HISTORIQUE
L'individualité de la grippe ne s’est dégagée que très progressivement au cours des siècles et il semble que bon nombre des « pestes » historiques n'aient été que des manifestations de cette maladie infectieuse décrite dès 1358 par le chroniqueur florentin Matteo ViLLANI à propos d’une épidémie qui ravageait l'Italie et qui apparaissait sous «l’influenza d’un freddo ». Ailleurs, SAUVAGES la baptisait «Grippe», mettant l’accent sur la soudaineté de l’installation des symptômes, et, au cours du xvrr° siècle, Rozoux l’appelait « petite peste ». Si cette multiplicité d’épithètes ne facilite pas sa reconnaissance dans les descriptions des siècles passés, une mortalité formidable, caractérisant les pandémies qui déferlèrent sur le monde de 1742 à 1918, a laissé dans la littérature des traces suffisantes pour en dégager les traits les plus caractéristiques.
L'époque des recherches étiologiques débute en pleine ère pasteurienne avec l'épidémie de 1899 que R. PrFEIFFER attribue à « Hemophilus influenzæ », étiologie non confirmée lors de la grande pandémie mondiale de 1918 où divers expérimentateurs montrèrent simultanément dans le monde la virulence des produits pathologiques filtrés sur bougie de Chamberland.
Mais la véritable étude expérimentale commence en 1933 lorsque les anglais Smirx, ANDREWES et LalpLaw montrent la réceptivité au virus grippal du furet puis de la souris. On isole alors par ce moyen de nombreuses souches semblables à la première isolée (souche W. S.), jusqu'en 1940, où Burner, de Melbourne, inaugurant la méthode de l’inoculation du virus à l'œuf de poule incubé, permet la mise en évidence, entre toutes les souches qui présentaient une immunité croisée complète avec cette souche W.$., de différences antigéniques notables. Toutes ces souches immunologiquement semblables furent appelées souches A.
La même année, Francis et MAGiLr, séparément, isolaient des souches ayant entre elles une immunité croisée mais n’immunisant pas contre les souches du groupe À, qui constituèrent le groupe B.
La découverte fortuite par Hrrsr, en 1941, de l’hémagglutination des hématies par le virus et son inhibition, spécifique du type, par un antisérum, apporte un moyen d'étude antigénique fine des souches qui vient confirmer les données précédentes et permet éga-
HA lement le diagnostic sérologique de l'affection, mis en œuvre, dès 1936 par $ SMITH W., par l'application au diagnostic de la grippe de la méthode de fixation du complément de BoRper.
Jusqu'en 1947, toutes les souches de grippe isolées appartenaient soit au groupe À, soit au groupé B.
Mais, dès 1947, on isola un nombre croissant de souches qui, malgré leur parenté certaine avec le virus du groupe À, s’en différenciaient suffisamment par une partie de leurs caractères antigéniques pour justifier la création d'un groupe A prime ou FMI; mais ce groupe lui-même est constitué de souches dont aucune, d'une épidémie à l’autre, n'est strictément identique à l’autre, posant le problème d’une constante évolution des souches à partir d'un type initial.
Au contraire, une souche d’un type nouveau, isolée en 1950, s’est montrée totalement différente de toutes les souches jusque là isolées et a reçu le nom de souche C.
Les travaux de ces dernières années tendent, sous l'égide de l'O.M.S.; à perfectionner les moyens d'étude des virus grippaux, à élucider le mécanisme de la propagation des épidémies et à parfaire la prophylaxie de l'infection par la mise en œuvre des thérapeutiques modernes et la préparation de vaccins.