‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 41 sur 48 · MS 18“28 A · texte numérisé non relu

MS 18“28 A

ou bien elle l'aurait rempli de joie en lui fournissant un prétexte de ne pas être obligé de leur obéir. Mais le chevalier Gordon, à la remorque de l’ambassadeur français, dévoué à la Russie, accepta d’abord les concessions de la Porte dans les affaires grecques et se contenta de demander à Diebitsch de supprimer, dans les articles de paix, ses prétentions relatives à la Grèce. Puis, les deux ambassadeurs, écoutant les cris de détresse désespérés de la Porte, envoyèrent* un courrier à bride abattue vers Diebitsch, * 9 »pt*nbN. pour l’avertir des conséquences terribles d’une marche en avant : « S’ils lui cachaient la position fatale de la Porte, ajoutaient-ils, ils assumeraient une responsabilité qu’ils repoussaient de toutes leurs forces ! » Ils étaient frappés de la même inquiétude pleine d’angoisse que la Porte et ne firent cependant rien de plus qu’elle î Ils se trouvaient dans le voisinage immédiat de cet instrument ()e guerre dont ils redoutaient tant les effets, et, cependant, ils savaient aussi peu que les Osmanlis, dans leur apathie de fatalistes, comment s'y prendre pour en détourner les coups! On ne conçoit pas comment on avait pu réussir à maintenir même la simplicité turque dans la croyance qu’une grande armée d’invasion se tenait devant les portes de la capitale, au moment où le chiffre des troupes russes, dont le général pouvait disposer, était tombé à treize mille hommes ; mais que dire de ces sommités de la diplomatie européenne qui, avec la même crédulité stupide, partageaient ces illusions !

De cette manière il fut possible que, sur le bord même de l’abîme où il serait tombé presque infailliblement, Diebitsch élevât un trophée, en signe de victoire, comme s’il venait de terminer la campagne la plus glorieuse, et qu’il exécutât littéralement le programme de Pozzo et de Matouszevicz : il put conclure, dans son camp même, une paix

LA GUERRE RÜSSO-TURQUE

dont l’Europe ne devait connaître les conditions qu’ après sa conclusion, pour que lu Russie ne fût pas obligée d'avoir égard aux réclamations tardives. Lorsque le jeune Bos~ ghiovich vint à Andrinople et qu'il remit sa dépêche, fournissant ainsi au général russe le prétexte, venu fort à propos, d'arrêter l'invasion si dangereuse de ses tirailleurs, Diebitscli dut éprouver un véritable soulagement de pouvoir répondre au vœu qu’on lui exprimait, et l'on peut s’imaginer avec quelle promptitude il dut donner ordre dar- *.i>iembre. réter la marche de ses soldats! Le lendemain*, Royer arriva, non pas en négociateur, comme il disait, mais en « suppliant! » C’était là le ton qu'on voulait entendre. La Porte, disait Diebitsch, avait invoqué le secours du roi de • Prusse ; elle ne l'invoquerait pas en vain ! Il ne promit pas seulement d’arrêter ses opérations, mais il aurait encore accordé, avec un grand bonheur, la prompte évacuation d 'Andrinople si l'état sanitaire de ses troupes l'eût seulement permis! 11 ne se déclara pas seulement prêt à supprimer le montant de l'indemnité dans l’instrument public de la paix, mais encore il abaissa la somme de la première quote-pari de l'indemnité à payer au commerce, du payement de laquelle dépendait l'évacuation d’Andrinople, de 500,000 ducats à 100,000! Il refusa seulement d'accéder à la demande des ambassadeurs des puissances occidentales qui ui avaient proposé de supprimer l’article sur la Crèce ; Diebitsch disait : que cette question devait être irrévocablement décidée dans le traité. Cette question n’avait rien à faire avec ses embarras momentanés, et ses instructions à cet égard étaient positives. Après les sacrifices -qu elle avait dû faire pendant les deux dernières années, la Russie ne voulait pas se laisser enlever du moins ce mérite-là par ses alliés lièdes qui, agissant pour eux seuls, n’ét aient pas arrivés au moindre résultat, avant que les

DR 1828 a 1829.

drapeaux russes flottassent sur les cimes du Bulkan. Cependant, Diebitsch leur tint le langage le plus conciliant' : < Bien que l’adhésion de la Porte au protocole du 22 mars, disait-il, eut été obtenue par les négociations à Andrinople, on regarderait cependant ce résultat comme le fruit des efforts faits en commun, et, comme les premières démarches, faites par la Porté auprès des ambassadeurs,

dans le but d'accéder au traité, avaient été antérieures à la conclusion de la paix, il était naturel que la Porte les informât, en premier lieu, de son acceptation du traité de Londres. » La paix fut signée confidentiellement le 1 2 septembre et définitivement le 14 du même mois.

A peine cet événement eut-il eu lieu, (pie l'anarchie, qui régnait partout, menaçait déjà de remettre en question tous les résultats qu on venait d'obtenir. Le skodrapacha, qui auparavant n’avait fait aucun cas des ordres par lesquels le sultan lui avait commandé de prendre part à la guerre, ne faisait pas plus de cas, au moment actuel, des négociations de la paix et lit avancer* son avant-garde dans la direction d Andrinople jusqu’à Chaskoï, tandis qu’il marcha lui-même, avec trente mille hommes, sur Philippopoli et qu’il fit hardiment dire à Diebitsch qu'il avait à éva cuer Andrinople parce que lui, le pacha, comptait y arriver le 10 octobre, pour y prendre ses quartiers d’hiver. Diebitsch était dans la plus grande consternation. Il écrivit des lettres confidentielles pleines de franchise à Royer1 2 et, par un procédé d’une habileté parfaite, qui aurait fait honneur au diplomate le plus fin, il fit, par l'intermédiaire de ce chargé d’affaires, exprimer à la Porte le soupçon qu’il avait conçu que cette démarche du skodrapacha se rattachait à une conspiration tramée à Schoumla, dans le but de rani-

La paii pst trou blêp ot consolidée

Fi u dp sept.

1 Dépêche confidentielle adressée à lloyer. le 4 octobre 1829. MS.

- Lettres du 7 et 8 octobre 1829. MS.

LA GUERRE RUîjSO-TIIRQUK

rtrift

mer les espérances des janissaires à Constantinople. En lui envoyant cette communication, ajoutait-il, il désirait mettre entre les mains de Royer un document « qui prouverait plus tard à l'Europe la sincérité avec laquelle le chef de l'armée russe avait prédit à la Porte les nouveaux dangers dont elle était entourée! » En même temps, les plénipotentiaires turcs reçurent ordre ‘ d'engager aussitôt le pacha à rester tranquillement dans sa position, puisque, dans le cas contraire, les stipulations au sujet d’une plus prompte évacuation de l’empire seraient considérées comme nulles. Diobitsch déclara au pacha lui-même que, s'il s’avancait sur le territoire occupé par les Russes, il serait traité comme rebelle au sultan. Comme les généraux Kisselew et Geisniar, qu'on avait fait venir déjà auparavant des Principautés, se trouvaient sur les derrières du pacha, et que les troubles, sûr lesquels le skodrapacha avait probablement compté, n'éclatèrent pas à Constantinople, celui-ci ne prit pas son entreprise au sérieux et retourna, peu de temps après, en Bosnie. Cependant, la Porte, tant qu’elle.pouvait être incertaine quelles seraient les démarches ultérieures du pacha, avait commencé à suivre son ancien système, en retardant la ratification et l’exécution de la paix, et en dé- * sssapieinhw. clarant*, entre autres choses, aussi aux ambassadeurs des puissances occidentales*: « qu'en offrant de se soumettre aux décisions de la conférence de Londres, elle n'avait pourtant pas pu avoir l'idée que ces décisions pussent être fondées sur le protocole du 22 mars. » Cependant, ces objections tombèrent aussitôt que les ministres turcs virent qu'ils n'avaient rien à espérer du skodrapacha.

La Porte employa dès lors tous ses efforts pour remplir

1 Lettre (tu comte Diebitsch, en date du 7 octobre. MS.

* Note remise par le Reis Ëfendi aux Ambassadeurs de France c*l cF Angleterre, 25 Septembre 1829. MS.

mi tX'2K A

ses engagements relatifs au payement des indemnités, et elle lit, à cette occasion, les progrès les plus rapides dans l’inauguration du système financier européen en Turquie, où elle introduisit l’accise et les impôts. Par d’autres démarches encore, elle montra plus de bonne volonté que la Russie à revenir, par l’œuvre de la pacification, à des relations amicales. Elle déploya plus de zèle que ne le désirait Diebitsch à suivre le conseil de Müffling qui l’avait engagée à envoyer un ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Le général msse Voulait que cette ambassade n’eût pas lieu avant quelle eut été approuvée par le czar lui-même, qui, de son côté, avait envoyé le comte Orlow, comme ambassadeur extraordinaire, à Constantinople. Mais, contre toute attente , l’arrivée d’Orlow éprouva de longs retards \ ce tu

qui ajourna, par conséquent, aussi le départ de Clialil- Pacha, choisi pour ce voyage de Saint-Pétersbourg. La mauvaise humeur que ce retard avait fait naître dans l’esprit des Turcs, si irritables, avait produit un si fâcheux effet que la Porte, peu à peu mieux instruite sur le véritable état des choses pendant les derniers moments de la guerre, eut encore une fois le désir passager de tout remettre en question, et qu’elle lit rédiger, pour Chalil-Pacha, des instructions dans lesquelles elle déclara f impossibilité où elle se trouvait de payer les frais de la guerre, payement qui était, du reste, en contradiction avec toutes les assurances de Miitiling et des ambassadeurs1. Sur des représentations réitérées qu’on fit au réis-effendi, celui-ci abandonna, à la vérité, ces instructions; cependant, les négociations ne marchaient pas plus à Constantinople qu’à Saint-Pétersbourg, et surtout les grandes espérances dont ou s’était bercé, relativement à une diminution des indemnités, sem-

1 Instructions 'sécrétés données à Son Excellence lialil Itifat Pacha. MS.

(vlO LA G U FR R F RUSSO-TURQUE

blaient se montrer vaines. La lenteur de la Russie à en venir à un arrangement, définitif s'expliquait en partie par une nouvelle mésintelligence qui régnait secrètement entre elle et ses alliés ; on parlait aussi de difficultés accidentelles relativement aux formes et aux personnes à employer ; mais la véritable raison était que la Russie ne voulait faire luire son équité et sa magnanimité sur la Porte que quand elle aurait réussi à la prendre sous sa tutelle, comme étant frappée d’interdiction. C’est ce que Orlow avait été chargé d'effectuer, tâche qui ne pouvait être remplie que lentement et dans le plus grand secret. Cependant il atteignit son but encore assez rapidement.

D’intelligence avec les hommes d'Etat turcs, que comp- • i6 frvrifr i83o. tait le parti russe, Orlow réussit* à éloigner de son poste le reïs-effendi, homme plein d'énergie, et à le faire remplacer par Hamid-Bey qui était un des siens ; l’ancien Pa- • vori, le porteur d’épée, fut enveloppé dans sa chute et dut faire le pèlerinage de la Mecque ; le nouveau secrétaire du sultan, Moustapha, qui fut mis à sa place, s'entendait fort bien avec l’ambassadeur russe. Ce fut là un moment d'une révolution complète, comme, quelques années auparavant, à l'occasion de la chute du favori Chalet. On s'aperçut aussitôt de l’inauguration d'un nouveau système, par les mesures radicales que prit le gouvernement turc pour rendre la navigation complètement libre ;

* i5 avril, un firman étendit* la liberté de naviguer sans restrictions quelconques dans les eaux turques à toutes les nations qui seraient en paix avec la Turquie, sans qu’elles eussent besoin de se fonder sur le traité d’Andrinople pour en adresser la demande à la Porte. Dès ce moment oii les Ottomans étaient entièrement gouvernés par les instruments de la Russie, le czar, avec une générosité vraiment paternelle, fit à la Porte des concessions qui avaient leur importance,

Diebitseh accorda d’abord quelques soulagements dans la manière dont le gouvernement turc ferait les payements et quant au montant des sommes à payer. La Porte se repentit amèrement de s'être soumise d’avance aux décisions de la conférence de Londres relativement à la Grèce.

La Russie s’appliqua dès lors à rejeter les apparences de cette dureté entièrement sur l’Angleterre et la France et promit à la Turquie de lui faire rémission d'un million de ducats si elle voulait se soumettre à l’ultimatum de Londres. Les diplomates idéalistes croyaient voir • la réalisation d’un rêve » en assistant à cette politique de générosité du fort vis-à-vis du faible ! Le nouveau reïs-efîendi lui-méme déclara alors que la Russie était le meilleur ami des Turcs. La colère que le rôle joué tout récemment par la France à Alger avait fkit naître à Constantinople, ne contribua pas peu à produire ce changement dans les dispositions de la Porte. Lorsqu'on arriva à Saint-Pétersbourg* à un accord définitif avec Chalil-Pacha, la Russie • x »vni. fit encore rémission à la Porte de deux autres millions de frais de guerre, de sorte qu'au lieu de 10 millions de ducats elle n’avait plus que 7 millions à payer en sept ans, avec la facilité de s'en acquitter .môme en marchandises. On arrêta que, dès que les Turcs payeraient seulement la moitié de l’arriéré des indemnités dues au commerce, somme qui allait échoir au mois d’octobre 1830, la Russie évacuerait la rive droite du Danube et puis, après l’acquittement de l’autre moitié (avril 1831), les deux Principautés ; la place de Silistri seule devait rester occupée par les Russes jusqu au payement intégral de l’indemnité pour frais de guerre.

La paix d’Andrinople était l'exécution et le complément n<«wu« pr.-

1 r 1 MpdtraaM de la

de tous les traités de paix antérieurs, par lesquels la poji- *““'*• tique de l'empire du Nord avait miné systématiquement

Page 1