‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 38 sur 48 · UE 1828 A · texte numérisé non relu

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l’ennemi, et où l’on ne connaissait que trop bien sa propre faiblesse, la confiance semblait taire défaut au moment même des plus grands succès, tandis que dans l’entourage de Paskevitch, les victoires, au contraire, l’augmentaient toujours. Après que les Russes eurent occupé les places maritimes et les défilés dans les montagnes, on y entendait exprimer l’opinion qu’avant de se risquer plus loin, il fallait rebrousser chemin avec une partie de l’armée, prendre d’abord Schoumla, et attendre les renforts, parce qu’on croyait avoir encore en face de soi, à Aïdos, les forces principales des Turcs, leur armée proprement dite. Bien que l’opinion plus hardie, qui voulait qu’on s’avançât rapidement vers Andrinople, l’emportât dans le conseil des Russes, on résolut néanmoins de procéder avec la plus grande prudence avant et pendant ce mouvement, et d’attendre encore, pour voir si le vizir, dans son aire, à Schoumla, ne donnerait pas signe de vie. Rüdiger marcha d’abord* avec le septième corps d’armée sur Aïdos; le vizir

y avait, à la vérité, envoyé de dix à douze mille hommes ; mais ils abandonnèrent, presque sans se défendre, la ville et une grande quantité d’armes et de provisions. Ce succès aurait dû encourager les Russes et les engager à se porter sans délai sur Andrinople. Mais redoutant toujours Schoumla et craignant pour son aile droite, Diebitsch, en éparpillant ses forces, envoya encore à ce moment-là plusieurs divisions le long du versant méridional du Balkan, jusqu’à Yamboli et à Sliwno, à quarante-cinq lieues de Bourgas. Sur le seul bruit que Rechid-Pacha se trouvait lui-même à Sliwno, Diebitsch y conduisit*, en personne, presque toute son armée. En effet, si le vizir n’avait pas voulu se jeter avec toutes ses forces sur Krassowski et sur les derrières de l’armée russe, sa place eût été à ce moment à Sliwno, pour couvrir ou pour occuper Andrinople, pour concentrer

* 15 juillet.

12 août.

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autour de lui toutes les forces dont on pouvait disposer à Constantinople, et pour rallier, si c’était possible, les Albanais du pacha de Skodra. Lorsque Diebitsch eut acquis la certitude qu’il s’était trompé dans ses suppositions; lorsqu’il eût vu que les masses et le courage des Turcs étaient complètement brisés; lorsque ces derniers abandonnèrent partout toutes les positions sans même combattre; lorsque tous les passages du Balkan, depuis le cap Emineh jusqu’à Kasann, se trouvèrent entre les mains des Russes, et qu après la dispersion de toutes les’ troupes turques en deçà de la montagne, le vizir n’aurait plus guère trouvé moyen de se mettre en communication avec Andrinople, même en faisant de grands détours : alors seulement

• u août. Diebitsch se décida à se mettre en mouvement et commença*,

par des chaleurs insupportables, sa marche, excessivement pénible à cause des roches nues et brûlantes, qui formaient la route à suivre depuis Sliwno par Yamboli, le long de la rive gauche de la Toundja.

11 ne rencontra aucune résistance pendant toute sa marche sur Andrinople. 11 y avait là, au moment de l’arri-

• i9 août, vée de Diebitsch*, Chalil-Pacha avec dix ou douze mille

hommes, débris de corps débandés, provenant, en majeure partie, des garnisons de ces places sur le Balkan que les Turcs avaient dû abandonner. Avec ce noyau de troupes, le jeune pacha aurait pu créer les plus grands embarras aux Russes. A l'aide des bourgeois armés de cette ville populeuse il eût pu organiser une défense qui, exécutée seulement avec un peu de ténacité turque, aurait imposé un moment d’arrêt fort dangereux à la course victorieuse de l'armée russe déjà épuisée. Par des négociations habiles, il aurait pu déterminer le ^kodrapacha, Moustapha, à faire une grande opération : c’était, en effet, cet ambitieux imitateur d'Àh- Pacha, le champion du parti des janissaires

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renversé si récemment ; l'année précédente, il avait refusé ses services au sultan, pour l'humilier et pour lui dicter ensuite les conditions auxquelles il lui prêterait secours ; à l’époque actuelle, il croyait que le moment favorable pour agir était venu ; il venait de quitter Sophia et marchait, avec quarante mille Albanais, sur les derrières et sur le flanc des Russes ; déjà, il avait avancé ses avantpostes jusqu’à Philippopoli. Si ces deux partis, que Chalil aurait pu prendre, lui eussent paru trop téméraires, le jeune pacha aurait pu se retirer à Constantinople, sans rencontrer le moindre obstacle ; car la nature du terrain, qu'il aurait eu à traverser, lui aurait offert sur toutes les routes les points les plus avantageux pour se défendre. Mais rien de tout cela ne fut même essayé. Le pacha offrit, de son plein gré, de capituler ; Diebitsch saisit avidement cette proposition ; les troupes déposèrent les armes et rentrèrent dans .leurs foyers ; on leur défendit seulement de se diriger sur Constantinople. On aurait dit que la croyance d’une nécessité fatale qui faisait baisser l'étoile de l'empire turc avait pénétré et frappé de paralysie toute la masse du peuple turc1. Une dissolution aussi complète de toutes les forces morales et matérielles dans le camp ennemi aurait dû forcer le général russe à faire des entreprises téméraires, quelque peu qu elles fussent en harmonie avec sa nature et avec sa méthode militaire ; mais, en outre, les ordres formels du czar lui prescrivaient de ne pas cesser les hostilités avant que la paix fût assurée. C’est pourquoi le comte Pahlen avança, sans retard, avec le deuxième

‘ « D'où vient, demanda Michaud peu de temps après cette époque à un Turc, d’où vient que votre nation, autrefois si active et maintenant si indolente, marchait jadis avec tant de rapidité et aujourd'hui avec tant de lenteur? — C'est qu'alors nous venions et que maintenant nous nous en allons. »

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* 6 septembre, corps d’armée jusqu'à Kirkilissa et atteignit Viza\ dans les monts Strandja, d'où il pouvait tendre la main à l’amiral Greigh qui, avec sa flotte, s’était emparé des ports fortifiés de Vasiliko, d'Achtebolou et de Midia. A l’aile droite de la ligne d'opérations, le général Sievers marchait par » 7 septembre. Demotika et Ipsala à Enos’, sur la côte thrace de la mer Blanche, point jusqu’auquel déjà, au commencement de la campagne, l’amiral Ricord avait étendu le blocus des Dardanelles, afin de gêner l’arrivage des subsistances à Andrinople. Au centre, le général Roth s’avançait, avec le sixième corps d’armée, sur la grande route de Constantinople, et ses avant-gardes allaient jusqu'à Tschorlou et Radosto. Le monde tout entier s'attendait, avec crainte ou avec espoir, à voir flotter, en quelques jours, le drapeau russe à Constantinople. L’ambassade russe à Paris fit pompeusement annoncer dans les feuilles françaises qu’on chasserait le sultan de l’Europe pour le refouler en Asie, ou du moins qu’on ne le tolérerait plus à Constantinople que sur le pied du roi de Pologne après le premier partage. sorTSui^de*!* Dans cette crise, Mahmoud ne justifia pas le titre de nougnerre. veau f0I1dateur l'empire ottoman sous lequel il s’était

proclamé lui-même. Et encore, dans ce moment si décisif, il ne poussa pas même son entêtement opiniâtre qu’il avait montré si souvent, jusqu'à ce point extrême qui aurait pu faire que le sultan fût sorti avec honneur encore de cette seconde campagne. Lorsqu’on avait décidé la grande réforme de l’armée, on avait aussi imaginé et commencé à exécuter toute une série de dispositions sur une grande échelle, afin de pouvoir, dans le cas d'une attaque des Russes contre leur capitale, opposer aux ennemis une résistance sublime dans cette forteresse, la plus imprenable de toutes les places du monde. D’après un plan de défense adopté par le divan, on voulait dévaster la langue de terre

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traversée par les monts Strandja et sur la pointe sud -est de laquelle est située Constantinople, et en défendre chaque pouce par la petite guerre. La ligne d’attaque fort longue, qui s’étend devant la ville, depuis Ortakyœï , sur le Bosphore, au delà de la vallée des Eaux-Douces, jusqu’aux Sept-Tours, sur la mer de Marmara, est naturellement coupée en deux parties par la Corne-d’Or, cette baie qui, en formant une profonde échancrure dans les terres, sert de port à la ville. Il fallait donc que ceux qui voulaient attaquer Constantinople opérassent avec deux corps de troupes tout à fait séparés dont les défenseurs de la ville pouvaient toujours inquiéter le flanc et les derrières avec de grandes masses de troupes qu’ils pouvaient, à tout moment, faire sortir du port. Au nord du port, du côté des faubourgs, on comptait, pour la défense de la ville, placer sur le plateau de Pera un corps de troupes plus considérable qui aurait trouvé, sur la route de Bouvoukdereh, une position facile à fortifier, couverte de ravins et offrant, en outre, un front d’attaque de peu d’étendue. A l’extrémité sud du port, où le faubourg ouvert d’Eyoub était le point le plus accessible, on avait établi, sur la hauteur de Topdjilar, la caserne de Ramis-Tchiflik pour cinq ou six mille hommes, devant laquelle on éleva encore quelques retranchements dès qu’on apprit que les Russes avaient franchi le Balkan. A trois mille pas de là, dans la direction de la Propontide et sur la route d’Andrinople, on avait construit, immédiatement après la destruction des janissaires, une caserne plus grande encore pour huit mille hommes dans la plaine de Daoud-Pacha. Entre ces deux édifices se trouvait l’immense hôpital dans lequel il y a place pour quatorze mille hommes. Ces trois bâtiments formaient, pour ainsi dire, des ouvrages extérieurs avancés, un champ de bataille et un camp fortifié pour une armée nombreuse qui était sure de trouver, dans

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la capitale, toutes les subsistances dont elle aurait besoin. Quand même cette position eût été perdue, l'ennemi aurait rencontré encore le mur d'enceinte byzantin, haut de vingt ou trente pieds et muni de trois cents tours, mur qui était, à la vérité, vieux, délabré, renversé, couvert de gazon et d’arbres, mais sans véritable brèche et devant lequel il y avait, à peu de distance, encore un autre mur plus bas et un fossé garni d'escarpes et de contrescarpes avec revêtement de maçonnerie. Dans le cas où même cette ligne de défense, redou» table entre les mains de Turcs, aurait été perdue, on avait décidé qu’on élèverait une seconde ligne plus resserrée qui aurait la moitié de l'étendue du mur d'enceinte et dont les ouvrages avancés auraient été formés par les mosquées de Mohammed et de Sélim, flanquées de la mosquée colossale de Souleïman sur le point le plus élevé de la ville, d'où l’on aurait pu balayer toutes les maisons en bois des rues occupées par l’ennemi. Enfin les assiégeants auraient dû prendre encore le Sérail, situé à la pointe sud du port et entouré d'un mur, formant à lui seul une ville et flanqué, aux côtés, de l’église Sainte-Sophie et de la mosquée d’Achmed. Si le sultan s'était rappelé que, pendant tout un siècle, les Osmanlis avaient déjà été les maîtres des pays voisins de Constantinople en Asie et en Europe, avant qu'ils pussent s'emparer de la puissante ville aux sept collines de l’Orient, et que, pour l’attaque décisive, il leur avait fallu employer le quart d'un million d’hommes et une immense flotte, afin de vaincre les Byzantins dégénérés; si Mahmoud, disons-nous, s était souvenu de tout cela, il aurait du facilement comprendre que le czar Nicolas et son armée d’invasion n auraient guère pu recueillir les honneurs de Mahomet le Grand, et il aurait pris la résolution de se défendre derrière ces murs jusqu’à la dernière extrémité.

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Pendant quelque temps, on semblait avoir cette intention. Lorsqu’on apprit que les Russes avaient franchi le Balkan, le divan décréta * une levée en masse. Ce fut quel- * «orques jours après, qu’on fit aux deux ambassadeurs des puissances occidentales la réponse par laquelle on rejeta d’une manière si tranchante leur protocole grec. On porta l’étendard sacré dans le camp de Ramis-Tchiflik * où le * sultan se rendit lui-même pour rejoindre les quinze mille hommes qui y étaient rassemblés. Mais déjà avant que la nouvelle de la chute d’Andrinople y fût arrivée, le courage du sultan était complètement brisé, si l'on fait abstraction de quelques accès passagers d’émotion violente auxquels il s’abandonnait de temps à autre. On peut croire que c’était moins parce qu’il se voyait exposé à un grand danger du dehors, que parce qu’il ne se sentait pas en sûreté au milieu de son propre peuple. Par suite de l’accroissement des impôts et de la cherté des vivres, dont les prix s'étaient élevés à plus du double, après que les approvisionnements de la mer Noire eurent été interrompus, le mécontentement de la population dans la capitale n'avait fait qu’augmenter et se répandre. Pour l’apaiser, on manquait de forces armées, et pour l’attiser, les partisans des janissaires n’épargnaient aucun effort ; ils profitaient des désastres de la guerre pour exciter le peuple contre le sultan et contre ses nouvelles troupes « invincibles » qui avaient permis aux Russes de trouver le chemin du Balkan que nul ennemi n’avait jusqu’alors franchi. On reçut des nouvelles de mutineries dans les provinces d’où l’on avait attendu des secours; la désertion, qui avait porté la dissolution dans l’armée en campagne, pénétra dès lors même dans les troupes de la capitale ; et précisément à l’époque de lfi chute d'Andrinople, on découvrit une conspiration contre le sultan dans laquelle était impliqué le commandant du

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