CHAPITRE IV
Formation de la colonne expéditionnaire. — Départ de Constantine. — Arrivée à Bathna. — Départ de Bathna. — La colonne à Biskra. — Services réglés. — Arrivée devant Zaatcha. — Projets présentés pour l'attaque de Zaatcha. — La Zaouïa, choisie pour un dépôt de tranchée. — Dispositions prises pour l'attaque delà Zaouïa. — Installation d'une place d'armes. — Occupation de la Zaouïa. — Guerre des oasis. — Description de l'oasis et du village de Zaatcha.
L'efifectif des troupes qui se trouvaient à cette époque dans la province de Constantine n'était point en rapport avec toutes les difficultés du moment. Aussi, fut-il impossible de se conformer entièrement aux instructions de M. le gouverneur général, qui prescrivait : « d'être le plus « fort possible pour obtenir des résultats signi- « ficatifs, en infligeant à Zaatcha un châtiment « exemplaire, seul moyen de faire rentrer les
(( oasis rebelles dans Tordre. » Pour atteindre ce but, il aurait fallu une très-forte colonne composée de manière à pouvoir frapper un de ces coups prompts et décisifs qui, en portant l'effroi dans les populations , font succéder soudain la tranquillité aux plus grands désordres. Mais une telle force ne pouvait être réunie qu'en prenant jusqu'au dernier homme de toutes les troupes de la province, dont la situation politique n'était point assez assurée pour qu'il fût prudent de laisser Constantine et Philippeville surtout, sans moyens de répression.
En effet, les Kabyles du Zouagha et de Collo étaient gens beaucoup trop mobiles pour que l'on pût avoir confiance entière dans leur soumission encore bien récente. Voisins de l'installation des colonies agricoles, ils étaient pour elles un sujet incessant d'inquiétude; il y avait donc nécessité d'y maintenir une active surveillance, et, pour le moment, on ne pouvait en retirer les détachements que l'on y avait envoyés. Ainsi forcé par les circonstances , le général laissa à Constantine et à Philippeville le nombre de troupes reconnu indispensable, et, après réduction faite dans les garnisons deBône, deGhelma, il put former une colonne de 3,306 hommes, y
— 5i — compris le 5* bataillon de chasseurs qui était annoncé d'Alger et qui devait débarquer à Stora, du 18 au 20 septembre.
Elle devait être renforcée des troupes de Bathna et de Biskra, et augmentée plus tard de celles que commandait le colonel de Barrai qui, après avoir installé un poste militaire à Bouçada, avait Tordre, si besoin en était, de se diriger sur Zaatcha à la tête de sa petite colonne, composée de la garnison de Sétif et de 400 zouaves du 1" régiment venus d'Alger.
Les troupes qui étaient destinées à l'expédition des Ziban et qui avaient reçu Tordre de se rendre à Constantine y étant arrivées, le colonel Dumontet, du 43^ de ligne, en prit le commandement et se mit en route, le 24 septembre, pour se rendre à Bathna, où le général commandant la province arriva le 28 septembre, escorté par tous les caïds, cheiks et grands de toutes les tribus du Tell qui avoisinaient la route.
Bathna était le chef-lieu d'un vaste pays où le
général, lorsqu'il était colonel du 61* de ligne,
avait été envoyé pour en prendre possession ,
l'organiser, l'administrer, et qu'il quitta en
1848 pour prendre le commandement de la pro-
vince. Aussi, ce fut avec bonheur qu'il vit tous les caïds, tous les cheiks au milieu desquels il avait vécu et laissé d'honorables souvenirs, lui témoigner leur gratitude et l'assurer de leur fidélité. Ils furent sincères, car tous, à une très-petite exception, répondirent à la confiance que l'on avait mise en eux, et plusieurs même en donnèrent des preuves manifestes pendant le cours du siège de Zaatcha.
Toutes les dispositions furent prises afin que le service des convois fût assuré. Des ordres furent donnés au commandant de la subdivision pour la politique à suivre dans le pays, pendant la durée de l'expédition, ainsi qu'aux chefs arabes, pour la conduite qu'ils avaient à tenir envers leurs administrés, sur lesquels ils devaient exercer la plus grande surveillance, et sévir sans crainte contre les turbulents. Le général Herbillon, commandant la province, se mit ensuite à la tête des troupes et quitta Bathna le 6 octobre, à six heures du matin.
Le troisième jour de marche, la colonne après avoir passé le défilé d'El-Kantara, alla camper à El-Outaïa, oîi l'attendait le colonel Carbuccia. Cet officier, qui avait été envoyé à Biskra, venait rendre compte au général de la situation poli-
tique des Ziban, qui était peu rassurante, et le prévenir que Zaatcha et les oasis voisines, soumises plus que jamais à Tinfluence de Bouzian, étaient devenues le réceptacle de tous les fanatiques, attirés par la guerre sainte.
A l'arrivée à Biskra, le 4 octobre, les troupes dressèrent leurs tentes dans l'oasis, sous les palmiers, et en vue des villages dont les habitants étaient arrivés à une certaine aisance, qu'ils devaient à notre administration, pour laquelle ils ne montraient aucune reconnaissance: car, animés du même esprit de fanatisme que leurs coreligionnaires rebelles, ils nous virent fouler leur territoire avec la rage concentrée de gens qui n'attendaient que le moment favorable pour secouer un joug abhorré.
A peine le camp fut-il établi au milieu de cette oasis, que l'on vit arriver les cheika du Zab-Guebli et du Zab-Chergui, qui venaient faire acte de soumission, dont la durée dépendrait du succès de l'expédition. Il fallait donc s'attendre à ce que, dans le cas d'une retraite, tous ces chefs deviendraient des ennemis fort dangereux. Le général les reçut de manière à leur faire comprendre qu'il n'était pas dupe du peu de sincé^
rite de leur démarche. Toutefois, il accueillit leurs plaintes, leurs réclamations, et, après avoir réglé quelques affaires en litige, il les congédia, en leur donnant Tassurance que force resterait à nos armes et que les coupables seraient sévèrement châtiés.
Pendant la durée de l'expédition, Biskra allait devenir le point sur lequel tous les convois seraient dirigés et où les malades et les blessés seraient envoyés, pour de là être transportés à Bathna. Des mesures furent prises afin d'obvier à toutes les difficultés qui pourraient survenir et en particulier à l'encombrement des malades qu'il fallait surtout éviter. Aussi les moyens de transport furent-ils assurés et une ambulance munie d'ustensiles d'hôpitaux fut installée de manière à suffire aux premiers besoins. Tous les services étant organisés et deux jours de repos ayant été donnés aux hommes, les troupes quittèrent cette oasis, le 6 octobre, en emmenant une partie de la légion étrangère sous les ordres du colonel Carbuccîa; ce qui porta l'effectif de la colonne expéditionnaire à 4,493 hommes, au lieu de 3,306. Elle bivouaqua, le soir même, sur la droite de l'oued Mellili, et le lendemain, 7 octobre, elle arriva devant Zaatcha, à 8 heures du matin,
au pied du Coudiat-el-Meïda, où le camp fut immédiatement établi (1).
(Planche II.) Cette colline, en partie couverte de sable, sur laquelle les tentes furent dressées, fait face aux oasis de Lichana et de Zaatcha, commande le pays aussi loin que la vue peut porter et est située à cinq cents mètres de la Zaouïa (2), groupe de maisons que domine un minaret assez élevé. A deux cents mètres en avant du camp, se trouve Rass-Aïn-Meïoub, source abondante, dont deux compagnies du 5*" chasseurs à pied prennent possession, dès notre arrivée.
A la vue de cet horizon de palmiers que formaient les oasis deBouchagroun, Lichana, Zaatcha, Farfar et Tolga, dont les séparations de loin échappaient à l'œil, on ne put douter de l'opiniâtre résistance qui serait opposée à une opération que Ton avait ordre de conduire avec la plus grande vigueur : mais ce n'était pas avec 4,500 hommes, qui n'étaient qu'un point noir au milieu de cette immensité, qu'il était possible d'empêcher les habitants valides des oasis voi-
{i) Emplacement du bey de Gonstanline en 1831. (2) École de Marebtiin.
aines et les fanatiques d*accourir de toute part au secours de Zaatcha. Malgré les nombreuses difficultés qui parurent devoir s'opposer à Taccomplissement de la mission confiée au général commandant la province, celui-ci n'en prit pas moins la détermination de ne quitter le Coudiatel-Meïda qu'après un succès complet. Ce fut la résolution du premier moment; rien ne put la faire changer.
La répression de la révolte de Zaatcha était devenue une affaire fort grave. On avait à lutter contre un monde d'oasis, et non contre une seule, lesOuied-Djellal, qui, en 1846, avaient reçu Bou- Maza. Une atlaque de vive force, comme celles entreprises en 1831 par le bey Ackmet et en juillet 1849 par le colonel Carbuccia, n'était donc point à renouveler sans s'exposer à un échec certain. Aussi, ne voulant rien donner au hasard, plusieurs projets furent examinés avec soin.
D'abord, il fut immédiatement reconnu impossible d'investir toute l'oasis dans laquelle se trouvent renfermés les villages de Lichana et de Zaatcha, dont le périmètre a près de douze kilomètres. Ce n'était pas avec un petit corps d'ar-
mée de 4,493 hommes que Ton pouvait occuper une ligne de ce développement.
Le colonel du génie présenta un projet qui consistait dans l'établissement de trois dépôts de tranchée, d'où partiraient trois attaques : l'un entre Lichana et Zaatcha, le deuxième à la Zaouïa, le troisième entre Farfar et Zaatcha.
Ce projet du colonel, qui, sans doute avec des moyens d'action suffisants, aurait déterminé un succès plus rapide, était inexécutable en raison du trop faible efTectif de la colonne. Avec aussi peu de monde, diviser ses efTorts dès le début, avant tout établissement, c'était s'afTaiblir sur tous les points, prêter partout le flanc aux attaques des populations révoltées et s'exposer à toutes leurs entreprises qui, en harassant les troupes, auraient surexcité encore l'audace des Arabes.
Tous nos efforts devaient donc se porter sur un seul point; et, après mûr examen, le général décida que le dépôt de tranchée serait à la Zaouïa, par les considérations suivantes :
r On se serait très-difficilement établi et maintenu entre Lichana et Zaatcha; c'eût été une entreprise des plus périlleuses, car on au-
rait dû faire face à ]*ennemi par devant, par derrière, et cela au milieu de jardins, qui se prêtaient on ne peut mieux aux surprises et aux embuscades ;
2* L'établissement d'un dépôt de tranchée entre Zaatcha et Farfar ne pouvait être mis à exécution qu'en occupant cette dernière oasis qui, il est vrai, était abandonnée, mais oii les Arabes se glisseraient certainement pour nous tenir dans une inquiétude continuelle; on aurait eu, en outre, le grave inconvénient de former deux camps éloignés l'un de l'autre de 1,400 mètres, ce qui aurait nécessité une plus grande surveillance et l'envoi journalier de convois pour le transport des vivres et des malades ;
3° Restait la Zaouïa; ce point remplissait toutes les conditions désirables pour l'établissement d'un dépôt de tranchée d'oti partiraient les travaux d'attaque qui, conduits à travers les jardins, viendraient aboutir à la face Est des murs du village, que l'on pouvait considérer comme la base d'un triangle ayant pour sommet la Zaouïa; ce dernier point, n'étant qu'à 500 mètres du camp, offrait, en outre, tous les avantages d'une communication facile, et son occu-
patîon serait une prise de possession d'une partie importante de Toasis.
L'attaque de cet avant-poste de Zaatcha fut donc décidée, et toutes les dispositions furent immédiatement prises pour en assurer le succès.
{Planche IL) Ainsi, le 7 octobre, jour de notre arrivée, à midi, Tordre fut donné au cheik El-Arab de réunir ses goums, et de faire le tour de l'oasis par le sud, pendant que la cavalerie, dirigée par le colonel de Mirbeck et appuyée par le bataillon indigène, se porterait entre Zaatcha et Tolga, ayant pour mission d'empêcher les gens de cette dernière oasis de venir en aide à leurs voisins. Le colonel Dumontet alla s'établir avec un bataillon du 43* de ligne, sur la lisière orientale de l'oasis de Lichana, pour inquiéter les habitans ; il ne devait pas s'engager.
Le lieutenant-colonel Pariset, commandant l'artillerie, plaça les deux sections de la batterie de campagne et trois mortiers de 0,16 à hauteur d'Aïn-Meïoub et un peu en avant de la rive droite. Le tir des pièces avait pour but, en abattant quelques pans de muraille, de faciliter l'approche de la Zaouïa, d'^en éloigner les défenseurs et de contenir les Arabes qui pourraient
chercher à tourner Tattaque sur notre gauche. Les mortiers devaient lancer des bombes dans les jardins environnants, pour en chasser les indigènes qui s'y étaient embusqués.
Trois compagnies du 5* bataillon de chasseurs à pied, et un détachement de sapeurs du génie munis d'outils, d'échelles, de sacs de poudre, furent chargés de marcher droit sur le groupe de maisons qu'ils avaient devant eux, de s'en emparer et de s'y établir solidement. Ils étaient soutenus dans ce mouvement offensif par deux compagnies du 3' bataillon d'^Afrique et par six cents hommes de la légion étrangère, qui, agissant de concert avec eux, devaient les couvrir en occupant les jardins de droite et de gauche.
Une section d'obusiers de montagne fut placée à proximité de ces troupes, pour les appuyer en cas de besoin. Le commandement de cette colonne d'attaque fut donné au colonel Carbuccia avec l'ordre formel de ne pas dépasser les maisons groupées autour du minaret et surtout de ne pas poursuivre les Arabes dans des jardins dont l'issue nous était inconnue. Cet ordre fut communiqué et répété plusieurs fois à la troupe et à haute voix.
Tontes ces instructions ayant été données et
chacun étant rendu à son poste, Tartillerie ouvrit son feu, et, aussitôt que quelques pans de murs se furent écroulés et les Arabes éloignés, les troupes s'élancèrent au pas de course, ayant à leur tête le colonel Carbuccia. En un instant, les maisons, les jardins qui faisaient partie de la Zaouïa (1) furent enlevés avec la plus grande vigueur, et le drapeau tricolore arboré sur le haut du minaret. La prise de ce poste important, qui avait eu lieu sans éprouver de résistance et sans qu'il y eût perte d'hommes, aurait été un véritable succès, si les ordres avaient été strictement exécutés. Mais, dans l'ardeur de l'action, les officiers et soldats les oublièrent totalement en s'engageant dans les jardins, ou les Arabes, à l'afiPût derrière les murs, dirigèrent sur eux un feu meurtrier; beaucoup d'entre eux, marchant en aveugles, allèrent même se heurter contre les murs crénelés du village où plusieurs trouvèrent la mort.
Assaillis de tous côtés par un ennemi invisible,
(1) Getle Zaouïa fûl bâtie eu- 13t)6 par le nommé Sada, de la fraction des Rhaman. Ce chef de la secte des Sunnites, qui souleva les oasis contre le pouvoir de cette époque, fut défait et tué près de Mellili. 500 ans après, un autre imposteur fut la cause de la destruction de cette Zaouïa.
ces nombreux imprudents, en présence d'un pareil danger contre lequel ils ne pouvaient rien, cherchèrent le salut dans une fuite précipitée qui fut arrêtée par la section de montagne ; celle-ci s'étant placée sur une espèce de tertre déjà occupé par les sapeurs du génie, parvint, au moyen d'un feu bien dirigé, à refouler les Arabes qui s'étaient mis à la poursuite des fuyards, et servit en même temps de point de ralliement où vinrent se réfugier tous les hommes dispersés.
Cet emplacement situé à 70 mètres en avant de la Zaouïa, sur la route de Lichana, où l'artillerie s'était si heureusement placée, avait été reconnu, immédiatement après la prise de la Zaouïa, par le colonel Petit, du génie, comme pouvant servir à l'établissement d'une place d'armes ; il fut bientôt entouré d'un épaulement de sacs à terre ; ce qui ne s'exécuta pas sans danger, car cette position, en vue du village, fut exposée à un feu très-vif. C'est là que le capitaine Thomas, du génie, et le lieutenant Pillebois, de la même arme, furent grièvement blessés. Ces deux officiers avaient été admirables de bravoure et de sang-froid.
Pendant que le combat se prolongeait dans
Toasis et que le colonel Petit faisait élever un épaulement, le lieutenant-colonel Pariset dirigeait le feu de ses pièces et le tir de ses mortiers de manière à empêcher des groupes d'Arabes de s'embusquer derrière les murs de clôture des jardins, qui étaient à droite et à gauche de la mosquée, d*où ils auraient pu nous prendre à revers et tirer sur les blessés qu'on portait à l'ambulance.
Le désordre qui avait été causé par le sauvequi-peut de tous les hommes qui s'étaient trop avancés ou égarés, ayant été réparé, les deux bataillons du 43* de ligne, sous les ordres de leur colonel, vinrent occuper la Zaouïa et s'y établirent solidement. Mais cette occupation ne produisit pas sur les habitants, de Zaatcha l'effet que Ton attendait, et cela par suite de Téchauffourée déplorable qui nous coûta 25 tués, parmi lesquels le capitaine Jacquelin, du 3* bataillon d'Afrique, dont le corps resta entre les mains des Arabes (1), et 67 blessés y compris H officiers; pertes douloureuses faites sans nécessité, qui ne pouvaient être justifiées que par la trop
(1) Son corps fut trouvé, après la prise de Zaatcha, près du fossé ; il n'avait pas été mutilé.
grande ardeur des troupes, que Ton avait cru pouvoir maîtriser en leur fixant une limite d'action.
Tel est le récit exact de l'attaque de ce poste important, premier épisode du siège de Zaatcha, et prélude de toutes les difficultés que nous devions rencontrer dans cette guerre d'oasis, qui était encore inconnue, oti nous allions avoir à lutter contre un ennemi fanatisé et décidé à se défendre avec d'autant plus d'acharnement qu'il avait à nous opposer des renforts continuels.
Cette première affaire était, en effet, une preuve de la résolution qu'avaient les Arabes de nous disputer pied à pied les approches de Zaatcha, en profitant de tous les avantages que leur donnaient les jardins, les fourrés d'arbres et les murs de clôture. Ce village était entièrement caché par des palmiers, et on le savait entouré d'un fossé, large et profond, rempli d'eau, qui en faisait une petite place d'armes réputée imprenable; ces notions résultaient de faits antérieurs et d'un plan par renseignements, qui était aussi précis qu'on pouvait le désirer. Il n'en était pas de même de l'oasis, que l'on n'avait pu parcourir pour en étudier
toutes les parties, et qui, différant de toutes les autres, ne fut véritablement connue qu'après que tous les travaux des tranchées furent terminés et que Ton fut arrivé, au pied des murailles de Zaatcha.
Cette oasis avait l'aspect d'une haute futaie de palmiers (1); elle était arrosée par deux sources abondantes, Aïn-Meïoub et Aïn-Fouar; cette dernière alimentait le fossé qui entourait entièrement le village et augmentait les moyens de défense de ce côté (nord-ouest) par la facilité de l'inonder. Le sol était coupé de canaux conduisant les eaux dans toutes les directions, et était hérissé de murs de jardins d'autant plus élevés qu'on avait plus abaissé le niveïiu du terrain pour assurer l'irrigation; quelques rues étroites et la base des murs étaient restées au niveau du sol. Les jardins étaient à deux ou trois mètres au-dessous de ce niveau. C'étaient de véritables trous de loup d'une grande dimension, où croissaient des figuiers et des abricotiers mêlés à des plantes rampantes , qui en faisaient un dédale inextricable : chaque jardin à enlever
(i) Lichana et Zuatcha^ renfermés dans la même oasis, comptent 60,000 palmiers.
nécessitait un engagement plus ou moins meur-^ trier.
Quant à Zaatcha, il ressemblait à une petite place du moyen âge ; des tours carrées s'élevaient de distance en distance, reliées par des maisons percées de petits créneaux triangulaires destinés à faciliter la dessication des dattes par l'introduction de l'air extérieur, et les habitants s'en servaient contre nous comme de meurtrières.
Un chemin de ronde bordait un fossé plein d'eau, de 6 à 8 mètres de largeur sur 0,80 à 1 mètre 20 c. de profondeur, qui entourait entièrement le village, dans lequel on entrait du côté de Touest par une grande porte, précédée d'un pont en pierre. Les maisons communiquaient entre elles par des terrasses; l'entrée en était très-basse, il fallait se plier en deux pour y pénétrer. Les rues étaient très-étroites.
Ce massif de constructions , dominé par un minaret, était habité, avant notre arrivée, par cent cinquante familles qui abandonnèrent leur domicile et furent remplacées par les fanatiques de tous les environs et par des vagabonds venus de différents points de l'Algérie; ceux-ci n'ayant rien à perdre et pouvant se remplacer
facilement, étaient des adversaires dangereux, entièrement soumis à rinfluence de Bouzian, et dominés par sa volonté de fer.