CHAPITRE PREMIER
Description du pays des Ziban. — Cercle de Biskra. — Plaines du Hodna et d'El-Outaïa. — Les oasis, leur aspect. — Les villages, les jardins, différentes manières de les arroser. -— Le palmier, sa production. — Les nomades. — La température. — La population.
Le pays des Zibaii est immense ; il s'étend
depuis les frontières de Tunis à l'est, jusqu'aux
plateaux des Ouled-Naïls à l'ouest. Au sud, il se
rattache aux oasis de l'Oued-Rhir. C'est dans
cette vaste région que s'élèvent les nombreuses
oasis dont Biskra, avec ses cent mille palmiers, est le point principal et le chef-lieu d'un cercle ; chacune d'elles, vue de loin, semble surgir de terre en se détachant du sol par un massif de verdure sombre et monotone.
{Planche 7.) Ce cercle renferme trois plaines bien distinctes, qui, situées à des hauteurs différentes au-dessus de la mer, présentent de grandes variations dans Taspect du terrain.
La plus élevée est le Hodna; c'est en même temps celle qui se trouve le plus au nord; ses limites sont, à Test, le grand massif de Mellili ; au sud, le Djebel-Amor et le Fouzna; au nord, le Bou-Thaleb et les montagnes du Bélezma; à Touest, elle s'élend au delà de Bouçada, sur le territoire de la province d'Alger. Vers le centre de cette plaine, se trouve le chott de Saïda (grand lac salé). La culture principale consiste en céréales; les quelques palmiers que Ton y trouve produisent des dattes, mais de qualité très-inférieure à celle des Ziban.
La plaine d'El-Outaïa, qui s'étend au sud-est du Hodna, sur le versant méridional del'Auress, est soumise à des variations de température, entre Tété et l'hiver, beaucoup moins pronon-
cées que dans le Hodna. On y cultive également le blé et l'orge. Le palmier y est productif.
{Planche /.) Ensuite viennent les Ziban, que Ton divise en Zab-Dahari (nord), Zab-Guebli (sud), Zab-Chergui (est); là se trouvent les oasis qui sont plus ou moins espacées, plus ou moins groupées, selon la quantité d'eau qui les alimente. Il existe entre elles des espaces vides qui sont occupés, soit par des sables, soit par une espèce d'herbe appelée chiay^ dont se nourrissent les chameaux et les moutons. Quelques-unes, telles que Bouchagroun et Bîskra, sont presque fermées au sud par des monticules de sable, qui, poussés par le vent, les envahissent journellement.
Toutes sont couvertes de jardins entourés de murs en pisé, solidement bâtis, formant par leur continuité une enceinte générale, qui embrasse toute Toasis et en fait une sorte de place forte.
Au milieu de tous ces jardins, qui produisent
le chanvre, le tabac, le piment, le henné, et oîi
croissent des arbres fruitiers, se trouve le village
dont les maisons, cachées par une forêt de
dattiers, sont construites en briques de forte
dimension, réunies entre elles par de la terre
délayée. La partie supérieure est formée de troncs entiers de palmiers, qui supportent une terrasse.
{Planche II .) De loin, ces oasis, dont les intervalles vides et nus échappent à la vue, ont l'aspect d'une forêt immense que dominent des minarets. Tel est le Zab-Dahari avec ses deux cent quatre-vingt mille palmiers. Les chemins qui conduisent aux villages sont des sentiers étroits, sinueux, véritables labyrinthes.
La richesse de ce pays, que le sable couvre en grande partie, c'est l'eau. Aussi les habitants en sont-ils très-avares, et c'est avec intelligence que la répartition en est faite aux propriétaires des jardins, selon la quantité de leurs dattiers ; elle est ménagée avec le plus grand soin et divisée entre tous, par le moyen de petits canaux d'irrigation alimentés par des sources.
Dans certaines oasis, telles qu'aux Ouled- Djellal, à Sidi-Kraled, ce sont des puits qui fournissent l'eau nécessaire à l'arrosement. Dans d'autres, l'eau étant abondante, les jardins sont disposés en trous-de-loùp, de manière que les dattiers sont facilement arrosés.
Le Hodna, le Outaïa et le Zab-Chergui sont
fertilisés par les eaux qui descendent des hauts plateaux du Tell, des montagnes de l'Auress, de celles du Bélezma et du Bou-Thaleb, et qui s'écoulent ensuite vers les oasis, dont elles assurent la fécondité en grossissant le volume d'eau des sources.
Le palmier est l'arbre des oasis ; on en compte un grand nombre d'espèces. Cet arbre commence à donner des fruits à trois, cinq et six ans, selon le terrain; mais ce n'est qu'au bout d'une vingtaine d'années qu'il est en plein rapport. 11 est la principale production du pays, et ce sont les nomades qui, servant d'intermédiaires aux habitants des oasis pour l'écoulement de leurs denrées, colportent les dattes sur les marchés et les échangent contre du blé et des marchandises de toute nature. Ce colportage tend à s'affaiblir de jour en jour; car depuis que l'administration française est établie dans le pays et qu'il y a sécurité sur les routes, les plus riches propriétaires se sont procuré des chameaux, des mulets, et vont eux-mêmes à Constantine, à Alger et autres lieux, pour y trafiquer de leurs produits.
La température de la région des oasis étant élevée, la vie que mènent les indigènes est celle
des pays chauds : grande nonchalance, peu de travail, repos prolongé (1).
La population des oasis est nombreuse, surtout dans certaines localités, telles qu'aux Ouled- Djellal, Biskra, Sidi-Okba. Les habitants sont d'un caractère inquiet, remuant et enclin au fanatisme. Avant notre occupation, le pouvoir des beys a dû à diverses reprises user d'une grande sévérité pour réprimer des révoltes qui ont nécessité quelquefois l'emploi de forces assez imposantes.
(i) Température: 1845, 1846, 1847. Maximum, 42° à 44^ Minimum, janvier, de 8° à 9« ; février, 10' à 1 2° ; mars, 12» à 13«> au-desaus de zéro.