‹ Insurrection survenue dans le sud de la province de Constantine en 1849: relation du siége deChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Campement des nomades. — Les chefs des nomades 'envoient mie députation à Hamed-Bel-Hadje. — Razzia faite sur les fractions de tribus nomades campées à Ourlai. — Une nombreuse députation envoyée pour demander l'aman. — Les nomades se rendent à leur campement d'hiver„ — Sortie des défenseurs de Zaatcha contre nos positions de gauche. — Les Arabes attaquent un convoi venant de Bathna. — Belle conduite du capitaine Bataille. — Renfort de troupes envoyé à Biskra. — On modifie l'investissement projeté de la place. —Nouveau projet d'attaque adopté. — Bouchagroun entièrement abandonné. — Ce village visité par les officiers de la colonne.

{Planche L) Après leur défaite à Sidi-Merazzi, le 12 novembre, les nomades ne s'étaient pas éloignés, et plusieurs fractions de leurs grandes tribus étaient venues dresser leurs tentes sur les bords de TOued-Djeddi, près de Ben-Thiouss, dans l'espace compris entre Ourlai et Mellili,

— IGO —

OÙ, appuyées à ces trois oasis, elles se croyaient à l'abri de toute surprise.

Ainsi réunis en grand nombre, les chefs nomades avaient envoyé une députation de trente cavaliers à Hamed-Bel-Hadje, qui s'était rapproché de Sidi-Okba, où il avait des partisans. Ils rengageaient à se rendre au milieu d'eux ; mais Tex-kralifat d*Abd-el-Kader crut prudent de ne pas accepter cette proposition, et préféra se mettre en relation avec Sidi-Abd-el-Afid et Sidi- Saddak, marabouts habitant TAuress, espérant les engager à se porter une seconde fois sur Biskra.

Ce projet, s'il eût été misa exécution, aurait jeté indubitablement le plus grand désordre dans les oasis du Zab-Chergui et aurait forcé d'envoyer des troupes à Biskra. Heureusement, le marabout Sidi-Abd-el-Afid, homme des plus pacifiques, se rappelant son équipée de Sériana, où il avait marché malgré lui, ne bougea pas. L'ex-kralifat s'en tint alors à attendre la suite des événements pour agir selon l'occurrence.

Ces dispositions toujours hostiles de la part des nomades, leur campement à Ourlai, d'où ils pouvaient d'un moment à l'autre inquiéter de

nouveau nos communications avec Biskra, et leur voisinage de Zaatcha, qui leur permettait d'envoyer impunément des contingents à Bouzian, décidèrent le général à frapper un grand coup sur ces tribus, et les forcer à prendre leur campement d'hiver. A cet effet, il fit prévenir les chefs de corps, le 1 5 novembre au soir, que le lendemain 16, à deux heures du matin, il partirait du camp avec deux colonnes (I), qui seraient sous les ordres des colonels de Barrai et Canrobert, la cavalerie sous ceux du colonel de Mirbeck; quant aux goums de Sétif, de Biskra et d'Aumale, ils devaient être répartis entre les deux colonnes. Le colonel Dumontet prenait le commandement du camp.

Parti à deux heures du matin, le généra,!

arriva à la pointe du jour près de Toasis d'Ourlal, où on aperçut une ville de tentes appuyée aux oasis, des douars sans nombre s'étendant de tous côtés au loin, et de nombreux troupeaux de chameaux, de moutons, couvrant la plaine.

(1) Elles étaient pourvues chacune de deux pièces de montagne.

Au premier bruit, tous les hommes sortirent des tentes, les cavaliers montèrent à cheval et se portèrent en avant. Les femmes, les enfants, les vieillards, entendant quelques coups de fusil, et voyant une masse mouvante se diriger de leur côté, se sauvèrent précipitamment vers les oasis. La cavalerie, qui arrivait dans ce moment de terreur, fut lancée par le colonel de Mirbeck ; les chasseurs des 1" et 3* régiments d'Afrique chargèrent avec la plus grande vigueur les cavaliers nomades qui arrivaient de toutes parts. Pendant ce mouvement, les spahis des 1" et 3* régiments tournèrent plus à gauche, en faisant un circuit, pour couper la retraite aux fuyards. Le général fit exécuter en même temps un mouvement de tête de colonne à gauche à l'infanterie du colonel de Barra), et, lui-même, à la tête de son escorte, se lança au milieu des tentes. En un instant, tous les fantassins arabes, dispersés ou groupés au milieu de cet amas de tentes, prirent la fuite en jetant leurs armes et tout ce qui pouvait les gêner dans leur course : les tentes furent renversées, bouleversées, déchirées, brûlées même, et tous ceux qui n'avaient pu fuir trouvèrent la mort sous les télis et les tapis où ils s'étaient réfugiés.

Le colonel Canrobert, qui commandait Tar-

rière-garde, apercevant ce qui se passait, tourna aussi à gauche, et, longeant les murs d'Ourlal, en débusqua les Arabes, et appuya le mouvement offensif. L'artillerie acheva de jeter l'épouvante au milieu de cette population surprise, en dirigeant son tir sur des douars éloignés, et en lançant des obus dans les jardins où s'était sauvée la plus grande partie des fuyards.

Les tirailleurs indigènes et des spahis ayant été envoyés en même temps à la poursuite des troupeaux, réunirent sans difficultés ceux qui avaient été abandonnés, et enlevèrent un grand nombre de chameaux, que les gardiens défendirent vaillamment en cherchant à les sauver.

Quant aux goums, avides de pillage, ils se jetèrent avec rapacité sur le butin qui était à leur disposition, et prirent tout ce que les moyens de transport leur permettaient d'emporter.

Cette prise d'un des campements des nomades produisit un grand effet sur leur moral ; ils ne purent voir sans effroi leurs femmes foulées aux pieds des chevaux, se relevant mutilées, et cherchant à atteindre les murs des oasis oîi elles espéraient s'abriter, ni les cadavres de leurs frères, presque tous tués à coups de baïonnette.

Spectacle de terreur et de destruction qui, paralysant la résistance, fit succéder, comme par enchantement, le calme à la tempête. Ne voyant plus d'ennemis à combattre, à moins d'aller les chercher dans le labyrinthe des oasis, où le général ne crut ni prudent ni nécessaire d'engager les troupes, et persuadé d'ailleurs que le châtiment qui venait de leur être infligé suffirait pour les dégoûter désormais de toute participation à la révolte des défenseurs de Zaatcha, il fit sonner le ralliement : les colonnes se reformèrent alors sans être inquiétées, et vinrent se réunir près de rOued-Djeddi, où elles se reposèrent en pleine sécurité.

Le général était à peine descendu de cheval, lorsque les grands des deux fractions les plus importantes des nomades, les Ahl-Ben- Ali et les Chourfa, se présentèrent au nom de toutes leurs tribus pour demander l'aman.

Après les avoir écoutés et leur avoir reproché leur mauvaise foi, ainsi que leur peu de reconnaissance pour le bien-être dont ils jouissaient depuis que nous occupions le pays, il ne leur accorda l'aman qu'ils sollicitaient, qu'à la condition que tous les nomades partiraient immédiatement pour leur campement d'hiver.

qu'ils paieraient une forte amende, et qu'ils enverraient de suite des otages à Biskra, où ils y resteraient jusqu'au paiement complet de la somme, dont la répartition serait faite selon la force et la richesse des tribus.

Quelques jours après, les nomades partirent pour leur campement habituel ; les otages pris dans les grandes familles se rendirent à Biskra; les amendes furent payées aux époques fixées ; et, comme ils avaient demandé à racheter deux mille chameaux qu'on leur avait pris, ceux-ci furent rendus moyennant une somme qui fut déterminée par une commission nommée à cet effet. Les moutons, qui avaient été enlevés au nombre de quinze mille, furent remis à l'administration et distribués à la troupe.

Telle fut l'issue de la défection des nomades, dont l'arrivée dans le Sahara avait surexcité toutes les passions haineuses et encouragé les rebelles. Arrogants et perfides, ils nous avaient attaqués à l'improviste; ils en furent cruellement châtiés, et le coup qui leur fut porté jeta le deuil dans un grand nombre de familles (1). De notre

(1) l'20 cadavres furent trouvés sur remplacement du campement.

côté, nous eûmes six tués et trente-quatre blessés.

La colonne rentra au camp vers quatre heures et demie du soir, avec sa prise de deux mille chameaux et quinze mille moutons, les goums avec un butin considérable,

{Planche III.) Le général avait devancé la colonne pour se rendre aux tranchées et visiter les travaux exécutés dans la journée. 11 trouva à l'attaque de gauche le commandant du génie et le colonel de tranchée, très-contrariés, et donnant des ordres pour la réparation de dégâts causés par une attaque que l'ennemi avait faite en escaladant sur trois côtés les murs du jardin n** 17. Les assiégés s'étaient jetés en masse sur ce point ; ils en avaient chassé les travailleurs qui, en se retirant dans le cheminement en arrière, avaient entraîné avec eux le poste destiné à leur défense. Des armes, des outils et des matériaux abandonnés étaient restés au pouvoir des Arabes, qu'une compagnie du 16* de ligne, arrivée au pas de course, était parvenue à arrêter près de la place d'armes construite sur l'emplacement de la batterie n"* 4, et à les refouler. Mais l'ennemi, au lieu de se retirer, s'é-

tait embusqué dans tous les jardins voisins, et avait fait un feu très-vif sur nos positions de gauche, d*oîi il n'avait pu être éloigné qu'en jetant des bombes, des obus et un grand nombre de grenades.

Cette sortie nous avait coûté 3 hommes tués, 9 blessés dont 2 officiers, et avait fait voir aux officiers nouvellement arrivés queZaatcha, défendu par des gens déterminés, offrait des difficultés beaucoup plus grandes qu'ils ne l'avaient pensé d'abord.

Ce même jour, 16 novembre, un convoi considérable de munitions et de vivres, parti de Bathna pour Biskra, avait été vivement attaqué par les Ouled-Solthan et par des fractions d'autres tribus. L'escorte, composée de 400 hommes d'infanterie et de 2 escadrons de cavalerie, était commandée par le capitaine Bataille, de la légion étrangère, dont le sang-froid et le courage furent admirables; assailli de tous côtés, un peu avant d'arriver à El-Kantara, par environ 1,000 à 1,200 hommes, il sut les arrêter, et laissant toutes les voitures civiles sous la garde d'un fort détachement, iJ alla lui-même mettre ses mulets de transport en sûreté à El-Kantara; puis il

revint chercher ces voitures lourdement chargées et se fît jour au milieu des Arabes, en profitant d'un moment opportun pour lancer ses deux escadrons sur les groupes ennemis, qui, n'ayant pas eu le temps d'éviter cette charge, perdirent une vingtaine des leurs.

Dans cette mêlée, les Arabes ayant vu le souslieutenant Carrion, du 3* chasseurs, pris sous son cheval, se jetèrent sur lui pour lui couper la tête ; il fut heureusement sauvé par des soldats de la légion étrangère et des spahis, qui l'arrachèrent de leurs mains, ainsi que le corps du maréchal des logis Guignonnet, tué près de cet officier. Au moment de cette lutte, un convoi de malades était arrivé à El-Kantara, venant de Biskra; le capitaine Souville, de la légion étrangère, qui le commandait, se hâta de se porter en avant pour appuyer son collègue, A la vue de ce renfort arrivant inopinément, l'ennemi se dispersa, et les deux convois continuèrent leur route sans être de nouveau inquiétés.

L'attaque de ce convoi, qui ne dut son salut qu'à l'arrivée de celui venant de Biskra, et surtout aux bonnes dispositions prises par le capitaine Bataille, était d'autant plus fâcheuse, que

le mouvement insurrectionnel qui s'était manifesté dans quelques parties du cercle de Bathna, ayant pris de l'extension, on pouvait craindre que cette agression ne fût le prélude d'intentions bien arrêtées d'intercepter nos communications; car depuis Passassinat du caïd Si-elbey-ben-Kpodja, les Ouled-Solthan, gens de montagne, qui avaient toujours été remuants, récalcitrants, s'étaient déclarés en guerre ouverte et avaient attiré dans leur rébellion les Beni-Férah, les Lakdar, les Ouled-Fedhala, les Ouled-Ali-ben-Sabors et les Saharis, Toutes ces tribus avaient envoyé des contingents à l'attaque du convoi. Il fallut donc empêcher, autant que possible, qu'une semblable attaque ne se renouvelât pas ; et comme la razzia faite sur les nomades rendait la cavalerie moins nécessaire, le général envoya 120 chevaux, chasseurs et spahis, à Biskra, plus les 500 hommes du 3*^ bataillon d'Afrique, afin d'augmenter les forces destinées à maintenir la sécurité des routes.

Cet envoi de troupes à Biskra et les pertes en hommes que nous avions faites dans les combats des jours précédents, diminuaient sensiblement l'effectif, dans un moment oîi le génie avait besoin, pour ses travaux, d'un plus grand

nombre de travailleurs et d'hommes de garde à mesure que la ligne d'investissement s'étendait. Loin de permettre de satisfaire à ces exigences, la situation journalière des militaires disponibles suivait une progression inverse de l'agrandissement des travaux, et l'on ne pouvait plus compter sur de nouveaux renforts.

En présence de ces obstacles, de ces difficultés croissantes, le général pensa que le projet d'investissement devait être modifié, et que profitant de l'effet produit sur les populations par la défaite des nomades, le moment était arrivé d'en finir avec Zaatcha.

Le moyen qui parut d'abord le plus prompt pour terminer ce siège, fut de donner l'assaut par les deux brèches déjà faites. Mais celui du 20 octobre par ces mêmes brèches avait échoué, et quoiqu'elles fussent plus grandes et plus praticables, la résistance désespérée des défenseurs decebordj fit craindre que l'on ne rencontrât encore des difficultés imprévues, qui pourraient amener de grands désastres. Le général crut donc devoir prendre beaucoup de précautions pour assurer le succès, et comme les cheminements avancés sur les faces nord et sud de la

place permettaient d'ouvrir en peu de jours de nouvelles brèches, qui faciliteraient incontesta-

blement la prise de vive force de Zaatcha, il s'arrêta à cette idée, comme la plus sage, ayant d'ailleurs assez de vivres et de munitions pour attendre qu'elle fût réalisée.

A partir du 17 novembre, les travaux du génie furent dirigés et poussés de manière à atteindre en quelques jours le but si ardemment désiré. Mais toutes les difficultés n'existaient pas seulement à l'extérieur de Zaatcha, il y avait encore celles qui provenaient de la construction des maisons et que, le 20 octobre, les hommes parvenus au haut des brèches n'avaient pu surmonter. Quelques officiers qui avaient parcouru les oasis, pouvaient s'en rendre compte; quant aux autres, ils n'en avaient aucune idée. Désirant donc que tous les officiers supérieurs surtout, connussent quel était l'intérieur du massif qui offrait tant de résistance, le général les autorisa à profiter des corvées armées qu'il envoyait à Bouchagroun s'approvisionner de bois de chauffage (1), pour aller visiter les maisons, qui ne différaient en rien de celles de Zaatcha.

(1 ) Bouchagroun avait été enlièremeot abandonné depuis la razzia sur les nomades.

Cette vîsîte leur fit connaître les causes qui avaient empêché les troupes de pénétrer dans le village faute d'issue, et apprécier combien le bordj, même enlevé, pouvait encore présenter de moyens de défense. Chaque maison était un réduit, sans autre ouverture qu'une porte étroite et fort basse, qui donnait entrée dans un rez-dechaussée, véritable cave oti l'Arabe blotti, avait, sans être vu, la facilité de tirer de bas en haut sur l'assaillant. Le commandant du génie, après aToir examiné le tout avec la plus grande attention, fut convaincu des obstacles que nous avions encore à surmonter. Le colonel Canrobert, qui survint, dit : « Savez-vous, mon géné- « rai, que ce diable de Zaatcha sera dur à em- (( porter? »

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