I.A r.UF.RRF
Situation rit’urctle la Ci
conseillait de laisser grandir l'engeance de l'un des deux rebelles, pour éloigner celle de l'autre, ne parut pas plaire à la Porte. Elle expédia des commissaires afin d’installer Ibrafiim-Pacha dans ses fonctions de gouverneur général de la Morée, d'aplanir les différends entre lui et le pacha à Patras et d'apaiser les jalousies qui régnaient entre le général égyptien et le séraskier. En outre, on continua toujours, pendant tout l'hiver, à employer toutes les forces de terre et de mer de la Turquie et de l'Egypte à réduire l'insolente ville de Missolonghi.
Les Grecs n'avaient pas encore vu leurs ennemis rester, comme cette année-là, pendant tout un hiver, au cœur même de leur pays, et joindre, pour ainsi dire, deux campagnes d'été par une activité militaire non interrompue ; jamais encore la balance de la fortune des armes, qui pendant si longtemps était restée indécise entre les deux parties belligérantes, n'avait encore penché d'une manière si décidée en faveur des Turcs que dans le moment actuel; jamais encore leurs efforts n’avaient eu tanî de résultats qu'à cette époque. Lorsque, pendant l’été. Ibrahim était devant ÎSauplie et que la flotte turque se trouvait devant Missolonghi, Metternieh avait vu, avec un véritable bonheur, ce qu’il croyait l’agonie de l'insurrection; les diplomates à Byzance avaient considéré la cause des Grecs comme perdue; le chargé d’affaires russe lui-même avait déclaré qu’il ne restait plus rien à faire, et les hypocrites envieux, avec une compassion aigre-douce, avaient prédit, comme certaine, la ruine de la Grèce. En effet, l’épuisement des Grecs était allé,, à cette époque, jusqu’à l'abattement et leur découragement jusqu'au désespoir. Les étrangers, qui se trouvaient à ce moment à Nauplie, tirent un tableau épouvantable de ce théâtre de la confusion la plus incroyable, de cette Babel fourmillant de va-
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gabonds qui appartenaient à toutes les tribus voisines et éloignées, de ce cloaque de houe et de pourriture qui était le siège du gouvernement grec. Ville très-malsaine par suite de sa position et regorgeant de soldats, d'étrangers, de fugitifs, d’aventuriers et de mendiants affamés, Nauplie offrait alors le spectacle unique de la misère la plus repoussante. En dehors des murs se trouvaient les tentes des fugitifs venus de Tripolitsa et d’Argos qu’on ne laissait pas entrer dans la ville, de peur d’augmenter les épidémies qui y sévissaient. L’intérieur de Nauplie fourmillait de gens armés, irréguliers et gens sans aveu, qui portaient des costumes et des armes dont la richesse contrastait avec leur saleté, et qui faisaient craindre h toute heure le sac de la ville. L’air était empesté par les malades, pour lesquels il n’y avait pas d’hôpitaux, et par les cadavres en décomposition des musulmans que la superstition empêchait d'enterrer. Dans toutes les rues on voyait vaguer des bandes de gens affamés et d'indigents qui devaient prévoir une année de disette bien plus terrible encore. quand • :ème les Grecs auraient été délivrés de l’ennemi. Effectivement, pendant cette année, on n’avait guère pu songer à cultiver les terres et à rentrer. les récoltes dans la Morée et dans l’Hcllade occidentale, et on voyait anéantis, par un seul coup, tous les progrès dans la péninsule où, dans l'espace de trois ans, les terres cultivées avaient été augmentées d’un tiers. Le gouvernement était plein de pusillanimité et de perplexité, il était tombé en discrédit, haï, méprisé, accusé et attaqué, de tous les côtés, par ceux que le pouvoir accusait lui-mème à son tour, qui s’attaquaient les uns les autres et dont chacun, ce qui était le plus triste dans ces affaires, avait le même droit d’attaquer les autres. Les marins accusaient les capitaines de terre et ceux-ci, de leur côté, les marins de s’emparer de
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ce qui ne leur appartenait pas : tous les deux disaient que le gouvernement gardait pour lui des sommes d'argent provenant de r emprunt. Le gouvernement reprochait aux marins de profiter des malheurs de la patrie pour s’enrichir par leur solde qu’ils extorquaient aux autorités, et il accusa les officiers de terre de multiplier de la manière la plus éhontée le nombre de leurs soldats bien au delà des cadres effectifs, en vue de grossir ainsi les sommes qu'ils avaient à recevoir pour les rations et pour la solde. Dans cette terrible désorganisation de toutes les affaires, les hommes les plus persévérants, tels qu’Ypsilantis, perdirent courage ; le charme que le vieux Kolokotronis avait exercé autrefois, n’avait plus de pouvoir; les masses étaient en proie à un terrible abattement; tout patriotisme était comme éteint. Les Hydriotes parlaient de vouloir quitter leur île et de se rendre avec leurs navires en Amérique. Pour la première fois on entendit les pauvres gens sans patrie accabler de leurs imprécations les funestes auteurs de l’insurrection, tandis que d’autres sè répandaient en plaintes amères contre les Koraïs, les Moustoxidis, les Rapodistrias et autres qui, par leur accession, avaient donné la consécration à la révolution, pour s’en retirer ensuite lorsqu'elle leur paraissait avoir éclaté trop tôt, et qui refusaient si longtemps de venir en aide à leurs frères désespérés, après que le sort en avait été jeté d'une manière irrévocable. De tous les côtés on demandait à grands cris le salut, un roi, un protecteur, un dictateur : le premier venu, un Rolokotronis aurait pu le devenir, si sa fortune ne l’eût abàndonné; mais aussi les hommes les plus étrangers à la Grèce et des pays les plus éloignés auraient été les bienvenus. Tellement tout espoir et toute confiance en lui-même avaient disparu dans ce peuple pendant cette terrible crise, au moment où Ibra-
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him se trouvait devant Nauplie. Mais précisément à cette époque du découragement le plus profond, il y avait eu, comme nous l’avons dit déjà en passant, un autre changement complet, amené, pour ainsi dire, par un deus ex machinû, dans la disposition momentanée des esprits, dans l’aspect sous lequel se présentait l’avenir le plus prochain et dans la perspective qui s’ouvrait pour un temps plus éloigné. L’effet moral de l'arrivée d’Hamilton et de ses conseils, et l’effet matériel produit par l’arrivée d’une nouvelle somme provenant de l’emprunt, avaient suffi pour produire ce changement comme par un coup de baguette. Le général égyptien s’était retiré de devant Nauplie, la flotte grecque était partie pour Missolonghi et le boulevard de l’Hellade occidentale avait été conservé ; la haine contre les Turcs venait de renaître dans toute sa force ; la résolution désespérée de se laisser plutôt mener à la boucherie que de se soumettre, fit tressaillir encore une fois tous les cœurs. Ibrahim n'avait pas atteint son but; il n’avait pas amené la capitale, par la frayeur, à se rendre ; il ne s’était pas non plus ouvert le chemin de Tripolilsaà Patras et vers l’Hellade occidentale; i.l n’était partout maître du Péloponèse que là où il avait ses garnisons. Les espérances de la Porte et de ses amis autrichiens ne s'étaient donc pas, en définitive, réalisées. Metternich se mordit les lèvres de dépit, en voyant le changement subit dans le ton des derniers rapports de l’internonce et du baron Prokesch qui parcourait, à cette époque, toutes les eaux et toutes les côtes; rapports dont les conclusions étaient en contradiction avec tout ce que, depuis six mois, on lui avait fait croire et penser et qui l’impliquaient dans un nouveau dédale de difficultés très-inquiétantes pour l’avenir.
LA GUERRE
Le* Grwj cherchent de nonreau à se rattacher à l’ Occident. Orcauisatinn des trouves.
Ce fut la perspective d’une union plus étendue et plus intime entre la Grèce et l’Occident qui déconcerta Metternich; ce fut cette alliance nouée plus étroitement entre les Hellènes et les philhellènes, qui, dans celte catastrophe, dut sauver la Grèce de sa ruine. Une nécessité inévitable poussa, à ce moment, les Grecs par toutes les voies dans les bras de l'Occident. Jusqu’alors ils avaient méprisé et maltraité les philhellènes armés, qui, à Peta, avaient perdu leur réputation de capacité militaire, et que la mort de lord Byron avait privés du protecteur que, dans les derniers temps , ils avaient trouvé en lui. Le comte Santa-Rosa, à son arrivée à Nauplie, avait été ainsi partout reçu avec froideur et avait dû se résoudre à entrer, comme simple soldat, parmi les palikares; le colonel Fabvier aussi avait dû longtemps parcourir la Grèce sous un nom d’emprunt, afin de se mettre au courant des affaires militaires, sans qu'on fil attention à lui. Mais lorsque, par suite des succès des Égyptiens, l’art de la lactique fut tout à coup mis en honneur et que les attaques à la baïonnette de leurs ennemis ne permettaient plus aux Grecs de plaisanter sur leur manière de combattre; lorsque Kolokotronis se tirait si mal d'affaire, lui qui récemment encore avait tonné si violemment contre les coutumes étrangères, contraires à toutes les habitudes et à tous les penchants des Grecs, le peuple et le gouvernement recherchèrent avec avidité des troupes étrangères, des chefs et des instructeurs qui pussent apprendre aux soldats l'art militaire de l'Europe. Suivant l’exemple donné, dans le temps, par les Américains du Sud, le gouvernement grec avait, dans ce moment de péril extrême, intimé à ses agents à Londres l'ordre d'engager avec les dernières ressources de l'emprunt une troupe de quatre mille mercenaires; il avait demandé
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aux autorités de Corfou et de Malte la permission de faire de tels enrôlements dans ces îles, et, pour encourager les troupes, il avait essayé de gagner sir Charles-James Napier, le gouverneur de Céphalonie, ce philhellène d'une grande expérience militaire; mais tous ces projets s’étaient montrés impraticables. En revanche, pressé par les besoins du moment, le gouvernement avait nommé alors* le colonel Fabvier général du bataillon des tacticiens, qui, sous le commandement de Rhodios, avait été plutôt une espèce de garde-du-corps, et on lui avait donné les pleins pouvoirs nécessaires pour former, de la manière qu’il jugerait la plus convenable, un corps de troupes régulières. Cet officier, qui, dans sa jeunesse, avait servi dans l’artillerie française, était resté longtemps en Orient déjà pendant le règne de Napoléon, et y avait appris à connaître les hommes et les choses. Par suite du rôle
qu’il avait joué, sous la Restauration, dans l’état-major de Marmont du temps des troubles à Lyon, il s’était vu retirer la faveur de la cour et il était parti de son pays après avoir été en butte à des poursuites judiciaires de diverse nature. Soldat de corps et âme, avec une constitution de fer, indifférent quant à l’argent et à la solde, ambitieux et d'une nature énergique, parfois même orgueilleuse et brutale, ce qui était peut-être une qualité inhérente à sa persévérance inébranlable , il paraissait, surtout aux yeux de ses compatriotes, être l'homme qu’il fallait pour organiser les affaires militaires de la Grèce d’une manière solide. Le gouvernement publia une loi de conscription*; il fixa Athènes pour être le lieu de formation du nouveau corps de tacticiens, qui devait compter de trois à quatre mille hommes; il régla la solde et les rations, et nomma, à côté du chef, le comte Porro, de Milan, l'intendant du corps, tandis que Régnault de Saint-
4 jniltet.
* îî epteubre.
LA GUERRE
Jean-d’Angely reçut le commandement de la cavalerie. Il est vrai qu’avec tout rela rien n’était fait pour le moment actuel et immédiat; on n’avait eu recours qu’à des remèdes d’un succès douteux pour un avenir également douteux. Afin d’avoir des troupes régulières, il fallait payer leur solde régulièrement, et on n'était pas du tout sûr que l’avenir en fournirait les moyens; il était même très-probable qu’on n’aurait pas les ressources nécessaires pour former un corps de troupes régulières plus •Mwu.hr». nombreux, puisqu’on avait reçu en automne* les dernières 50,000 livres sterling de l’emprunt. Mais pour qu’un corps de tacticiens eût été utile, il aurait été indispensable qu’on en eût augmenté le nombre, car une troupe plus faible, entourée d'irréguliers, aurait été toujours exposée au danger d'être sacrifiée, comme à Peta. D’ailleurs, les philhellènes les plus expérimentés contestaient l’opportunité de toute cette mesure. En effet, la population, surtout celle de la Morée, manquait des éléments nécessaires pour former une telle troupe; les conditions particulières du terrain indiquaient par elles -mêmes, comme la meilleure stratégie, la liberté complète pour les individus de combattre comme ils l’entendaient , guerre dans laquelle les Grecs étaient passés maîtres; précisément les meilleurs guerriers ne se retrouvaient pas et ne se reconnaissaient plus eux-mémes, quand on les serrait dans les rangs d’une ligne régulière, où ils ne pouvaient rien déployer de ce qui leur semblait constituer le véritable guerrier, ni leur souplesse, ni leur force musculaire, ni leur vue pénétrante, ni leur habileté dans le tir. Beaucoup de personnes craignaient ainsi qu'après avoir d’abord trop exagéré le mérite de leur manière de faire la guerre et après avoir trop rabaissé la tactique européenne, les Grecs ne tombassent dès lors dans I’ex-
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tréme opposé qui, dans leur pensée, aurait des conséquences également nuisibles.
Mais tout poussait et entraînait les Grecs, à ce moment, tio»«Uî'.u«iSM“là d^ns ces nouvelles voies, où ils n’attendaient leur salut emprunt anglais, que des secours fournis par les Francs. Même par rapport à la marine, à l'égard de laquelle les Hellènes avaient appris à connaître la supériorité des Égyptiens plus tôt que pour la guerre continentale, ils avaient, comme nous l’avons vu déjà, pris des mesures, pendant l’année précédente, pour jeter, en Angleterre, les bases d’une nouvelle flotte, et à cette époque qui voyait naître tant de projets par suite de l’invasion de l’Argolide par Ibrahim, tout le monde demandait de nouveau à grands cris des navires plus puissants et des amiraux européens.
Mais aux premières démarches des Grecs pour faire des innovations dans ce département, la confiance que leur inspiraient les sympathies philhelléniques de l’Occident allait être mise à une rude épreuve par les expériences les plus amères. Les agents grecs à Londres avaient, pour un premier commencement, pris des informations à New- York sur l’achat ou la construction d’un certain nombre . de frégates, en môme temps qu’ils avaient fait entreprendre la construction d’une corvette à vapeur (la Persévérance) à Londres. Mais l’achèvement de ce navire souffrit des retards fâcheux dans lesquels on était disposé à reconnaître un mauvais vouloir du constructeur des machines, Galloway, dont un fils était employé dans les établissements manufacturiers de Méhmet-Ali au Caire. Pendant que cette affaire se poursuivait et au moment même où Nauplie courait de si grands dangers, lord Cochrane revint du Brésil en Angleterre, et les radicaux parmi les philhellènes anglais, les Burdett, les Hume, les Hobhouse et autres, proposèrent aux agents grecs d’augmenter le 11. a
nombre des bateaux à vapeur sous la direction du célèbre amiral. En présence de ses exploits en Amérique, tous les enthousiastes pouvaient facilement faire croire à euxmémes et à tous ceux qui partageaient leur exaltation que, muni de cette nouvelle arme de vapeurs de guerre, cet amiral détruirait la flotte turque dans une seule expédition maritime, et que, huit jours après, il bombarderait Constantinople. Les banquiers voyaient dans ce plan, qui devait inévitablement faire un bruit énorme, un excellent moyen de faire hausser les papiers grecs. Les Ricardo opinaient donc aussi pour ce projet, qui cadrait si bien avec les vœux et les besoins du pay s, ainsi qu'avec tout le système actuel du gouvernement. Les agents firent donc • i: joùt. un contrat * avec lord Cochrane , qu’ils engagèrent au service de la Grèce, jusqu'à la fin de la guerre, pour la somme de 57,000 livres sterling, dont l’amiral se fit payer d'avance 37,000 livres; une forte somme de cet emprunt fut ensuite destinée à l’achat de cinq autres bateaux ù vapeur. Pendant qu'on se mit ensuite à la recherche dp vapeurs qu'on pourrait acheter, les agents apprirent que MM. Ricardo, sans en avoir été le moins du monde chargés par eux, avaient, de leur côté, donné ordre d’en construire de tout neufs chez le même Galloway, qui était déjà si suspect et qui n'avait pas même achevé la première corvette, et encore ne lui avaient-ils pas imposé de dédit à payer, s’il manquait à ses obligations ou s'il ne terminait pas les constructions dans un délai fixé d’avance. Les agents, Louriolis et Orlandos, dont le premier était considéré en Angleterre comme un homme d’un bon naturel, mais sans talents bien remarquables, tandis que le second y passait pour un caractère très-entêté, mais très-honnête, firent des remontrances contre cette manière arbitraire d’agir; cependant ils furent éconduits d'un
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ton hautain. Fortement embarrassés sur ce qu’ils avaient à faire, dépourvus de pleins pouvoirs bien précis, assaillis de tous les côtés par des solliciteurs qui leur demandaient de se servir de leur mandat dans un sens et dans l’autre, ne s'entendant pas entre eux, tantôt défiants et trop prudents envers des amis, tantôt confiants et imprudents visà-vis d’ennemis, peu habitués à se mouvoir sur un marché universel comme celui de Londres, ignorant complètement ce qu’étaient les agioteurs (stock-jobbers) anglais, ces hommes n’osèrent pas se mettre en opposition avec ces gens de banque impudents qu’ils avaient déjà laissés faire, lorsqu’ils avaient donné plusieurs milliers de livres sterling de l’emprunt, à titre de présent, a des amis de la Grèce « qui avaient bien mérité du pays , » et lorsque, pour acheter des obligations du dernier emprunt , ils avaient mis en compte beaucoup de milliers de livres sterling pour ces obligations, qu’ils calculaient au taux de 50 à 55 pour 100 à un moment où elles ne valaient pas la moitié de cette somme! Il arriva ainsi que de toute la flottille de bateaux à vapeur, qui avait dû arriver en Grèce vers la fin de l’année 1825, le premier vapeur n’y parvint qu’au mois de septembre 1826, et le second et le troisième seulement pendant l’automne des années 1827 et 1828, lorsqu’il n’v avait plus rien à sauver en Grèce, tandis que les trois autres pourrissaient sur les chantiers de Londres, et que lord Cochrane, que les vœux ardents des Grecs appelaient pourtant à leur secours, se cachait, sans navires, pendant plus d’une année, dans une obscurité mystérieuse! Les commandes de vaisseaux faites en Amérique par les Grecs causèrent un scandale plus grand encore.
Les agents maladroits avaient envoyé* à New-York le • Ma», général de cavalerie français Lallemand, homme tout à fait incapable et en outre peu honnête, auquel ils avaient
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donné de gros appointements, en le chargeant d’y acheter ou d’y faire construire deux frégates de grandeur moyenne. Les deux maisons Rowland et Le Roy, Bayard et Compagnie en entreprirent la construction, bien qu’elles sussent, ce qu elles nièrent cependant, que c’était contre les lois du pays, et l’exécutèrent ensuite avec une escroquerie systématique. Elles évaluèrent les frais de construction pour chacun des deux vaisseaux à environ 250,000 dollars, et promirent de les livrer en six mois. Là encore les agents furent assez étourdis pour ne pas faire de traité rigoureux et pour payer, en outre, de fortes sommes d'avance. Lorsque , après beaucoup de retards, les vaisseaux étaient enfin près d’étre finis, les constructeurs demandèrent , par suite de calculs éhontés, plus du double de la somme stipulée, de sorte qu'on ne put pas les payer. Et comme , en outre , on avait à craindre que l’une des deux maisons ne suspendit ses payements, le capital et les vaisseaux auraient été perdus en même temps, si, par l’intervention d'hommes influents h Washington qui avaient encore un sentiment de honte, le gouvernement ne s’était interposé en achetant l’un des navires, afin de rendre possible, de cette manière, l’achat au moins de l'autre vaisseau, de l’/lel/an, qui arriva ensuite fort tard, vers la fin de l'année 1826, à Nauplie. Les journaux anglais avaient exprimé une grande indignation vertueuse, lorsque les matelots grecs, à demi sauvages, avaient été assez cruels pour profiter des malheurs des Chiotes, afin de s’enrichir; mais on chercha toujours à cacher et à excuser autant que possible ces honteuses spoliations exercées aux dépens d’une nation sur le point de périr et è laquelle on enlevait les moyens les plus indispensables pour son salut. Sir Henry Lytton Bulwer, un des commissaires qui. en 1824, avaient ap-
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porté en Grèce un versement du premier emprunt, avait encore le front d'accuser le gouvernement grec, dans une lettre d’une impertinence tout anglaise, d’avoir détourné pour des intérêts particuliers1 les sommes empruntées; et cependant c’était lui qui, tout jeune encore et sans expérience aucune, avait été un des premiers à inspirer aux Grecs la fâcheuse idée d’employer des fractions du second emprunt pour le but déterminé de construire des frégates, et qui éleva à une théorie et à un droit la pratique pernicieuse des agioteurs anglais, quand ils se mêlaient de l'emploi des sommes provenant des emprunts! Son accusation détermina ensuite le gouvernement grec à publier les révélations par lesquelles tous ceux qui en prirent connaissance furent remplis du dégoût le plus profond pour ces affaires honteuses qui furent un des exemples les plus rebutants d’un trafic anglais sordide et usuraire *.
La race anglo-saxonne continua, comme elle avait com- i* phiiheuénu-
® me en France.
mencé, à retirer aux Grecs, pendant leurs malheurs, les secours qu'elle leur avait « prêtés > dans leur bonne for-
‘ Cf. An aultimn in Greece , by H. Lylton Bulwer, 2d édition, London, 1826, p. 193. — Finlay aussi, en parlant en délail de la manière dont le gouvernement grec avait gaspillé les emprunts, trouve beaucoup trop de plaisir à s'arrêter à une longue série d’accusations dont il n’v a presque pas une seule qui soit pesée avec équité, mais qui, quand même elles seraient toutes reconnues justes, sont bien loin de jeter sur ce peuple de pauvres klephtes, éblouis par la possession soudaine de richesses, le même déshonneur que celui dont se couvrirent ces nations qui comptent parmi les plus riches et les plus civilisées, et qui volaient ces voleurs au moment même de leur agonie.
* On trouve un rapport des agents Orlandos et Louriotis dans la Gazette d'Augsbourg du 26 juillet 1826, et le récit d’Alexandros Kontostavlos , envoyé à New-York pour remplacer Lallemand , dans :
A narrative of the material facta in relation to the building oftwo greek frigates , New-York, 1826.