enfin arrivée * et qu elle eut renforcé le corps d'observation près de Derbend, de manière à le porter au chiffre de neuf mille hommes, corps qui, plus tard, prit position sur le bord de la mer et plus près de Varna, où il resta en communication étroite avec la flotte. L’empereur avait quitté Schoumia dans le but de s’v rendre ; mais ensuite il s’était embarqué pour Odessa, alin d'amener de nouveaux renforts à son armée ; car, même à ce moment, le corps d’armée ne suffisait pas encore pour investir, d’une manière complète, la place de Varna que, par suite de sa position, il faut assiéger avec deux • divisions d’armée complètement séparées.

Varna est située sur la rive septentrionale de la Devna qui sort d’un lac du même nom et long de six lieues, pour

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se jeter, après un cours peu étendu, dans la mer Noire.

Du côté sud du fleuve, la ville était protégée par des basfonds marécageux et, près du pont de pierre de la Devna, par une tête de pont. Un corps d'armée, placé à cet endroit, aurait été éloigné du gros de l’armée de siège au nord, par une distance de quinze lieues, en prenant comme la ligne la plus directe de communication le gué de Ghebedje, de sorte que chacune des deux divisions de l’armée de siège devait opérer seule et tout à fait indépendamment de l’autre. Dans l’angle formé par la mer et le fleuve, où était située la ville, elle était entourée d’un rempart de terre flanqué de dix bastions dont les courtines étaient fort étendues et si peu larges qu’on ne pou- ' vait pas y mettre de canons. Le fossé étroit avait des escarpes et des contrescarpes en maçonnerie, mais il était à sec; seulement, dans sa partie orientale vers la mer, où il forme un ravin naturel, il est plus large, il descend jusqu’à une profondeur considérable et est traversé par un ruisseau d’une faible largeur. Youssouf-Pacha, le défenseur de Patras , que le succès accompagnait toujours , avait été envoyé comme commandant dans cette forteresse avec quinze mille hommes, et le kapoudan-pacha, Izzed-Mehmed, lui avait été adjoint pour la défense. Afin • d’avoir un ferme appui dans leur flotte, les Russes dirigèrent leur attaque contre les quatre bastions du front nord-est de la forteresse, bien qu’il fût beaucoup plus solidement fortifié que son côté occidental. Ils entourèrent la vaste courbe des fortifications, depuis la mer jusqu’à la Devna, d'une rangée de redoutes dont la ligne était coupée, au centre, par un retranchement turc, ouvrage extérieur, situé au nord de la ville. Le côté de la mer était

bloqué par la flotte qui, d'ailleurs, ne pouvait être d’aucune autre utilité pour les desseins des assiégeants, puis-

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qu elle ne pouvait s'approcher de la baie peu profonde qu'à une distance de deux mille pas. On commença à tirer * i v août, la première parallèle* sur la pointe extrême à l'est de la forteresse ; en effet, les Turcs ne s'étaient pas seulement établis dans la redoute au nord, mais encore devant le bastion qui était le quatrième, en comptant depuis la mer, , et qui formait la pointe extrême au nord de la ligne de

circonvallation ; c'était le cimetière retranché en dehors du fossé que les Turcs avaient occupé, en s'y entourant d’un labyrinthe de petites fortifications qui menaçaient de très-près l’aile droite de la première parallèle. Les assiégés auraient, du reste, obtenu des résultats d'une beaucoup plus grande efficacité que n'en pouvaient offrir tous ces moyens de défense, s'ils avaient élargi les courtines entre les quatre bastions attaqués, de manière à pouvoir y dresser des canons pour faire taire les batteries insuffisantes des Russes qui ne reçurent leur train de siège .Mi-Mytruiiii*. que plus tard*.

N'étant donc pas entravés dans leurs travaux , les Russes purent faire des progrès réguliers en établissant leurs batteries en rouage et en tirant leur seconde parallèle , malgré les combats opiniâtres près de ces ouvrages extérieurs, malgré les sorties des assiégés et malgré les dérangements dont les travaux de terrassement avaient à souffrir par suite du feu de F artillerie et de la mousqueterie des Turcs qui les interrompait sans cesse, s ^ptoinw. A celte époque, l'empereur revint d'Odessa * avec un renfort de troupes de la garde qui portaient les forces numériques de l’armée de siège, placée dès lors sous les ordres du comte Voronzow, au chiffre de dix-huit à vingt mille hommes. De cette manière, on se trouva en état de ' jeter aussi dans la langue de terre de Galata, au sud de la forteresse, un corps de troupes de cinq mille hommes

qui né tait cependant pas assez nombreux pour empêcher l’arrivage des approvisionnements dans la forteresse par la grande route de Dervisch-Yovann. Du reste, la ténacité des assiégés semblait s’accroître à mesure que les ressources des assiégeants augmentaient. Les Turcs ne peuvent nulle part résister, en rase campagne, à l'art militaire des Européens, parce que, au commencement même d'un combat, ils ont l’habitude de se disperser par petites bandes et que les plus braves attaquent le front des lignes ennemies, tandis que la grande masse, dans sa lâcheté, évite le feu de l’artillerie et cherche à se jeter sur le flanc des adversaires; mais par cette raison même, ils excellent à défendre des forteresses, parce qu’il ne

leur est pas possible de s’y éparpiller, parce qu'ils ne sont pas à cheval et qu’ils n’arrivent pas aussi souvent à faire des attaques impétueuses; tous les soldats s'y valent également par leur courage et leur capacité; ils sont for! exercés au tir et incomparables par leur frugalité et par leur talent à supporter les privations. Pendant le siège qui nous occupe, ils arrêtaient et gênaient aussi continuellement, suivant leur habitude, les résultats des travaux et l'effet des batteries des assiégeants par leurs grenades et par un feu de mousqueterie meurtrier qu'ils entretenaient avec un grand art; ils sc maintenaient, avec une audace extraordinaire, au fond même du ravin qui formait le fossé de la ville, et y établirent encore de petits retranchements, lorsque les Russes eurent déjà fait des brèches praticables près du premier bastion et dans la courtine du second bastion.

Les Russes étaient déjà découragés, épuisés et en proie

à des maladies et durent commencer à être économes de leurs munitions, lorsque les assiégés, abondamment pourvus de tout ce dont ils avaient besoin, furent encore ra-

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