‹ Insurrection survenue dans le sud de la province de Constantine en 1849: relation du siége deChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Continuation des travaux du siège. — Construction de la batterie n*> H . — Effets produits par l'explosion de deux fourneaux de mine. — Reconnaissance ftite à l'attaque de droite. — Travaux de cheminement.— Comblement du fossé. — Explosion de nouveaux fourneaux de mine. — Leurs effets. — Ravages causés parle tir de l'artillerie. — Une députation des défenseurs de Zaalcha arrive au camp. — Leur départ. — Les Arabes font une sortie sur notre extrême droite. — Attaque de la batterie n» 12. — Les Arabes se répandent sur le pro-

• longemenl de nos lignes de droite.— Ils sont repoussés. — Préparatifs pour l'assaut. — Reconnaissance de l'élal des brèches. — Dispositions pour Tattaque. — Formation de trois colonnes. — Dernières instructions données.

{Planche III.) Les travaux des deux attaques continuèrent à marcher simultanément. A celle de gauche, on construisit, dans le jardin n^ 17, une deuxième batterie de brèche portant le

n* H , destinée à battre les maisons de l'extrémité sud du village. Le cheminement que l'on dut diriger vers la place pour arriver à l'établissement de cette nouvelle batterie, fut vivement inquiété parle feu des assiégés ; ce qui nécessita, pour couvrir la tête de sape, la construction d'un gros gabion en bois rempli de peaux de bœufs et de moutons. A la même attaque, il y avait encore une tour qui restait debout, et à laquelle aboutissait la galerie blindée, établie sur le passage du fossé. Deux fourneaux de mine ayant été placés sous cette tour, on y mit le feu, et les décombres qui résultèrent de l'éboulement formèrent un talus facile à franchir par la colonne d'assaut. Les Arabes, au bruit de l'explosion, jetèrent de grands cris et arrivèrent précipitamment sur la brèche, ayant à leur tête un cheik couvert d'un burnous rouge; ils furent reçus par le feu de nos tirailleurs ; le cheik tomba frappé par une balle, et tous disparurent.

L'attaque de droite, quoique la moins avancée, était d'une très-grande importance, comme étant la plus rapprochée du pont et de Pentrée de Zaatcha, qui étaient situés sur la face ouest. 11 fut donc jugé nécessaire de pousser le cheminement jusqu'à l'extrémité de la face nord, afin

d'apercevoir celle de Touest. A cet effet, le capitaine Schemmagel, du génie, accompagné de trente zouaves, s'embusqua derrière les jardins, et, à minuit, il fit la reconnaissance du terrain à parcourir pour arriver au bord de la partie nordouest du fossé, où on ouvrait une troisième brèche. Le tracé ayant été déterminé, des troncs de palmiers, préparés d'avance, furent immédiatement passés à une brigade de sapeurs, qui les employa à la construction des parapets, auxquels on fut obligé de donner plus de deux mètres de hauteur, afin de se couvrir des feux des maisons et des jardins voisins, où l'ennemi se tenait caché. Au point du jour, on alla mesurer le fossé, dont la largeur, au fond, fut trouvée être de cinq mètres, et de neuf mètres à la partie supérieure : il avait deux mètres de profondeur, et la hauteur de l'eau n'était que de un mètre vingt centimètres. On transporta, pendant le jour, les pierres nécessaires pour combler cette partie du fossé; elles étaient prises auprès du camp et apportées par des prolonges jusqu'à l'entrée du cheminement; puis, de là, passant de mains en mains, elles arrivaient en face de la brèche, d'où on les Jetait dans l'eau par-dessus le gabion farci.

On établit à la tête du cheminement une

grande place d'armes pour y loger les troupes destinées à protéger les travaux; elle servit en môme temps de dépôt aux matériaux apportés sur ce point, et elle fut utilisée, en outre, pour la construction d'une petite batterie de pièces de montagne, n' 10, dont le tir devait battre d'échappé la quatrième face du village encore intacte. Ce fut de cette place d'armes que l'on déboucha pour arriver à la contrescarpe; puis on pratiqua une petite rampe en galerie sous le gabion de tête, pour faciliter l'établissement du passage du fossé.

Aussitôt que la descente du fossé fut terminée, les sapeurs du génie le franchirent quoique ayant encore quatre-vingt-dix centimètres de hauteur d'eau, et allèrent établir un fourneau démine dans le talus d'escarpe, pour faire sauter le mur du chemin de ronde qui régnait sur cette face. Afin de faciliter cette opération, on dirigea une vive fusillade sur Tennemi, et on lança des grenades dans le chemin de ronde pour l'en éloigner. Les sapeurs, après avoir fait le logement des sacs de poudre, y mirent le feu. Le résultat de l'explosion fut considérable : le mur du chemin de ronde futenlevé sur presque toute la largeur de la brèche ; le talus d'escarpe, que les projectiles ne

pouvaient atteindre, s'éboula et livra une rampe praticable pour arriver aux maisons démolieg par Tartillerie,

Après Texplosion de ce fourneau de mine, on continua le comblement du fossé, et on entreprit un nouveau débouché sur la droite de la batterie n*" 10, pour en établir une nouvelle (1), destinée aussi à battre la quatrième face, mais moins obliquement que la précédente. On s'avança ainsi jusqu'au mur de clôture du jardin n** 19, près d'un petit chemin dans lequel on s'établit, et que les défenseurs de Zaatcha, qui avaient reçu dans la soirée du 21 novembre plusieurs renforts, cherchèrent inutilement à reprendre; ils nous blessèrent sept hommes.

Le 23 novembre, le génie acheva de combler le fossé en face de la brèche, et, pour faire disparaître des pans de murs^ qui, en obstruant le passage, auraient pu gêner la marche des colonnes d'assaut, les sapeurs y allèrent établir quatre fourneaux de mine, dont l'explosion fit sauter une partie des ressauts qui existaient, et acheva

(i) Batterie nM2.

de renverser tous les débris de planches et de poutres enchevêtrées les unes dans les autres.

L'artillerie, tout en protégeant les travaux du génie et en employant successivement des pièces de différents calibres pour fouiller les décombres afin d'empêcher les Arabes de s'y cacher, avait terminé et armé de pièces de 12 la batterie n** 9, dont le terre-plein fut élevé de 1 mètre 80 centimètres au-dessus du sol. Son feu, qui commença le 19 novembre, produisit immédiatement le plus grand effet en ouvrant la troisième brèche. Les gens de Lichana, Tolga, Farfar, Bouchagroun et même de Zaatcha, qui se trouvaient dans le village, en furent tellement effrayés, qu'ils envoyèrent plusieurs des leurs au camp pour entamer des pourparlers et demander que le feu cessât. Cette députation se présenta au général, qui, se fiant peu à sa démarche, exigea que des otages, pris parmi les premières familles, lui fussent envoyés, et il désigna entre autres le fils de Bouzian. La députation se retira et ne reparut plus.

Le tir des batteries n*** 10, 11 et 12 avait eu de grands résultats, surtout celle n* 9, des pièces

de douze. Une partie du village n'était plus que ruines. Une nouvelle brèche avait été ouverte, les autres élargies, et le génie, en employant les fourneaux de mine, avait fait disparaître les obstacles qui les encombraient et les avaient rendues praticables. Le passage du fossé était aussi entièrement terminé. 11 n'y avait donc, pour ne pas rester au dépourvu, qu'à se procurer des sacs à terre, dans la prévision que l'on pouvait en avoir besoin pour le couronnement des brèches et les autres travaux ultérieurs. Le seul moyen de s'en approvisionner étant d'enlever ceux des tranchées en arrière, et de les remplacer par des rondins de palmiers, on se mit immédiatement à Tœuvre, et, le 24 novembre, ce travail était en cours d'exécution, lorsque, vers onze heures du matin, pendant que Ton relevait les gardes, les assiégés, saisissant la préoccupation du moment, firent sur les lignes de l'attaque de droite une sortie audacieuse, qu'ils avaient habilement préméditée.

{Planche III.) En effet, pour pénétrer dans nos lignes, ils avaient jugé que le moyen le plus sûr de réussir était de diriger une attaque sur notre extrême droite, et de s'emparer du chemin étroit qui longeait le mur du jardin n"* 19, pen-

sant qu'une fois parvenus dans cette ruelle, ils pourraient détruire les batteries n"** 12 et iO, et nous prendre à revers, en se glissant inaperçus dans les jardins que nous n'avions pu occuper.

On avait construit à ce débouché, qui n'était qu'à 60 mètres du pont, un petit retranchement en bois de palmiers, lequel avait pour but de défiler le parcours du chemin, ainsi que le poste que l'on y avait établi et qui venait d'être relevé; quand tout à coup, sans aucun indice d'attaque, les Arabes, en arrivant en masse, se précipitèrent sur ce retranchement, le firent crouler, enlevèrent le factionnaire qui était placé derrière, lui coupèrent la tête et les poignets; puis, cet obstacle franchi, ils ouvrirent un feu très-vif sur la garde, qui, surprise par ce choc imprévu, au moment qu'elle s'établissait dans la place d'armes, se retira dans les tranchées. Les assaillants se répandirent alors dans les enclos; un groupe nombreux, escaladant les murs du jardin n"» 19, parvint jusqu'au pied du parapet de la batterie n" 12, plusieurs même d'entre eux y pénétrèrent et s'y firent tuer. Le lieutenant d'artillerie Guérin et le maréchal des logis Lombard, qui, dans ce moment difficile, firent

preuve de grande bravoure, tombèrent grièvement blessés.

Les canonniers, dans cette attaque subite, ne pouvant faire usage de leurs pièces, firent tous leurs efforts pour se défendre contre l'escalade ; assaillis de tous côtés, ils auraient infailliblement succombé, si le feu des obusiers de montagne de la batterie n"* iO, chargés à balles, ne les eût débarrassés de ces bandes fanatiques. Le général était àTextrémité des attaques de gauche; il se porta immédiatement à celle de droite, oti il ordonna de suite au piquet de réserve et à la compagnie de garde, qui s'était réfugiée dans la tranchée, de se porter en avant. Ce mouvement offensif ayant été vigoureusement exécuté, les Arabes furent refoulés et franchirent lestement les murs du jardin n* 19, De là, ils se répandirent sur tout le développement de notre ligne de droite, en profitant du fourré épais des jardins, pour en approcher de très-près.

Le bataillon des tirailleurs indigènes et trois compagnies du 8* bataillon de chasseurs, que le général avait envoyé chercher au camp, étant arrivés sous les ordres du commandant Bourbaki , cet officier supérieur divisa sa troupe.

tourna la position des Arabes, et, après les avoir repousses, les avoir débusqués de tous les points qu'ils occupaient, il les poursuivit de jardin en jardin jusqu'à la hauteur de la porte de Zaatcha, où ils firent encore quelque résistance. Enfin, cédant à la force, ils se retirèrent, et le feu ayant cessé de part et d'autre^ les chasseurs et les tirailleurs indigènes rentrèrent au camp.

Dans le premier moment qui suivit l'attaque soudaine que les Arabes venaient de faire sur nos lignes, l'impatience saisit les officiers et la troupe, et persuadés que le découragement qui devait régner parmi les assiégés faciliterait la prise de la place, ils demandèrent à y pénétrer ; l'heure était trop avancée pour que le général pût céder à leur désir; la nuit nous aurait surpris et le désordre en serait résulté ; il calma par quelques paroles l'ardeur de tous ; toutefois, il donna des ordres pour que les préparatifs fussent faits, l'assaut ne devant pas être différé au delà du 26 novembre.

Cette affaire, où les Arabes firent preuve d'un grand élan et d'un acharnement extraordinaire, nous coûta il tués, dont 1 officier, et 42 blessés, y compris 2 officiers, en tout 53 hommes hors

de combat. La perte des Arabes nous fut cachée; ils laissèrent seulement quelques morts sur le terrain: elle dut être considérable; car le grand calme qui régna pendant la nuit dans Zaatcha, d'où il ne partit pas un coup de fusil, attesta l'inhumation des morts et Tévacuation des blessés, qui, comme par le passé, après chaque combat, devaient être remplacés par de nouveaux venus.

L'assaut ayant été fixé pour le 26 novembre, le général, avant de clore son ordre d'attaque, voulut s'assurer de l'état des brèches et prendre lui-même une connaissance exacte des différents points qui pourraient offrir des difficultés. 11 était, à cet effet, dans le dernier jardin de l'extrémité de l'attaque de droite, accompagné de son chef d'état-major, le colonel de Brétizel, de son aide de camp et de son officier d'ordonnance. Il se faisait rendre compte par un Arabe du pays de l'emplacement des maisons de Bouzian et du cheik Bou-Azouz. Ces deux maisons avaient des murs très- épais et l'aspect de réduits fortifiés. Il allait se retirer, lorsque le colonel Canrobert arriva suivi de plusieurs officiers, et lui demanda quelques renseignements sur ces deux maisons restées intactes et dont on n'apercevait qu'une

partie. Le général lui dit : « que ce serait là oti se « réfugieraient les plus exaltés, et, par consé- « quent, la position la plus difficile à emporter. )> Le colonel le pria, si toutefois il n'avait encore rien décidé, de lui donner le commandement des troupes désignées pour monter à l'assaut de ce côté.

Après la reconnaissance des différents points d'attaque, le général rentra au camp, où il trouva les troupes pleines d'ardeur, et comme les préparatifs pour l'assaut avaient été faits et que les précautions étaient prises pour en assurer, autant que possible, le succès, il arrêta ses dispositions.

L'assaut devant avoir lieu par trois brèches, trois colonnes d'attaque furent formées ; elles se composèrent chacune de 7 à 800 hommes et d'un détachement du génie fort de 30 à 40 sapeurs, divisé en deux sections : l'une des sections avait pour mission d'aplanir les obstacles qui s'opposeraient à la marche des troupes; et l'autre, aidée par les travailleurs d'infanterie, devait établir un logement au sommet de chaque brèche, si la résistance de la place était trop opiniâtre. Des officiers du génie furent attachés à chacune des

colonnes, dont le commandement fut donné aux colonels de Barrai et Canrobert, et au lieutenant-colonel de Lourmel (1).

Le commandant Bourbaki, ayant sous ses ordres le bataillon indigène, fut chargé de l'investissement provisoire de la place; il devait se masser à la Zaouïa et en partir au signal qui lui serait donné.

Le colonel de Mirbeck, prenant le commandement du camp, avait Tordre de n'y laisser entrer et de n'en laisser sortir aucun Arabe, d'envoyer de forts détachements de cavalerie pour surveiller les oasis, et, dans le cas où il serait forcé de marcher de sa personne, il devait remettre ses fonctions au colonel Jolivet, du i6* de ligne*

Deux dépôts furent établis dans la tranchée pour les blessés, dont le transport au camp fut assuré par les soins de sous-intendant Bazire.

Les ordres ayant été communiqués à tous les corps, le général donna ses dernières instruc-

(i) Cet officier supérieur fut désigné, le colonel Dumontet étant de tranchée.

tions aux colonels qui devaient conduire les colonnes d'assaut, en leur prescrivant de les diriger sur les maisons de Bouzian et de Bou-Azouz, oîi elles feraient leur jonction. Chacun se retira ensuite dans sa tente avec grande confiance et l'espoir de voir le lendemain tomber Zaatcha, orgueil du Zab-Dahari et centre de tous les mouvements insurrectionnels.

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