‹ Insurrection et régénération de la GrèceChapitre 8 sur 48 · Acte demandant le protectorat de l’Angleterre · texte numérisé non relu

Acte demandant le protectorat de l’Angleterre

vemeiit philhellénique et le médiateur entre la Grèce et l'Europe, sachant raviver, augmenter et unir l'action de toutes les associations phiihelléniques , et diriger leurs ressources réunies vers un but rationnel. Toutes les associations en Allemagne et en Suisse, et plus tard celles des États du Nord, se rattachèrent' plus étroitement aux comités de Genève et de Paris, qui restèrent dans la meilleure intelligence dès le premier moment où Eynard s’était rapproché du comité de Paris, en lui offrant une contribution de 6,000 francs, en mettant à sa disposition une autre somme de 25,000 francs, et en faisant monter, par son influence* les souscriptions de l’association de Genève, en automne 1825, jusqu'à la somme de 30,000 francs. Ce fut à l’époque où le comité de Paris fit partir une première expédition de Marseille*, avec des approvisionnements et des troupes à bord des navires, et dont firent partie Reybaud, L’ancien aide-de-camp de Mavrokordatos, et le docteur Bailly, homme de mérite à qui on avait donné pour mission l'établissement d’un hôpital militaire. Déjà auparavant, immédiatement après sa fondation, le comité avait fait partir en avant pour la Grèce le général Roche, afin qu’il s’informât de quelle manière on pourrait le mieux servir la cause de la Grèce. Ses instructions * lui prescrivaient de la manière la plus précise de rester, dans toutes ses affaires, complètement étranger à tous les mouve-

ments de la politique des Grecs à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur, et l’impartialité consciencieuse avec laquelle l’association maintint ces instructions ne fut pas le moindre de ses titres d’honneur.

De cette manière, les Grecs virent s’ouvrir devant eux une nouvelle source de secours généreux au moment même où celle des emprunts vint à tarir en Angleterre. Mais toute cette perspective de ressources pécuniaires, de sol-

EN 1824 et 1825.

date et de vaisseaux, qui devaient venir de l'étranger, n’offrait pas de secours immédiats, énergiques et efficaces. G’est pourquoi, dans leur profond abattement, à l'époque des triomphes d’ibrahim , les Grecs eux-mêmes avaient cherché leur dernier moyen de salut dans un protectorat étranger, dans une union avec l’Europe; union qui n'aurait pas un caractère privé, mais liant leur État aux autres États; union qui ne serait ni militaire, ni financière, ni humanitaire, mais politique. Déjà auparavant, chaque fois qu un péril imminent avait menacé leur patrie, cette pensée s’était toujours présentée à l'esprit des Grecs, pour en disparaître aussitôt que le danger diminuait. Ainsi, à l’époque de l'expédition de Dramali, on avait entamé des négociations avec le gouvernement ionien au sujet du protectorat anglais”; ainsi on avait •et.T.i«,p, irs essayé de se concilier à Vérone le bon vouloir de toutes Us puissances. Et même, dans l’année plus heureuse do 1823, des membres de l’assemblée législative avaient songé* à demander au Portugal de leur donner dom Mi- *cf.T.i",p.5i» guel comme roi, et ce fut à la même époque que Negris avait posé la contre-candidature du roi Jérôme , tandis que d'autres encore avaient appuyé celle du duc de Leuchtenberg. Seulement, en 1824, où le projet russe de pacification, publié à Paris”, avait effrayé les Grecs tout •Cf.T.i-, p.i6» autant que les Turcs, un sentiment plus prononcé d’indépendance nationale et une répugnance plus forte contre tout contact avec les étrangers semblaient pénétrer dans le peuple grec, même malgré la chute de Psara et malgré le danger dont le menaçait l'Egypte. On pouvait observer, à ce moment, avec une exactitude mathématique, quelles étaient alors les sympathies pour les coreligionnaires et les amis naturels du Nord. En automne 1824, Varvakis, cet homme riche qui comptait alors quatre-vingts ans,

• 24 jin*ierl825.

* 24 août 1824.

• I” décembre.

1 40 LA GUERRE

était venu d’Odessa en Grèce, son cœur grec couvert de décorations russes; il avait contribué de la manière la plus grandiose à soulager la misère de ses compatriotes de Psara, qui s’étaient enfuis de leur île natale, et à subvenir aux besoins de la patrie en général; en même temps il s’était élevé énergiquement contre les alliances financières avec l'Angleterre, et il avait essayé de fonder un parti russe, en recommandant Kapodistrias comme président. Élevé aux nues, dans les premiers moments après son arrivée, comme un grand bienfaiteur du pays, il fut considéré immédiatement après comme un homme suspect, et, après avoir été traité avec un certabi manque d’égards et d'estime, après avoir vu échouer ses projets, il se retira d'abord dans l'ile de Syra, et plus tard àZante, oit il mourut". A ce moment où il y avait en Grèce une certaine effervescence du sentiment national, le gouvernement grec, dans une note officielle' adressée à Canning", a va# formellement protesté contre toute immixtion des puissances et en particulier contre le projet de pacification russe. Canning répondit1 à cette note du gouvernement grec ", qu’il traitait ainsi comme une puissance reconnue, en le gourmandant un peu, il est vrai, au sujet de ses susceptibilités, mais en ajoutant, pour terminer, ces paroles bien claires : « que si les Grecs voulaient, plus tard, avoir recours à la médiation anglaise, et qu’ils en exprimassent le désir à l’Angleterre, ils la trouveraient prête à s'en charger. • L’occasion pour faire cette offre surprenante avait été fournie non -seulement par les projets russes que la publication du mémoire dont nous avons parlé avait révélés, mais encore par des intrigues plus récentes des Français, qui, après le prélude aristocratique

' Cf. Trikoupis, t. III, p. 390.

1 Trikoupis, t. III, p. 393.

f.n 1824 rt 1825.

joué auparavant par les chevaliers de l’ordre de Saint-

Jean à Paris, voulaient mettre en scène un intermède

monarchique en Grèce, comme ils l’avaient fait, quelques

années auparavant, à Buenos-Ayres. Vers le milieu de

l’année 1824, le docteur Vitali s'était présenté devant

Mavrokordatos à Missoionghi, muni de lettres écrites par

des personnages considérables de rentourage du duc

d’Orléans, afin de proposer comme roi de Grèce le second

fils de ce dernier. Mavrokordatos, qui y voyait, à la vérité, tout de suite des difficultés, à cause de la jalousie avec laquelle les Bourbons regardaient les Orléans, envoya cependant ces propositions à Kontouriotis, qui les oublia dans ses cartons. Lorsque ensuite le délégué de l’association des philhellènes il Paris, le général Roche, vint en Grèce \ lui aussi fit au président et à quelques- # Avril ms. uns des hommes du gouvernement l’ouverture, qui n’était cependant qu’une vaine allégation, qu’il était chargé d’agir dans l’intérêt de ces projets orléanistes, pour la réalisation desquels le premier moment de consternation causée par le débarquement d’ibrahim lui semblait trèspropice. La plupart des députés et dès membres du gouvernement étaient opposés à ce projet parce qu’ils avaient plutôt confiance dans l’Angleterre que dans la famille d’Orléans. Roche fit ensuite, avec des moyens licites et illicites, de l'agitation dans d’autres classes de la société.

Pendant le terrible moment des succès d’ibrahim, une assemblée réunie à Megara* délibéra sur l’élection d’un * Juillet, prince de la famille d’Orléans, et on forma une espèce de parti français auquel se rallièrent aussi Ypsilantis, bien qu'il appartint de cœur à la Russie, ainsi que Kolettis, qui devait devenir le tuteur du duc de Chartres1, et quel-

* Les renseignements sur cette affaire sont pleins d’obscurité et

LA r,U ER R F.

• f.f.T. II 107.

ques-uns de ses partisans rouméliotes, tels que Gouras, qui n’avaient pas une idée des choses politiques. Or, pendant ces agitations, le gouvernement s’était souvenu de l’offre bienveillante de Canning et résolut, à l'instigation d’Hamilton, d’envoyer Spaniolakis au gouvernement anglais pour expliquer à Canning qu’une monarchie était nécessaire à la Grèce, et qu’on accepterait tout monarque qui serait proposé par l’Angleterre, en faisant comprendre, d’après les conseils de l’archevêque Ignatios à Pise, qu’on prendrait avec plaisir le prince Léopold de Gobourg. Pendant ce temps, ibrahim avait paru devant Nauplie. Les Français recueillaient, dans les provinces, des signatures pour leur prince de la famille d’Orléans qu’ils voulaient mettre sur le trône. Alors l’arrivée d’Hamilton à Nauplie* avait essentiellement contribué à faire naître dans le parti anglais une activité semblable. Dès que la capitale n’était plus exposée h un grand danger, ce parti eut recours au même moyen, et mit en circulation à Nauplie un acte demandant le protectorat britannique pour la Grèce1. Jusqu’à cette époque, l’Angleterre s’était encore toujours maintenue en faveur auprès des primats grecs. Son attitude indépendante vis-à-vis de la Sainte-Alliance, la liberté avec laquelle sa politique pouvait se mouvoir, F antagonisme qui régnait entre elle et la direction que suivait

en quelque sorte contradictoires, puisque les auteurs qui la mentionnent parient tantôt de la candidature du duc de Chartres (fils aine de Louis-Philippe et plus tard duc d’Orléans), tantôt de celle du duc de Nemours. 11 est cependant certain que le parti français en Grèce voulait pour roi le duc de Chartres; c’était dans ce sens que travaillait Kolettis, qui était l’Ame de ce mouvement orléaniste. Les intrigants français, au contraire, et peut-être Louis-Philippe (alors duc d’Orléans) lui-même, auraient destiné au trône de Grèce le second fils, le duc de Nemours, si d’ailleurs ce projet orléaniste avait eu quelque chance d’être réalisé. (Noie des traducteurs. )

1 Cf. Trikoupis, t. III, p. 307.

rn 1824 et 1825.

le gouvernement de l’empereur de Russie dans 6a dépendance complète de l’Autriche, la reconnaissance des blocus grecs par les Anglais et la modification dans leur manière d’observer la neutralité, l’attitude bienveillante prise par la marine anglaise, mais surtout l'espérance que faisait naître le seul Canning, Tunique homme d’État qui inspiré! un peu de confiance aux défenseurs de la cause de la liberté et de l’humanité : tout cela ensemble avait tenu les regards des Grecs fixés sur l’Angleterre, comme on l’avait vu auparavant dans l’Amérique du Sud. Dans les lies Ioniennes, pays intermédiaire indiqué par la nature des choses entre la Grèce et l’Angleterre, tout avait pris un autre aspect depuis qu’à Maitland, le plus odieux de tous les hommes, avait succédé le noble sir Frederick Adam, qui, marié avec une dame corfiote, avait à cœur la cause des Grecs. Avec son assentiment et sa coopération, un comité formé à Zante d’hommes pleins de sympathies pour leurs frères en Grèce (Roraas Stephanos et Dragonas), avait même fait la première ébauche de l’acte dans lequel on demandait le protectorat anglais, pour l'envoyer ensuite à Hydra et dans le Péloponèse, afin d’y faire ajouter, par l'influence de Kolokotronis et de Miaoulis, les signatures de l’armée et de la marine. Le gouvernement lui-même ne devait pas faire cette démarche, parce qu’il n'était pas reconnu; mais c’était le peuple qui devait parler, et les membres du gouvernement ne devaient que signer cet acte , afin de manifester ainsi leur assentiment à ce qu'avait résolu la voix populaire, à savoir, « de placer sous la protection illimitée de la Grande-Bretagne le joyau de la liberté, de l’indépendance et de l'existence politique de la Grèce. Pendant qu’on recueillait les deux mille signatures dont cet acte fut revêtu, le parti opposé trahit sa faiblesse par les efforts qu’il fit pour contrecarrer ce

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