IL
LA GUERRE
chassés une seconde fois par les Turcs, de tous ces réfugiés de Chios, de Kydonia, des contrées de l'Olympe et de la Thessalie, qui, depuis trois ans, avaient traîné une misérable existence, et les poussa dans les bras des corsaires. Les Psariotes, mourant de faim dans les lies de Svra et d’Égine, y avaient dépouillé, comme une nuée de sauterelles, tous les arbres de leurs feuilles pour avoir de quoi manger; la misère la plus affreuse pénétra alors jusque dans les îles, autrefois si riches, qui avaient eu l’hégémonie de la mer. Il est vrai qu’à l’est et à l’ouest on raillait amèrement , et qu’on maudissait l'égoïsme grossier des matelots, qui, dans les moments où la patrie courait les plus grands dangers, se refusaient à prendre la mer sans avoir reçu de solde. Mais que pouvaient faire ces malheureux, en proie au désespoir, quand leurs femmes et leurs enfants les entouraient en leur demandant du pain à grands cris, et quand, en partant, ils ne pouvaient rien leur laisser pour leur subsistance? Dès que ces moyens de pourvoir à leur existence leur manquaient, les matelots entraient dans les rangs des forbans et enlevaient ainsi à la flotte les cœurs et les bras des hommes les plus téméraires. Bientôt la désertion fut poussée à un tel point que les capitaines- se séparèrent de la flotte en escadres entières, afin de faire des- excursions de corsaires pour leur propre compte. Sur les rochers de Grabousa, situés près de la côte orientale de l'fle de Crète, et dont dix-sept Crétois, venant de Cythère, s’étaient emparés pendant l’été de 1825, on vit se réunir des milliers de pirates qui exécutaient les expéditions les plus audacieuses et qui entassaient dans cet îlot des valeurs et des trésors énormes; leurs succès aiguillonnaient la cupidité de tous ceux qui manquaient du nécessaire et enfin même celle des honnêtes gens. Les Olympiens, dans
en 1824 et 1825.
les Sporades, se procuraient du bois des hauteurs du Pélion et forçaient les constructeurs de navires à leur faire des barques de corsaires. Les vaisseaux d’habitants notables d’Hydra et de Spetzia, à l’exception de ceux de quelques rares hommes d’honneur, exerçaient ce métier aussi impudemment qu'aucun conducteur de mistik l’avait jamais fait auparavant. En effet, un esprit de désordre sauvage s’empara alors même de la population de ces îles et se manifesta à l'occasion, comme dans une scène à Spetzia, lorsque la fameuse Bobolina fut tuée d’un coup de feu dans une émeute*, ou comme dans l'ile d’Hydra, lorsque, dans une abominable boucherie, on massacra tous les Turc§ de l’Ile , pour les punir de ce qu’un Turc prisonnier, afin de se venger, avait fait sauter le vaisseau d’Atbanasios Kriëzis. Cet esprit se montra aussi d’une manière tout à fait générale dans la brutalité et l’ indiscipline de plus en plus grandes des capitaines, dont les navarques ne pouvaient pas plus arrêter les progrès qu’ils ne savaient faire cesser les désordres causés par les pirates. Tout l’Archipel se remplit dès lors de ces hardis corsaires. Le théâtre principal de leurs exploits était la partie de la mer comprise entre l’île de Ténédos et les Dardanelles, de même qu'entre les îles de Chypre et de Khodes. En 1825, on croyait pouvoir compter environ quatre-vingts corsaires bien armés et ayant à bord à peu près trois mille hommes. Le voyage le plus court par mer était dangereux; bientôt les Grecs étaient aussi peu ménagés que les ennemis et les étrangers , et en peu de temps les choses en vinrent à ce point que les barques n’étaient plus même en sûreté dans le port du siège du gouvernement. Le commerce du butin restait alors la seule branche d’industrie lucrative. Les pirates, qui pillaient de la manière la plus éhontée les navires francs,
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LA GUERRE
avaient le front d’aller, sous pavillon russe, à Constantinople, afin d’y jouir des fruits de leur brigandage. Un autre marché s'ouvrit pour eux à Smyrne, pendant que l’île de Syra devenait une espèce de rendez-vous de commerce neutre, où, déjà un an après l’arrivée des Psariotes réfugiés, s’éleva, à la place de leurs premières baraques sales, une nouvelle ville, Hermoupolis, qui est maintenant une place de commerce florissante et la seconde ville de l’État grec. On aurait pu croire que les anciens temps de la piraterie de Cilicie étaient revenus, où les rochers escarpés de Korakession servaient au même but que Grabousa à l’époque qui nous occupe, et où Delos la Sainte, dont le proverbe disait : « Aborde, marchand, décharge, tu vendras tout! » jouait le même rôle que Syra au moment actuel. Plus les affaires grecques s’embrouillaient, dans la suite, et prenaient un caractère sauvage, et plus aussi le nœud de cette anarchie confuse devenait inextricable. Moins les événements qui s’accomplissaient sur le théâtre de la guerre laissaient d’espérances, et plus les Grecs désespérés se sentaient entraînés à ramasser tout ce qu’il était possible de sauver encore dans cette ruine générale. Plus Canning devenait hostile à la politique suivie par l’Autriche en Orient, et plus les marins anglais se montraient indulgents envers ces désordres causés par les pirates, plus la cour d' amirauté à Malte usait de ménagements à leur égard, en relâchant les corsaires capturés, et plus on semblait considérer cette excroissance de l’insurrection grecque comme un prétexte plausible pour une intervention en faveur des Grecs, précisément parce que la piraterie était ce qu’il y avait de plus hostile aux Francs dans tout ce soulèvement. Les Grecs du moins disaient eux-mêmes avec la plus grande franchise , * que plus ils se livreraient à la piraterie en grand , et plus
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l'Angleterre serait disposée à agir pour leur liberté, et à le faire promptement, comme elle l’avait fait en Amérique. »
Le gouvernement grec regardait faire ces corsaires, irruption d« qui ruinaient sa marine, sans leur opposer la moindre ré- J’Sïrteor du pôsistance; mais il faut dire aussi que, vu l’état des choses dans la Grèce continentale, il n’aurait pu rien y changer.
Tout ce qu’il pouvait faire, c’était de résister à sa propre ruine. Depuis que les Rouméliotes avaient quitté le Péloponèse, tout l’espoir du gouvernement reposait sur Petrobey, qui avait été nommé commandant en chef de l’armée, bien qu’il ne fût pas homme de guerre, et sur les Magnotes, bien qu'on ne put compter sur eux que dans leurs montagnes. Les milices, formées par les bourgeois et les paysans de la Morée, n’avaient confiance qu’en leurs capitaines et leurs primats, à la captivité desquels elles attribuaient la cause des succès des Égyptiens, succès que, dans leur mécontentement, ils considéraient comme une punition bien méritée pour le traitement infligé à leurs chefs. C’est pourquoi il arrivait au gouvernement, de tous les côtés, des pétitions demandant la mise en liberté de Kolokotronis, qui, en attendant sa délivrance à Hydra, se laissait pousser la barbe. Mais le gouvernement ne s’en montra que plus acharné à tenir ces ennemis sous bonne garde, et il expédia à Missolonghi l’ordre d’envoyer à Nauplie aussi les deux Andréas et leurs compagnons, qu’on avait confinés dans l'Hellade occidentale. Mais le capitaine Tsonkas, sous la garantie personnelle duquel ils avaient été placés, était plus fidèle à ses amis de longue date qu’aux hommes de cabinet dans le gouvernement, et les laissa s’enfuir à l’ile de Kalamos; de là ils passèrent en Morée, où, cachés dans le voisinage de Lala, ils offrirent leurs services à l’assemblée législative. Le gouvernement,
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jiiTrii. qui venait de recevoir tout récemment* la somme de 00,000 livres sterling, provenant des deux emprunts contractés à Londres, crut encore, à ce moment où il s’appuyait sur ses ressources pécuniaires, pouvoir conserver sa puissance de parti politique, et ordonna, par conséquent, qu’on s’emparât de ses adversaires opiniâtres. Mais les malheurs du pays et les dangers qui le menaçaient donnaient dés lors à l'opinion publique une force supérieure qui subjugua d'abord l’assemblée législative, de manière qu’elle fut obligée de forcer, à son tour, le gouvernement à montrer un esprit de condescendance et de •30 mai. réconciliation. On proclama une amnistie générale*; les primats de Yostitsa et de Kalavryta rentrèrent dans leurs foyers; les prisonniers d'Hydra furent relâchés, et Kolokotronis, reçu à Nauplie avec des honneurs et des démonstrations de joie, fut nommé général en chef. Les habitants de la capitale avaient été sur le point de fouiller la terre pour chercher des trésors enfouis ; le vieux klephte répondit aux discours avec lesquels ils l’avaient reçu, qu’en revenant dans le pays, il avait jeté à la mer toutes ses rancunes. «Faites de même, dit -il, enterrez vos vieilles haines, ce sera le véritable trésor que vous déterrerez ' ! » A son appel, des milliers d’hommes armés accoururent aussitôt. 11 fit la proposition énergique de suivre, vis-à-vis des Égyptiens, dans toute la Morée, pour les opérations militaires, la même politique efficace qui avait si bien réussi vis-à-vis de Dramali, dans l’Argolide, de ne pas leur laisser un seul « nid » pour refuge, de détruire Tripolitsa, cette « étable » inutile, et de réduire les ennemis
* Cf. C.raf lVcchio, GemœUte von Griechenlund im Jalire 1825. — Deutscli hinter Bell oc, Bonaparte unil (lie Griechen, Leipzig, 1827. (Le comte Pecchio, Tableau de la Grèce en 1825. — En allemand, à la suite de l’ouvrage de Belloc, Bonaparte eL les Grecs.)
EN 1824 et 1825.
par la famine partout où ils. se montreraient. Mais ces terribles résolutions n'étaient que peu goûtées à ce moment où Ibrahim était encore très-loin, où Dikaios, le ministre de l'intérieur, menaçait, avec mille hommes, près d'Arkadia (Kyparissia) , le flanc gauche de l'ennemi, et où Petrobey, à Kalamata, pouvait attaquer le flanc droit. Afin d'y dégager les derrières de son armée, Ibrahim marcha avec deux colonnes d’abord sur Arkadia : l'une d’elles, longeant la cote, prit la ville sans coup férir; l’autre, commandée par lui-même, suivant dans l’intérieur des terres un chemin de la montagne, par Skarminka, rencontra Dikaios, qui était retranché près de Maniaki, au pied de la montagne de Hagia-Kyriaki. Cet hétairiste d'un grand mérite*, qui, dans la guerre pour la patrie, avait renoncé à ses fonctions sacerdotales pour .se consacrer au métier des armes, qui était davantage de son goût, combattait ici sur le sol même de son pays, la Messénie. Ceux qui le connaissaient personnellement aimaient à le comparer à Alcibiade, à cause du mélange particulier qu’on trouvait en lui de qualités brillantes et équivoques, de bravoure et de luxure, de noblesse de cœur et de débauche, d’une grande facilité à supporter les privations et d’un grand penchant pour la folle dépense; dans l’opinion publique cependant, l’aversion qu'inspiraient ses mœfirs dissolues l’emportait sur l'estime; néanmoins, il expia tous ses défauts par la mort glorieuse qu'il trouva à cet endroit. Abandonné par son avant-garde magnote, qui s’enfuit honteusement à l’approche des Égyptiens, et entouré de trois cents hommes seulement, il imita le noble exemple des Georgakis et des Diakos, qui avaient préféré une mort
* Son véritable nom était Gregorios Phlessas; le surnom de Dikaios lui était resté depuis son séjour au couvent, pendant sa jeunesse.
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honorable à une fuite honteuse, et, pendant neuf heures,
• i" juin, il soutint* une lutte à la baïonnette et au sabre, lutte qui coûta la vie à six cents Égyptiens, jusqu'à ce qu’il succombât lui-même, avec Kephalas, deux parents de Petrobey et tous ses compagnons. « Quel dommage qu’un tel guerrier ait péri! » dit le pacha en baisant la tête de ce brave qui venait de tomber.
Sans s’arrêter, Ibrahim tourna alors à droite ; il par-
• ? juin, courut, en la dévastant, la vallée du Pamissos * jusqu’à Ra-
lamata, qu’il brûla avec d’autres endroits du voisinage, et se prépara, en profitant promptement de ses victoires, à pénétrer dans l'intérieur du pays et à s'avancer, par Leontari, jusqu'à Tripolitsa. Rolokotronis , qui était accouru à Leon ta ri, fit occuper à droite et à gauche de cet endroit, Tsarni et le défilé de Makryplagi; mais les Égyptiens, conduits partout dans leur marche rapide et sûre par des guides corrompus qui connaissaient bien la localité, le prévinrent et firent une attaque contre son flanc gauche, en occupant Poliani. Rolokotronis, qui était à portée, puisqu'il se trouvait à Akovon, hâta l’arrivée de ses troupes, qui s’avançaient à sa suite, et plaça Giatrakos, qui arriva le premier avec les Laconiens, près de Dirachi; ceux qui venaient ensuite, sous les ordres de son fils Gcnnaios et de Vm beau-frère Roliopoulos, furent postés par lui dans les ravins des alentours; une lutte très-vive s’en-
• h ,uin. gagea * d'abord avec ces derniers, sans que le corps prin-
cipal des Grecs, qui redoutait les cavaliers et les obusiers de montagne du pacha, y prit la moindre part. Giatrakos, qui quitta sa position pour se porter à leur secours, fut battu et reçut une blessure. Gennaios tint ferme jusqu’à la nuit; mais le lendemain les Égyptiens mirent d’abord les
• t* Km. Arcadiens en fuite", puis ils envoyèrent leur cavalerie dé-
vaster le pays jusqu'à Leontari, et culbutèrent partout les
en 1824 et 1825.
Grecs, qui se retirèrent dans la direction de Karytaina. Le pacha ne trouva plus d’obstacles dans sa marche sur Tripolitsa. Kolokotronis y envoya l’ordre de mettre le feu à la ville; mais le vainqueur, que rien ne pouvait arrêter, était déjà trop près d’elle. A peine eut-on commencé à exécuter les ordres du chef klephte, qu’lbrahim atteignit la ville'. Mars là encore il ne permit pas à ses troupes de • sïjuiu. se reposer, et s’avança sans délai dans la direction de Nauplie. Lorsqu'en arrivant dans les environs du village aux Moulins (Myloi), il mit le pied sur les hauteurs qui dominent le golfe d’Argos, il s’écria plein de confiance et rempli de joie à la vue des îles, en étendant la main dans la direction de lile d’Hydra : « Ah ! petite Angleterre, combien de temps m’échapperas-tu encore 1 » C’était un moment comme celui où Dramali était arrivé à Argos, et qu’il menaça le château et les Moulins de Lerna. Au moment qui nous occupe, de même qu’à cette époque-là, Ypsilantis, qui avait été relégué au second plan, se plaça au premier rang de ceux qui voulaient sauver la ville. Muni de barques pour la retraite, et accompagné de Makriyannis et de Konstantinos Mavromichalis, avec trois cents hommes à peine, il se jeta dans le village aux Moulins, où il y avait de grands magasins de blé dont l’ennemi ignorait heureusement l’existence. De Rigny, dont les vaisseaux étaient mouillés dans le golfe d’Argos, se rendit à Lerna, pour détourner cette poignée d’hommes d’une défense qui ne pourrait qu’attirer la ruine sur eux. c Eh bien! alors nous mourrons! » dit Ypsilantis à l’amiral, qui restait ensuite pour être témoin de cette lutte, qui le remplit d’admiration. La petite troupe repoussa avec intrépidité les trois colonnes d’Égyptiens qu’on lança contre elle, et enleva ce jour-là au pacha sa réputation d'homme invincible, réputation que lui avaient conservée jusque-là ses cavaliers,
LA GUERRE
ses baïonnettes et ses obusiers. Ibrahim , qui était parti juin, pour Argos, envoya de là * uue partie de sa cavalerie pour faire une reconnaissance dans le voisinage de Nauplie, la capitale, qui, privée de conseils, pleine de confusion, mal gardée et regorgeant de gens sans aveu et sans discipline, semblait devoir succomber inévitablement à la première attaque hardie. Néanmoins, Ibrahim sc retira à Tripolitsa sans avoir même tenté la fortune de ses armes. Cette conduite était pour tout le monde une énigme que toutes les explications ne suffisaient pas à expliquer. Étaitce que, dépourvu d'artillerie de siège et de bâtiments pour bloquer la ville, et avec son armée réduite, il reculât devant ce siège, comme devant une entreprise hasardeuse et par trop téméraire, ou avait-il espéré que des traîtres viendraient à son secours et hésita-t-il, lorsqu'à leur place il rencontra une troupe de cavaliers bulgares et serbes qui firent une sortie contre lui, et qu’il apprit qu’un phithellène français, le colonel Fabvier, avait été chargé de la défense de la ville? Ce qui le décida, c'étaient des faits et des bruits d’une tout autre nature et qui lui faisaient redouter la présence de combattants philhelléniques d’un tout autre genre à Nauplie. La veille du jour où il commença sa retraite, le commodore anglais Hamilton était venu le voir dans son camp. Le commandant de l’escadre anglaise en station dans ces parages avait toujours jusque-là pratiqué la neutralité qui lui avait été prescrite avec tant d’humanité, qu’il s'était conservé festime égale des deux parties belligérantes, bien que partout où il avait été en contact avec les Grecs il se fût montré pour eux un ami généreux, sincère et toujours fidèle. Le peuple, avec une confiance aveugle, fadorait comme son idole ; les chefs l’écoutaient comme un oracle et plus encore qu'un Blaquière et un Byron. Connaissait-il ou pressen-
en 1824 et 1825.
tait-il seulement la politique encore indécise de Canning?
Etait-il porteur d'instructions plus précises et en harmonie avec cette politique, ou se les donnait-il à lui-même?
N'avait-il que des instructions vagues, comme le supposait Metternich, auxquelles il donnait, de sa propre autorité, une interprétation hasardée? Personne ne le savait. Mais son attitude montrait un tact si fin, qu’on l’entourait de respect comme la personnification de la politique et de la puissance de l’Angleterre présente en Orient. Or, ce fut cet homme-là qui , au moment du plus grand danger dont Nauplie était menacée, avait mystérieusement fait annoncer sa visite à Mavrokordatos, et qui ensuite était entré dans le port avec deux frégates et une corvette*. Sa seule appa- • so-ïijnin. ' rition était une consolation; ses conseils, donnés ouvertement, étaient un encouragement; ses avertissements vagues et secrets, le salut. On se disait qu'il avait consenti à arborer, dans le cas d’un danger extrême, le drapeau anglais à Nauplie et dans les îles; c’est ce que Prokesch manda dans son rapport adressé à la cour de Vienne *. • i; juniet. •
Ibrahim apprit qu’on recueillait dans la ville des signatures pour un document en vertu duquel la Grèce se plaçait sous la protection de la Grande-Bretagne. Cette démarche équivalait, aux yeux du pacha, fils de l’Orient, à un fait déjà accompli; car, d’après ses idées, il n’aurait pas su comprendre que l’Angleterre pût refuser ce qui lui était offert spontanément, tandis que lui, Ibrahim, était prêt à employer toutes les ressources que lui offrait son pays pour l’obtenir par la force des armes.
Peu de jours après avoir reçu ces informations*, le *»]oii>. pacha revint au point central, à Tripolitsa. Kolokotronis l’y entoura d’un vaste réseau de corps armés, dans le but de renouveler les scènes de 1821 , de l'enfermer dans cette capitale et de le réduire par la famine. Les Kalavrytiqiens,
LA GUERRE
commandés par Nikitas et les Andréas, camp.aieut près de Levidi ; les Karytaimens, sous les ordres des Kolokotronis, étaient placés à Chrysovitsi; les habitants d’Argos se trouvaient à Tsipiana, au pied du Malevo (Arteifiission), et Ypsilantis occupait Vervena avec les Laconiens. Le vieux Kolokotronis, qui était à Chrepa, y provoqua le combat trop précipitamment, en poussant en avant, sur les hauteurs du Trikorpha, son fils Gennaios, qui avait pris position entre son père et Koliopoulos à Valtetsi. On y enjuiiiet. gagea la lutte*; mais elle n’eut pas la même issue que la bataille de Valtetsi, en 1821. Lorsque les Égyptiens attaquèrent le centre sur le Trikorpha, Koliopoulos descendit, à la vérité, dans la plaine, pour porter secours à son neveu Gennaios; mais la cavalerie ennemie balaya ses gens. Malheureusement, comme autrefois à Valtetsi, les troupes restèrent à Vervena sans faire le moindre mouvement, ce qui permit à Ibrahim de jeter ses forces, sans les diviser, sur ce seul endroit. Dans un combat brillant qui dura neuf heures, Gennaios défendit ses retranchements, lorsque enfin les ennemis tournèrent son aile gauche et attaquèrent les Kalavrytiniens, qu'ils mirent en fuite. Quatorze capitaines notables tombèrent dans cette bataille, après laquelle les Péloponésiens n’osèrent plus paraître devant Ibrahim en rase campagne. Une terreur panique s’empara de toute la péninsule. Renforcé par de nouvelles troupes que lui amenait son beau-frère Housseïn-Bey, Ibrahim se jeta ensuite, en premier lieu, sur les Grecs, commandés par Kolokotronis; il les atteignit dans leur fuite près d’Alonistena, et les repoussa jusqu’à Magouliana, où il atteignit de nouveau l'armée grecque, qu'il dispersa complètement. Ensuite il se jeta sur le corps de troupes commandé par Ypsilantis et placé près de Vervena; lorsque, près de Doliana, où, quatre ans aupara-
en 1824 et 1825.
vant, Nikitas avait cueilli ses premiers lauriers, un unique bataillon, arrivant le premier', commença seulement à faire battre le tambour, les Laconiens et les Mngnotes se débandèrent et rentrèrent, en se dispersant, dans leurs pays. Ce fut un moment de désespoir général, comme dans la première année, lorsque les Grecs avaient été dispersés à Karytaina. Les Égyptiens n’avaient plus qu’à se montrer, pour que tous les Grecs prissent aussitôt la fuite tout éperdus. De retour à Tripolitsa ", Ibrahim fit de là, la torche en main, des excursions jusqu’à Monemvasia, à Mistra et à Marathonisi, et plus tard même en Messénie*. Partout il était suivi de Kolokotronis, qui rôdait autour de lui avec ses guérillas, et qui lit entourer encore une fois, de tous les côtés, la ville de Tripolitsa, afin de l’attaquer avec toutes les forces réunies; mais rien ne réussit plus aux Grecs. Lontos songea à prendre par un coup de main cette ville, en agissant conjointement avec Fabvier, qui devait venir de Nauplie ; mais, le jour où il allait exécuter ce projet*, ses gens refusèrent de le suivre. Georgios Mavromichalis, qui, ainsi que Giatrakos, avait été échangé contre les pachas, retenus prisonniers à Nauplie, avait, pendant sa captivité, ébloui Ibrahim par l’espérance chimérique que le Maïna allait se soumettre; rendu à la liberté, il continuait à entretenir cette illusion dans l’esprit du pacha, et il lui envoya une lettre par Chrysanthopoulos, qui devait l’assassiner. Mais on n'admit ce messager qu’après lui avoir ôté ses armés, et il dut s'en revenir sans avoir obtenu de résultat. Tous les projets furent ainsi déjoués. Pour la première fois , la griffe du conquérant resta enfoncée dans cette proie du Péloponèse, même après la fin de la campagne et pendant tout l'hiver.
Comme les Égyptiens dans la Morée, les Turcs aussi tenaient, cette fois, leurs griffes enfoncées dans la Grèce
• 8 août
♦ 27 août.
* Septenb., ocl.
* lSaeptembre.
L'Hrllado orientale et occidentale.
LA GUERRE
continentale du nord. On vit s'v répéter, avec quelques modifications, les mêmes projets de campagne que dans les années précédentes. Seulement c’était un autre roumili-valessi qui dirigeait , cette fois-ci, l’entreprise principale; c’était le vaillant Rechid-Mehmed-Pacha, qui avait commencé, avec la victoire de Péta, sa carrière remarquable, dans laquelle il allait s’élever peu à peu jusqu'à la position de ministre et obtenir une puissance comme aucun serviteur de la Porte ne l'avait possédée depuis les temps des Kœprili. Chrétien de naissance, fils d’un prêtre géorgien, ayant embrassé l’islamisme dans son enfance, lorsqu'il était encore esclave, et étant parvenu déjà dans sa jeunesse à un grade élevé par la faveur de Chosrcw, il avait combattu jusqu’à la chute d’Ali, devant lanina, sous les ordres d'Ismaël-Pacha; puis il était devenu pacha de Kioutahieh, d’où lui venait le nom de Kioulachi , par lequel les Grecs le désignent ordinairement. Depuis que les Turcs avaient échoué dans le premier siège de Missolonghi, Rcchid n’avait pas été employé contre les Grecs» mais au moment qui nous occupe, où l’on avait appris à connaître la réserve égoïste d’Ümer- Vrione et l'incapacité des autres pachas , on fit passer Orner d’Ianina à Saloniki, et on nomma Rechid roumilivalessi, en lui donnant les pouvoirs les plus illimités. Dans le désir ambitieux de se signaler dans la Grèce continentale, et en face des Égyptiens, par des exploits dignes d’être comparés à ceux dlbrajiim, la Porte avait mis ces ressources à la disposition de cet homme qui , ambitieux lui-même, entreprenant, actif et persévérant, était un adversaire des plus dangereux pour les Grecs* Homme plein de dissimulation, comme on en voyait rarement, il cachait, sous des manières engageantes et sous des traits pleins d’esprit et de bienveillance, le caractère sauvage
naturel à ces races, et qui, dans ses accès de colère, brisait tous les freins qu’il lui imposait d’ordinaire. Malgré sa sévérité et sa rigueur, il était aimé de ses soldats; il avait donné autrefois des preuves de sa bravoure et de la hardiesse impétueuse avec laquelle il exécutait ses entreprises; son caractère plein d’énergie lui avait donné la trempe nécessaire pour bien supporter les fatigues du corps et pour résister même aux séductions morales des favoris et des femmes. Lorsque, à la surprise de tous, il ouvrit, de si bonne heure, la campagne de cette année, il le fit pour se conformer aux mouvements exécutés, pendant l’hiver, par Ibrahim. Déjà, au commencement de l’année, il s’était rendu, avec des caisses bien remplies, à Larissa et de là à Ianina, afin d’apaiser les troubles dans l’Épire ; ensuite il avait attiré à lui les chefs les plus influents des Albanais; puis il avait, déjà au printemps*, traversé les défilés du Makrynoro, chassant devant lui les éparchiotes de Valtos et de Xeromeros qui s'enfuirent pleins d’épouvante dans les montagnes ou dans l'ile de Kalamos. Les troupes expédiées pour défendre les gués de l’Àcheloos prirent la clef des champs, de sorte que Rechid parut devant Anatoliko et Missolonghi * sans avoir trouvé la moindre résistance. Il concentra dès lors tous ses efforts contre cette dernière ville qui aurait succombé déjà apfès les premiers travaux d’investissement faits par lui:, si les forces imposantes d’Omer-Vrione n’avaient pas neutralisé ses opérations. On ne lui avait donné sa place qu’avec ces paroles significatives : « Ou Missolonghi tombera, ou ta tête! » C’est pourquoi rien ne put le déterminer à quitter la place pendant tout le cours de l’été; il se contenta seulement d'appuyer les opérations dans l’Hellade orientale avec quinze cents Arnautes, qui, par des chemins ou jusqu'alors personne n’avait en-
Comniencemen
d'avril.
23, 25 avril
LA GUERRE
core passé, devaient maintenir ouvertes les communications avec les Turcs, qui opéraient là. Après avoir traversé la Locride, ces Arnautes, comme s’ils venaient de * 29 avril, tomber du ciel, parurent* près de Sergoula, d’où ils se rendirent à Kravvara, pour se replier ensuite sur Malandrino ; ils brûlèrent Vitrinitsa sur le golfe de Corinthe, et répandirent au loin la plus grande consternation par la prise de Salona, parce qu’on avait été bien loin de pressentir une attaque de ce côté-là. Au contraire, Gouras, qui. à ce moment, avait encore affaire à Odyssevs et qui
♦ cr. t. ii. p. 72. avait laissé une petite troupe devant Livanatis *, sur-
veillait la vallée du Cephise, dont s’approchait Abba9- Pacha en venant de Zilouni; Gouras le combattit avec
♦ i9,23 avril, succès* à Davlia et à Tourkochori au moment même, où
Salona fut occupée par les Albanais de Rechid. Gouras se replia alors sur Distomo, où il fut rejoint par les Rouméliotes, qui, après être partis de Kremmydi, avaient quitté le Péloponèse en franchissant le golfe à Loutraki. De cette manière, les communications qu’on avait voulu établir entre l’Hellade orientale et occidentale se trouvèrent de nouveau interrompues , et les Albanais furent négligemment bloqués par les Grecs à Salona. Cependant Gouras, quoiqu’il reçût de grandes sommes d’argent pour sa solde et d’énormes quantités de vivres, ne fit pas la moindre tentative pour soulager Missolonghi dans sa situation pénible, bien que précisément l’expédition des Albanais eût dû lui suggérer cette glorieuse entreprise. Il y eut, pour ainsi dire, un arrêt dans la guerre de l’Hellade orientale, où l’on finit même par laisser partir spon- 4 6 novembre, tanément les Arnautes de Salona*, qui rentrèrent dans leurs foyers. La campagne dans la Grèce continentale se restreignit donc essentiellement au siège de Missolonghi.
EN T 821 et 1825.
11 y avait dans cette ville, sans compter les habitants en SMouiiUpdc
état de porter les armes, à peu près trois mille défenseurs
armés, parmi les chefs desquels Makris, Tsonkas, Stournaris et le vieux Notis Botsaris étaient les plus connus. Depuis que Byron avait été à Missolonghi et qu’il s’était occupé de la défense de la ville, on en avait augmenté un peu les fortifications sous la direction du brave ingénieur Kokkinis; on avait garni le rempart en terre et revêtu de pierres, de bastions, de tours et d’ouvrages à tenailles; mais tout était imparfait. L’artillerie avait été augmentée, de sorte qu’on possédait quarante-huit canons en fer, ainsi qu’un petit nombre de mortiers etd'obusiers; encore après le commencement du siège, on établit, en dehors du fossé, un chemin couvert, protégé par un glacis. Au commencement, les travaux d'investissement ne purent être faits que d’une manière imparfaite et nonchalante, parce qu’il fallait apporter l’artillerie de siège de Fatras et de la flotte du kapoudan-pacha. Dirigé par des ingénieurs européens, le séraskier semblait vouloir d’ailleurs entreprendre le siège d’après toutes les règles de l'art des Francs*. Il fit presser des ouvriers chrétiens pour ouvrir les tranchées* vis-à-vis * 7 mai. du bastion Botsaris qui formait le centre de la ligne de défense ; puis il fit tirer, à une distance de cinq cent quatrevingts mètres, la première parallèle sur toute la longue étendue du rempart de la ville. Vers l’époque* où, à la • ç mumenem^n t moitié de cette distance, on avait achevé aussi la seconde parallèle, le pacha reçut un peu de matériel de siège et il put alors ouvrir le feu avec huit canons ainsi qu’avec quatre mortiers et obusiers qu’il dirigeait surtout contre les »
deux bastions principaux, contre le Botsaris, au centre, et contre te Franklin, qui, sur la ligne ouest, était le plus
• Cf. A. Favre. Histoire du sidge de Missolonghi . Paris. 1827. H. 8
LA GUERRE
rapproché du bastion central dont il n'était séparé que par la tour Forais. Pendant que les Turcs avaient été occupés par leurs travaux de terrassement, les assiégés avaient élevé à l'intérieur une seconde ligne de remparts; ensuite ils renforcèrent les fortifications du côté ouest par deux nouvelles batteries et répondirent avec vivacité au feu des ennemis, bien qu'ils ne fussent que faiblement munis de munitions et qu'ils n'eussent pas du tout la certitude de recevoir de nouveaux approvisionnements. Le séraskier, au contraire, était toujours en communication directe avec Patras d’où on lui envoyait continuellement des munitions fraîches. Ses approches avançaient rapidement vers le bastion Franklin et la lunette Orange ; cette dernière était située du côté est des fortifications et à peu près à la même distance du Bot saris que le Franklin à l'ouest. Or, à côté de ce dernier, vis-à-vis
de la batterie Mormann et à la distance de cent cin-
quante-cinq mètres, Rechid-Pacha, joignant aux procédés employés dans les sièges par les modernes, les arts grossiers des anciens Perses sous Harpage, commença alors à établir une énorme levée de terre, de six à neuf mètres de large, que les assiégés crurent d’abord destinée à servir de batterie de brèche, mais qui devenait graduellement un monticule de formes lourdes et massives et qui, au milieu de sa longueur, faisait un coude vers le bastion Franklin contre lequel il paraissait être surtout dirigé. Pendant ces travaux préparatoires énormes et de longue haleine, les assiégés avaient été assaillis par des impressions toujours nouvelles et changeantes qui étaient déterminées par ce qui se faisait en dehors des murs. Avec une inquiétude craintive, ils attendaient les approvisionnements et les secours que devait leur porter la flotte grecque; mais elle ne vint pas. Le retour de ces Rouméliotes
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de la Morée releva un peu leur courage , mais les occupations que ceux-ci trouvèrent devant Salona enlevèrent de nouveau aux défenseurs de Missolonghi tout espoir d’élre secourus par eux. L'apparition d'une petite escadrille hy-
driote, commandée par le capitaine Nengas*, venait de re- * i<> mai. monter un peu leur courage, lorsque la nouvelle de la chute de Navarin le fit tomber bien bas, nouvelle qui trouva ensuite sa compensation dans la victoire navale remportée au cap Doro par Sachtouris qui avait annihilé, comme il était dit dans la proclamation fanfaronne du gouvernement grec, avec les navires détruits, cinq cents canons, vingt mille boulets et quinze cents barils de poudre, le tout étant destiné pour Rechid-Pacha. L'arrivée de quelques renforts du Péloponèse, sous les ordres de Mitsos Kontoyannis et de Lampros Veïkos, servit aussi à encourager les défenseurs de la ville. Cependant les assiégeants continuèrent leurs travaux interminables de terrassement sans se lasser jamais. Plus ils duraient et plus il était difficile de deviner quel était le but principal de leurs efforts.
Rechid entoura de ses parallèles toutes les fortifications qu’il bombardait de tous les côtés. Une fois il lit une ten-
tative* vaine pour prendre par un coup de main les bat- * 20- 21 literies Sachtouris et Kyriakoulis qui, à l’extrême ouest, fermaient la ligne des fortifications sur la rive et dans Pile de Marmaros ; une autre fois on pouvait croire que les Turcs en voulaient, du côté est, à la lunette Orange , ainsi qu'aux batteries Makris et Rhigas dont elle était flanquée;
tantôt on aurait dit que les ennemis menaçaient surtout le % •
Franklin, jusqu'à Y avant-fossé duquel la levée de terre'
s’était avancée, à cette époque, malgré une sortie heureuse
des assiégés*; tantôt tout semblait indiquer qu lbrahim * 2,3 juillet.
méditait une attaque générale contre toute la longue ligne
des fortifications. Mais plus que par tous ces préparatifs,
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la position de Missolonghi fut mise en péril par l’arrivée de la flotte turque sous les ordres du kapoudan-pacha qui, dans la dernière traversée de Souda à Navarin, y avait amené Housseïn-Bey. Arrivé de cette dernière ville devant
• io juillet. Missolonghi*, il chassa aussitôt la petite escadrille hydriote
qui stationnait devant la place. La flotte avait apporté aux assiégeants une grande abondance d’argent et d’objets nécessaires pour le siège, tandis qu'elle menaçait les assiégés d’une privation complète de tout ce dont ils avaient besoin. Youssouf-Pacha à Patras avait ajouté encore à la flotte trente-six bateaux plats qui entrèrent, de l’autre côté du fort Vasiladi, dans les lagunes et bombardèrent la ville aussi du côté de la mer, dès qu’ils s’en furent approchés jusqu’à l’ile de Skylla. Heureusement ce petit succès, obtenu par les Turcs qui, en approvisionnant le séraskier, avaient pu atteindre le but immédiat qu’ils s’étaient proposé , les aveugla tellement que la plus grande partie de la flotte s’éloigna de nouveau, ne laissant qu’une petite escadre devant Missolonghi. Mais les Grecs, restés maîtres du fort Vasiladi et protégés par les batteries du littoral contre les bateaux plats, maintenaient du moins leurs communications ouvertes avec Anatoliko. Mais le danger qui les menaçait du côté de la terre devenait alors d’autant plus pressant. Grâce à l’artillerie de siège qu’il venait de recevoir, Rechid put élever, à l’est, une nouvelle batterie de pièces de soixante ; la levée de terre s’approchait déjà de très-près du bastion Franklin, dont les ennemis commençaient à
• 14 juillet, combler les avant-fossés ’, à l’époque même où ils avaient
terminé la troisième parallèle devant le rempart est, et que, couverts par des sapes volantes, ils s’avançaient vers le glacis du chemin couvert. Avant qu’on eût entièrement achevé les préparatifs en voie de progrès pour l’assaut,
• 23 juiint. Tahir-Abbas, l’ancien serviteur d’ Ali, parut à Missolonghi ’
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avec des propositions de capitulation. Lorsque celles-ci furent brièvement repoussées, les assiégeants firent sauter une mine devant le bastion Botsari s* et donnèrent assaut * 2$ jmtiet. par la brèche quils venaient de pratiquer ; mais ils furent repoussés ce jour-là, ainsi que le lendemain. Ensuite les Turcs firent* de nouvelles propositions pour reprendre les * 30, si juillet, négociations; de nouveaux combats d’attaque et de défense s’ensuivirent* , combats envenimés par les bravades avec • 2 ««u. lesquelles les ennemis s’irritaient d’un côté et de l’autre.
Comme les Grecs avaient un peu tardé à répondre à la dernière proposition des Turcs, le séraskier y avait vu une certaine disposition à l’accepter ; il leur avait donc fait proposer de lui livrer d’abord une porte et deux batteries; mais bientôt Veïkos tira Tahir-Abbas de son erreur et lui envoya, par dérision, quelques bouteilles de rhum pour les porte-drapeau qui donneraient l’assaut. Une mine, sautant sous le Franklin , fut le signal de l’assaut qui fut donné aussi, de la même manière et au même moment; au Bot saris dans le centre de la ligne, à l’ouvrage à tenailles Montalembert qui fermait les fortifications à leur extrémité orientale, de même qu’à la batterie Sachtouris à
l’ouest. Cette fois encore, après un combat de deux heures et demie, les Turcs furent repoussés avec une perte de cinq cents hommes. Cependant tous ces succès étaient, comme ceux de Pyrrhus, des victoires dangereuses pour les vaillants Rouméîiotes qui, par leur brillante défense de cette ville « sainte, » faisaient honte aux Moréotes qui avaient montré tant de pusillanimité dans leur résistance contre Ibrahim. Les combats que les défenseurs de Missolonghi avaient à livrer, pour repousser les attaques des Turcs, absorbèrent complètement leurs faibles munitions.
Après le dernier assaut, il ne leur resta plus que deux barils de poudre. Si une attaque pareille avait été renouve-
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lée, la ville aurait succombé. A ce moment parut devant Missolonghi la flotte grecque, comme si elle allait la sauver par un miracle. Pour tirer profit de la position périlleuse et désespérée de leurs frères , les matelots barbares d'Hydra et de Spetzia avaient refusé de s’embarquer, si on ne leur payait pas d'avance, pour deux mois, le double de leur solde qui, déjà, avait été portée à G ou à 7 écus . par mois. A ce moment même, un autre versement de l’emjuiiiet. prunt était arrivé bien à propos* et le patriotisme des insulaires put être acheté et payé. Miaoulis et Sachtouris juillet, avaient paru dans les eaux céphaloniennes déjà* avant le dernier assaut donné par les Turcs; dans la nuit qui suivit 3 août, le lendemain de l’assaut* ils gagnèrent le dessus du vent à l’escadre ennemie devant Missolonghi, et le matin ils dispersèrent une division de la flotte, mouillée tout près de a côte ; puis, vers midi, ils attaquèrent la flotte principale, rangée en bataille. Les défenseurs de Missolonghi assistaient à ce spectacle dans une attente fiévreuse, lorsque trois brûlots, les uns après les autres, essayèrent de s’accrocher au vaisseau-amiral. Ils n’eurent pas de succès immédiat; mais le kapoudan-pacba fut saisi d'une telle époùvante après cette attaque hardie, que non-seulement il ne
recommença pas le combat, mais qu'il partit avec la flotte et qu'il ne s’arrêta dans sa retraite que lorsqu’il eut atteint le port d’Alexandrie. Pourvus de nouveau de tout ce qui leur était nécessaire et dégagés du côté de la mer, les assiégés, dont le courage venait de renaître, songeaient alors à se faire jour aussi du côté de la terre. Ils s'entendirent avec Tsavelas et Karaïskakis, les chefs des Rouméliotes devant Salona qui s'étaient, à ce moment, rapprochés un peu de l’ouest, et concertèrent avec eux une attaque et une sortie à faire en commun contre le camp de Reehid-Pacha et en même temps contre les bateaux plats de
en 1824 et 1825.
Youssouf- Pacha clans les lagunes. Sur un signal convenu d'avance, les Rouméliotes, au nombre de cinq cents hommes, tombèrent, en venant pendant la nuit du côté de la montagne, sur le camp des ennemis; en même temps, mille combattants de Missolonghi, sortant du centre et des ouvrages de la ligne orientale des fortifications, pénétrèrent dans les retranchements des Turcs qu’ils chassèrent de quatre batteries. Ces fuyards effrayés se concentraient encore au camp dont les soldats avaient été éveillés en sursaut, lorsque d’autres troupes de fugitifs, couverts de sang et de boue, accoururent en toute hâte du rivage où les bateaux de la flotte grecque, après avoir traversé le canal de Vasiladi, étaient tombés sur les chaloupes turques dont ils avaient capturé cinq ; quant aux autres chaloupes, les équipages les avaient tirées sur le rivage pour se sauver ensuite au camp, en passant par l'eau et la vase. .
Le séraskier voulut se venger de cet échec par son coup principal et décisif qu’il avait préparé depuis longtemps. Son rempart de terre, que Kokkinis, faisant allusion à la digue construite par Alexandre à Tyr, avait baptisé « la digue de l'Union » se trouvait alors, dans le voisinage immédiat du Franklin, élevé à une telle hauteur qu’il dépassait les parapets de l’ouvrage et qu'il le dominait, par conséquent, complètement. Les Turcs prirent donc, dès ce moment, position dans le bastion qu'on ne pouvait plus défendre; mais derrière sa gorge ils rencontrèrent de nouveaux fossés, de nouveaux remparts et de nouveaux ouvrages dont l’artillerie, réunie à celle des batteries des deux côtés, balayait la plate-forme du rempart des Turcs, ainsi q je leurs gabions. Sous une pluie continuelle de balles, à la faible distance de quelques mètres seulement, on fit là, pendant quinze jours, des efforts inouïs pour se dépasser de côté et d'autre en rehaussant les remparts et en éta-
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blissant de nouveaux ouvrages d'attaque et de défense. Les Grecs réussirent à se rendre maîtres des travaux de leurs ennemis en faisant sauter, sous la pointe des galeries turques, une mine chargée de trois bombes du plus
♦ 3i août, fort calibre* et en s’emparant, dans une sortie faite avec
toutes les forces concentrées, de tous les travaux exécutés derrière le Franklin , ainsi que de ce bastion lui-même, et en occupant même la pointe antérieure de la digue de T limon. Mais le courage du séraskier n’était pas encore abattu. Il fit fortifier sa levée de terre par de nouveaux travaux et établit, vis-à-vis de la courtine, située entre la tour Korais et le Franklin , une nouvelle levée de terre dans la direction du flanc gauche de ce dernier bastion ; puis il prit ses dispositions pour un nouvel assaut. Mais dans l'armée turque qui était visitée par des épidémies et qui avait à supporter toute espèce de revers et de fatigues, le découragement était plus grand que dans famé du séraskier lui-même; les Albanais, peu disposés, suivant leur ancienne habitude, à entreprendre quelque coup décisif, avaient, depuis longtemps, commencé à murmurer et à déserter; ils apprirent avec une grande inquiétude qu'à Valtos on menaçait découper les communications sur les derrières de l’armée. Le général dut retardér l’assaut. Les Grecs, renforcés par l’arrivée de nouvelles troupes sous les ordres de Kitsos Tsavelas, de Georgakis de Valtos et
• i9 août, de Kostas Photomaras*, résolurent de le prévenir. Ils
avaient disposé une forte mine devant le Franklin , pour attaquer ainsi le nouvel ouvrage des Turcs; une fougasse devait, par son explosion, donner le signal du combat et attirer l’ennemi au-dessus de la véritable mine qu'on avait * ï» septembre, préparée pour lui. Lorsque la fougasse joua*, les Turcs, s’attendant à une sortie, coururent, en grand nombre, aux avant-postes ; sur quelques points on donna inutilement
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l’assaut; mais ce ne fut que l’après-midi que les Grecs atteignirent leur but en attirant les ennemis sur le terrain de leur mine qui, en jouant, fit sauter le devant de la levée de terre et un grand nombre de Turcs. Bientôt après*, les * n octobre, assiégés détruisirent, par une nouvelle mine, presque les
derniers débris de la grande levée de terre. Ces échecs
terminèrent le siège de cette année. Une division d’ Albanais, qui se trouvait devant Anatoliko, partit de sa propre autorité ; les épidémies prirent un caractère plus grave et éclaircirent les rangs des Turcs ; la superbe armée du séraskier avait été tellement réduite quelle ne comptait plus la moitié de ses soldats. Cependant la menace du sultan obligea Bechid à rester pendant l’hiver, avec les troupes dociles d’Asie, devant les remparts de la ville; les Turcs se retirèrent jusque dans l'extrémité des retranchements où ils s'enterrèrent si bien que les Grecs n’osèrent pas les y attaquer. Si ceux-ci avaient pu deviner quel zèle le sultan déployait pour réduire leur forteresse et combien il y tenait, ils auraient peut-être fait les derniers efforts pour chasser entièrement leurs ennemis. Plein d’inquiétude au sujet de l’issue de cette entreprise qui venait d’échouer, le sultan fît venir k Constantinople l’ancien silichdar d’ Ali- Pacha, Ibrahim-Bey, afin de se faire renseigner exactement par lui sur les raisons qui avaient fait manquer son projet et surtout sur la cause des mauvaises dispositions des Albanais. Ibrahim-Bey répondit aux questions du sultan que la seule chose par laquelle les Albanais se laisseraient déterminer à faire des sacrifices, serait le rétablissement des deux petits-fils d’ Ali-Pacha qui étaient élevés sous les yeux du sultan. La Porte semblait chercher un moyen qui la dispensât d’avoir recours à l’assistance, si odieuse pour elle, de l'orgueilleux Égyptien, pour la réduction de Missolonghi; mais le moyen indiqué par Ibrahim-Bey, qui