‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 7 sur 48 · LA U U 15 B H K · texte numérisé non relu

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tune; mais le malheur des Grecs quelle avait, eu grande partie, aidé à attirer sur eux pur le mauvais emploi de l'argent des emprunts, se vengea sur elle d une manière très-sensible, quand elle spéculait ainsi sur leur bonne fortune. Jamais les Anglais n’ont reçu un seul liard d’intérêts pour leurs prêts, que les Grecs paraissaient encaisser tout naïvement, comme une partie de cette dette de l’Europe acceptée par l' enthousiasme des philhellènes, et jamais les Anglais ne semblent avoir même trouvé des marques de compassion au sujet de cette perte; car déjà à une époque oii le monde ne pouvait même pas encore connaître l’ignominieuse issue de ces affaires d’emprunt, ou commença h juger, avec une amertume croissante, toute l’attitude que la société anglaise avait prise vis-à-vis de la cause grecque, parce que la part qu’elle y prenait semblait, dès ce moment, rejetée dans une ombre de plus en plus profonde , par suite des sympathies enthousiastes et désintéressées qui s’emparaient de tout le continent dans cette époque de la décadence des affaires grecques, et précisément parce qu’on reconnaissait quelle en était lu cause; sympathies dont la force de plus en plus impétueuse et entraînante put seule arrêter les Égyptiens, .sous l’attaque desquels le Péloponèse aurait succombé sans espoir de salut. Au moment même oh Ibrahim y avait débarqué, Blaquière accusa publiquement ses compatriotes anglais d'un égoïsme qui, disait-il, n'était en harmonie ni avec le caractère, ni avec les institutions de la nation, et, en jugeant l'Europe d’après l’exemple donné par l’Angleterre, il désespérait de trouver encore quelque part, apres cette catastrophe, des secours de quelque importance. Mais ce fut précisément à ce moment que la France se mit à la tète d'un nouveau mouvement philhellénique qui, d’une manière vraiment exemplaire, était exempt de toute vue

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secondaire égoïste, nationale, politique ou financière, si toutefois on fait abstraction de ce que, dans ses rapports avec les affaires intérieures de la France, ce philhellénisme indiquait certainement une rupture politique avec le royalisme rigide. Déjà au commencement même de l’insurrection des Grecs, la vok de tous les partis s’était prononcée, à Paris ( 1 82 f ), en faveur de cette cause.

A cette époque régnait encore Richelieu, dont toutes les sympathies étaient pour la Russie; il ne suscitait aucune difficulté aux corps francs des philhellènes et laissait aux amiraux commandant les stations dans la Méditerranée liberté entière de remplir du moins les devoirs de l'humanité envers les Grecs, quand ils étaient poursuivis ou en péril. Mais tout cela avait changé dès que les roya- , listes étaient arrivés aux affaires. Depuis le congrès de Vérone, on sentait partout et à chaque occasion la défaveur avec laquelle tous les gouvernements regardaient les Grecs, bien qu'elle se manifestât plutôt par de petits coups d’épingle pleins de malveillance que par des mesures énergiques, signes d’une hostilité ouverte. Dès cè moment, la France avait empêché les philhellènes de traverser son territoire et de s'embarquer à Marseille; les royalistes, et même ceux d'entre eux qui, au commencement, n'avaient pas caché leurs sympathies pour la cause grecque, se turent tout à coup, lorsque les feuilles gouvernementales leur donnèrent le mot d'ordre, en disant que l’insurrection des Grecs se rattachait à la Révolution, et qu'elle avait été couvée à l ornbre du « comité directeur’. ■> Les amiraux Viella et de Rigny effacèrent, depuis eette époque, par leur manière de traiter les Grecs, le souvenir de la bienveillance que Halgan avait auparavant

* Cf. Fiëvée, Sur l'Espagne, 1823, p. 74.

LA GUERRE

témoignée à ce peuple ; les Français semblaient alors vouloir montrer, à la fin de l’insurrection grecque, à son égard, le même froid et la même défaveur dont l'Angleterre avait fait preuve au commencement de la révolte. Lorsque les Égyptiens préparaient leur expédition , la goélette d’État française V Amaranthe fit plusieurs voyages pour le service du vice-roi et s’offrit pour transporter de fargent et des munitions en Morée; on reprocha, en outre, hautement au gouvernement de permettre à un agent égyptien, au général Livron, de faire construire des vaisseaux de guerre dans des ports français et d’acheter des munitions de guerre, et même de lui en avoir cédé. Mais, quant au rôle que jouaient dans l’armée égyptienne les renégats et les instructeurs français, tous ceux qui en France avaient le sentiment de l’honneur national en rougissaient. Ce fut précisément cette cause-là qui produisit un revirement soudain dans l’opinion de ce peuple, si sensible de sa nature. Au moment où la flotte égyptienne • Février <8*5. aborda à Modon *, il se forma à Paris « la Société philanthropique pour l’assistance des Grecs, » dans le comité de laquelle se réunirent les personnages les plus considérables et les plus divers. On y voyait en même temps Chateaubriand et Lafitte, La Rochefoucauld et Dalberg, le duc de Fitzjames, le comte Dumas et le comte Saint-Aulaire. Cet intérêt général ouvrit promptement au philhellénisme l’accès de toutes les conditions sociales jusque dans les sphères les plus élevées, et même dans la famille royale. Les souscriptions s’ouvrirent sous des auspices qui leur promettaient le succès; les départements suivirent l’exemple de la capitale qui donna, dans toutes les directions, l’impulsion la plus énergique au mouvement. A ce moment, la presse française publia ces écrits d’une assez grande importance sur la Grèce, les ouvrages de Pouque-

EN 1824 et 1825.

ville, de Raffenel, de Raybaud, et le Iwaris de Villemain, qui eut, en peu de temps, trois éditions. A ce moment aussi, Chateaubriand, rougissant des secours donnés aux païens par des chrétiens, et effrayé par les progrès des armes égyptiennes, écrivit sa « Note sur la Grèce, » que la Gazette de France désigna comme un véritable manifeste en faveur de toutes les rébellions. Il y combattit les raisons que les légitimistes opposaient au rétablissement de la Grèce; pour le réaliser, il recommanda, comme un moyen très-simple, d’adopter la politique que l’Angleterre avait suivie à l'égard des colonies espagnoles, c’est-à-dire de reconnaître son indépendance, ce qui n’amènerait pas plus la guerre en Grèce qu’en Amérique; il insista auprès du gouvernement de la Restauration en particulier, sur les honneurs qu’il recueillerait s'il se mettait à la tête de l’opinion publique. Le monde savant et politique, disait-il, soupirait après le rétablissement de la mère des sciences, comme la religion soupirait après ses autels dans cette ville où saint Paul avait prêché le Dieu inconnu ! La chaleur et le courage avec lesquels on embrassa de nouveau, dans ces sphères, la cause des Grecs, firent sentir leur influence bien au delà des frontières du pays, et réveillèrent, en premier lieu en Suisse et en Allemagne, les anciennes sympathies pour les Hellènes. Ce fut d’abord l’association hellénique de Genève qui s’associa à celle de Paris comme un puissant auxiliaire; elle était dirigée par le banquier Eynard qui, en 1814, avait représenté Genève au congrès de Vienne ; c'était un philhellène de sentiments plus helléniques que n'en avaient les meilleurs citoyens de la Grèce, et qui, lui aussi, tourmenté et aiguillonné par les dangers dont les Égyptiens menaçaient les Grecs, portait ses secours moraux et matériels à un tel point qu’il devint le centre de tout le mou-

LA GUKHHE

• Commencement de septembre.

* 12 mars.

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