‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 36 sur 48 · II · texte numérisé non relu

II

LA GUERRE RÜSSO-TURQUE

question de l’indépendance, Wellington balançait continuellement, de la manière la plus puérile, entre des refus et des acceptations ; il l’avait proposée à trois reprises différentes ; mais, dès que la Russie, pour ne pas trop heurter la susceptibilité des autres puissances, se déclarait pour l’indépendance de la Grèce, ce qui était contraire à sa véritable opinion, Wellington se déclara aussitôt contre elle, bien qu’il combattit ainsi son opinion à lui !

S'il n avait pas eu le désir bien vif de pouvoir annoncer au Parlement le rétablissement des relations diplomatiques avec la Porte, encore avant le commencement de la nou- • a mm. velle guerre russe, le protocole * de conciliation, avec lequel les deux ambassadeurs devaient retourner ii Constantinople, n'aurait guère été signé aussi promptement. Mais encore, dans l'état actuel des choses, on tarda beaucoup trop à le terminer, et le départ des ambassadeur fut remis beaucoup trop longtemps pour que ces derniers eussent pu faire la moindre chose en faveur de la médiation de la paix telle qu elle avait été projetée dès le principe. Et même, quant au véritable but de la pacification de la Grèce, on mina d avancé tous les succès, par la fâcheuse manière donl l’Angleterre se mettait, pendant celte ambassade, toujours en travers des choses. Outre le mémoire fiançais qui se prononçait en faveur de la délimitation plus étendue, et à côté d'autres suppléments, Wellington ajouta encore au protocole sa propre opinion sur la question des frontières’, opinion divergente de celle des autres, ce qui montra de nouveau à la Porte la désunion entre les deux puissances occidentales elles-mêmes, ainsi que le peu de clarté qui régnait dans leurs desseins, et ce qui fut cause qu elle accueillit le successeur de Stratford, le chevalier Gordon

1 Mémorandum of the british Plonipotenliary. MS.

de 1828 a 1829.

(frère d'Aberdeen), à son arrivée à Constantinople*, beau- * coup plus amicalement que Guilleminot. Mais cette faveur n’eut aucune influence sur les négociations elles-mêmes. Le sultan rejeta, pour la quatorzième fois, la médiation offerte ; après avoir eu une conférence * avec les deux am- » bassadeurs, le reïs-effendi déclara, dans sa réponse, qu’il était impossible à la Porte de consentir seulement à une autonomie des Grecs qui paveraient tribut à la Turquie, et il fit cette déclaration d’une manière si décidée que Gordon lui-même ne voyait plus d’autré moyen de së tirer d’affaire que d’imiter ce que Canning avait fait en Amérique et de reconnaître la Grèce comme un État indépendant. Éconduite de cette manière à Constantinople, l’Angleterre rencontra, en même temps, de la résistance dans la faible Hellade qui, s’appuyant sur la Russie, ne faisait plus guère attention aux alliés de cette puissance.

Le consul général Dawkins remit* au gouvernement grec le protocole du 22 mars, avec une note d’envoi dans laquelle, au moment même où les places d’Anatoliko et de Mîssolonghi, ces noms si glorieux pour la Grèce, étaient prêtes à se rendre aux assiégeants; il exigeait, au nom de l'alliance, la levée du blocus maritime dans ces parages et la cessation des hostilités dans la Grèce continentale que Wellington persistait toujours à ne pas vouloir laisser au nouvel État. Le président déclara * qu’il n’était pas en son pouvoir de transporter la population de la Grèce continentale dans le Péloponèse : tous les habitants de ces contrées, disait-il, s’étaient solennellement engagés à ne jamais séparer leur cause de celle de la Grèce. Les résidents de Russie et de France s'opposèrent à cette intervention arbitraire du consul anglais qui insista cependant, au nom de l’Angleterre seule, sur sa demande. Le capitaine Spencer, de la frégate Madagascar , entra dans le port de Misso-

Juiu.

I août.

<9 mai.

* 27 mai.

longhi, pour demander la levée du blocus, en menaçant de l’obtenir de vive force. Heureusement il arriva trop tard.

• h mai. En effet, la veille même,', on avait signé la capitulation des deux villes. De cette manière, Kapodistrias gardait assez de temps et assez de puissance pour suivre entièrement, aussi dans l’Hcllade orientale, les errements de l’année dernière, pour continuer à appuyer la Russie, à l'aide de diversions très-désirables’, et, avant tout, pour purger complètement des Turcs encore ce côté de la terre grecque. Rendant la campagne russe, Aslan-Bey traversa, avec quinze cents hommes, les Thermopyles et se rendit à Levadia, ainsi qu’à Athènes, afin de conduire toutes les troupes, à l’exception de la garnison de l’acropole d'Athènes, à Larissa, d’où elles devaient se rendre à Andrinople, pour défendre cette ville. Kapodistrias avait de nouveau formé un camp près de Megara, afin d’être prêt, quand les circonstances l’exigeraient, à s'opposer à cette opération. Les diplomates réunis à Aigina ne voyaient que des diversions en faveur de la Russie dans cette guerre inutile, où l’on luttait pour la possession de territoires que leur intervention devait amener, par des moyens pacifiques, entre les mains des Grecs ; ils s’adressèrent donc, à l’insu du président, à un des chefs des corps de troupes, au Français Trezel, en portant plainte auprès de lui ; mais Kapodistrias se monta la tête et lui ordonna expressément de continuer ses mouvements. Ypsilantis se porta près de Petra, sur les collines de Thilphossai, au pied de l’Helikon, où les Turcs devaient nécessairement passer dans leur ren «pifmbre. traite. En essayant de se frayer un passage l'épée à la main ', ils furent repoussés partout et durent acheter leur retraite au prix d'une capitulation en vertu de laquelle ils eurent à

1 Cf. l'ellimi. In Grèce et les Capotlwtrias. Paris. I8!>S, p. IjT.

évacuer toutes les places fortes dans l’Hellade orientale, jusqu’aux Thermopyles. Ce fut la dernière bataille de la lutte pour l’indépendance des Grecs qui avait duré neuf ans.

Les campagnes russes de 1829 forment, pour ainsi dire, u «^gn»

* ° rasse en Asie.

la contre-partie de celles de l’année précédente dont elles PrtP*r*üfs se distinguent dans un point essentiel. L’année précédente, tout avait échoué au camp russe en Europe, par suite de la présence du czar qui s’était immiscé dans toutes les opérations ; pendant l’année qui nous occupe et où l'armée européenne obéissait à la volonté d’un unique commandant en chef, tout prit, au contraire, une autre issue qui, si elle n’était pas brillante, menait cependant rapidement au but, issue qui n’était pas peu favorisée par ce fait que la guerre se rapprochait dès lors du sultan et mettait davantage en jeu ses préoccupations personnelles. En Asie, au contraire, le comte Paskevitch avait pu agir avec bonheur et sûreté, en suivant ses propres inspirations dans la mission qui lui avait été donnée et qui, par la nature des choses elles-mêmes, était fort simple, tandis que, pendant l’année suivante, il se laissa déconcerter dans sa marche particulière, à la fois prudente et hardie, par les insistances du czar qui le pressait en lui demandant les résultats les plus grands et en lui donnant les ressources le> plus mesquines. Quelque misérable que fût la défense des Turcs, ce changement dans le caractère de la guerre, si celle-ci se fût prolongée beaucoup, aurait produit une réaction et un revirement dangereux dans les brillantes entreprises du comte ; en effet, précisément dans ces contrées lointaines et éloignées de la résidence du sultan, la vigueur du peuple ottoman s’était réveillée et mise en mouvement sans qu elle eût eu besoin d étre provoquée et stimulée. Si l’on avait voulu recueillir, dans une seconde cam-

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pagne en Asie, les mêmes succès que l'année précédente, il aurait été tout à fait indispensable de mettre sur pied une armée beaucoup plus forte que celle dont pouvait disposer Paskevitch, pour oser se jeter dans l’intérieur des provinces les plus dangereuses et les mieux fortifiées parla nature et au milieu des populations les plus indisciplinées. L’empereur avait, à la vérité, ordonné en automne la levée de vingt mille recrues pour renforcer l’armée du Caucase ; mais on n'aurait pas pu se servir de ces jeunes soldats avant le mois de juillet, ce qui eût été trop tard pour permettre à Paskevitch d’exécuter ses projets. Son intention était de se rendre à Erzeroum et de pénétrer de là jusqu’à l’IIalys et à Sivas (l'ancienne Sebasteia) afin d’y couper les communications de Constantinople avec Diarbekir et Bagdad ; cependant il ne voulut pas entreprendre ces expéditions téméraires sanss'ètre garanti les flancs, suivant sa manière prudente, en s'entendant préalablement avec les pachas de Trébjzonde et de Bagdad et en s' Aplanissant la route par un accord avec les bandes des brigands * Novembre 1928. kourdes. Ces projets qu'il avait envoyés* à Saint-Pétersbourg furent approuvés ; mais les ordres de l'empereur enjoignaient au général de faire la guerre d’une manière • 19 décembre, plus décisive; pour agir ainsi, le comte demanda* des renforts d’au moins six ou huit mille hommes ; mais on les lui refusa. Il dut donc songer à se procurer, à l’aide de ses propres ressources, une armée plus nombreuse ; mais les ennemis ne lui laissèrent guère le temps de préparer convenablement ses mesures. Au cœur même de l’hiver, le bey des Adjures, Achmed, avait reçu les ordres les plus rigou reux d'attaquer Achalzik; la promesse du pachalikd’Achalzik, faite par le séraskier Hadji-Salech-Pacha, l’avait déterminé à se préparer à une attaque contre la ville, pour

effacer l’impression décourageante que la chute de cette place si forte avait laissée dans les esprits des Turcs.

Dès que Paskevitch avait été informé qu’Achmed concentrait des troupes dans le village de Schaouschett, il ordonna au général Hesse, dans le cas d’une attaque contre Achalzik, d’envahir le pays même des Adjares; il donna ordre au colonel Bourtzow de former un corps d'obse'rvation près de Souram, afin de quitter Gori avec le majorgénéral Mouraview, de traverser le Kour et de prendre les assiégeants de revers. En même temps qu’il reçut la nouvelle des projets des Turcs contre Achalzik, on apprit à Tiflis" que l’ambassadeur russe à Téhéran, Grüjoyedow, ayait été assassiné et que le schah concentrait de nouveau des troupes. On aurait dit qu’il attendait seulement le coup qu’on voulait porter à la place d’Àchalzik, pour rouvrir les hostilités contre la Russie, hostilités qui auraient fait éclater, sans aucun doute, le feu de la guerre couvant sourdement parmi toutes les tribus des Lcsghiens, des Laziens et des Sourdes, de sorte que, pour tout cet été, les projets de campagne des Russes auraient été paralysés. 11 importait donc avant tout de déjouer l’entreprise des ennemis contre Achalzik. Achmed-Bey y parut’ réellement; il pénétra dans les faubourgs et donna l’assaut à la forteresse, dans l’espoir de la prendre par un coup de main et au premier choc. Mais comme il échoua dans cette attaque, il s'établit dans les maisons de cette malheureuse ville et commença un siège dans les règles, siège qui, pendant douze jours, causa des maux indicibles aux assiégés commandés pur le prince Beboutow. Cependant l’avant-garde de Mouraview, sous les ordres du colonel Bourtzow, était

partie de Gori ; après avoir traversé les gorges de Bordschom, elle franchit le Kour et marcha sur Achalzik, bravant toutes les fatigues d’une expédition faite au cœur de

* Fin d« (étrier

4 mars.

LA GUERRE RUSSO-TURQUE

l’hiver. Le frère d’Achmed, Abdi-Bey, qui essaya de barrer le passage aux ennemis, fut rejeté sur Atschver. En tournant son aile gauche, les Russes déjouèrent la tentative qu'il fit pour défendre le défilé près de cette ville. Dès • i« mm. que Bourtzow parut devant Achalzik *, le corps des assiégeants se débanda dans la plus grande confusion. Après ce succès, obtenu si promptement, Paskevitch n’eut pas de difficulté à mettre à la raison le schah de Perse qui avait été poussé à la guerre par tous les ennemis de la Russie, tant étrangers qu'indigènes. Le prince Abbas-Mirza, n'ayant reçu qu'avec répugnance les ordres de son père relativement à la reprise des hostilités, envoya un de ses confidents à Paskevitch pour lui demander des conseils. Le général lui répondit par une lettre d’une franchise finement calculée. Il lui indiqua ouvertement les résultats possibles d’une campagne perse, mais il lui fit connaître aussi les démarches qu’il ferait de son côté, et qui entraîneraient, pour la Perse, la perte d’Aderbidjann et peut être même la chute de la maison kadjare. 11 y ajouta déjà alors un commentaire militaire aux promesses des diplomates relatives au désintéressement de la Russie qui avait dit vouloir renoncer à tout agrandissement: l’Angleterre, disait-il dans sa lettre, ne défendrait pas la Perse. « En Asie, on pourrait subjuguer un Etat, sans qu’une seule parole fût échangée entre les puissances à ce sujet. C’était autre chose en Europe où des guerres générales et sanglantes pourraient éclater au sujet de chaque pouce de terrain. L’existence de la Turquie était indispensable à l’équilibre politique de l’Europe; mais il était fort indiffèrent aux puissances européennes desavoir qui régnait en Perse. » Ces représentations produisirent leur effet. Le prince envoya son propre fils à Saint-Pétersbourg pour faire amende honorable de l’assassinat commis sur la personne de l’aro-

bassadeur, et le schah, que le prince Abbas n’avait pas consulté à ce sujet, donna, plus tard, lui-même son consentement à cette démarche. #

Ayant ainsi couvert ses derrières, en rétablissant les bons rapports avec la Perse et en se maintenant à Achalzik, Paskevitch put dès lors commencer à s’opposer à l’exécution des grands projets du séraskier, projets qui avaient pour but de partager l’attention des Moscovites, en l’attirant, par des opérations simultanées, sur plusieurs points à la fois, et de pénétrer dans les possessions russes en s’avançant par Kars et Goumri qu’on comptait attaquer. Ce fut avec la plus grande prudence que le comte se prépara et s’arma pour faire les opérations qui devaient contrecarrer les projets de l’ennemi. Afin d’augmenter le petit nombre de ses troupes, il avait armé des indigènes de la Gourie, pour en faire des milices ; il avait pris à son service des Tartares, de même qu’il avait formé plusieurs régiments composés d’ Arméniens et même d’habitants des provinces musulmanes. Une bonne solde régulièrement payée, des subsistances abondantes et, de temps à autre, un bon butin rendaient ces gens très-dociles et firent qu’à la première occasion ils donnèrent les preuves les

plus satisfaisantes de leur zèle à servir les Russes. Avant

d’entrer dans le pays ennemi, le général russe y avait préparé son chemin, en essayant d’exploiter, avec un grand talent et à son profit, la condition de l’empire turc qui était en pleine dissolution. 11 essaya de se mettre partout en rapports avec les chefs des Kourdes ; par ses dehors séduisants, il gagna les pachas de Kars et de Bayazid, ses prisonniers, et les détermina à travailler, par tous les moyens possibles, le pacha de Mousch pour qu'il se mit du côté des Russes et qu’il formât, avec ses troupes, l’aile gauche de l’armée de Paskevitch . Après avoir pris ensuite

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les dispositions les plus minutieuses pour renforcer le corps du général Hesse qui devait observer le pacha de Trébizonde, tandis que, pour couvrir Kars et les chemins conduisant de cette ville au territoire russe, il avait placé le général Pankratiew dans la position de Soubatan qui dominait toute la contrée, Paskevitch concentra ses troupes eu activité à Achalkalaki ou il se rendit lui-même, ep « s.inin. avançant son quartier général jusqu’à Ardaghann \ Sur son aile droite, il était menacé, dans les sandjakats de Schaouschett et d'Ardanoutsch, par le kiaya du séraskier, taudis que ce dernier s était déjà mis lui-même en route, pour se rendre sur les hauteurs inhospitalières du Saganloug qui borne et qui protège, à l’est, le pachalik d'Erzeroum. S’il avait dirigé de là son attaque contre Kars, il aurait pris le général en chef des troupes russes entre deux armées bien supérieures en nombre à celles des Moscovites. 11 était impossible à Paskevitch cle laisser derrière lui Ardaghann, défendue par une troupe excessivement faible, et Achalzik, avec sa garnison malade de la peste ; c’é-

. tait les exposer aux coups de l’ennemi ; il fallait donc di-

viser l’armée russe, autant que possible, sans qu'on s’en aperçût. Paskevitch lui-même se rendit à Kars ; il confia à Bourtzow la garde d’ Achalzik, tandis que Mouraview rnar-

* i3 jnin. cha contre le kiaya qu'il découvrit* près du village de

Zourkab, se rendant à Achalzik. Bourtzow avait été informé à temps des mouvements du kiaya et avait reçu ordre d’opérer de concert avec Mouraview : ces généraux prirent alors le kiava entre deux feux et emportèrent d'as-

* u juin, saut* son camp fortifié près de Tschaboria.

Soulagé ainsi à l'aile droite de sa ligne d’opérations, Paskevitch concentra autour de lui les corps qui avaient

* juin, été employés pour opérer contre le kiaya, et réunit* dix-

huit mille hommes, dont cinq mille sept cent soixante-dix

Dit 1838 A 1839.

cavaliers, près de Kolanly, à quinze verstes de Rars el à trente verstes du pied du Saganloug, à la limite même de ses conquêtes de l’année précédente. C'est à cet endroit que la route d’Erzeroum forme deux embranchements qui se réunissent de nouveau, de l'autre côté du Saganloug, près de Kœprikoï sur l’Araxe. Ces deux chemins travers sent des pentes abruptes et des défilés entourés de forêt» el entrecoupés de ravins, et franchissent cette montagne rude, couverte de neiges jusqu'au mois d'août. L'une de ces routes passe par le château de Medjinngbert, dans le voisinage duquel campait Haki-Pacha, avec vingt mille hommes, près de Milli-J)uss, dans une position inaccessible dominant toute la contrée et même les chemins de communication ayec la seconde route qui passe par les châx teaux de Sevjnn et de Saghinn. Ce fut pur ce dernier chemin que le séraskier arriva avec trente mille hommes qui, opérant de concert avec les avant-postes avancés sous les ordres de Haki-Pacha, pouvaient prendre l'ennemi dans la montagne de tous les côtés, Cependant dans ces contrées, comme en Europe, les Russes avaient eu soin, déjà en 1827, de faire reconnaître toutes les localités et d’en faire lever le plan. Paskevitch avait donc une connaissance fort exacte de la nature de la montagne et des difficultés du passage. 11 s'agissait dès lors de franchir la route encore ouverte qui passait par Sevinn, avant que le séraskier vint l’occuper. En trompant Haki-Pacha par des reconnaissances, des attaques et des mouvements simulés, le général russe lui fit croire qu’il cherchait à gagner la route passant par Medjinngbert et qu’il ne connaissait pas du tout celle de Sevinn ; mais, pendant ce temps, il s’avança vers la montagne, avec le corps principal’, fort de quatorze mille hommes, pourvu de soixante canons et emportant des provisions pour cinq jours; il laissa sa barricade de chariots

LA GUERRE RUSSO-TURQUE

faiblement défendue près de Kotanly et fit occuper les Turcs par une attaque peu sérieuse à Milli-Duss. Pendant toute la marche de nuit de trente-neuf verstes, les Russes ne rencontrèrent pas un seul ennemi, et lorsque, le lendemain matin, ils parurent, en ordre de bataille, sur les deux rives de rinnschasou au flanc gauche du camp turc et à la distance de huit verstes seulement, Haki-Pacha fut saisi de la plus profonde consternation. Du reste, même

de ce côté, le camp du pacha était complètement inattaquable. 11 n’y avait qu’un seul passage par lequel on pût y parvenir ; mais, pour y arriver, il fallait tourner le camp à une distance de cinquante verstes, par la vallée de Milli- Duss. Dès que les Russes eurent effectué le transport des bagages de Kotanly, malgré les difficultés qu’il présentait, ils entreprirent encore cette marche fort périlleuse, à travers une contrée impraticable, où les montagnes succédaient aux vallées et où Haki-Pacha aurait pu facilement prendre les Moscovites de revers, leur couper les communications avec Kars et les mettre entre les feux des deux armées torques. Mais, dans cette occasion encore, la fortune combla le guerrier hardi de ses faveurs.

* so jum, i** jnîi. Lorsque Paskevitch commença* son mouvement dangereux par Sevinn et Karaourgann et que, dans ce but, il descendit des hauteurs du Tschahir Baba, au pied duquel la vallée de Kaïnnly s’ouvre en forme d’éventail dont la partie large débouche dans la direction du château de Saghinn, il rencontra inopinément l’avant-garde du séraskier qui y avait appelé la cavalerie de Haki-Pacha pour lui tendre la main. Il s’engagea une lutte opiniâtre d’oii les Russes sortirent victorieux pendant l’après-midi, lorsqu'on apprit que le séraskier en personne avait paru avec douze mille hommes de l'autre côté de la rivière du Kaïnnly et qu’il s’y retranchait afin de rallier autour de lui, le lende-

DE 1828 k 1829.

main, un autre corps de dix-huit mille hommes partis d'Erzeroum pour le suivre. Dans un de ces moments décisifs où Paskevitch mettait à une des épreuves les plus rudes la persévérance de ses soldats à demi barbares mais d une trempe solide, bien qu’ils eussent fourni une marche forcée de quarante verstes et livré déjà bataille, il leur ordonna de tourner, des deux côtés et en trois colonnes, le camp du séraskier près de Sevinn, surtout dans le but de couper, sur son flanc droit, ses communications avec Milli- Duss, et attaqua victorieusement les Turcs encore vers la fin de la soirée. Si le séraskier était venu quelques jours plus tôt, comme il l’avait promis, il aurait attiré les Russes dans le piège qu’il leur avait tendu, pendant qu'ils franchissaient péniblement la montagne ; mais, arrivé trop tard, il n’échappa qu’à grand’peine lui-même à la captivité et perdit toutes ses provisions, tout son matériel de guerre ainsi que tout son corps qui fut dispersé et poursuivi dans toutes les directions. Paskevitch se trouva alors près du village de Karaourgann, au point de jonction de deux chemins, conduisant à Milli-Duss, et à treize verstes du point où il voulait attaquer la position de Haki-Pacha dont il était séparé par un rameau élevé de la montagne. Déjà le lendemain*, il continua sa marche. Lorsque l’avant-garde * * arriva, dans la matinée, sur les hauteurs derrière le camp turc, dont trois verstes la séparaient, on remarqua que tout y était encore dans un calme et un ordre complets ; on sut par des prisonniers que l’on n’avait pas au camp la moindre connaissance de la défaite et de la fuite du séraskier. Le général russe eut soin de faire répandre aussitôt cette nouvelle qui jeta une telle confusion dans les rangs des soldats de Haki que le plus grand nombre s’enfuit et • que le pacha dut envoyer un parlementaire à Paskevitch pour négocier avec lui. Avant que celui-ci pût rapporter

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la réponse du comte, l'artillerie turque ouvrit le feu Rur quelques endroits ; Paskevitch, voyant la confusion qui régnait dans le camp des ennemis, commanda, sans hésiter, l'assaut; les Turcs s'enfuirent avec une précipitation tellement honteuse que Haki lui-même fut fait prisonnier» L'armée russe avait donc, en vingt-cinq heures, fourni une marche de soixante verstes, pris deux camps * conquis une masse de provisions et fait deux mille prisonniers. Et Ce n étaient pas encore là tous les fruits de cette mémorable victoire du 1er juillet. L'armée du séraskier qui suivait s'était aussi presque complètement dispersée; le général turc ne put retenir sous les drapeaux qu’une partie de sa cavalerie* recevant une solde fixe, et son infanterie de réserve , près de Hassan-Kaleh (l'ancienne Theodosiopoiis) qui forme la clef d une vallée conduisant de là à Erzeroum. Afin de prendre cette ville* si c'était possible, pendant qu’elle était encore sous le coup de la première terreur, Paskevitch conduisit son armée horriblement fatiguée par Chorassan et Kœpriskoï jusqu’à Hassan-Kaleh où le camp turc se débanda aussitôt. En vain le séruskier essaya-t-il de déterminer les habitants d' Erzeroum à opposer une résistance énergique aux Eusses. Paskevitch se fil précéder par deux agas de la ville qu'il avait faits prisonniers et qu'il avait gàgnés par son amabilité ; ils publièrent une proclamation par laquelle le comte essaya de déterminer les habitants aisés à épargner à la ville les horreurs d’un siège. 11 eut un plein * s jniiif't. succès. Paskevitch fit son entrée dans la ville* sans trouver la moindre résistance ; le séraskier dut se rendre comme prisonnier de guerre. Aucun Russe n’avait encore pu pénétrer aussi loin dans l'intérieur des pays turcs. Mais ce ne fut pas là encore la fin des suites et des succès du combat sur les bords du Kaïnnlv. Deux forteresses,

Chniss et Baïbourt, dont la dernière était aussi solidement défendue que Kars, ouvrirent à Paskevitch leurs portes* ♦ i«, njntiiet. et, par là, les chemins de Trébizonde ; l’armée turque en fuite et poursuivie jusqu'à Karahissar lui livra la route de Sivas qui était dès lors le but de ses opérations»

Immédiatement après que Paskevitch eut franchi la montagne de Soghanly* un événement pareil eut lieu sur Koukwtjale théâtre de la guerre en Europe : les Russes effectuèrent le passage du Balkati sous la conduite du comte Diebitsch qui jusqu’alors avait été le chef de l’état-major russe et qui, à cette époque, remplaçait Wittgenstein dans le commandement en chef de l'armée d’Europe. Il était né en 1785, en Silésie, et avait été élevé à l'école militaire de Berlin; d'un extérieur fort ordinaire* il avait été, pendant quelque temps, négligé et même traité avec injustice par ses supérieurs dans l'armée russe où il était allé prendre du service ; puis il avait voulu quitter les rangs de l’armée; mais l’empereur Alexandre avait su le réconcilier avec sa position. Malgré l'attente générale, Nicolas lui avait conservé les honneurs dont l'avait comblé Alexandra; avant et après la campagne qui nous Occupe, le czar le dota et le récompensa d'une manière si brillante que Diebitsch devint l'objet de la haine et des jalousies du parti moscovite1. Dans un seul point* mais qui était capital, sa position était décidément meilleure que celle du général qui l’avait précédé dans le commandement. L'empereur, avec tout son cortège de diplomates, restait, cette fois-ci, loin de l'année, donnant ainsi au général en chef, qui trouvait, en outra* des leçons fort instructives dans toute l’expérience de la campagne précédente, une position bien plus désirable, en le chargeant

Cf. Bahrien, Wandcrunqen ( Pérégrinations ), t. Il, p. 220.

LA GUERRE RUSSO-TURQUE

d’une responsabilité plus grande, il est vrai, mais en lui laissant les mains plus libres. Seulement, par rapport aux moyens et aux forces, Diebitsch n’était pas non plus dans une meilleure situation que son prédécesseur. Dans ce moment, où certainement les motifs les plus urgents stimulaient le czar à déployer toutes les ressources dont il pouvait disposer , pour obtenir des succès prompts et éblouissants, on allait voir que ce n’était nullement sa modération si souvent vantée qui, l’année précédente, avait empêché la Russie de mettre en campagne des forces plus nombreuses et qui l'en empêchait encore cette annéelà. Même après avoir appelé les réserves et un certain nombre de Cosaques de la mer Noire et du Kaukase, l’armée n’était pas plus forte, mais plutôt plus faible que l’année précédente; elle se trouvait seulement un peu mieux pourvue d'artillerie et de cavalerie légère ; mais, par suite des expériences de la dernière campagne, elle était accablée et se montrait découragée sur le terrain, dans le camp et dans les hôpitaux. D’après le plan de campagne, on avait d’abord à réparer ce qui n’avait pas été fait l’année passée ; on avait à prendre Silistri et à procéder ensuite, après la chute de cette forteresse, sans s’occuper d’autre chose et en observant seulement Schoumla, au passage du Balkan, ce but principal de la campagne et ce moyen capital d’obtenir promptement la paix. Pour faciliter l’exécution de ce plan, on essaya de se mettre d'avance en possession d’un port maritime au sud du Balkan, afin d’avoir sur les Turcs l’avantage de pouvoir s’appuyer sur la flotte. On choisit, dans ce but, la ville de Sizepolou (l'ancienne Sozopolis ou Apollonia) qui s’avançait le plus dans la mer et qui offrait le port le plus sûr. La ville, défendue seulement par une faible

garnison, se rendit" après un bombardement de courte * ir* février, durée.

Irrité de cette reddition honteuse, le sultan fit armer sa flotte et ordonna à l’aga-pacha, Housseïn, qui commandait le camp d’Àïdos, de reprendre la ville. Mais il fallut à ce dernier sept semaines pour se rendre à Sizepolou, éloignée de trois journées de marche d’Aïdos ; pendant ce temps, les Russes avaient pu se renforcer et se retrancher suffisamment pour repousser les Turcs*. La flotte * Avril, turque entra deux fois dans la mer Noire où elle prit, la première fois, par le plus grand des hasards, un brick russe; la seconde fois*, elle rentra au port, sans avoir * Jninfait seulement la moindre tentative pour attaquer la petite flotille russe à Sizepolou. Tout y restait donc prêt à appuyer l’armée d’invasion qui, pendant ce temps et sous la direction personnelle du général en chef, était occupée du siège de Silistri. Gêné dans sa marche par les débordements du Danube, Diebitsch, après avoir quitté Tjernavoda et en passant par Kousgoun, n’avait pu arriver que vers la fin du printemps devant Silistri*; d'autres divi— * sions, retardées également par des désordres inconcevables dans les dispositions prises pour passer les troupes de l’autre côté du fleuve, avaient franchi le Danube, sur des bacs et dans des barques, près de Kalarasch, et portèrent l’armée de siège devant Silistri (le deuxième et le troisième corps d’armée) au chiffre de vingt et un mille hommes, sans compter la réserve de six mille cinq cents hommes ; mais, comme l’année précédente, l’armée manquait encore d’un matériel de siège complet. Cette circonstance donnait au siège, dans ses points essentiels, le caractère particulier d’une guerre de mines, faite à la bêche et au pic, où il s'agissait de détruire systématiquement et à fond, dans un vaste rayon et par des procédés 11. 38

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lents et de longue haleine, le fossé qui n’avait que trente pieds de large, ainsi que les bastions et les courtines de la forteresse. On commença ces travaux sur la ligne est, sur le cours inférieur du fleuve, afin de trouver un point d’appui dans la flottille du Danube ; sur la ligne sud, beaucoup plus favorable aux assiégeants, où l’on peut dominer les fortifications en s'établissant sur les hauteurs devant la ville, il ne s’agissait d abord que d attaques simulées qui bientôt cependant, après qu’on eut examiné à fond la ' j^^j‘Snueem’?nt Posil,on de la place, furent changées* en une attaque réelle, à laquelle on employa dès lors toutes les forces.

Au moment même où l’on était arrivé à ce point, Diebitsch se trouva déterminé, par les nouvelles reçues du théâtre de la guerre au sud, à s'y transporter avec le deuxième corps d’armée, et ù abandonner la continuation du siège de Silistri au général Krassowski dont l’armée ne comptait plus dès lors que de dix à douze mille hommes. Le commandement en chef de l’armée turque était, cette année-là, entre les mains de Rechid-Pacha, promu à la dignité de grand-vizir. Ce général, ainsi que le séraskier d’Anatolie, voulaient ou devaient réparer, pendant cette campagne, par leur activité, ce que leurs prédécesseurs avaient négligé, l’année précédente, par leur paresse. Ils voulaient se mesurer avec les Russes dans des opérations stratégiques dont les Osmanlis n'ont, d’ordinaire, aucune connaissance et qu’ils ne savent nullement calculer d’avance. Dès que les forces nouvellement formées furent organisées à Schoumla , et à une époque où Diebitsch n’était pas même encore arrivé devant Silistri, le vizir prit l'offensive contre le sixième et le septième corps de l'armée russe qui, peut-être au nombre de douze ou quatorze mille hommes, occupaient leurs quartiers d’hiver entre Pravady et Varna. Avec quinze ou vingt mille hommes.

divisés en deux colonnes, il marcha' contre la position du général Roth à Pravady et à Eski-Arnaoutlar; l'une de ces colonnes, commandée par Chalil-Pacha, prit le chemin le plus court, en passant par le plateau de Rowno et de Kürivna, tandis que l’autre, sous les ordres du vizir lui-méme, passa par Yenibasar et Nevvtja, pour menacer, à gauche, les communications de Roth avec le Danube. Le jour où Diebitsch arriva devant Silistri, Rechid-Pacha attaqua* la position retranchée près d Eski-Arnaoutlar où Roth en personne résista, pendant quatre heures, dans un combat d'abord douteux, aux ennemis supérieurs en forces, jusqu’à ce qu'enfin ils les repoussât. Mais quatre bataillons russes, commandés par le général Rynden, qui poursuivirent les Turcs, rencontrèrent, à l’ouverture d’une gorge près de Derekyœï, la réserve turque qui coupa le régiment Ochotzk avec six canons, au moment où il déboucha de la gorge, et l'anéantit presque en entier. Ce fut là cependant le seul avantage remporté par le grandvizir qui retourna à Schoumla, après qu'une attaque simultanée de Chalil contre Pravady eut été repoussée. Cependant, le courage personnel montré par les deux commandants malgré leurs blessures ; l'exaspération avec laquelle les Turcs avaient combattu et l'ordre qu'ils avaient observé dans leurs mouvements : tout cela lit naître dans les Russes de nouvelles craintes au sujet des conséquences de la discipline turque, et Diebitsch crut que le petit échec subi par les Russes était assez important pour l’obliger de quitter Silistri, avec le deuxième corps d’armée, et de courir au secours de Roth qui s'était retiré au nord jusqu'à Kosloudja. Afin de contrebalancer l'effet de cette jonction des deux généraux russes, le vizir semblait vouloir attirer à lui le pacha de Koustc.houk ou préparer aux Russes unp diversion plus forte

* 10 mu.

♦ 17 mu.

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LA GUERRE RUSSO-TURQUE

sur la rive droite du Danube. Mais à peine le pacha de Roustchouk eut-il commencé à rassembler un corps de troupes à Rasgrad que ce dernier fut déjà dispersé par le général Kreutz qui se trouvait en observation dans une position près de Kaorgou.

De cette manière, le vizir restait abandonné à lui-même ’ 2* mai. et à ses propres forces, lorsqu’il suivit*, comme on le prétend, avec quarante mille hommes, le général Roth à Kosloudja, où il le trouva nouvellement renforcé des troupes de Rasardjik et dans une position retranchée qu’il n’osa pas attaquer. 11 se replia donc sur le plateau de Rowno, que la rivière Pravady entoure, au nord et à l’est, dans une vaste courbe; de là, il essaya de nouveau ses forces dans une véritable attaque, sous forme de siège, contre Pravady, où, dans des combats stériles, il perdit huit précieuses journées qui laissèrent au général russe le temps * s juin, d'arriver. Après son départ de Silistri*, Diebitsch avait commencé par appeler à lui le corps du général Kreutz ; puis, après une marche de cinq jours, retardée par les chaleurs et les mauvais chemins, il avait opéré sa jonction avec Roth, qui s’était de nouveau avancé jusqu’à Eski- Arnaoutlar. Au quartier général des Russes, on hésitait si, dans l’absence du grand-vizir, il ne faudrait pas surprendre Sehoumla par un coup de main ; mais Diebitsch se décida à saisir promptement l’occasion favorable qui se présentait de surprendre les Turcs en rase campagne. Dans ce but, il occupa, entre Sehoumla et Pravady, une position qui lui permettait d’empêcher le vizir de retourner à Sehoumla. Cette résolution était en harmonie avec la manière d’agir de Paskevitch, et comme elle fut exécutée dans le même esprit, elle eut une issue décisive. Lorsque le vizir, qui probablement ne savait rien de Diebitsch, fut informé de la marche d’un corps russe contre Sehoumla, il leva aus-

sitôt le siège de Pravady * et retourna, par le chemin le plus court, vers son camp dans la montagne, en suivant les hauteurs du plateau. Ce mouvement rapide consterna les Russes qui, ce jour-là, étaient éparpillés dans un vaste demi-cercle : Kreutz, avec deux mille cinq cents hommes, se trouvait près de Boulanik; le comte Pahlen, avec quatorze mille hommes, était placé près de Matara, au sud de la rivière Pravady ; Roth et Rüdiger étaient au nord, près de Taouschan-Kosloudja, avec douze mille hommes, et Kouprianow, avec deux mille huit cents hommes, à Pravady, de sorte qu’il y avait une distance de quinze lieues entre les deux points extrêmes de la ligne russe.

Le vizir avait le choix entre trois routes : au nord, par Yenibasar et Newtja, où il aurait rencontré Roth et Rüdiger; au sud, par Kamarna et Marasch, où il aurait eu le moins à craindre des ennemis, mais où la marche de l’armée aurait rencontré le plus d’obstacles, à cause des nombreuses vallées latérales du fleuve Kamtjik; enfin, le chemin le plus court passait, sur la hauteur du plateau, par les villages de Markowtja et de Tjirkowna, où le vizir aurait eu en même temps l’avantage de voir la position de toutes les forces russes. S’il s’était avancé par cette route dès le 10 juin, il aurait facilement pu se frayer un passage à travers le corps du comte Pahlen et arriver à Schoumla, et dans le camp russe on aurait hésité, comme l’année précédente, à franchir le Balkan. Mais le général turc, autrement si actif, perdit cette précieuse journée, et pendant la nuit, Diebitsch se fit rejoindre par les troupes de Roth et Rüdiger et bloqua* le chemin du vizir avec vingt-huit mille hommes. Pour reconnaître l’armée turque qui approchait, le général envoya vers les hauteurs du plateau le général Ostroschenko avec l’avant-garde, qui se trouvait dans les villages de Koulewtja et de Tjirkowna, ainsi que derrière

* 10 juin.

11 juin.

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