CHAPITRE VII
L'insurrection s'étend dans le sad. — Continuation dn siège. — Dispositions prises pour donner du repos aux hommes — L'artillerie exhausse ses batteries. — Construction d'une galerie blindée. — Communication entreprise entre la Zaouïa et Tangle nord-est de la place. — Les Arabes commencent à inquiéter les convois. — Le colonel de Mirbeck envoyé au défilé d'El-Outaïa. — Mesure prise pour assurer les communications. — Abatage des palmiers. — Précautions à prendre pour couvrir les travailleurs. — Arrivée du prince Pierre Bonaparte. — Sa conduite le 26 octobre^ son départ. — Mort du capitaine Grailiel, du génie. — Le capitaine Charles est chargé de la direction des deux attaques.
Le premier assaut n'ayant pas réussi, les dé^ fenseurs de Zaatcha encouragés par ce succès, devinrent plus audacieux et leur fanatisme s'en accrut, ainsi que Tinfluence de Bouzian dont la sainteté ne fut plus mise en doute chez les Arabes qui le considérèrent comme le protégé du
prophète vt [e réritable éteadard de la guerre sainte. An^ï. dès qce la Douvelle de Dotre insuccès se Fut répandue dans la province, le nombre de ses f4rtîsans au^meota, et des intentions httstiles se manifestèrent hautement dans toutes les oasis qui avoisioaient te Zab-Dahari : alors commeni.'a une série d'événements qui, en compliquant les opérations du si^re, rendirent la position de la cofonne expéditionnaire très-difficile.
Le général n'ayant pas a hésiter sur le parti à prendre, réunit de nouveau MSI. les chefs de service pour leur faire part de sa ferme résolution de ne se retirer de devant Zaatcha qu'après la destruction de ce foyer de tous les soulèvements qui avaient lieu; foyer qui, abandonné par ses habitants, n'était pins que le repaire de fanatiques exaltés et de gens sans aveu, accourus à l'appel d'un imposteur habile. Il ne leur dissimula pas, que ce n'i'laiî pas seulement contre ces rebelles que l'on ailail avoir à lutter,, mais encore contre les tribus qui nous ( raient. Il les prévînt qu'unt demande était j à M. le gouverneur général pour que des b fussent envoyées dans le plus bref d Ton avait écrit à Constantinc pour qui et des munitions fussent cxpi^liés
La contiauatiou du siège étant résolue, le premier soin à prendre fut de mettre le nombre des hommes à fournir pour les différents services en rapport avec un effectif bien diminué par les maladies et par le feu de l'ennemi ; ce qui nécessita l'abandon d'une partie des jardins extérieurs au front d'attaque. Cette suppression, en retirant un grand développement de murs à garder, réduisit de beaucoup le nombre des factionnaires et permit de donner quelque repos à la troupe.
Il fut donc arrêté avec l'artillerie que, jusqu'à l'arrivée des munitions, un tir lent serait continué sur le village de manière à y entretenir l'inquiétude, etque ce tir aurait aussi pour but d'élargir et d'approfondir les brèches qui n'étaient point aussi praticables qu'on l'avait cru ; car il fut reconnu que les projectiles en frappant les murs
Il y avait donc eu erreur dans Tappréciation de la force de résistance des murs de cette espèce de château féodal, contre lesquels les projectiles n'avaient produit que peu d'efTet; l'artillerie chercha immédiatement à rendre son tir plus destructif, en exhaussant ses batteries, afin de mieux découvrir le pied des murs, le sommet des brèches et de battre plus au loin l'intérieur du village avec des pièces de 12 que le général avait demandées à Constantine.
{Planche 111.) Le génie reprit les travaux du siège, et bien qu'il ne pût, pour le moment, les avancer que lentement, il entreprit de suite, à l'attaque de gauche, la construction d'une galerie blindée pour aller placer deux fourneaux de mine sous les premières maisons du village d'où était parti le cercle de feu qui avait forcé les deux compagnies de la légion étrangère à se retirer rapidement. On commença en même temps un cheminement pour établir une nouvelle batterie (1) destinée à contre-battre les feux de la place, qui gênaient beaucoup l'établissement de cette galerie. Ces travaux furent vi-
Nota. La batterie n« 7 n'est pas indiquée sur la carte ; elle figure à gauche du jardin n^ 9.
goureusement inquiétés par les Arabes, qui comprenaient quel en était le but.
A l'attaque de droite, le cheminement vers l'angle nord-est de la place fut continué malgré les difficultés du terrain ; il fut souvent retardé par le feu plongeant du village et par les pierres que l'ennemi faisait sans cesse pleuvoir dans la tranchée et dont on ne pouvait se mettre à labri que par un blindage fait avec des fascines en branches de palmiers. Ce travail pénible n'empêcha pas d'établir lagrande communication adroite de la Zaouïa, pour faire arriver en face de la brèche de droite les pierres nécessaires au comblement du fossé, dont le passage avait rompu, dès le début, l'ensemble des troupes et neutralisé leur élan.
Le service des transports s'était toujours fait avec la plus grande régularité et n'avait point encore été inquiété ; lorsque le 22 octobre des groupes nombreux d'Arabes se montrèrent de tous côtés pour attaquer le convoi des malades et des blessés, dirigé sur Biskra; cachés der^ rière des plis du terrain, ou réunis sur la lisière des oasis, ils y attendaient avec la convoitise de la haine et du gain le moment de se jeter sur ce convoi, auquel s'étaient jointes des canti-
nières allant aux provisions : ils en furent empô-
chés par la bonne contenance de l'escorte qui rendit leur entreprise inutile.
Ce même jour 22 octobre le général apprenait par lettre du commandant de Bathna que les montagnards de TAuress, au nombre de 4 à 500, étaient descendus dans la vallée d'El-Outaïa, pour guetter le passage des convois qu'ils avaient déjà plusieurs fois harcelés; il le prévenait en même temps qu'un envoi de poudre était dirigé sur Biskra, oîi il devait parvenir le 26 octobre, et qu'il serait urgent d'en assurer Tarrivée ; car les Arabes attachant beaucoup de prix à l'enlèvement d'un pareil transport l'attaqueraient probablement avec vigueur.
Il n'y avait donc pas de temps à perdre ; aussi à la pointe du jour le colonel de Mirbeck avec 150 chasseurs et 40 spahis partit du camp pour se rendre au défilé d'El-Outaïa, où il arriva presque en môme temps que le convoi. Les Arabes, à la vue de cette cavalerie survenant inopinément, abandonnèrent leur projet et se retirèrent sans cependant s'éloigner beaucoup.
Les Chaouïas(l)]de l'Auress, réunis à quelques
(1) Les montagnards du Djebel-Auress sont connus sous le nom de Ghaouïas.
groupes des 0-Solthan et des Lakdars, étaient un voisinage très-dangereux pour la route, qu'ils pouvaient intercepter d'un moment à l'autre, et pour les convois dont ils épiaient le passage. Il fallait donc déjouer leur projet, en leur opposant la vigilance et la promptitude. Le colonel de Mirbeck fut chargé de cette mission, en l'investissant du commandement du peu de troupes laissées à Bathna et à Biskra, et en l'autorisant à prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer la route et la sécurité des alentours*
Toutes ces tentatives plus ou moins menaçantes, qui avaient pour but de couper les communications du camp à Biskra, et de Biskra à Bathna, ou de les rendre très-difficiles, étaient de la plus grande gravité et compliquaient énormément les opérations du siège. Il fallut cependant faire face à ces nouvelles difficultés, tout en continuant les travaux entrepris pour abattre les obstacles matériels qui nous arrêtaient devant la place de Zaatcha, dont les défenseurs étaient plus que jamais secondés ostensiblement par les habitants des oasis les plus rapprochées, surtout par ceux de Lichana, qui alimentaient la résistance en recevant et en hébergeant les gens venant de tous côtés pour se joindre à Bouzian.
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Cette conduite des plus hostiles, manifestée avec arrogance, était d'un exemple déplorable, et comme on ne pouvait atteindre les coupables qu'en les attaquant par leurs intérêts, le général prit donc le parti de faire abattre leurs palmiers, principale fortune du pays. Ce nioyen, que les beys de Constantine avaient été forcés d'employer pour soumettre les oasis rebelles, ayant eu alors quelques succès, il espérait que cette mesure rendrait les Arabes de Lichana beaucoup moins audacieux et les engagerait peutêtre à rompre avec ceux de Zaatcha.
L'^abatage des palmiers n'était point chose nouvelle; on y avait eu recours dès le jour de notre arrivée, dans le but de déblayer le terrain sur lequel le génie entreprenait ses travaux de cheminement, de se procurer les bois nécessaires à la construction des batteries et de débiter des rondins pour remplacer les sacs à terre qui man* quaient. On avait aussi abattu quelques groupes, les moins éloignés ducamp^ qui compromettaient la circulation. Ces diverses coupes s'étaient faites jusque-là sans difficultés ; mais il n'en fut pas de même lorsqu'on s'éloigna du camp; les habitants propriétaires^ se trouvant plus à l'abri de nos coups, se réunirent et ne laissèrent pas la