DU TRAVAIL
1" période.
1/2 ou 500
1/2 ou 500
1/3 ou 600
2/3 ou 1200
1/4 ou 700
3/4 ou 2400
1/5 ou 800
4/5 ou 3200
On voit par là comment l'accroissement successif des produits, correspondant à Taccumulation progressive des capitauk, explique ce double phénomène, à savoir que la part absolue du capital augmente, encore que sa part proportionnelle diminue, tandis que la part du travail augmente à la fois dans les deux sens.
De tout ce qui précède, il résulte ceci :
Pour que le sort des masses s'améliore, il faut que le loyer des capitaux baisse.
Pour que l'intérêt baisse; il faut que les capitaux se multiplient.
Pour que les capitaux se mulUplicnt, il faut cinq cl|oses : activité, économie, liberté, paix et sécurité.
Et ces biens, qui im perlent à tout le monde, importent encore plus à la classe ouvrière.
Ce n'est pas que je nie les souffrances des travailleurs, mais je dis qu'ils sont sur une fausse pisle quand ils les attribuent à ïinfdme capital.
Telle est ma doctrine. Je la livre avec çoniiance à la bonoe foi des lecteurs. On a dit que je m'étais constitué l'avocat du privilège capitaliste.
Cette doctrine, j'ose le dire, est consolante et concordante. Elle tend à Tunion des classes; elle montre Taccord des principes ; elle détruit l'antagonisme des personnes et des idées; elle satisfait l'intelligence et le cœur.
En est-il de même de celle qui sert de nouveau pivot au Socialisme? qui dénie au capital tout droit à une recompense? qui ne voit partout que contradiction, antagonisme et spoliation ? qui irrite les classes les unes contre les autres? qui représente l'iniquité comme un fléau universel, dont tout homme, à quelque degré, est coupable et victime?
Que si néanmoins le principe de la gratuité du crédit est vrai, il faut bien l'admettre : Fiat justitia, ruât cœlum. Mais s'il est faux!!!
Quant à moi je le tiens pour faux, et, en terminant, je vous remercié de m'a voir loyalement fourni l'occasion de le combattre.
Frédéric Bastiat.
RÉPONSE
31 décembre 1849.
Monsieur,
Vous m'avez trompé.
J'attendais de vous une controverse sérieuse : vos lettres ne sont qu'une perpétuelle et insipide mystification. Quand
vous auriez feit un pacte avec PUsure, pour embrouiller la question et empêcher notre débat d'aboutir, en rembarrassent d'incidents, de hors^d'oeuvre, de vétilles et de chicanes, vous n'eussiez pu vous y prendre autrement.
De quoi s^agil-il entre nous, s'il vous plaît? de savoir si l'intérêt de l'argent doit ou non être aboli. Je vousTai dit moi-même : c'est là le pivot du Socialisme, la cheville ouvrière de la Révolution.
Une question préjudicielle s'élève donc tout d'abord, celle de savoir si, en fait, il y a possibilité d'abolir cet intérêt. Vous le niez ; je Taffirme : lequel croire de nous deux? Evidemment, ni l'un ni l'autre. Il faut examiner la chose : voilà ce que dicte le sens commun, ce que la plus simple notion d'équité prescrit. Vous, au contraire, vous repoussez cet examen. Depuis deux mois que nous avons ouvert, dans la Foix du Peuple^ cette assise solennelle où le capital devait être jugé, et l'usure condamjiée ou absoute, vous ne cessez de me répéter sur tons les tons cette ritournelle :
« Le capital, tel que je le comprends, tel qu'il m'apparail dans sa nature intime, est productif. Cette conviction me^uffit : je ne veux pas en savoir davantage. D'ailleurs, vous reconnaissez qu'en prêtant à intérêt, je rends service et ne suis point voleur; qu'ai- je donc besoin de vous entendre? Quand j'ai prouvé, dans mon système, que la gratuité du crédit est impossible, et que vous accordez qu'un honnête homme peut, en toute sûreté de conscience, tirer de son fonds un revenu, vous devez tenir cette môme gratuité pour impossible. Ce qui est démontré vrai dans un système ne peut devenir faux dans un autre : autrement, il faudrait dire qu'une même chose peut être vraie et fausse tout à la fois, ce que mon esprit se refuse absolument à comprendre. Je ne sors pas de là. »
Oii donc, monsieur, avez-vous appris, je ne dis pas à raisonner, car il appert dès le commencement de cette polémique que le raisonnement en vous se réduit à affirmer et confirmer toujours votre proposition, sans infirmer celle de votre adversaire, — mais à discuter? Le dernier clerc de procureur vous dirait qu'en tout débat, il faut examiner
successivement et contradictoiremeut le dire de chaque partie; et, puisque nous avons pris le public pour juge, il est évident qu'une fois votre système exposé et débattu, il faut aborder le mien.
Avec vous, les choses ne se passent point ainsi. Satisfait de la concession que je vous ai faite, k savoir que dans Tétat actuel des choses le prêt à intérêt ne peut être considéré comme un acte illicite, vous tenez la nécessité de l'Intérêt pour démontrée; et là-dessus, sous prétexte que vous n'entendez rien à Tantinomio, me fermant la bouche, vous faites défaut au débat. Est-ce discuter, je vous le demande?
Forcé par une conduite si étrange, je fais alors un pas vprs VQus. Ma méthode de démonstration avait paru vous faire quelque peine : je quitte cette méthode, et vous mon^ tre, en employant la forme ordinaire de raisonnement, que tout change dans la société; que ce qui à une époque fut un progrès, à une autre devient une entrave; qu'ainsi, en faisant abstraction du temps, la même idée, le même fait, change complètement de caractère, selon l'aspect sous lequel on le considère; que rien n'empêche de croire que rintérêt soit précisément dans ce cas; qu'en conséquence votre fin de non-recevoirne peut être admise, et qu'il faut décidémeht examiner avec moi l'hypothèse de la gratuité du crédit, de l'abolition de l'Intérêt.
A cela que répondez- vous? c'est à peine si j*ose vous le rappeler. Parce que, par égard pour vous, j'avais cru devoir changer de méthode, vous m'accusez, d'abord de ter^ jfiversalion, ensuite de fatalisme! J'ai fait avec vous, permettez-moi cette comparaison^ ce qua le professeur de mathématiques fait avec ses élèves, lorsqu'à une démonstration difQcile, il en substitue une autre plus saisissable à leur intelligence. Car, sachez-le bien, monsieur, la dialectique hégélienne, qui cependant n'est pas toute la logique , est au syllogisme et à l'induction ce que le calcul différentiel est à la géométrie ordinaire. Il vous est permis d'en rire ; c'est le droit de l'esprit humain de rire de ce qu'il a une fois compris et deviné ; mais il faut comprendroi sans quoi le rire n'est que la grimace de l'insensé.
Et vous, pour prix de ma complaisance, vous me décernez le sarcasme : je ne suis, à vous entendre, qu'un sophiste. Est-ce sérieux ?
Je fais plus encore. Vous aviez dit, — je cite vos propres paroles : — Montres-moi comment Vintérêt, de légitime devient iUégilime, et je consens à discuter là théorie du crédit gratuit.
Pour satisfaire à ce désir, d'ailleurs très-légitime, je fais l'historique de Tlntérôt, j'écris la biographie de l'Usure, Je montre que cette pratique a sa cause dans un concours de circonstances politiques et économiques, indépendant de la volonté des contractants, et inévitable à l'origine des sociétés, savoir : 1® L'incommensurabilité des valeurs, résultant de la non-séparation des industries, et de l'absence de termes de comparaison; 2'* les risques du commerce; 3* l'habitude, introduite de bonne heure parmi les négociants et devenue peu à peu constante et générale, de compter un excédant proportionnel, à titre d'amende ou indemnité (dommage-4ntérêt), à tout débiteur retardataire ; Â^ la prépondérance des métaux précieux et monnayés sur les autres marchandises; 5° la pratique combinée des contrats de pacotille, é*asswrance, et à la grosse; 6' enfin, l'établissement de la rente foncière, imitée de l'intérêt d'argent, et qui, admise sans contestation par les casuistes, devait servir plus tard à la justification de ce même intérêt.
Pour rendre la démonstration complète, je prouve ensuite, par un simple rapport arithmétique, que l'intérêt, excusable comme accident, dans les cx)nditions où il a pris naissance et où il s'est ensuite développé, devient absurde et spoliateur dès qu'on prétend le généraliser et en faire une RÈGLE -d'économie publique ; qu'il est en contradiction formelle avec le principe économique, que dans la société le produit net est identique au produit bruf, en sorte que tout prélèvement exercé par le capital sur le travail constitue, dans la balance sociale, une erreur de compte et une impossibilité. Je prouve, enfin, que si, à une autre époque, l'Intérêt a servi de mobile à la circulation des capitaux, il n'est plus aujourd'hui pour celte circulation, do même que l'impôt sur lo sel, le vin, le sucre, la viande.
de même que la douâDe elle-même, qu'une entrave ; que c'est à lui qu'il faut rappeler la stagnation des affaires, le chômage de Tindustrie, la détresse de l'agriculture, et l'imminence toujours grandissante d'une banqueroute universelle.
Tout cela était d'histoire, de théorie et de pratique, comme de calcul : vous avez remarqué vous-même que je n'avais pas une seule fois fait appel, contre l'Intérêt, à la fraternité, à la philanthropie, à Taulorito de TEvangile et des pères de TEglise. J'ai peu de foi à la philanthropie ; quant à l'Eglise, elle n'a jamais rien entendu à cette matière, et sa casuistique, depuis le Christ jusqu'à Pie IX, est tout simplement absurde. Absurde, dis-je, soit quand elle condamne l'Intérêt, sans aucune considération des circonstances qui l'excusent, qui l'exigent; soit quand elle restreint ses anathèmes à l'usure d'argent, et fait, pour ainsi dire, acception de l'usure terrienne.
A cette exposition, dont vous avez vous-même apprécié l'importance, que répondez-vous dans votre quatrième lettre? — Rien.
Niez- vous l'histoire ? — Point.
Contestez-vous mes calculs? — Non.
Que dites-vous donc? — Vous rebattez votre étemel refrain : Celui qui prête rend service ; dès lors il est prouvé que le capiial porte en soi l'indestructible principe de sa rémur nération. Sur quoi, vous me donnez, comme expression de la sagesse des siècles, cinq ou six aphorismes, excellents pour endormir les mauvaises consciences, mais qui, je vous le prouverai tout à Theure, sont tout ce que la routine la plus brute a fait jamais dire de plus absurde. Puis, faisant votre signe de croix, vous déclarez la discussion close. Amen !
Vous êtes économiste, monsieur Bastiat, membre de l'Académie des Sciences morajes et politiques, membre du comité des finances, membre du congrès de la Paix, membre de la ligue anglo-française pour le libre-échange, et, ce qui vaut mieux que tout cela, honnête homme et homme d'esprit. Eh bien , je suis forcé, pour mettre à couvert votre intelligence et votre loyauté, de vous prouver, par A plus B,
que vous m savez pas le premier mot «tes choses dont vous avez entrepris de parler ^ ni du ca^ntal, ni de Tintérôt, tii du prix, ni de là valeur, ni de la circulation^ ni de la finance, ni de tonte Téconomie politique, pas plus que de la métaphysique allemande.
Avee-vous, dans votre vie, entendu parier de la Banque de France? Faites-moi le plaisir, quelque jour, d*y jeter le pied; ce n'est pas loin de rin^tllut. Vous trouverez là M. d'Argout» qui, en fait de Capital et d'Intérôt, en sait {dus que vous et que tous les économistes de Guillaumin. La Banque deFran(^ est une compagnie de capitalistes, formée, ily a une cinquantaine d'années, à la sollicitation de TÉtat» et par privilège de TÉtat , pour exercer l'usure sur tout le territoire de France, Depuis sa fondation, elle n'a cessé de INrendre de continuels accroissements : la Révolution de Févriw en a fait, par Tadjonction des banques départementales, le premier pouvoir de la République. Le principe sur lequel cette compagnie s'est formée est exactement le vôtre. lis ont dit : Nous avons acquis nos capitaux par notre travail, ou par le travail de nos pères. Pourquoi donc, en les faisant servir à la circulation générale, en les mettant au service de notre pays^ n'en tirerions-nous pas un salaire légitime, quand le propriétaire foncier tire un revenu de sa terre; quatid le constructeur de maisons tire loyer de aes maisons; quand Tentrepreneur tire de sa marchandise un b^oéôce supérieur aux frais de sa gestion ; quand l'ouvrier qui assemble nos parquets fait entrer dans le prix de sa journée un quantum pour l'usure de ses outils, lequel quantum dépasse assurément ce qui s^ait nécessaire pour amortir la somme qu'ils lui ont coûtée?
Cette argumentation, vous le voyee, est on ne peut plus plausible. C'est celle qu'on a opposée de tout temps, et avec juste raison, à TÉ^fee, quand elle a voulu condamner Hntérêt exclusivement à la rente; c'est le thème qui revient dans chacune de vos lettres.
Or, savei-vous où ce beau raisonnement a conduit les actionnaires, que je tiens tous, ainsi que M. d'Arçout, pour très-honnêtes gens, do la Banque de France?-^ Au vol; oui, moiiwur, au vol le pins manifèftte, le plusélranlé, le
— iOS —
plus détestable t car c^est ce vol qui, lui seul^ depuis Février, arrête le travail, empêche les affaires , fait périr le Peuple du choléra, de la faim et du froid, et qui, dans le but secret d'une restauration monarchique, souffle le dés^poir parmi les classes travailleuses.
C'est ici surtout que je me propose de vous tfeire voir comment l'intérêt, de légitime, devient illégitiftie, et, ce qui vous surprendra bien davantage encore, comment le crédit payé, dès l'instant qu'il ne se fait pas voleur, qu'il ne réclame que le prix qui lui est légitimement dû , devient crédit gratuit.
Quel est le capital de la Banque de France?
D'après le dernier inventaire, 90 millions.
Quel est le taux légal, convenu entre la BanqueiBt l'État, pour les escomptes? — 4 pour 100 l'an.
Donc le produit annuel, légal et légitime de la Banque de France, le juste prix de ses services, c'est, pour un capital de 90 millions, à 4 p. 100 Tan, 3 millions 600,000 fr* de revenu.
3,600,000 fr., voilà, suivant la fiction de la productivité du capital, ce que le comm^:*ce français doit chaque année à la Banque de France en rémun^ation de son capital, qui est 90 millions.
Dans ces conditions, les actions de la Banque de France sont comme des immeubles qui rendraient régulièrement ÀO fr. de revenu : émises à 1,000 ûr., elles valent 1,000 fr.
Or, savez- vous ce qui arrive?
Consultez le même inventaire : vous y verrez que lesdites actions , au lieu d'être cotres 1,000 fr. , le sont 2,400. -^ Elles étaient , la semaine dernière, à 2,4A5 ; et, pour peu que le portefeuille se remplît, elles monteraient à 2,500 et 3,000 fr. — Ce qui veut dire que le capital de la Banque > au lieu de lui rapporter h p. 100, taux légal et convenu > produit 8, 10 et 12 p. 100.
Le capital de la Banque s'est donc doublé, triplé? — C'est, en effet, ce qui devrait avoir lieu d'après la théorie énoncée dans vos troisième et quatrième propositions, savoir, que r intérêt baisse à m^ure que le capital s'accroît, wais de telle sorte que le revenu toiuL eu capitaliste augmevUe.
. Eh bien , il n'en est rien. Le capital de la Banque est resté le môme, 90 millions. Seulement, la Compagnie , en vertu de son privilège, et à l'aide de son mécanisme financier, a trouvé moyen d'opérer avec le commerce comme si son capital était, non plus seulement de 90 millions, mais de 450, c'est-à-dire cinq fois plus grand.
Est-il possible, direz-vous î — Voici le procédé ; il est fort simple, et j'en puis parler : c'est précisément un de ceux que se proposait d'employer la Banque du Peuple , pour arriver à Fannihilation de rintérêt.
Pour éviter les ports d'espèces, et la manipulation encombrante des écusjla Banque de France fait usage de bons de crédit, représentatifs deTargent qu'elle a dans ses caves, et qu'on appelle Billets de Bcmque, Ce sont ces billets qu'elle remet d'ordinaire à ses clients, contre les lettres de change et billets à ordre qu'ils lui portent, et dont elle se charge d'opérer, sous garantie toutefois des tireurs comme des tirés, le remboursement.
Le papier de la Banque a, de la sorte, un double gage : le gage des écus qui sont dans la caisse , et le gage des valeurs de commerce qui sont dans le portefeuille. La sécurité donnée par ce double gage est si grande, qu'il e^t reçu dans le commerce de préférer le papier aux espèces, que chacun aime autant savoir à la Banque que dans le tiroir de sa commode.
On conçoit même, on thèse absolue, qu'à l'aide de ce procédé, la Banque de Franco puisse se passer entièrement dé capital et faire l'escompte sans numéraire : en effet, les valeurs de commerce qu'elle reçoit à l'escompte, et contre lesquelles elle donne ses billets, devant lui être remboursées, à réchéance, par pareille somme, soit en argent, soit en billets, il suffirait que les porteurs de billets n'eussent jamais la fantaisie do les convertir en écus pour que le roulement s'effectuât tout en papier. Alors, la circulation aurait pour base, non plus le crédit de la Banque, dont le capital serait ainsi hors de service, mais le crédit public , par l'acceptation générale des billets.
Dans la pratique , les faits ne se passent pas tout à fait comme l'indique la théorie. Jamais on n'a vu le papier de
Banque se substituer entièrement au numéraire; il y a seulement tendance à cette substitution. Or, voici ce qui résulte de cette tendance.
La Banque, spéculant, et avec pleine sécurité, sur le crédit public, sûre d'ailleurs de ses recouvrements, ne limite pas ses escomptes au montant dé son encaisse ; elle émet toujours plus de billets qu'elle n'a d'argent : ce qui signifie que pour une partie de ses crédits, au lieu de remettre une valeur réelle et d'opérer un véritable change, elle ne fait qu'un transport d'écritures, ou virement de parties, sans aucun emploi de capital. Ce qui tient ici lieu de capital à la Banque, c'est, je le répète, l'usage établi, la confiance du commerce, en un mot, le crédit public.
Il semble donc qu'alors le taux de l'escompte doive bdisser dans la proportion de la surémission des billets ; que si, par exemple, le capital de la Banque est 90 millions, et la somme des billets 11!^ millions , le capital fictif étant le quart du capital réel, l'intérêt de À p. 100 devra se réduire, pour les escomptes, à 3. Quoi de plus juste, en eflfet? Le crédit public n'est-il pas une propriété publique? Les billets surémis par la Banque n'ont-ils pas pour gage unique les obligations réciproques des citoyens? L'acceptation de ce papier, sans gage métallique, ne repose-t-elle pas exclusivement sur leur confiance mutuelle ? N'est-ce pas cette confiance qui crée seule toute la probabilité dj signe? En quoi le capital de la Banque y est-il intervenu ? En quoi sa garantie y paraît-elle ?
Vous pouvez déjà, par ce simple aperçu , juger combien est fausse votre proposition n° 3, suivant laquelle : baisse d'intérêt suppose augmentation corrélative de capitaux. Rien n'est plus faux que cette proposition : il est démontré, au contraire, par la théorie et par la pratique de toutes les banques , qu'une banque peut très-bien tirer un intérêt de 4 p. 100 de ses capitaux en mettant à 3 p. 100 le taux de ses escomptes : nous verrons tout à l'heure qu'elle peut descendre beaucoup plus bas.
Pourquoi donc la Banque , qui, avec 90 millions de capital, émet, par hypothèse, pour 112 millions de billets; qui, par conséquent, opère,.à l'aide du crédit public, comme
si son €tpital s'était accru de 90 miitions à 112 ; pourquoi, dis-j6, DO réduit-elle pas ses escomptes dans la même proportion ? Pourquoi cet intérêt de 4 p. 100, encaissé par la Banque, pour lojer d'un capital qui n'est pas le sien ? Mo donnerez-vous une raison qui justifie ce trop perçu de 1 p. 100 sur US millions? Quant à moi, monsieur,
J^appelle un chat un chat, et RoUet un fripon,
et je djd tout uniment que la Banque vole.
Mais ceii n'est rien.
Tandis que la Banque de France émet, en place d*écus, des billets, une partie de ses recouvrements continue à s'opérer en numéraire : en sorte que, 1^ capital de fondalion restant toujours le même, 90 millions, l'encaisse, soit le montant des espèces présentes à la Banque, s'élève progressivement à 100, 200, 300 millions : il est aujourd'hui de /i31 millions !
Cette accumulation d'espèces, dont certaines gens ont la manie de s'affliger, est le fait décisif qui anéantit la théorie de l'Intérêt, et qui démontre de la manière la plus palpable la nécessité du crédit gratuit. Il est fticile de s'en rendre compte.
C'est un point admis en théorie, que l'échange des produits peut très-bien s'opérer sans monnaie : vous le reconnaissez vous-même, et tous les économistes le savent. Or, ce que démohtre la théorie est justement ce que la pratique réalise sous nos yeux. La circulation fiduciaire remplaçant peu à peu la circulation métallique, le papier étant préféré à i^écu , le public aimant mieux s'acquitter avec le numéraire qu'avec les billets, et la Banque étant toujours provoquée, soU par les besoins de l'État qui lui emprunte, soit par ceux du commerce qui vient en masse à Tescompte, soit par toute autre cause, à faire sans cesse des émissions nouvelles : il en résulte que l'or et l'argent sortent de la tirculation et vont s'engouffrer à la Banque, et que là, s'ajoutant sans cesse à l'encaisse , la fecultéde multiplier lés hillets devient littéralement illimitée.
C'est par cette conversion que l'encaisse de la Banque est arrivé à la somme énorme de 431 millions. De ce fait, il
réaoUe que la compagnie de la Banque , malgré le renouveltement de son privilège, n'est pïus seule en titre i elle a acquis, par le fait de l'augmentation de son encaisse, un as&ooié plus puissant qu^elle t cet associé, c*est le Pays, le Pays, qui figure chaque semaine dans le bilan de la Banque de France, pour un capital variable de 340 à 850 millions. Et, comme les intérêts sont conjoluls et indivisibles, on peut dire, en toute vérité^ que ce n'est plus la compagnie privilégiée de 1803 qui est banquièro; ce n'est pas non plus rëtat qui lui a donné son brevet : c'est le commerce, c'est rindustrie, ce sont les producteurs, c'est toute la nation , qui, en acceptant le papier de la Banque, de préférence aux écus. Ta valablement gagé, et fondé, à la place (]e Panciepne Banque de France, au capital deOOmiU lions, upe Banque nationale au capital de 431.
Un décret de l'Assemblée nationale, qui aurait pour objet de rembourser les actions de la Banque de France, el de la convertir en une Banque centrale, commanditée par tous leâ citoyens français, ne serait qu'une déclaration de ce fait, maintenant accompli, de Tabsorption de la compagnie dans ia nation.
Ceci posé, je reprends mon raisonnement de tout à l'heure.
L'intérêt, convenu entre la compagnie et l'État, est 4 p. 100 l'an de son capital.
Ce capital est de 90 millions.
L'encaisse est aujourd'hui, 31 décembre 1849, 4llipillions.
Le montant des billets émis, 436 millions.
Le capital, réel ou fictif, sur lequel la Banque opère, ayant presque quintuplé, le taux de Tescompte devrait être réduit au cinquième de l'intérêt stipulé dans le contra^ d'institution de la Banque, quelque chose comme 8/4 pour tOQ.
Vous devez vous apercevoir , monsieur, qu'il s'en faut que vos propositions soientôussi sûres que celles d'Eucllde. Il n*est pas vrai, et les faits que je viens de vous citer le prouvent sans réplique, que l'intérêt ne baisse qu'à fur et mesure de l'augmentation des capitaux. Entre le prix de la
marchandise et Vintérêi du capital, il n'y a pas la moindre analogie; la loi de leurs oscillatioDs n'est pas la môme; et tout ce que vous avez ressassé depuis six semaines, à propos du capital et de Tintérêt, est entièrement dépourvu de raison. La pratique universelle des banques et la raison spontanée du Peuple vous donnent, sur tous ces points, le plus humiliant démenti.
Croiriez*vous maintenant, monsieur, car, en vérité, vous ne me paraissez au courant de rien , que la Banque de France, compagnie formée d'honnêtes gens, de philanthropes, d*hommes craignant Dieu, incapables de transiger avec leur conscience, continue à prendre 4 p. 100 sur tous ses escomptes 9 sans faire jouir le public de la plus légère boniûcation? Croiriez-vous que c'est sur ce pied de 4 p. 100, sur un capital de 431 millions, dont elle n'est pas proprié* taire, qu'elle règle les dividendes de ses actionnaires, et qu'elle fait coter ses actions à la Bourse? Est-ce du vol, cela, oui ou non ?
Nous ne sommes pas au bout. Je ne vous ai dit que la moindre partie des méfaits de cette société d'agioteurs , instituée par Napoléon tout exprès dans le but de faire fleurir le parasitisme gouvernemental et propriétaire, et de sucer le sang du Peuple. Ce ne sont pas quelques millions de plus ou de moins qui peuvent atteindre d'une manière dangereuse un peupie de 36 millions d'hommes^ Ce que je vous ai révélé des larcins de la Banque de France n'est que bagatelle : ce sont les conséquences qu'il faut surtout considérer.
La Banque de France tient aujourd'hui dans ses mains la fortune et la destinée du pays.
Si, faisant remise à l'industrie et au commerce d'une différence sur le taux de ses escomptes, proportionnelle à l'augmentation do son encaisse; en autres termes, si le prix de son crédit était réduit à 3/4 pour 100, ce qu'elle devrail faire pour s'exempter de tout vol, cette réduction produirait inslanlaoément , sur toute la face de la République, et en Europe , des conséquences incalculables. Un livre ne suffirait pas à les énumérer : je me bornerai à vous en signaler quelques-unes,
Si donc le crédit de la Banque de France, devenue Banque Nationale, était à 3/4 pour 100 au lieu de 4, les banquiers ordinaires, les notaires, les capitalistes, el jusqu'aux actionnaires de la Banque elle-même, seraient bientôt forets, par la concurrence , de réduire leurs intérêts, escomptes et dividendes au maximum de 1 p. 100, frais d'acte et commission compris. Quel mal, pensez-vous, ferait celte réduction aux débiteurs chirographaires, ainsi qu'au commerce et à Tindustrie, dont la charge annuelle, de ce seul fait, est d'au moins deux milliards ?
Si la circulation financière s'opérait à un taux d'escompte représentant seulement les frais d'administration et rédaction, enregisirement, etc., lintérêt compté dans les achats et ventes qui se font à terme, tomberait à son tour de 6 p. 100 à zéro, ce qui veut dire qu'alors les affaires se feraient au comptant : il n'y aurait plus de dettes. De combien pensez-vous encore que s'en trouverait diminué le chiffre honteux des suspensions de payements, faillites et banqueroutes?
Mais, de même que dans la société le produit ne^ ne se distingue pas du produit brut; de même, dans l'ensemble des faits économiques, le capital ne se distingue pas du PRODUIT. Ces deux termes ne désignent point en réalité deux choses distinctes; ils ne désignent que des relations. Produit, c'est capital ; capital, c'est produit : il n'y a de différence entre eux que dans l'économie privée; elle est nulle dans l'économie publique. Si donc l'intérêt, après être tombé, pour le numéraire, à 3/4 p. iOO, c'est-à-dire à zéro , puisque 3/4 p. 100 ne représentent plus que le service de la Banque , tombait encore à zéro pour les marchandises : par l'analogie des principes et des faits, il tomberait aussi à zéro pour les immeubles : le fermage et le loyer finiraient par se confondre dans Tamorlissement. — Croyez-vous, monsieur, que cela empêchât d'habiter les maisons et de cultiver la terre?...
Si, grâce à celte réforme radicale de l'appai^eil circulatoire, le travail n'avait plus à payer au capital qu'un intérêt représentant le juste prix du service que rend le capitaliste , l'argent et les immeubles n'ayant plus aucune
valeur reproductive, n'étant plus estimés que comme produits y comme choses consommables et fongibles, la faveur qui s'attache à l'argent et aux capitaux se porterait touteniière sur les produits ; chacun, au lieu de resserrer sa consommation, ne songerait qu'à l'étendre. Tandis <ju*aujourd'hui, grâce h Tinterdiction mise sur les objets de consommation par Tintérêt, le débouché reste toujours, et de beaucoup, insuffisant, ce serait la production qui, à son tour, ne suffirait paa: le travail serait donc de fait, comme de droit, garanti.
La classe travailleuse gagnant d'un seul coup 5 milliards environ d'intérêts, qu'on lui prend sur les 10 qu'elle produit, pîus 5 milliards que le môme intérêt lui fait perdre en chômage, plus 5 milliards que la classe parasite, coupée aux vivres, serait alors forcée de produire : la production nationale se trouverait doublée, et le bien-être du travailleur quadruplerait. — Et vous, monsieur, que le culte de Tintérêt n'empêche point d'élever votre pensée vers un autre monde , que dites-vous de ce petit amendement aux choses d'ici-bas? Est4l clair, à présent, que ce n'est pas la multiplication des capitaux qui fait baisser l'intérêt, mais bien, au contraire, la baisse de l'intérêt qui multiplie les capitaux î
Mais tout cela déplaît à MM. les capitalistes, et n'est point du goût de la Banque. La Banque tient à la main la corne d'abondance que lui a confiée le Peuple : ce soat ces 341 millions de numéraire accumulé dans ses caves, et.qui témoignent si haut de la puissance du crédit public. Pour ranimer le travail et répandre partout la richesse, la Banque n'aurait à faire qu'une chose : ce serait de réduire le taux de se» escomptes au chiffre voulu pour le service d'un intérêt à 4 p. 100 sur 90 millions. Elle ne le veut pas. Pour quelques millions de plus à distribuer à ses actionnaires, et qu'elle vole, elle préfère faire perdre an pays, sur la production de chaque année, 10 milliards. Afin de payer le parasitisme, de solder les vices, d'assouvir la crapule de deux millions de fonctionnaires, d'agioteurs, d'usuriers, de prostituées, de mouchards, et d'entretenir cette lèpre du gouvernemeat, elle fera pourrir, s'il faut.
- Itl -
dans la misèrei trente^uatre millions (l'bommes.-*<* Encore une fois, est-ce du vol, cela? Est-ce de la rapine, du brigandage, de l'assassinat avec préméditation et guet^apens ?
Ai-je tout dit? — Non ; j'en aurais pour dix volume»; mais il faut en flnir. Je terminerai par un trait qui me paraît, à moi> le chef-d'œuvre du genre, et sur lequel j'appelle toute votre attention. Avocat du capital , vous ne connaissez pas les roueries du capital*
La somme de numéraire, je ne ilirai pas existant, mais circulant en France, y compris l'encaisse de la Banque* ne dépasse pas, suivant l'évaluation la plus commune, 1 milliard.
A 4 p. 100 d'intérêt, — je rai«onne toujours dans l'hypothèse du crédit payé, c'est donc une somme de 40 millions que le peuple travailleur doit chaque année pour le service de ce capital.
Sauriez-vous, monsieur, me dire pourquoi , au lieu de 40 millions, nous payons 1,600 millions, «^ je dis $eize cents millions, — le louage dudit capital ?
1,600 millions, 160 p. 100 1 dites-vous : Impossible!... — Quand je vous dis, monsieur, que vous n'entendez rien à l'économie politique. Voici le fait, qui pour vous, j'en suis sûr, est encore une énigme.
La somme des créances hypothécaires, d'après les auteurs les mieux informés, est de 12 milliards, quelques-uns la portent à 14 milliards, ci : 12 milliards.
Celle des créances chirographaires, au moins 6
La commandite, environ, 2
A quoi il convient d'ajout(3r la dette publique, 8
Total 28 milliards,
que Fngriculture , l'industrie, le commerce, en un mot, le Travail, qui produit tout, et l'Etat, qui ne produit rien, et pour qui le travail paie, doivent au Capital.
Toutes ces dettes, notez ce point , proviennent d'argent prêté, ou censé l'avoir été, qui à k pour 100, qui à 6, qui à 6, qui à 8, qui à 12 et jusquà 15.
Je prends pour moyenne de l'intérêt, en ce qui concerne
les trois premières catégories, 6 pour 100 , soit donc, sur 20 milliards, 1,200 millions.— Ajoutez l'intérêt de la dette publique, environ 400 millions ; en tout 1,600 millions d'intérêt annuel, pour un capital d'un milliard.
Or çà, dites-moi, est-ce aussi la rareté de Targent qui est cause de la multiplication ejcorbitante de ces usures ? Non, puisque toutes ces sommes ont été prêtées, comme nous venons de le dire, à un taux moyen de 6 pour 100. Comment donc un intérêt, stipulé à 6 pour 100, est-il devenu un intérêt de 160 pour 100 î Je m'en vais vous le dire.
Vous saurez, monsieur, qui croyez que tout capital est naturellement et nécessairement productif, que cette productivité n'a pas lieu également pour tous; qu'elle ne s'exerce d'habitude que sous deux espèces, Tespèce dite immeubles ( terre et maison ) , quand on en trouve le placement, ce qui n'est ni toujours facile, ni toujours sûr ; et l'espèce argent. L'argent, l'argent surtout! voilà le capital par excellence, le capital qui se prétjB, c'est-à-dire qui se loue, qui se fait payer, qui produit toutes ces merveilles financières que nous voyons s'élaborer à la Banque, à la Bourse, dans tous les ateliers de l'usure et de Tintérêt.
Mais l'argent n'est point chose qui s'exploite comme la terre, ni qui se consomme par l'usage comme une maison ou un habit. Ce n'est pas autre chose qu'un bon d'échange, ayant créance chez tous les négociants et producteurs, et avec lequel, vous qui par exemple faites des sabots, vous pouvez vous procurer une casquette. En vain, par le ministère de la Banque, le papier se substitue peu à peu, et du consentement de tous , au numéraire : le préjugé tient bon, et si le papier de banque est reçu à régal de l'argent, c'est qu'on se flatte de pouvoir, à volonté, l'échanger contre de l'argent. On ne veut que de l'argent.
Lorsque je loue de l'argent, c'est donc, au fond, la faculté d'échanger mon produit, présent ou futur, mais non encore vendu, que je loue : l'argent, en lui-même, m'est inutile. Je ne le prends quepour le dépenser : je ne le consomme ni ne le cultive. L'échange conclu, l'argent redevient disponible, capable^ par conséquent, de donner lieu
à uiie nouvelle location. Cest aussi ce qui a lieu : et comme, par Taccumulation des intérêts, le capital-argent, d'échange en échange, revient toujours à sa source, il s'ensuit que la relocation, toujours iaiie par la même main, profite toujours aux mêmes personnages.
Direz-vous que l'argent servant à Véchange des capitaux et des produits, l'intérêt qu'on lui paye s'adresse moins à lui qu'aux capitaux échangés ; et qu'ainsi i, 600 millions d'intérêts payés pour 1 milliard de numéraire, ^représentent en réalité le loyer de 25 à 30 milliards de capitaux ? Cela a été dit ou écrit quelque part par un économbte de votre école.
Une pareille allégation ne peut se soutenir un instant. D'où vient, je vous prie , que les maisons se louent, que les terres s'afferment, que les marchandises vendues à terme portent intérêt? Cela vient précisément de l'usage do l'argent ; de l'argent , qui intervient, comme un agent fiscal, dans toutes les transactions ; de l'argent, qui empêche les maisons et les terres, au lieu de se louer, de s'échanger, et les merchandises de se placer au comptant. L'argent, donc, intervenant partout comme capital supplémentaire, agent de circulation, instrument de garantie, c'est bien lui qu'il s'agit de payer, c'est bien le service qu'il rend qu'il est question de rémunérer.
El puisque d'un autre côté nous avons vu, d'après l'exposé du mécanisme de la Banque de France et les conséquences de l'accumulation de son encaisse, qu'un capital de 90 millions espèces, devant produire un intérêt de 4 p. 100 l'an, ne comporte, selon la masse d'affaires traitées par la Banque, qu'un escompte de 5, de 2, de 1, de 5/4 pour 100, il est bien évident encore que les 1,600 millions d'intérêts que le Peuple paye à ses usurier^, banquiers, rentiers, notaires et commandilaires,^nt uniquement pour objet d'acquitter le loyer d'un milliard or et argent , à moins que ^usne préfériez reconnaître , avec moi, que ces 1,600 millions sont le produit du vol..
Je vous l'ai dit, monsieur, dès le commencement de cette dispute, et je le répète, il n'est jamais entré dans ma pensée d'accuser les hommes. Ce que j'incrimine, ce sont leâ
idées et les instiiutioiis. Sons GeTappott» j'ai été, dans toute cette discussion, plus juste que TEglise, plus charitable que TEvangilc même. Vous avez vu avec quel soin j*ai séparé) dans la question du prêt à intérêt, Thomme de rinslitulion, la conscience de la théorie. Jamais je n'accuserai la société : en dépit de tous les crimes de mes semblable et des vices de mon propre eœur, je crois à la sainteté du genre humain.
Cependant, quand je réfléchis que c'est contre des folies pareilles que la Révolution se débat aujourd'hui ; quand je vois des millions d'hommes sacrifiés à de si exécrables utopies, je suis près de céder à ma misanthropie, et je ne me sens plus le courage de la réfutation^ Alors, j'essaie d'élever et d'ennoblir, par la sublimité de la dialectique , les misères de mon sujet : votre impitoyable routine me ramène sans cesse à la hideuse réalité.
La production h doubler,
Le bien-être du travailleur à quadrupler :
Voilà ce qu'en vingt-quatre heures, par une simple réformé de Banque, nous pourrions, si nous le voulions, réaliser, sans dictilure, sans communisme, sans phalanstère, sans Tcarie et sans Triade. Un décret, en 12 articles, de l'Assemblée nationale; une simple déclaration de ce fait, que la Banque de France, par l'augmentation de son numéraire, est devenue Banque Nationale; qu'en conséquence elle doit fonctionner au nom et pour le compte de la nation, et le taux des escomptes être réduit à 3/i pour 100 : — et la Révolution est aux trois quarts faite.
Mais c'est ce que nous ne voulons pas, ce que nous refusons de comprendre, tant nos bavardages politiques et nos hâbleries parlementaires ont étouffé en nous à la fois le sens ttioral et le sens pratique !
C'est ce que ne veut pas la Banque de France, citadelle du parasitisme ;
Ce que ne veut pas le gouvernement, créé tout exprès pour soutenir, protéger, encourager le parasitisme ;
Ce que ne veut pas la majoritéde l'Assemblée nationale, composée de parasites et de fauteurs de parasites j
Ce que ne veut pas la minorité , entêtée de gouvernement
et qui m demande ce que deviendra la société quand elle n'aura plus de parasites ;
Ce que ne veulent pas les socialistes eux-mêmes, prétendus révolutionnaires, à qui la Liberté, TËgalité, la Ri-* chesse, le Travail, ne sont rien, s'il leur faut abandonner ou seulement ajourner leurs chimères, et renoncer à l*es-t poir du gouvernement ;
Ce que ne sait pas demander le prolétariat, ahuri de théories sociales, de toasts k l'amour et d'homélies fraternelles.
Va donc, Capital; va, continue d'exploiter ce misérable Peuple I Consume cette bourgeoisie hébétée, pressure l'ouvrier, rançonne le paysan, dévore Tenfance, prostitue la femme, et garde tes faveurs pour le lâche qui dénonce, pour le juge qui condamne, pour le soldat qui fusille, pour l'esclave qui applaudit. La morale des marchands de cochons est devenue celle des honnêtes gens. Malédiction sur mes contemporains !