‹ Insurrection survenue dans le sud de la province de Constantine en 1849: relation du siége deChapitre 8 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée du colonel de Barrai. — Nouvel efiFectif de la colonne expéditionnaire. — Les Arabes font une sortie et attaquent les tranchées. — Les gens de Tolga et de Lichana attaquent le camp. — Répartition des travaux du siège.— Moyens employés pour combler le fossé. — Mort du capitaine Besse. — Tir de l'artillerie sur l'angle nord-est de la place. — Difficultés que le génie éprouve dans les travaux d'approche. — Nouvelles inquiétantes concernant l'esprit de révolte des Arabes des subdivisions de Sétif et de Bathna. — Détermination prise de hâter l'assaut. — Réunion des chefs de service. — Brèche de gauche reconnue praticable. — Assertion du colonel Carbuccia. — Brèche de droite jugée praticable. — Moyens proposés pour le passage du fossé. — L'assaut est décidé. — Ordre donné pour l'assaut. — Formation de deux colonnes d'attaque. — Dispositions prises. — Insuccès de l'attaque de gauche. — Combat acharné à l'attaque de droite. — Difficulté du passage du fossé. — Efforts inutiles. — Retraite des troupes. — Pertes en tués et blessés.

La ténacité et l'audace que les Arabes mettaient dans la défense de Zaatcba avaient décidé

le général à donner Tordre au colonel de Barrai de le rejoindre aussitôt qu'il aurait terminé sa mission à Bouçada. Il arriva au camp le 12 octobre, avec une colonne de 1512 hommes de toutes armes. Ce renfort, quoique faible, répandit la joie et l'encouragement parmi les troupes, qui commençaient à se fatiguer; elles avaient en effet peu de repos: les travaux de tranchées, les gardes, les piquets , les convois et les corvées, les tenaient continuellement en mouvement, et les tracasseries incessantes des Arabes leur faisaient passer des nuits sans sommeil. Aussi, l'arrivée de cette colonne fut-elle un bienfait; elle augmenta l'effectif qui avait déjà éprouvé une perte de 200 hommes par le fait du feu de l'ennemi ; elle le porta à 6,040, force qui, certainement, n'était point encore en rapport avec la résistance que nous opposaient les Arabes.

Ce renfort, tout important qu'il était, ne changea rien à l'esprit de rébellion des habitants du Zab-Dahari, que des secours, récemment venus du dehors, exaltèrent au point que, le lendemain même de l'arrivée de la colonne de Bouçada (13 octobre), les défenseurs de Zaatcha en sortirent à sept heures du soir, dans le plus profond silence; se glissant le long des jardins, ils s'ap-

- soprochèrentsansbruitdestranchées; puis, se précipitant avec une espèce de rage, ils cherchèrent à enlever les gabions et les saucissons des ouvrages , à incendier la tête de sape et même à escalader une batterie. Les troupes les reçurent avec calme, tirèrent peu et repoussèrent ces forcenés de tous les points qu'ils assaillaient. Le colonel Carbuccia, qui remplissait les fonctions de major de tranchées, se fit remarquer par sa grande activité.

Au même moment, les gens de Tolga, excités par les cris des femmes, quittaient leur oasis, et, profitant de toutes les sinuosités du terrain, arrivaient à environ 400 mètres du camp, oti ils essayèrent de jeter le désordre en dirigeant leurs feux sur l'emplacement qu'occupaient les bêtes de somme et les goums du cheik El-Arab. De leur côté, les habitants de Lichana, se dirigeant sur Aïn-Meïoub, firent une tentative pour enlever le poste qui y était placé, afin de couper la communication du camp à la Zaouïa. Les gardes avancées suffirent pour repousser ces attaques, et les Arabes, s'apercevant que leur feu n'avait causé aucun trouble dans le camp, se retirèrent en emportant, comme à leur ordinaire, leurs tués et blessés, dont nous ignorions toujours le

nombre : notre perte fut de deux tués et huit blessés.

{Planche III.) Le détachement du génie, ayant reçu, par l'arrivée de cette colonne, deux officiers et vingt et un hommes; il fut alors possible de répartir la direction des attaques entre le capitaine Graillet, nouvellement arrivé, qui eut celle de droite, et le capitaine Charles, qui conserva celle de gauche (1). Cette répartition, tout en excitant l'émulation, donna plus de suite aux travaux de ce siège, que Ton était forcé d'entreprendre au milieu d'une oasis, où les difficultés inhérentes au sol étaient encore augmentées par l'insuffisance des moyens dont nous pouvions disposer.

De ces deux attaques, celle de gauche, qui avait été entreprise la première et sur laquelle au premier abord toute l'attention avait été portée, était arrivée sur la contre-escarpe, d'où l'on put reconnaître le fossé, dont la largeur fut trouvée de 8 à 9 mètres et ayant 1 mètre 60 c. d'eau. Ce travail d'approche vers le sud-est avait été sou-

(i) Le colonel Petit avait conservé la haute direction des travaux du siège.

vent inquiété par le feu plongeant de la place et par les pierres que les assiégés lançaient sans cesse dans les tranchées ; et comme, à mesure que f on avançait, le danger devenait plus imminent, on avait été forcé, pour se mettre à l'abri de ces projectiles, de blinder la tête du cheminement, que Ton couvrit avec des fascines en branches de palmier.

Pendant que le génie poussait sans relâche ses travaux vers la place, lartillerie avait construit une nouvelle batterie (1) et perfectionné celles déjà établies, dont le feu dirigé sur les constructions de l'angle sud-est déjà endommagées y causa deséboulements. Il en résulta une brèche, que l'on jugea praticable pour l'assaut; mais à laquelle on ne pouvait parvenir qu'après avoir comblé le fossé.

Cette opération, longue et pénible, fut immédiatement entreprise, et on se servit à cet effet des moellons et des briques provenant de la démolition des maisons de la Zaouïa, que Ton fit passer de main en main jusqu'à la tête de sape, dont on essaya d'écarter le masque pour les jeter

(i) Batterie n» s.

dans le fossé. Ùet essai fut abandonné, parce que les assiégés, qui s'étaient logés dans les parties basses des maisons abattues au milieu des décombres, profitèrent de cette ouverture pour faire un feu parfaitement dirigé, qui blessa grièvement plusieurs sapeurs du génie, et refoula dans les lignes tous les hommes qui occupaient la tête de sape; alors on disposa celle-ci, ainsi que le blindage, de manière à pouvoir jeter les pierres par dessus le parapet, tout en se défilant des feux du rempart.

Les Arabes, qui voyaient les travaux d'approche arriver près de leurs murailles, tentèrent de nouveau une attaque assez vive qu'ils étendirent même jusque sur le camp, et, pour assurer leur tir, ils allumèrent de grands feux dans le but d'éclairer les tranchées. Les soldats ne s'en étonnèrent pas, s'abritèrent derrière les murs et la fusillade des assiégés ne produisit que très-peu d'effet. Le travail du comblement du fossé, ainsi que la construction d'un cavalier de tranchée, destiné à éteindre le feu de la mousqueterie de la place, n'en furent point arrêtés.

Quant aux travaux de l'attaque de droite, ils furent conduits avec la même activité que ceux de gauche, et s'ils n'arrivèrent pas jusqu'au fossé,

cela provint du manque de matériaux et des grandes difficultés que Ton rencontra à chaque pas : car rien ne fut négligé pour rendre la partie nord-est de la place aussi accessible à Tassant que celle du sud-est.

L'artillerie, aussitôt qu'il fut décidé qu'une batterie serait établie sur l'emplacement (1) d'un des jardins occupés le 12 octobre, se mit à l'œuvre, et, dès le 14, cette batterie construite et armée ouvrit son feu sur l'angle nord-est du village. C'est au moment où il allait commencer que le capitaine Besse, en examinant la direction donnée à la pièce de droite, fut frappé d'une balle au-dessus de l'œil gauche, qui le tua sur le coup. La batterie porta son nom.

Le tir de cette batterie fut dirigé sur une tour carrée, solidement construite, dont les quatre angles plus élevés lui donnaient l'apparence d'un donjon. Les feux de cette tour, dominant tous les environs, rendaient de ce côté tous les travaux d'approche extrêmement périlleux. Cette tour, étant masquée sur la moitié de sa hauteur par plusieurs maisons dont les murs étaient fort

(1) Jardin nM2.

épais, Tartillerie dirigea des boulets et ensuite des obus à charges réduites, de manière à y causer de grands dégâts et des éboulements considérables. Une fois abattues, les décombres s'étendirent jusqu'au bord du fossé et la tour ayant fini par s'écrouler, la brèche fut jugée aussi praticable que celle de gauche.

Le génie, pendant ce temps, s'était emparé de deux nouveaux jardins(i) pour couvrir la batterie Besse et celle n° 6, ainsi que ses propres travaux» Après les avoir mis en état de défense il avait commencé un débouché près de la batterie Besse pour approcher de l'angle nord-est du village. Mais le manque de matériaux nécessaires pour l'établissement de la sape et les obstacles du terrain, planté d'arbrisseaux et traversé par une multitude de canaux d'irrigation, présentèrent des difficultés tellement nombreuses que le cheminement exécuté d'ailleurs sous les feux plongeants de la place et sous une grêle de pierres, ne marcha seulement que de un ou deux mètres par vingt-quatre heures. Il n'y a pas à s'étonner de cette lenteur, quand on pense que pour faire rouler le gabion farci, il fallait couper des arbres

(1) Jardins 13 et 14.

de toute espèce et que les parapets étaient faits en troncs de palmiers.

Les travaux d'approche de l'attaque de droite n'étaient point encore terminés, lorsque, le 18 octobre, des nouvelles plus ou moins inquiétantes arrivèrent au général sur l'esprit de révolte, qui se manifestait dans quelques parties de la subdivision de Sétif et principalement dans celle de Bathna, où les Arabes, encouragés par la longueur du siège de Zaatcha, ne craignaient pas de donner des preuves ostensibles d'hostilité.

Ainsi, à Bouçada, dépendant de Sétif, une partie des habitants avait essayé un coup de main contre la faible garnison que Ton y avait laissée, et l'on apprenait que les Ali-ben-Sabors, du cercle de Bathna, avaient assassiné des bûcherons français. Avis était aussi donné par les cheiks du Bélezma que, malgré les ordres du général, les nomades se disposaient à forcer le passage du Tell au Sahara, pour venir en aide à leurs frères des oasis. Le bureau arabe de Biskra le prévenait en même temps que l'on parlait de nouveau du chériff Abd-el-Afid , qui , depuis sa défaite de Sériana, s'était retiré àK'baich, et que les gens de TAuress se disposaient à intercepter la communication entre Bathna et Biskra. Enfin,

le caïd Ben-Chenouff, de Sidi-Okba, lui écrivait que Hamed-bel-Hadje, ancien kralifat d*Abd-el- Kader, travaillait les esprits des habitants de cette oasis, où il avait conservé des relations suivies. Toutes ces nouvelles, dont quelques-unes s'étaient déjà vérifiées, étaient beaucoup trop graves pour que le général ne s'efforçât pas de couper court à ces germes d'insurrection.

Les complications dans l'expédition des Ziban, qui devaient résulter du soulèvement de tribus situées sur ses derrières et surtout de l'arrivée des nomades dans le Sahara, déterminèrent le général à hâter Tassant , malgré que les travaux d'approche ne fussent pas entièrement terminés. Cependant avant de prendre une décision définitive, il voulut s'assurer s'ils étaient assez avancés pour que le succès ne fût pas douteux. Dans ce but, le 19 octobre, tous les chefs de service furent réunis, et après leur avoir donné connaissance des nouvelles qu'il avait reçues, il leur fit part de ses intentions d'en finir immédiatement avec ce R'sour rebelle.

Le général demanda alors , si la brèche de gauche qui, le 14 octobre, avait été jugée suffisante, était réellement praticable. Le capitaine du génie, chargé des attaques de gauche, répondît

affirmativement; il fut vigoureusement appuyé dans cette assertion par le colonel Carbuccia qui, comme chef permanent du service de tranchée depuis la blessure du^ colonel Petit, déclara avoir fait reconnaître la brèche. Quant à la partie du fossé qui faisait face à cette brèche, comme elle avait été entièrement comblée, le passage en était assuré.

La brèche de droite avait été également jugée praticable; mais les travaux d'approche n'étant encore qu'à 20 mètres de la contre-escarpe, il n'y avait pas de passage de fossé en avant de la brèche ouverte à l'angle nord-est, et Ton n'était pas en mesure de l'établir avant huit jours, à cause des grandes difficultés que Ton éprouvait pour avancer sur cet angle : laps de temps fort long, vu les événements ultérieurs qui pouvaient survenir , et le désir que chacun avait de voir la fin de ces combats de jardins, où le courage avait peine à lutter contre la ruse, et qui augmentaient journellement nos pertes en tués et surtout en blessés.

Cependant malgré tous les motifs qui portaient à l'assaut, il fallait avant de rien entreprendre, avoir la certitude de pouvoir atteindre la

brèche. Le général en fit l'observation à laquelle

le capitaine du génie chargé de Tattaque de droite, répondit : « que le passage du fossé ne devait pas « nous arrêter, qu'ail avait trouvé un excellent « moyen, consistant dans une longue voiture à « deux roues, appartenant à un voiturier civil, a sur laquelle il ferait placer d'avance de lon- « gués planches, et qui jetée à travers le fossé, « formerait un passage facile pour les trou- « pes » . Certe assertion fit cesser toute hésitation, et tous les officiers, chefs de service, moins un (1), se prononcèrent pour l'assaut, persuadés d'ailleurs que s'il ne réussissait pas parfaitement de ce côté, il n'en serait pafe moins une démonstration offensive, qui contribuerait au succès de l'attaque de gauche, dont on attendait le plus grand résultat. Cette question étant résolue, il fut décidé que l'assaut aurait lieu le lendemain, 20 octobre.

Ce parti une fois pris, des ordres furent donnés pour laformation de deux colonnes d'attaque. Le commandement de celle de droite fut confié au colonel du 43* de ligne, qui, après avoir franchi la brèche, devait faire tous ses efforts pour se loger dans la maison crénelée faisant face

(1) Le colonel du 43« de ligne.

à ladite brèche, et lancer ensuite ses troupes dans le village. Il avait en outre reçu Tordre de tourner Zaatcha par la droite, en faisant filer le long des jardins les hommes du bataillon d'Afrique, après les avoir prévenus que les tirailleurs indigènes exécutaient un mouvement analogue du côté opposé.

Le colonel Carbuccia, qui avait fait preuve de la plus grande activité depuis le commencement du siège, eut le commandement de la colonne de gauche , dont faisait partie le bataillon de son régiment (légion étrangère); il avait Tordre de franchir la brèche qu'il avait fait reconnaître, et de ne se porter en avant qu'après s'être assuré d'un réduit.

Le commandant Bourbaki, des tirailleurs indigènes, devait partir au réveil, ayant pour mission de cherchera gagner par la gauche, dans les jardins, pour couper toute communication entre Lichana et Zaatcha, et investir momentanément cette dernière place en rapprochant sa gauche de la droite du bataillon d'Afrique.

Le colonel de Mirbeck, commandant la cavalerie, était chargé de parcourir les alentours

de Toasis pour surveiller les gens de Tolga et de-

vait se porter partout où il croirait sa présence nécessaire. Les recommandations les plus précises avaient été faites aux goums, pour qu'ils ne se trouvassent pas en face des troupes, afin d'éviter toute méprise.

Le colonel de Barrai, du 38" de ligne, avait l'ordre de prendre le commandement du camp et des réserves, de disposer ses troupes dans la prévision que, pendant l'assaut, les gens duZab- Dahari pourraient, comme ils lavaient déjà fait, venir inquiéter le camp, se jeter sur nos flancs, et chercher à intercepter les communications avec les tranchées. Il devait aussi occuper l'attention des habitants de Lichana en envoyant de forts détachements le long de l'oasis et en lançant quelques bombes dans le village.

Tous les ordres ayant été donnés et communiqués aux troupes le 19 au soir; le lendemain, le général se rendit à la pointe du jour, au cavalier de tranchée près la batterie Besse, pour être àportée des deux attaques. Au même instant, le lieutenant-colonel Pariset fit ouvrir le feu de ses batrie et, à 5 heures et demie, les colonnes étaient renduesaux divers emplacements qui leur avaient été assignés. A six heures, l'artillerie augmenta l'intensité de son feu, et aussitôt quelegénéral fut

informé que le commandant Bourbaki avait achevé son mouvement d'investissement, il fit sonner la charge ; à ce signal, les troupes désignées pour monter à l'assaut se portèrent avec la plus grande rapidité vers les brèches qu'elles devaient franchir.

A l'attaque de gauche, l'élan des deux compagnies d'élite de la légion étrangère, commandées par le capitaine Padro , fut arrêté par le mantelet, ou masque, fermant l'entrée de la sape, qu'on ne pouvait renverser et qui, après même qu'il fut tombé, embarrassa le débouché au point que les hommes furent forcés de traverser le fossé un par un ; ils s'élancèrent ensuite sur la brèche, où ils furent accueillis par un feu trèsnourri et à bout portant. La compagnie de voltigeurs, sans s'arrêter, se précipita sur les décombres où, étant arrivée, elle ne trouva plus d'issue; ne sachant de quel côté se diriger, elle resta en but à un feu de flanc qui la décima. Dix voltigeurs, cependant, parvinrent à s'établir sur une terrasse, où ils furent presqu'entièrement engloutis par un éboulement,- dont TeÉPet jeta le désordre parmi les assaillants qui se portèrent spontanément en arrière.

Ce mouvement' rétrograde résultat de Tins-

tinct naturel , n'aurait probablement pas eu lieu, si ces deux compagnies avaient été appuyées, lorsque arrivées sur la brèche elles cherchaient à s'y maintenir ; mais ne se voyant pas soutenues et ayant eu dans une lutte d'un moment 13 hommes tués et 40 blessés, dont le brave capitaine Padro , elles se rejetèrent au pas de course dans la tranchée. Les Arabes, enhardis par cette retraite précipitée, sortirent de tous les trous oh ils se tenaient blottis, et se mirent à leur poursuite; arrêtés d'abord à la tête de sape et ensuite repoussés par une compagnie du B"" bataillon de chasseurs à pied, ils se retirèrent à la hâte, abandonnant quelques morts.

Si ce retour offensif avait été vigoureusement poussé, peut-être aurait-on pu arriver aux premières maisons, en même temps que les fuyards et s'y établir; mais il n'en fut pas ainsi, aucune impulsion n'ayant été donnée; et le colonel, chargé de l'attaque de gauche, au lieu de prendre l'initiative, vînt lui-même, annoncer au général (1) la retraite des com-

(1) M. le lieutenant-colonel Pariset, le capitaine Lebœuf, officier d'ordonnance, le capitaine Gresley, aide de camp, étaient avec le général.

pagnîes d'élite qui s'étaient portées bravement sur la brèche et demander des ordres. Cette nouvelle inattendue causa le plus grand étonnement et détruisit la confiance que Ton avait mise dans le succès de l'attaque de gauche*

Quant aux ordres à donner, le général se transporta de suite au pied de la brèche pour s'assurer quelle était la gravité de cet échec et voir s'il y avait moyen de le réparer. Il lui parut évident que le moment opportun pour un retour offensif n'ayant point été saisi, on avait perdu un temps précieux, et que c'était un second assaut qu'il fallait livrer pour atteindre les Arabes de nouveau retranchés dans leurs maisons. Opération fort grave, dont le succès était en ce moment douteux et à laquelle il dut renoncer ; car, à peine arrivé à l'attaque de gauche, il fut appelé à celle de droite, où il y avait un choc terrible entre les assiégeants et les assiégés. Ne pouvant se trouver en même temps aux deux attaques, il ordonna donc de se tenir prêt à tout événement, de relever les parapets, de rétablir le masque pour remettre la tranchée à l'abri de toute surprise de l'ennemi, et il se rendit à la brèche Nord.

A cette attaque de droite, les troupes d'assaut

avaient un grand obstacle à surmonter dans le passage du fossé que les Arabes défendaient avec la plus grande énergie ; ce fossé n'ayant point été comblé, le génie avait cru, ainsi qu'il a été dit plus haut, qu'il pourrait être franchi facilement en établissant une passerelle au moyen d'une charrette civile; cet essai n'avait pas été heureux, car, à sa descente dans l'eau, ce lourd véhicule ayant tourné sur lui-même, fut à demi renversé et placé parallèlement au mur d'enceinte. Cet obstacle imprévu ne put cependant pas arrêter l'élan des grenadiers du 43* de ligne, qui, n'écoutant que leur ardeur, se précipitèrent dans le fossé, malgré 1 mètre 30 cent, d'eau de profondeur, le traversèrent avec beaucoup de peine, gravirent l'escarpe et parvinrent à s'établir sur une berme de 1 mètre 50 cent, de largeur, oti ils furent reçus à bout portant par des feux partant de tous les côtés, auxquels ils ne purent répondre, la plupart d'entre eux ayant leurs cartouches mouillées.

La passerelle projetée étant devenue inutile, l'arlillerie, sans perdre de temps, essaya de la remplacer par un pont léger qu'elle avait préparé; mais les hommes qui le portaient furent tués ou blessés avant d'arriver au fossé. Alors le capi-

taine Graîllet et le sergent-major Ribes, du génie, animés d'un entrain vraiment héroïque, se jetèrent à Teau pour chercher un passage plus guéable que le premier ; ils en reconnurent un de 1 mètre 15 cent, de profondeur.

A la vue de cet acte de bravoure, les soldats du 43% entraînés par l'exemple, mettent leurs cartouches sur leurs épaules, prennent la direction qui leur est indiquée, traversent le fossé et arrivent sur le talus d'escarpe qu'ils trouvent très-roide et très-glissant; cependant, ils finissent par le franchir, et, aussi vite que peuvent le permettre leurs vêtements mouillés, ils gravissent les pentes de la brèche, qui sont moins praticables qu'on ne l'avait cru. Aussi, ce n'est qu'après les plus grands efforts, que plusieurs de ces braves gens atteignent le sommet, où ils cherchent à se maintenir, bien qu'aucun débouché ne s'ouvrit devant eux.

Malheureusement, ils ne purent être appuyés, car, quoique les troupes fussent animées de la plus énergique volonté, leur élan et leur entrain s'épuisaient en peines inutiles; la rampe près du fossé, formée de décombres, était tellement détrempée qu'elle était devenue impraticable; en outre, leurs habits trempés d'eau paralysaient

leurs mouvements, et ce n'était qu'en se cramponnant aux moindres aspérités qu'ils pouvaient avancer sous le feu d'un ennemi entièrement caché et dont les coups étaient d'autant plus meurtriers qu'ils étaient tirés de très-près.

Il y avait plus d'une heure que ce combat inégal durait, sans que le 43* pliai, mais il n'avançait pas» et déjà il comptait 17 tués et 80 blessés, dont 4 capitaines, 2 lieutenants et le chef de bataillon Guyot, la plupart mortellement.

Tous, frappés en cherchant à gagner le haut de la brèche, étaient revenus tomber presque à nos pieds (1). Après des pertes aussi sensibles, le général étant convaincu des difficultés matérielles que présentait un pareil assaut, fit enlever tous les blessés et ordonna au bataillon du 43' de se replier sous la protection du 1" bataillon de zouaves, dont une compagnie alla s'établir sur la contrescarpe.

Le commandant Bourbaki, pendant que ces combats avaient lieu, fut attaqué assez vi vernit par les gens de Lichana, qui furent repoussés

(1) Le général était sur Je bord du fossé, du côté de la contreescarpe, ayant prôs de lui le colonel du 43% son chef d'étatmajor, le colonel de Bretizel, et le lieutenant-colonel Pariset.

par le bataillon des tirailleurs indigènes ; il y eut de part et d'autre quelques tués et blessés. Quant aux habitants de Farfar, et de Tolga, ils sortirent de leurs villages et se portèrent en armes sur la lisière de leurs oasis ; mais, quand ils virent la cavalerie du colonel de Mirbeck et les dispositions prises par le colonel de Barrai, ils hésitèrent un instant et finirent par se retirer après avoir échangé quelques coups de fusîl.

Les pertes de cette journée s'élevèrent à 45 tués et 147 blessés. Le 43* de ligne eut à regretter le commandant Guyot , les capitaines Berthe, adjudant-major, Héros et Prévost, tous quatre morts à la suite de leurs blessures.

Ce nouvel échec jeta une espèce de consternation dans le camp, et, sous cette impression, on l'attribua uniquement à Ténergie de la défense, sans trop tenir compte des difficultés du passage du fossé, qui, en empêchant les deux colonnes, au signal donné, d*agir simultanément, avaient arrêté leur impulsion et avaient contribué à la faiblesse de l'attaque. Ces causes déterminèrent le général à ne pas prolonger plus longtemps cette lutte déjà trop meurtrière, et à remettre à un autre moment la prise de Zaatcha.

Il n'y avait pas à s'abuser sur les conséquences ultérieures de cet insuccès, qui avait été le résultat de ridée généralement répandue que jamais les habitants de Zaatcha ne s'exposeraient à la prise de leur village, et que leur résistance cesserait du moment qu'ils verraient quelques pans de murailles abattus.

Mais la soumission n'a pas eu lieu et, si la résistance a continué, c'est que la colonne expéditionnaire n'avait pas les moyens nécessaires pour cette guerre d'oasis et pour le siège d'un village retranché au milieu d'une forêt de palmiers et défendu avec un acharnement sans exemple.

L'effectif en infanterie était insuffisant pour tous les services à fournir ; le génie manquait de matériel et son personnel (1), surtout en officiers, était beaucoup trop restreint pour les travaux de cheminement que l'on avait à exécuter. Cependant, ces braves officiers, quoique continuellement exposés aux coups d'un ennemi qui les guettait comme une proie, n'en étaient pas moins sur pied jour et nuit, donnant l'exemple d'une

(i) L'effectif des sapeurs disponibles pour les travaux de sape, fut, après la réunion de tous les détachements, de iOO à 103 ; celui des officiers de 3 à 4.

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