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LA GUERRE RUSSO-TUROUE
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nimés par l'annonce de l’approche d’une armée auxiliaire qu’Omer-Vrione leur amenait de Schoumla. Dans ces circonstances, son arrivée semblait devoir mettre rapidement lin au siège. Après être parti de Schoumla avec quatorze mille hommes, il avait été renforcé encore sur le Kamtjik par le grand-vizir, de sorte qu’Omer-Vrione arriva avec vingt-cinq mille hommes près de Hassanlar * où, deux jours après, un corps de reconnaissance de quinze cents Russes, sous les ordres du général Hartung, se rencontra avec lui, sans qu’on s v attendit de part et d’autre. Orner attaqua les Russes qui durent se retirer, après avoir perdu leur général et presque la moitié de leurs hommes. A la suite de cet événement, l’empereur attira vers liii toutes les troupes dont il était possible de se passer devant Schoumla ; il renforça la division commandée par le général Bistrœm à Galata et envoya le général Souchosannet par Ghebedje sur les derrières d’Omer-Vrione qui, après s’être avancé de Hassanlar, assit son camp sur le Wolfsberg, point central de toutes les hauteurs et de tous les ravins des environs, par lequel passe la route qui conduit de Dervisch-Yovann à Varna. A ce moment’, Orner attaqua sans résultat la position de Bistrœm, lorsque, le même jour*, le prince Eugène de Wurtemberg, qui, après être venu de Schoumla, avait opéré sa jonction avec Souchosannet, lit une reconnaissance du camp turc d’où il devait, d’après les ordres ’de l’empereur, chasser le pacha, en l’attaquant conjointement avec Bistrœm, et le rejeter au delà du Kamtjik. Le prince trouva l’ennemi dans une position extrêmement avantageuse dont on ne pouvait s’approcher qu’en passant par des chemins étroits à travers d’épaisses forêts et des ravins escarpés. Le prince demanda donc à l’empereur des renforts et un ordre commandant au général Bistrœm de se subordonner au corn-
de 1828 A 1829.
mandement suprême du prince. Mais il reçut l’ordre formel de l’empereur’ d’attaquer les Turcs sans délai et sans d'autres renforts. Le prince concentra scs colonnes sur la crête plate d’une hauteur dans la vallée, d’où le corps russe, pour arriver au camp du pacha, séparé de lui par une distance de quinze cents pas, avait à descendre la hauteur et à traverser une épaisse forêt qui empêchait la vue des mouvements de l'armée et où l’on ne pouvait se servir ni de la cavalerie, ni de l’artillerie. Pour trouver, si c’était possible, une position convenable pour l'artillerie, on avait ordonné au régiment Asow, commandé par le général Dournovo, de reconnaître un endroit qui lui avait été indiqué et qui semblait être plus élevé. Cette troupe, qui avait à réparer un échec subi auparavant à Kyœtesch, rencontra inopinément, pendant sa marche, les retranchements du camp turc; seule et séparée du reste de l’armée, elle donna néanmoins l'assaut avec une grande impétuosité ; mais elle fut repoussée, après avoir •essuyé de grandes pertes et en laissant son vaillant chef sur le champ de bataille. Toutes les tentatives qu'on lit ensuite pour prendre le camp à l’aide des masses d'infanterie qu'on faisait avancer successivement, restèrent inutiles. Dans ce moment décisif, on ne reçut pas de renforts du côté de Galata, parce qu’une première attaque de Bistrœm, qui avait eu lieu déjà avant l’assaut donné par le régiment Asow, avait été repoussée. Le prince se retira à Hassanlar, après avoir perdu quatorze cents hommes; alors l'empereur dut envoyer à Bistrœm, dont la position commençait a inspirer des craintes, les renforts qu'il avait refusés au prince.
En poursuivant vigoureusement le cours de leurs victoires, les généraux turcs, Orner, Housseïn et le grandvizir auraient eu l’occasion la plus favorable de ter-
30 septembre.
LA GUERRE RUSSO-TURQUE
# ComincniTiiiMit d'octobre.
* 3 octobre.
miner toute la campagne russe en jouant quelques pièces seulement sur l'échiquier. Le jour même du combat, le grand-vizir, en venant de Dervisch-Yovann , aurait pu prendre à revers les troupes du prince de Wurtemberg. Après le combat, Omer-Vrione aurait pu poursuivre ce corps- qui était en pleine dissolution, le chasser de ses positions et s’avancer par Ghebedje sur les derrières de l’armée assiégeante, ce qui, dans la saison déjà avancée, aurait facilement pu obliger les Russes à lever le siège. Mais précisément au moment oii il aurait fallu faire les derniers efforts, les pachas retombèrent dans une indolence apathique ; les victoires remportées par eux dans la défense de la ville semblaient leur inspirer de la répugnance à faire 1a moindre opération offensive. Omer-Vrione négligea même de jeter des renforts considérables dans la place de Varna, mesure à laquelle on s’attendait au quartier général russe, comme à la chose la plus naturelle et la plus nécessaire ! Par une raison dont on se rend difficilement compte, il regardait des hauteurs du Wolfsberg les opérations de siège devant Varna avec une indifférence complète , lorsque tout à coup il en fut tiré, à sa grande frayeur, par la nouvelle de la chute de la place. Pendant ce temps, les Russes avaient continué, sur leur ligne d’attaque, à détruire par des mines les fortifications, à combler la rigole devant l'escarpe et à s’avancer vers cette dernière, en construisant des galeries couvertes à travers le fossé, au fond duquel les Turcs, abrités par des coupures dans le sol et par des logements, se maintenaient -encore toujours avec une persévérance digne d'admiration, en essayant de détruire les travaux des assiégeants * par des sorties et des contremines. Les assiégeants firent jouer une mine sous le premier bastion’; mais ils trouvèrent qu’ils avaient manqué
DK 1828 A 1829.
leur but, les défenseurs ayant déjà élevé un second parapet derrière le premier ; lorsque , quelques jours plus tard, les Russes essayèrent de prendre d’assaut ce même bastion", ils sacrifièrent inutilement deux tiers des hommes * s octobt». commandés pour l’attaque. Alors les affaires prirent tout à coup une autre tournure et eurent cette issue surprenante que, dans les circonstances actuelles, personne n’aurait pu deviner. Le vaillant Commandant de Varna, Youssouf-Pacha, parut" dans le camp russe; il se rendit • iflMU.br». à discrétion, en invoquant la grâce de l’empereur, et fut transporté comme prisonnier de guerre, avec le reste de la garnison consistant en sept mille hommes, de l’autre côté du Danube. On disait que, pendant que ce général faisait les plus grands efforts pour résister aux- Russes, une intrigue de palais à Constantinople l’avait dépouillé de ses fonctions et de ses biens et qu’il s’était laissé ainsi déterminer à commettre cette trahison qui lui enleva le dernier et le meilleur de ses biens, la gloire de sa brillante défense. Le kapoudan-paclia, qui, disait-on, s’était opposé à cette honteuse capitulation , obtint * pour ré- • st octobre compense la place du faible grand-vizir ; mais, quelques mois après, il fut de nouveau destitué, d’après ce qu'on disait, sur des rapports de Youssouf-Pacha qui y prouva au grand-seigneur qu’il avait positivement conclu la capitulation avec le consentement de l’amiral, et qu'il avait seulement résisté à la demande de ce dernier de rompre la convention.
La chute de Varna termina la campagne des Russes par sut le Dumb». un de ces accidents heureux et immérités qui les avaient favorisés dès le commencement même de la guerre. Elle leur laissa du moins les apparences d'un succès et leur épargna la honte et le désastre d’une retraite fatale vers le Danube. Deux corps d’armée prirent leurs quartiers d’hi-
la r.UERRK russo-turque
ver ii Varna et dans les environs. Sur le Danube, il n’y avait plus que Silistri entre les mains des Turcs. Moins bien fortifiée que Braïla et placée dans une position beaucoup plus désavantageuse, parce qu'on pouvait très-facilement la dominer des hauteurs tout à fait voisines, cette forteresse, qui, en 1809, n'avait résisté aux ennemis que pendant cinq jours, n'avait pourtant pu être investie que très-imparfaitement paroles dix mille hommes commandés par le général Roth. On n'a jamais pu uvoir des renseignements positifs sur bien des choses qui ont été faites et qui n’out pas été faites devant cette place ; on ne sait même pas, par exemple, ce qu’est devenu le parc d'artillerie de siège de Braïla, dès qu'on n'en eut plus besoin devant cette forteresse; car il n v en eut pas trace devant Silistri. Avec ses forces insufïisante3, Roth, à l'exemple de ce que faisaient les corps devant Sehoumla, avait dû prendre une attitude défensive, en se couvrant par toute une ligne de redoutes. En deux mois, on n’approcha de la forteresse, avec les canons, qu'à lu distance de quinze cents pas, et avec les tranchées de tirailleurs que de sept cents pas.
• Mi .fptpmbre. I.orsqu’en automne’ le second corps arriva pour renfor-
cer les assiégeants et qu’on eut un plus grand nombre de canons de siège que devant Braïla, on commençait à manquer de munitions et les maladies éclaircissaient les rangs des troupes qui soutiraient déjà de la faim. Lorsque, après la • I 6 octobre. chute de Varna, les Russes quittèrent Sehoumla', les forces des assiégeants devant Silistri atteignirent le chiffre de trente mille hommes. Rendant quelque temps, on avait été d'avis de maintenir le blocus pendant tout l’hiver; mais la rigueur de la saison ne le permit pas. On dut renoncer à
* iu novembre, investir Silistri'. Avec des fatigues indicibles, on com-
mença la retraite à travers le pays épuisé et par des chemins défoncés, dans lesquels il fallait abandonner une
partie de l'artillerie et la laisser devenir ainsi la proie des ennemis qui poursuivaient les Russes.
Depuis le départ de Roth pour Silistri, les affaires avaient pris aussi une tournure fâcheuse en Valachie, où l’on avait laissé le général Geismar avec dix mille hommes seulement, pour faire observer les places fortes sur le Danube depuis Roustchouk jusqu'à Viddin, et pour tenir toujours les ressources du pays à la disposition des Russes.
Le pacha de Viddin molestait d'une manière intolérable la petite Valachie par ses razzias. Geismar voulut surveiller ses mouvements de tout près et avait établi un camp à Golenz. Mais il en avait été chassé * et il avait du y laisser * ts août, tous ses approvisionnements; même, lorsqu’il prit, plus tard, une autre position près de Czoroy, une nouvelle attaque’ des ennemis le força à se replier sur Kraïova, de * 2- août, sorte que, dès ce moment, toute la petite Valachie était ouverte aux incursions du pacha et aux expéditions qu’il entreprenait pour piller le pays. Mais pendant une troisième expédition, lorsque le pacha se montra, avec vingtsix mille hommes, près du village de Boyeleschti, à l’aile droite du corps russe qui, fort de quatre mille cinq cents hommes, s’était de nouveau retranché près de Czoroy,
Geismar réussit à en tirer une vengeance éclatante. Il attaqua* les ennemis eh plein jour et en bataille rangée, 4 2 G septembre, bien qu'ils eussent des forces si supérieures, et se battit avec avantage contre leur cavalerie, tandis que l’infanterie turque laissait arriver le soir, sans prendre part au combat. Le général russe avait médité un coup extraordinaire. »
Pendant la nuit, il surprit les Turcs à Boyeleschti, il s'empara de leur camp, de toute la masse de leurs chariots ainsi que des armes qui auraient sufti à dix mille hommes r
et que les soldats du pacha jetaient pendant leur fuite. Depuis ce jour, la tranquillité était assurée à la Valachie.
LA GUERRE RUSSO-TURQUE
La «'.aiupa^ne *n Asie. Paskevitch.
Avec la campagne en Europe, dans le pays du Balkan, on avait, en même temps, combiné en Asie une invasion des possessions ottomanes en Anatolie. A cette aile gauche de la ligne générale des opérations russes où la division de troupes en activité n’était guère plus nombreuse que le corps de Geismar à l’extrémité la plus éloignée de l’aile droite en Valachie, les événements suivirent une marche tout autre, pleine de vigueur et de résolution, marche qui formait le contraste le plus frappant avec les allures téméraires et cependant incertaines des entreprises en Bulgarie. Mais en Asie on n’avait pas non plus besoin de tenir compte de la diplomatie comme sur le théâtre de la guerre en Europe; les troupes russes se trouvaient là en face de soldats turcs qui avaient été à peine atteints par la nouvelle organisation militaire, et surtout l'autocrate n’v traversait pas les opérations avec des ordres absolus et incompris qui ne semblaient pas admettre l’idée de l’impossible; toute la direction delà guerre s'y trouvait, en outre, concentrée entre les mains d’un seul général en chef, d’un des plus capables de ces capitaines qui avaient conservé l’esprit militaire et l’expérience de la guerre du temps de Napoléon. Ce général, J. Feodorovitch-Paskevitch, comte d’Erivan, s’était préparé pour sa mission sur les lieux mêmes, pendant les deux années qu’avait duré la guerre avec la Perse ; il avait acquis en outre une trèsgrande expérience pendant les cinq années de son admi-
nistration des pays du Caucase. Bien qu’il fût encore étranger au sol même de la Turquie, il connaissait cependant parfaitement bien et dans les moindres détails la manière des Turcs de faire la guerre, la conformation et les ressources du pays où il devait opérer, ainsi que la nature de ses habitants. Comme nul autre, il savait montrer avec beaucoup de tact, à la fois ou tour à tour, la finesse des
Byzantins et cette rudesse tranchante des Busses qui ne tient compte ni des obstacles, ni des personnes, qualités qui seules se montrent efficaces quand on a affaire à des peuples sauvages dont la force est la barbarie et dont la sagesse est la perfidie et la déloyauté. La diplomatie européenne aurait pu trouver dans sa manière de procéder les leçons les plus instructives pour apprendre comment il faut traiter et manier les Turcs. Jeté avec une poignée de soldats au milieu des populations denses de ces vastes territoires hostiles; placé toujours dans l’alternative ou de réussir ou de périr, il était aussi prêt, quand l’occasion convenable s* en présentait, h se servir des moyens les plus cruels et les plus terribles, qu il était disposé à prendre les mesures les plus douces et les plus humaines, quand elles le conduisaient au but qu'il s'était proposé. Nul ne s'entendait mieux que le comte d'Erivan à mettre à profit la jalousie qui régnait entre les gouverneurs turcs, la résistance que montraient les beys aux pachas et Y influence dont jouissaient les notables de la classe bourgeoise ; nul ne savait mieux diviser les différentes classes de la population, exploiter les divisions qui y existaient déjà, et régner en divisant, que Paskevitch auquel ces mêmes talents diplomatiques furent d’une si grande utilité dans sa carrière ultérieure.
Mais il s'appliquait aussi, avec la même habileté, à faire naître la confiance dans les peuples subjugués; à désarmer les préjugés religieux en les respectant ; à amortir la haine et le fanatisme par la corruption et à prendre soin des intérêts matériels de ces peuples en les ménageant autant que possible : en poursuivant ces différents desseins, le duc ne perdait jamais de vue son principe le plus important qui était de montrer toujours aux Orientaux la domination russe dans le jour le plus favorable et formant un
contraste éclatant avec le pouvoir des Turcs et des Perses. Mais pour cela, il avait besoin de la discipline la plus sévère et du plus grand ordre dans son armée à demi-barbare ; il les imposa à ses soldats, en se les attachant par les soins vigilants qu’il leur prodiguait, ainsi que par les succès glorieux qu'il leur faisait obtenir, et en les élevant dans l’obéissance passive ainsi que dans l’habitude de se soumettre aveuglément à toutes les fatigues. Dans ces contrées malsaines, qui épuisent les hommes également pendant l’hiver et pendant l’été, par des influences locales aussi bien que par le climat, la nécessité et la prudence lui commandaient déjà d’avoir pour sa petite armée des soins paternels qui autrement étaient très-rares en Russie. Autant qu’il était possible de le faire, il veillait donc avec la plus grande attention à l’alimentation et aux soins îi donner aux hommes valides et à ses malades ; pour ces derniers, quand on ne pouvait pas les transporter dans les hôpitaux militaires sur la frontière, il y avait toujours avec l’armée une ambulance et une quarantaine. La nourriture était substantielle et abondante ; tandis que dans l’armée russe en Europe la règle était de donner au soldat trois fois par semaine une livre de viande et un verre d’eau-devie, ses soldats recevaient tous les jours une livre de viande et plusieurs verres d’eau-de-vie ; pendant les expé ditions entreprises en hiver, il doublait même la ration. Mais en revanche il exigeait les efforts les plus extraordinaires de ses hommes qui n'étaient guère habitués à avoir des journées de repos. Sans cesse occupé, toujours dispos* h payer de sa personne et à endurer toute espèce de fatigues, il leur donnait lui-même l’exemple qui faisait que, dans tous les dangers, le général pouvait compter sur le sacrifice et le dévouement de ses soldats, quelque grands qu’ils fussent. Usant de son talent à double face même
dans sa manière de traiter ses soldats, il s’adressait tantôt ù leur nature morale, et tantôt à leurs appétits grossiers et sensuels ; il savait agir sur eux par le service divin et par des banquets ; il s’entendait à tirer profit de leur superstition ou de leur soif de gloire, à relever le sentiment de leur propre valeur par des ordres du jour pompeux, et à stimuler ses officiers, en leur rappelant les brillants souvenirs des victoires remportées par Alexandre le Grand et par les Romains dans ces contrées qui, depuis ce temps, n'avaient été foulées par aucune nation civilisée. De cette manière il se créait des instruments capables de lui assurer ses succès dans lesquels sa propre habileté avait pourtant toujours la plus grande part. Dans la conception de ses projets de campagne, on voyait régner une prévoyance qui s'occupait des moindres détails et qui préparait tout d'avance avec le plus grand soin; de même qu'il montrait, dans les plans des différentes entreprises moins importantes, la prudence et la réflexion la plus patiente et, dans leur exécution, la promptitude, la hardiesse et la résolution la plus grande. Dans les mouvements et dans les combats les plus compliqués et les plus dangereux, il reconnaissait avec le plus grand sangfroid le moment le plus favorable d’agir et savait en profiter avec une fougue irrésistible.
Paskevitch n’était pas encore de retour dans ses cantonnements ipi'il regagnait, après avoir terminé ses dernières opérations militaires en Perse, lorsqu’il reçut’ l'ordre d envahir les provinces frontières de la Turquie. On lui indiqua comme mission principale : de faire une diversion h la campagne en Europe ; de s'emparer des forts d'Anapa et de Poti sur la mer Noire, ainsi que des villes importantes d Achalzik et de Kurs, capitales des pachaliks les plus rapprochés de la frontière de Géorgie, afin de
Commencement
d’avril.
pouvoir, en restituant ces dernières villes, acheter, à la conclusion de la paix, d'autant plus sûrement l’incorporation des deux premiers forts dans l’empire russe. Le trait d’union entre les deux campagnes si éloignés formait l’entreprise contre Anapa, ce point principal du commerce maritime entre les Turcs et les Tcherkesses; cette ville n’avait été construite qu'en 1784 tout près du détroit de Kertch à l’entrée de la mer d’Asow ; les Russes, qui l'avaient prise en 1807, l'avaient restituée aux Turcs à la paix de Boukharest. Avant de partir pour Varna, où elle devait tendre la main à l'armée d’Europe, la flotte russe,
♦ u mai. commandée par l'amiral Greigh, avait paru, au printemps*,
devant Anapa, où elle avait mis à terre des troupes de débarquement pour faire avec elles des opérations comrûunes
* 23 juin, contre cette placé qui dut biôntôt se rendre *. Cette entre-
prise avait donc pu être épargnée au duc d'Erivan qui, ayant reçu ordre de se hâter, avait d’ailleurs déjà assez à faire pour se refaire son matériel de guerre qui commençait à lui manquer, et pour achever tous les préparatifs nécessaires. Il eut d’abord soin de faire répandre le bruit qu’il n’avait pas encore reçu l’ordre de se mettre en marche, afin d’endormir ses voisins, les Turcs, qui préparaient eux-mêmes une invasion dans la Géorgie ; le général russe profita du délai, qu'il venait de gagner de cette manière, pour diviser toute la vaste frontière russe en cinq parties dont chacune fut placée sous les ordres d'un général particulier, chargé, en outre, de surveiller- les montagnards libres sur les derrières de l’armée, de maintenir ouvertes les voies de communication et de prendre les mesures nécessaires afin de procurer les subsistances pour l’armée d’opération qui ne comptait que douze mille hommes. Paskevitch né comptait pas sur les ressources que pourraient lui offrir les pays ennemis; il satisfit aux besoins immé-
de 1828 a 1829.
diats de son armée par des achats publics ; pour le temps où la navigation restait ouverte, il établit un système d’approvisionnement régulier, en faisant tout venir par la mer Noire, et même d’Astrachan par la mer Caspienne jusqu’à Salyann, d’où l’on remontait ensuite le Kour. Il se prépara, en même temps, à conduire avec lui un magasin ambulant, abondamment garni, qu’il faisait transporter par des milliers de bêtes de somme, par les chariots de la couronne et sur des voitures de louage qu'il payait très-bien ; ce magasin dut l’accompagner déjà dans sa première expédition qu’il fit de la ville frontière de Goumri jusqu’à Kars. Il paraissait plus naturel de porter le premier coup à Achalzik, le pachalik le plus voisin de la frontière et situé sur la mer Noire. Mais Paskevitch craignait la perte de temps qui en résulterait, puisque l’artillerie, qui revenait de Perse, aurait eu un chemin plus long à faire, pour s’y rendre ; il craignait encore de laisser, sur son flanc gauche, une ligne trop longue et trop faible sur la frontière exposée aux incursions des ennemis. En outre, cette contrée était moins saine que celle de Kars et le général n’y aurait pas trouvé une population aussi bien disposée que les Arméniens ; mais ce qui le détermina surtout dans son choix , c’était la considération stratégique qu’en faisant l’expédition contre la ville de Kars, située au centre du demi-cercle qui s’étend depuis Achalzik jusqu'à Erzeroum, il couperait la base des opérations de l’ennemi au milieu même, mouvement que le général avait exécuté déjà une fois avec le plus grand succès pendant la guerre en Perse. En même temps que l’armée de Paskevitch quitta Goumri *, le major- ♦ juiu. général Hesse commença, à sa droite, ses opérations contre Poti et Batoum, avec un corps séparé qui avait son point d'appui dans la Gourie *.
1 Cf. Ouschakow : Geschichte der Feldzüge in (1er asinlischen Tiir -