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Pas plus que lui, je n'admets que la religion protestante ait besoin de l'État pour subsister. Gomme lui , je reconnais que subordonner son existence au secours des gouvernements , c'est la nier implicite* ment. Sa force est ailleurs, et son divin chef a permis qu'elle en donnât , sur notre territoire même , des preuves éclatantes et décisives.
Gomme M. Yinet, je proclame l'individualité des consciences. Partout où je rencontre des consciences qui se mettent en communauté, qui subissent la foi d'une nation, des consciences territoriales, j'éprouve le besoin de protester contre une telle profanation , et , bien que la coexistence de plusieurs cultes reconnus, ainsi que la liberté (menacée mais non détruite) des cultes non reconnus, semblent propres à rendre impossible parmi nous la tyrannie odieuse qui imposerait à qui que ce soit le sacrifice d'une seule nuance de conviction, je sens que cette garantie n'est pas suffisante.
Gomme M. Vinet , je déclare que l'union , telle qu'elle existe, est une union adultère. Et parce qu'il fait, et par ce qu'il empêche de faire, et par son intervention dans les matières spirituelles, et par la suppression des autorités compétentes , le pouvoir civil impose à notre culte un régime dont aucune considération ne peut justifier le maintien.
Gomme M. Vinet, je sens que nous devons travailler à la destruction de ce régime, travailler même sans espoir humain, même contre l'avis des sages, travailler, les yeux fixés sur les principes, auxquels nous ne croyons jamais assez.
Comme M. Vînet, je pense que la séparation absolue serait préférable en France au maintien de Yvh nion actuelle. Je pense, d'ailleurs, que la séparation qui a présidé aux jours les plus brillants et les plus purs du christianisme, n'est aucunement condamnée par l'expérience qu'on en fait aujourd'hui encore en Europe et en Amérique ; qu'elle peut s'établir utilement dans plusieurs contrées , et que l'avenir lui appartient dans toutes.
Mais, ce que je n'accepte pas, c'est l'obligation, proclamée par M. Vinet, de recourir partout à la séparation absolue.
Il me semble que, lorsque la conservation des églises officielles est liée aux institutions fondamentales du pays, il est plus sage de modifier l'union que de la détruire ; car on ne peut la détruire que pour soi. On est obligé de la laisser subsister pour les masses. Or, la séparation individuelle compromet ce que les séparations d'églises savent protéger. Autant je suis disposé à sympathiser aux efforts qui doivent aboutir à une séparation d'église, autant je redoute ceux qui ne peuvent aboutir qu'à des séparations individuelles.
J'ajoute, qu'eût-on le projet de rompre l'union, il n'en faudrait pas moins commencer par la modifier. Les résultats de la séparation absolue seront for! différents , selon que l'église y parviendra munie de son organisation propre, accoutumée à s'administrer dans les choses de son ressort , identifiée aux yeux de tous avec ses représentants légitimes, aimée, connue , suivie de la foule ; ou qu'elle y parviendra dé-
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nuée de ce qui fait sentir et reconnaître Tunité religieuse, étrangère au sentiment de la vie commune, aux habitudes du gouvernement ecclésiastique.
Je demande que le protestantisme français tâche d'abord de redevenir une église ; et s'il veut ensuite devenir église séparée, il aura quelques chances d'y parvenir. Dans l'état où il se trouve, et avec la sépa^ ration telle qu'on l'entend, un seul résultat est à prévoir. Nous aurons d'un côté, une poussière impalpable de troupeaux indépendants; de l'autre, un chaos de troupeaux officiels , privés de leurs membres les plus vivants. Nous n'aurons , ni d'un côté ni d'autre, l'église réformée de France , son unité glorieuse et ses grandes institutions.
C'est un moyen-terme que je propose; et, en le faisant, je ne dois pas paraître suspect, car j'ai plus d'une fois exprimé, dans cet écrit, la répugnance que les moyens-termes m'inspirent en général. S'il s'agissait ici de faire fléchir un principe et de sacrifier à un degré quelconque l'indépendance du spirituel , je ne transigerais pas. Mais, je l'ai déjà dit, l'indépendance du spirituel n'est pas plus la séparation, que l'union n'est la servitude. Rien n'empêche donc de distinguer ici, entre les deux questions, la question de principe qui n'admet pas deux solutions, et la question empirique qu'on doit résoudre en tenant compte des circonstances. Après avoir prononcé une sentence absolue contre l'épiscopat des souverains, il est bien permis de leur réserver , et cette position du surveillant qui constate les moralités , apprécie les capacités, réprime les délits , et ces fonctions du
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trésorier qui recueille et répartit les centimes d'émise.
Un pareil arrangem^it n'est que la réalisatMMi du Kberum arbitrium du docteur Chalmers, qui demande à l'État de payer le clergé , en laissant à l'Élise la liberté de régler ses aflEures intérieures OMume eUe r^itend.
Réduite à ces termes , TunicNi de l'Élise et de l'État résout très-bien le double problème. Elle assure r^mtretien de l'Église sans compromettre son unité , elle ocMiserYe la surveillance de l'État sans lui livrer le qûrituel.
le SeBuvr^ qu'<m peut ranger au ncMnbre des ennemis les plus résolus de l'unicm, n'a pas craint de recmmaitre, dans son N* du 28 septembre dernier, que les églises nationales qui n'auraient que le salaire et qui referaient eUes-mèmes leurs affaires ecdésiastiques, qui nommeraient leurs pasteurs, professeurs, etc., et aux décisions desquelles l'État donnerait force en tout ce qui ne serait pas contraire au droit commun , seraient en réalité des ^lises volontaires , et ne blesseraient essentiellement aucun des principes établis par M. Yinet.
J'ai été d'autant plus heureux de lire cette déclaration conciliante, que l'ouvrage de M. Yinet m'avait paru beaucoup plus absolu. J'avais craint d'y trouver l'exclusion de tout intermédiaire entre la confusion complète et la complète séparation. J'avais cru que l'individualité religieuse y était niée sous l'empire des religions nationales , et j'étais tenté de m'écrier, avec M. le pasteur Bautv : « Ici, nous mettons
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la mam sur notre conscience » et , la sentant vivre , nous répétons le mot fameux de Galilée : « E puir , si muote. » Ce mystère d'un État qui croit pour nous , nous ne le soupçonnions même pas ^
Mais, je suppose que je m'étais trompé, et que les conclusions de M. Vinet n'allaient pas jusqu'à condamner l'union réduite aux termes que /e5emeur accepte. L'indépendance spirituelle une fois sauve, comment blâmer sérieusement des relations qui se bornent à faire recueillir par l'État les contributions dont l'église a besoin, à se soumettre au contrôle suprême du gouvernement et à l'action des lois générales sur les conditions de brevet , de certificats, de nationalité, à demander enfin à l'administration pu»blique ce qu'elle seule peut accorder : des garanties religieuses au sein des prisons, des écoles, des hôpitaux, dans les rangs de l'armée et de la marine ?
Reste, il est vrai, la grande objection. Notre système n'est pas blâmable, mais il est chimérique. L'État ne sera pas assez dupe pour se résigner au rôle de percepteur et de répartiteur des impôts d'église. L'État qui paie , a le droit d'exiger quelque chose en échange. L'État qui fournit le niatérîelt.^|ç se laissera pas exclure du spirituel. L'État préférer^ la séparation absolue à l'union qui ne lui réserve quç les nobles fonctions de trésorier.
Ces arguments courent les rues; on les retrouve dans toutes les bouches. Il faut doncles peser, et nous allons le faire, sans nous arrêter même à remarquer que le système intermédiaire ajoute aux fonctions pécuniaires celles qui tiennent à la haute surveiL-
lance des cultes ; que si l'État rétablit les synodes et renonce en leur faveur à des pouvoirs usurpés, il reste seul juge de l'observation du droit commun, il réprime les écarts, il prescrit les foimes et la teneur des diplômes, des serments, etc.
Laissons cela. Hais signalons un fait qui vaut la peine d'être constaté. On déclare que l'État ne peut pas accepter le rôle que nous lui offrons. Or, l'État Va accepté. A nos portes , deux pays avec lesquels nous avons de nombreux rapports , un pays catholique et un pays protestant, ont établi ce régime absurde, réalisé cette chimère, qu'on daigne à peine discuter.
En Hollande, le synode décide souverainement les questions qui touchent au spirituel. L'homologation du gouvernement n'a pour but que de prévenir la violation des lois fondamentales du royaume, et, récemment encore , le ministère de La Haye a proclamé d'une nianière solennelle les principes de nonintervention aiuxquels il est tenu d'obéir. Le roi ne nomme les professeurs de théologie, que sur la présentation et l'avis des académies et du synode.
En Belgique, l'indépendance du clei^é est absolue. Les évèques sont directement institués par le pape. Ils nomment leurs curés et vicaires. Le gouvernement se contente de payer et de surveiller.
Il ne Êiut donc pas dire avec une fière ironie : c Où trouverez-vous un État qui consente à payer, sans diriger ; à maintenir les charges , sans les bénéfices? > Il n'est pas impossible d'en trouver, puisqu'on en trouve deux à trente lieues de nos frontières. Mais, l'argument de fait n'est pas suffisant. Il
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importe de montrer que ces assertions triomphantes sur la prétendue duperie d'un gouvernement réduit au rôle de trésorier, ne supportent pas le plus léger examen.
« L'État qui paie a le droit, en échange, de s'immiscer dans le spirituel. :»
Un mot sur la première partie de cette phrase. Un mot sur la seconde.
€ L'État qui paie. » Qu'est-ce que payer ici? l'État est-il dans la situation d'une personne, qui entame ses revenus, pour nous obliger, et qui a droit à notre reconnaissance? aucunement. S'il ne payait pas 34 millions au culte catholique, l'État percevrait 54 millions de moins. S'il ne payait pas 1 million aux pro^ testants, l'État percevrait 1 million de moins. De même que, s'il ne payait pas 300 millions à l'armée, l'État percevrait 300 millions de moins. Les recettes de l'État augmentent et diminuent avec ses dépenses. L'État ne reçoit que pour donner ; et ne donne aussi que ce qu'il a reçu. Or, qui fournit à la recette? ceux-là précisément au profit*desquels doit se foire la dépense, ceux-là précisément qui confient leur argent à l'État, pour qu'il leur revienne, sous forme de protection, de justice, de communication , d'instruction, de culte. Les contribuables doivent-ils beaucoup de gratitude au gouvernement, parce qu'il ne thésaurise pas, et veut bien leur donner une armée, une marine, une administration, une magistrature, des routes, des canaux, des écoles et des églises, pour la valeur exacte de leurs écus ? on n'oserait le prétendre, et surtout en ce qui concerne les cultes.
C'est là principalement qu'est le sens vrai de ces mots : c l'État paie :». Payer les cultes, c'est réunir dans les caisses publiques les contributions que les membres de chaque église doivent mettre à part, afin de les soutenir. C'est en faire ensuite la distribution. Qu'on diminue demain de 35 millions le budjet de l'État, et qu'on affecte aux frais du culte des centimes spéciaux évalués à la même somme de 35 millions, en en chargeant la cote de tous les citoyens, et affectant au culte catholique le produit des centimes catholiques, au culte protestant le produit des centimes protestants, au culte juif le produit des centimes juifs, on n'aura rien changé d'important au système actuel, et l'on aura rendu plus sensible un fait que la moindre réflexion suffit à révéler, le fait du paiement des églises, non par l'État, mais par les membres qui les composent.
Qu'on fasse un pas de plus ; et qu'au lieu d'imposer tous les citoyens, on n'impose, au profit de chaque culte que ceux qui déclarent lui appartenir, en laissant en dehors des changes communes, des avantages afiérents aux églises reconnues, ceux qui se déclarent dissidents ou incrédules ; on aura conservé Tinter» vention tutélaire de l'État dans la perception et dans la distribution, la régularité, l'uniformité des contributions proportionnées aux impôts directs, et par conséquent ( sauf les exceptions ) à la fortune ; et cependant, on sera entré en plein système volontaire. Je pense même, pour le dire en passant, qu'il serait générale^ ment bon d'y entrer ainsi. La gradation serait mieux observée. Les garanties de stabilité subsisteraient.
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et Ton se préparerait à essayer ensuite avec moins de péril le régime des souscriptions librement fixées, et perçues ou non par l'État.
Quoi qu'il en soit, la circonstance extérieure dont on argumente n'a jamais l'importance qu'on lui prête. L'État, qui paie dans le système d'union, peut payer aussi dans le système volontaire^ à tous ses degrés, et l'emploi de ses percepteurs ne constitue pas plus une libéralité envers les églises, que l'emploi de ces mêmes percepteurs ne constitue une libéralité envers les écoles dont ils recueillent les rétributions mensuelles.
Après avoir dit que l'État paie, on ajoute : c H a le droit, en échange, de s'immiscer dans le spirituel » . Seconde assertion, aussi mal fondée que la première.
Admettons que l'État rende des services réels à l'église en la payant ; regardera-t-il comme un équivalent, comme une rémunération, l'autorité utile ou fimeste à l'église, conforme ou contraire à ses propres intérêts, qu'il est en son pouvoir de s'arroger? Est-ce pour lui une question d'amour-propre ? A-t-il dit : « Je paie, je veux exercer des droits, qu'il en résulte pour moi-même du bien ou du mal » ? Évidemment, la seule question sérieuse est celle de savoir si l'État gagne quelque chose à diriger les affaires ecclésiastiques ; et dans le cas où cette question devrait recevoir une solution négative, tous les salaires et tous les budgets ne feraient pas que l'État fût intéressé à réclamer une semblable direction.
Eh bien, tant qu'il sera vrai (et qui le nierait?) que les meilleurs citoyens sont les meilleurs chrétiens , que les meilleurs chrétiens sont formés par
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les églises les plus vivantes , que les églises les plus vivantes sont les plus fidèles aux doctrines évangéliques, et que les doctrines évangéliques repoussent répiscopat séculier « il faudra, non pas réclamer, mais repousser, dans l'intérêt bien compris de l'État, les attributions ecclésiastiques.
Ces attributions reposaient autrefois sur un motif qui ne peut plus être invoqué de nos jours, au moins parmi nous. On voulait appuyer Tunité nationale sur Funité religieuse, exclure les dissidences ou les amoindrir, faire dominer un seul culte, et au-dessus, un seul souverain.
Fatale pensée ! Fatale au point de vue de la politique elle-même! On n'avait plus affaire au paga« nisme. On ne pouvait plus rétablir les vraies religions nationales , celles de l'antiquité ; et l'on a versé bien du sang , exercé bien des tyrannies , et l'on n'a pas atteint son but. Les dissidences religieuses ont survécu aux persécutions. Or, les persécutions qui ne réussissent pas ont deux fois tort. Elles violentent les consciences, sans profit pour l'unité. Les Saint- Barthélemi qui aboutissent à des édits de Nantes, sont aussi absurdes qu'odieuses.
Mais, aujourd'hui surtout, aujourd'hui que la variété des croyances est un fait irrévocablement acquis, que peut-on faire en faveur de l'unité nationale, en se mêlant des matières ecclésiastiques? On peut blesser les uns, exalter les autres, épouser des querelles, des passions, faire gratuitement des ennemis à l'État. Associer les cultes à sa destinée, à ses systèmes, à ses honneurs, à ses réactions, c'est les
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rendre politiques ; c'est exciter, par des préférences inévitables, leurs jalousies et leurs triomphes. Quand rÉtat est d'une religion , il force Fautre à s'organiser contre lui.
Si l'État savait ce que l'abstention systématique lui réserve de paix, de force réelles ! S'il savait quelles divisions, quelles oppositions il soulève en se risquant sur un terrain qu'il connaît mal ! S'il savait quelles susceptibilités, souvent légitimes, ses actes politicoreligieux excitent au sein des minorités croyantes, comme au sein de la masse incrédule ! S'il savait ce que lui coûtent de soi-disant prérogatives, il les rejetterait loin de lui ; car elles ne sont de nos jours qu'une parade, une vanité, et tout au plus une source de vexations, sans être une source d'influence.
Le moyen-terme n'est donc pas aussi insoutenable qu'on le prétend. Il y a avantage pour tous à supprimer la compétence dogmatique et disciplinaire de l'État. Il y a avantage pour tous (dans ce moment et dans ce pays) à conserver, et le contrôle suprême qu'il exerce dans l'intérêt des mœurs ou des lois, et la perception qu'il opère des contributions obligatoires d'église.
L'État est intéressé à veiller encore sur ces contributions, qui ne pourraient prendre une extension exagérée sans nuire à ses propres impôts. Il est intéressé à fixer peut-être aussi certaines limites aux propriétés de main-morte ; et son action se concilie bien mieux avec le système d'union modifiée, qu'avec celui de séparation absolue.
L'église, de son côté, est intéressée à ne pas fran-
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chir irop brusquement le pas glissant qui sépare les églises de muUiiude des églises sociétés. Le jour viendra , sans doute , où ce pas devra être franchi , où l'on n'imposera pour chaque culte que ceux qui déclareront y adhérer ; où Ton fera cesser l'injustice qui lève sur les dissidents et les incrédules l'impôt destiné aux seuls cultes reconnus ; où l'on n'imposera pour aucun culte ceux qui les rejetteront tous; où l'on stimulera le zèle religieux par l'aiguillon des sacrifices volontaires ; où l'on mettra fin à d'odieuses hypocrisies, qu'acceptent, que provoquent nos habitudes sociales ; où les ennemis du christianisme ne se croiront plus obligés de participer, comme membres de nos églises, à des actes que leur conscience réprouve, renouvelant ainsi le scandale d'un Voltaire , qui écrivait : c Écrasez l'infâme , » et prenait de temps en temps la communion. Mais, je crois que nous ne devons pas trop nous plaindre de la disposition constitutionnelle, qui nous force à n'aspirer d'abord qu'au régime dans lequel l'union extérieure se combine avec l'indépendance du spirituel, et à placer plus tard le régime des contributions volontaires, mais fixées et perçues par l'État , avant celui des souscriptions proprement dites !
Dussions-nous même ne jamais atteindre ce dernier régime, je m'en consolerais aisément, car il présente de graves inconvénients à côté d'incontestables avantages.
Je suis loin de ranger , parmi ces derniers , la destruction des obstacles que le système des églises de multitude oppose au déplacement des fidèles. Il est
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' bon que la foi ait à vaincre quelque résistance pour se manifester. Dieu ne veut pas des conversions trop aisées. La facilité extrême qu'on trouverait au milieu d'un fractionnement perpétuel 9 à se classer et déclasser incessamment sans sacrifice, sans effort, sans avoir éprouvé ses convictions nouvelles , ne me paraît guère plus favorable à la vérité que l'aveugle préjugé qui condamne aujourd'hui l'abandon de l'église nationale, à laquelle une tradition de famille nous enchaîne.
. N'oublions pas non plus que la protection des pauvres et des petits menace de s'évanouir sous l'influence du système volontaire. Les souscriptions donneront toujours des pasteurs aux villes, aux gros bourgs, aux troupeaux importants. Hais (sauf l'hypothèse d'une foi vivante et générale, hypothèse qui applanit tous les obstacles) les villages, les hameaux, les fidèles disséminés ne seront-ils pas fréquemment privés de secours? Et s'ils ont des ministres, n'auront-ils pas les moins distingués, et comme le rebut des autres églises ?
Avançons encore ; pénétrons dans l'intérieur même des congrégations ; qu'y trouverons-nous ? Les principaux souscripteurs sont les riches. L'édifice presque entier repose sur leur appui. Les pauvres donnent peu ou ne donnent rien. Et il en résulte qu'ils ne sont admis que par charité, par faveur. Les rangs, les distinctions se marquent profondément. Le principe aristocratique s'installe dans l'église en dépit de l'Évangile ; et les pasteurs subissent trop souvent une servitude qui entraîne la violation de leurs
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devoirs les plus sacrés» servitude que révèle tristement aux États-Unis, l'attitude d'une portion du clergé dans la question de l'esclavage.
Qu'il faut de foi , de simplicité, de vie chrétienne, pour que le régime des souscriptions volontaires ne porte aucune atteinte à la liberté , à la dignité des ministres de l'Évangile! Nous avons sous les yeux ce qui se passe au sein des écoles. Où trouve-t-on le plus d'indépendance ; où trouve-t-on , en général , la conduite la plus ferme et la plus droite? Chez les instituteurs qui reçoivent un traitement fixe, ou chez ceux qui vivent du produit des rétributions mensuelles?
La même remarque peut malheureusement se faire quelquefois dans les églises volontaires. Au moment même de la réforme, quand la première ferveur religieuse remplissait les âmes, la dignité du saint ministère n'a pas toujours échappé au joug ignoble de l'avarice qui paie et veut être obéie. Voici ce que Saluz et Fabricius racontent des Grisons, dans leur correspondance avec Bullinger :
€ Telle commune ne prend un prédicant qu'à l'année. Se trouve-t-il un homme qui consente à servir pour quelques couronnes de moins, il est l'homme des paysans. »
Ces communes réduisaient les chétifs honoraires de Comander, parce qu'il prêchait contre les pensions de Tétranger. Saluz y manquait souvent de pain dans ses travaux d'évangélisation ; et la faveur populaire était retirée d'ordinaire aux ministres assez fidèles pour condamner l'ivrognerie.
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Assurément, de tels scandales étaient rares et le sont encore. Assurément » U y ^ beaucoup d'églises soutenues par des souscriptions qui font honte aux ^lises salariées par l'État. Assurément, les défauts qu'on reproche au système volontaire, sont moins le fait du système que de notre mauvaise nature. Assurément, on ne doit pas rejeter légèrement le régime qui a brillé aux plus saintes époques de l'Église, et dont le retour accompagnera probablement le retour de la foi dans leur sein. Hais, quand celte foi encore absente ou incomplètement acceptée, n'est pas capable de produire de vigoureux efforts ; quand une communion hostile est prête à profiter de nos fautes, et conservant les salaires auxquels nous renoncerions, maintenant son unité tandis que nous compromettrions la nôtre, épie l'heure de nos transformations périlleuses, de nos funestes démembrements ; quand notre gouvernement synodal n'est pas encore rétabli, enraciné, reconnu par les fidèles; il y a pliis que de l'imprudence , je le déclare, à briser pour le petit nombre, un lien que la Charte continue à consacrer pour le grand. Il y a plus que de l'imprudence à le faire, surtout dans un pays où le fractionnement de nos troupeaux et notre dissémination au sein de la majorité catholique, rendent plus nécessaire qu'ailleurs la concentration de la direction et des ressources, dans un pays où le maintien des écoles protestantes, des séminaires protestants,des hôpitaux protestants, des établissements protestants de tout genre, est inconciliable avec la subdivision du protestantisme français en plusieurs églises distinctes.
Unanimes contre Véiat-évéque^ nous ne saurions Fétre contre ïëtat'SurveiUantf contre Yétairtrésorier; le maintien de l'union modifiée se concilie mieux que la séparation absolue avec les nécessités actueUes.
Nous attachons avec raison un grand prix à veiller sur l'État religieux de nos coreligionnaires dans les prisons, dans les hôpitaux , dans l'armée, dans les collèges. Pensons-nous que ces établissements puissent s'ouvrir à quiconque s'y présentera au nom d'une église quelconque? les réclamations des cultes reconnus ne seront-elles pas mieux écoutées que celles des églises avec lesquelles le gouvernement n'a rien de commun, et auxquelles il ne se croirait obligé de faire aucune concession ?
Il est nécessaire que l'État tienne compte de la religion dans certains règlements purement civils. Ces relations, qui subsisteront toujours, ne sont-elles pas plus simples et plus faciles, lorsque l'union n'a pas été abolie?
Je citerai l'exemption du service militaire accordée aux ministres du culte. L'État ne peut accorder à toutes les congrégations le droit de multiplier à plaisir ces exemptions, en multipliant les ministres.
Je citerai le chômage officiel des fêtes et Dimanches. Autant il serait inique d'imposer ce chômage aux simples citoyens, autant il est convenable que l'administration en donne l'exemple ; que les travaux publics, que les séances des chambres, des tribunaux, que les occupations des bureaux soient suspendus ; qu'on évite d'indiquer pour de tels jours, les réunions électorales, les convocations de milices ou de gardes
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nationales. L'État emprunte à l'existence des cultes reconnus, la justification de ces mesures, sans lesquelles tant d'hommes seraient placés entre leur conscience et leurs fonctions, et obligés de violer les commandements de leur religion, ou de renoncer à être ouvriers au service du gouvernement, députés, juges, employés.
Brisez entièrement l'union, et plus d'une pratique naturelle, convenable, celle du serment par exemple, semble frappée du même coup. Toute l'apparition de la religion dans les affaires semble être devenue un contre-sens ; et la seule théorie conséquente semble être celle de la loi athée.
On comprendra que nous ne puissions aller jusquelà, et que nous reculions en ce moment devant une révolution, qui, brusquement accomplie, risquerait de dépasser le but.
Je crois avoir prouvé dans ce long chapitre que je ne suis pas disposé à transiger avec les idées de nationalité religieuse, si puissantes au sein de la société antique, qu'elles faisaient dire à l'idolâtre Salmanasar, au vainqueur de Samarie, au roi qui venait d'amener les dix tribus en captivité, et de les remplacer par ses Assyriens : « Faites Mer là quelqu*un des sacrificateurs que vous en avez transportés, et qu'ils enseignent la manière de servir le Dieu du pays, m
Le Dieu du pays^ voilà la doctrine du monde païen. Effaçons ses dernières tracer du milieu de nos sociétés modernes. Mais, ne confondons pas avec une séparation souvent impossible, la modification, toujours nécessaire, du mode actuel d'union.