I.A GUERRE RUSSO-TURQUE
ccs endroits. Reçu par une batterie couverte, attaqué de front par les spahis, qui descendaient au galop la pente roide, et dépassé aux deux ailes, ce corps de troupes fut fort maltraité et repoussé après avoir entièrement perdu tout un bataillon; ensuite les Turcs prirent les deux villages. Même des corps de renfort que le comte Pahlen amena alors en trois échelons, pour porter secours à l'avant-garde, le premier fut rejeté sur le second. A ce moment, oü Roth et Rüdiger étaient peut-être encore h une lieue et demie de l’endroit où l'on combattait, le vizir aurait pu tomber avec toute son armée sur le corps de Pahlen ; mais sa première attaque heureuse n’ayant pas été secondée par les réserves et le vizir ne pouvant rien opposer à l’artillerie russe qui venait de se ranger en bataille, le combat commença par s'arrêter ; puis, l'après-midi, les Turcs regagnèrent leurs hauteurs, et, lorsque Roth et Rüdiger furent arrivés au champ de bataille, Diebitsch procéda h l'attaque de cette position. Bien que l’artillerie no pût faire grand'chose et que la cavalerie dût rester tout à fait inactive sur ce terrain où la forêt et la hauteur auraient olfert aux Turcs tous les avantages possibles pour leur défense, ils n'attendirent pas même l'attaque des Russes. La retraite avait déjà commencé, lorsque l'explosion de quelques caissous à poudre la changea en fuite désordonnée; les tacticiens jetèrent leurs fusils à baïonnettes , on abandonna l'artillerie et les bagages, et toute l'armée se dispersa dans la forêt et dans la montagne, sans avoir fait de grandes pertes en morts et en prisonniers. Le vizir passa par Marasch et n'avait plus que six cents cavaliers lorsqu'il atteignit Schoumla. Cependant, peu à peu, un assez grand nombre de ses troupes dispersées vinrent le rejoindre dans cette place, du Ses ressources insuffisantes ne permirent pas à Diebitscb de profiter de ses succès à Koulewtja pour développer ra-
de 1828 A 1829.
pidement ses opérations. N’ayant plus à sa disposition que trente mille hommes, après toutes les pertes qu'il venait, d’essuyer, il ne pouvait pas vouloir s'avancer dans l’intérieur de la montagne et de l’empire turc avec dix-huit mille hommes, car il fallait laisser au moins dix mille hommes devant Schoumla. Comme l'année précédente, l'armée dut rester* dans ses positions près de Schoumla * isjuin. et perdre le temps le plus précieux, l’occasion favorable et le beau temps, jusqu'à ce que le corps de siège devant Silistri devînt libre et qu’il pût aller la rejoindre.
La nouvelle de la défaite du vizir ébranla, à la vérité, le courage des Turcs à Silistri, mais elle ne put pas le fléchir tout de suite. Là encore, ils avaient fait preuve de l'opiniâtreté et de l’habileté avec lesquelles ils savaient se défendre. Ils ne s'étaient pas lassés de faire des sorties, d'arrêter les travaux des assiégeants et de les détruire avec leurs contre-mines. Ce ne fut que lorsque la disette commençait à régner dans la ville, coupée de toutes ses communications, et que les discordes divisaient les chefs, qu’ils rendirent* la forteresse après une défense de sept *29jmn. semaines, défense qui avait coûté aux Russes des masses énormes de munitions ainsi que trois mille hommes. Ce ne fut donc que lorsque Krassowski put occuper, avec le troisième corps d’armée, les postes d'observation autour de Schoumla, à Yenibasar et à Marasch, que Diebitsch se mit en marche* pour franchir le Balkan. Roth, avec le sixième * Mi-juiUet. corps d'armée, devait passer la montagne par la route conduisant de Varna à Bourgas; Rüdiger, avec le septième corps d'armée, avait à suivre la route de Pravady à Aïdos; le quartier général se trouvait au sein de la réserve, qui suivait, formée par le second corps d’armée, sous les ordres du comte Pahlen. Le vizir, qui s'attendait à une répétition du blocus sérieux de Schoumla, comme l’année
LA GUERRE RUSSO-TURQUE
précédente, avait rallié autour de lui toutes les troupes placées dans les défilés des montagnes, de sorte que les Russes ne rencontrèrent guère d’obstacles en franchissant
le Balkan, que le bruit général leur avait dépeint comme
si redoutable. Ce ne fut que lorsqu’ils s’avancèrent vers le fleuve Kamtjik que les Russes trouvèrent, près du « Village- au-Pont (Kœprikoï) » et vers l’embouchure du fleuve, près de Dervisch-Yovann et de Podbaschi, des positions retranchées de corps peu nombreux, dont ils s’emparèrent sans peine. Quant à la route qui passe par la montagne, en conduisant en ligne droite à Aidos, par la longue vallée du Delidjeh, qu on peut facilement barrer, Roth et Rüdiger la laissèrent de côté, à cause des difficultés que les nombreux gués du ruisseau opposent au transport des bagages, et préférèrent faire un grand détour le long du Kamtjik par Dervisch-Yovann jusqu’à Arnaoutlar et Erketsch. Passant, à cet endroit, par la montagne qui, sur ce versant oriental, ne dépasse nulle part la hauteur de trois ou quatre mille pieds, les troupes aperçurent les pavillons de leur flotte, à laquelle elles purent dès lors tendre la main dans les places fortes maritimes de Misivri, d’Ayolo et de Bourgas, qui toutes furent abandonnées ou • 23, 24 jiniipt. livrées sans résistance*. Après une marche de neuf jours, dans laquelle les soldats venaient de faire soixante-quinze lieues, toute l’armée se trouva de nouveau réunie près de * i4 juillet. Roumelikoï* sans avoir presque subi de pertes. Heureusement Dicbitsch, dans sa marche, était précédé du bruit public qui le disait accompagné d’une armée innombrable. Les chefs turcs eux-mêmes croyaient qu’il amenait cent mille hommes, et les diplomates à Constantinople disaient qu’il avait avec lui au moins soixante mille hommes.
Au quartier général russe, où l’on se trompait d’une manière semblable au sujet des forces numériques de