‹ Intérêts généraux du protestantisme françaisChapitre 2 sur 16 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

sonne, parmi nous, n'a mis en doute la nécessité de la lutte k entreprendre oontre des prétentions abusives, la nécessité des agences créées dans le but de concentrer les renseignements et les efforts.

On n'a contesté que le principe d'homogénéité dogmatique sur lequel a été fondée la première agence, celle dont le nom a été rapporté plus haut.

Or, avant d'examiner les inconvénients prétendus de ce principe, énumérons quelques-uns des avantages que la nouvelle société a dès à présent produits.

Je mets au premier rang la profession publique et courageuse d'orthodoxie que viennent de faire deux cents pasteurs de l'église nationale de France. Ck)nfesser le Seigneur devant les hommes, voilà le premier devoir, le premier besoin d'une église. La nôtre n'est pas encore unanime dans cette confession ; mais, quand on pense qu'il suffit de remcmter de vingt ans en arrière pour la trouver presque unanime dans la négation ; quand on pense, d'autre part, que les adhérents de la Société ont eu à vaincre des Cris, des menaces, et parfois des persécutions véritables; quand on pense que plusieurs pasteurs orthodoxes de la confession d'Augsbourg ont été retenus par les ordres du directoire, que plusieurs autres ont été arrêtés sans doute par les scrupules qu'on était parvenu à exciter dans des âmes consciencieuses et timides, on ne peut s'empêcher de bénir Dieu qui a permis une si éclatante manifestation.

Certes, pour qui compare le chiffire des pasteurs qui se sont prononcés hautement en faveur de l'orthodoxie, en adhérant à la Société, et celui des pasteurs qui malheureusement se

sont posés comme adversaires de l'orthodoxie» en signant la pétition contre la faculté de Hontauban ; pour qui rapproche en outre ces deux chifiGres du nomln'e total de nos pasteurs nationaux, il se révèle un progrès de la vérité parmi nous, dont nous n'aurions osé nous flatter naguère. Pour qui a lu ou entendu les paroles de sympathie, de dévouement et de foi qui sont venues encourager la société au milieu d'une crise douloureuse, il ne peut y avoir, ni doute sur le caractère d'une œuvre ainsi commencée, ni inquiétude sur l'avenir d'une église qui compte un tel nombre de ministres fidèles.

La constatation de ce nombre, d'autant plus significatif qu'il est encore incomplet, n'a pas été le seul résultat de la fondation à laquelle j'ai coopéré.

Gomment ne pas voir, qu'indépendamment même des actes accomplis ou préparés par la Société des intérêts ginérauXy indépendamment de ses démarches publiques ou particulières, il est uii service immense qu'elle rend par soh existence seule? Le protestantisme français a dorénavant un œil toujours ouvert sur ses intérêts, une oreille toujours attentive, une bouche toujours prête. Il le sait; et ses allures, les allures mêmes des adversaires de la Société, ne peuvent pas ne pas s'en ressentir.

Elles s'en ressentent en effet. On dirait presque que nous commençons à secouer les traditions de la servitude. On dirait presque que l'idée du droit a pénétré dans nos esprits, et que nous n'avons plus peur de notre propre énergie. Réclamations contre les processions illégales des catholiques dans les villes où nous avons des temples, protestations contre les arrêts qui attentent à la liberté des cultes, pétitions

aux chambres^ lettres pastorales sur les prétentions de Té^ glise romaine en Alsace, observations sur la conduite du gouvernement vis-à-vis des missions protestantes de POcéanie; que de manifestations devant lesquelles nous aurions eu autrefois mille bonnes raisons de reculer, et qui rencontrent à présent un assentiment général dans l'église protestante I

La naissance de notre première société défensive n'e8t--elle pour rien dans ce changement?

On accuse son principe d'homogénéité dogmatique, (principe qui n'a rien d'étroit , ainsi qu'elle l'a prouvé par la composition même de son conseil). Avoir exclu, non de ses ser* vices offerts à tous, mais de la direction de ses travaux ^ les hommes qui refusent de confesser ChriH, Dieu manifesté en ehaity voilà son crime. Une maxime nouvelle a été inventée, en vertu de laquelle l'anathème a été lancé et'sur elle, et sur la maison de santé protestante de Nîmes, et sur toutes les œuvres que les membres orthodoxes de l'église prétendent gouverner seuls, après les avoir seuls créées.. ^Gette maxime dénonce comme illégales les fondations non-offMeUes auxquelles l'universalité de l'église ne concourt pas.

Je ne discuterai pas une telle doctrine. La raison publique en a fait justice. Les passions si tristement excitées l'année dernière ont seules pu mettre en doute le droit des agences volontaires, qui, n'exerçant aucune autorité sur personne, sont bien maîtresses de régler elles-mêmes leurs conditions d'existence.

Il a fallu un singulier aveuglement aussi, pour s'imaginer qu'une société composée d'éléments hétérogènes, n'aurait pas été placée dans l'alternative qu'aucune soci^é mixte n'a

évitée jusqu'ici, ou de se déchirer avec un édat mille f<M8 plus fâcheux que celui de l'exclusion originaire, ou de se renfermer dans une immobilité à peu près absolue.

La question n'était donc pas posée entre une société mixte et une société homogène ; mais, entre une société homogène et le néant.

Quels sont , après tout , les grands inconvénients du prindpe adopté?

Il prépare le schisme , en enrégimentant les orthodoxes ! Mais, n'était-on pas, avant la Société des intérêts généraux du protestantisme français^ aussi enrégimentés qu'il fût possible de l.'être? La Société d^évangélisation de VEst n'exclutelle pas, de faillies orthodoxes? La Société de correspondance^ dont le siège est à Nîmes, n'établit-elle pas un lien exclusif entre les ennemis de l'orthodoxie? Ce lien n'a-t-il pas été resserré par la pétition contre la majorité des professeurs de Montauban? Le projet de pétition aux Chambres, qu'une brochure récente nous a révélé , ne devait-il pas dénoncer comme Anglais les membres orthodoxes de l'église ? La scission existe. Elle est douloureuse. Mais, on ne la supprime pas en la niant. On ne la crée pas en la manifestant. Or, on ne peut pas même dire que la Société des intérêts généraux l'ait manifestée. Personne, au sein du protestantisme, personne au-dehors n'avait rien à apprendre sur ce point.

Disons mieux. Cette scission, si affligeante soit-elle, n'en constitue pas moins un progrès. Nous étions unis dans la mort. Nous serons unis dans la vie. La transition de Tune à l'autre nous sépare. Faudra-t-îPregretter le réveil de l'église, parce qu'il établit entre ses membres des dissidences qui

a'oxistaieni p^^ auparavant? 11 faudrait alors auasi interdire au christianisme Taccès des iamilles; car il n'y pénètre jamais, sans faire succéder à la paix selon le monde cette guerre que le Seigneur a prédite» et qui prépare seule la paix selon Dieu !

Au reste, la société nouvelle n'a pas Je le répète, créé notre situation. Elle n'a pas trahi le secret de nos divergences* Elle n'a prouvé qu'une chose, c'est que l'orthodoxie n'est pas la dissidence, puisque les pasteurs orthodoxes sont si nombreux au sein de l'église nationale. Et cette démonstration est l'obstacle le plus sérieux que puisse rencontrer le schisme que l'on redoute. En présence d'une telle masse de chrétiens vivants, la pensée de se mettre à part ne saurait venir aux hétérodoxes. Jamais on. ne créera, de propos délibéré, une église rationaliste. Jamais on ne se séparera de l'orthodoxie» quand on la verra unie, organisée et compacte.

Le schisme ne s'opérera pas par blocs-, mais il s'opère chaque jour par petites parcelles imperceptibles. 11 s'opère par séparations individuelles, c'est-à-dire de la manière la plus déplorable et la plus dangereuse pour l'église comme' pour les grandes institutions qu'elle va voir renaître.

Que les amis de notre protestantisme national y réfléchissent iHen. Y a-t-il un autre moyen que l'organisation de l'orthodoxie au sein de l'église officielle, pour arrêter ce schisme réel, ce triage perfide, qui finirait par nous faire une orthodoxie,sans église, et une église sans orthodoxie?

On objecte qu'en agissant ainsi nous effrayons les timides et les indécis ; que nous arrêtons dans leur marche vers la vérité, c^ix qui ne l'acceptent pas encore tout entière, et qui se sen-

tent repoussés par nos formes trop nettement accusées.

Voità ce qu'on dit, et ce semble, avec grande raison. Mais regardons-y de plus près , et nous verrons que, tout au contraire, rien n'entraîne les indécis comme la décision. Ce qui les arrête d'abord, est aussi ce qui les détermine en définitive.

Le premier effet de tout grand mouvement est sans doute d'épouvanter les hommes hésitants , par cela seul qu'il dessine les positicms. La prédication des apôtres n'a-t-elle pas rejeté peut-être vers le judaïsme formaliste , quelques âmes qui s'élevaient plus haut; n'a-t-elle pas rattaché peutêtre au paganisme quelques esprits qui cherchaient mieux? La prédication de la réforme n'a-t-elle pas fait rétrograder vers Rome quelques partisans du progrès dans l'église, qu'on aurait enrôlés, si on leur avait accordé des concessions en apparence insignifiantes?

Qu'on me pardonne de citer ces grands exemples. Le fait est, qu'il n'y a jamais eu de profession de foi franche et vigoureuse, jamais d'acte énergique, jamais de question bien posée, qui n'ait provoqué l'accusation de refouler ceux qui n'ont encore fait qu'une partie du chemin. Le fait est, qu'il ne s'est pas opéré un progrès parmi nous depuis vingt ans, qui n'ait été accusé, par ceux mêmes qfli s'en réjouissent le plus aujourd'hui, de ruiner la paix, de diviser l'église, de scandaliser les faibles, de fermer les avenues de l'Évangile.

Pour être conséquents à la doctrine qu'on nous oppose , il faudrait conserver systématiquement la confusion, le demijour, tout ce qui protège l'erreur, en lui permettant de s'abriter derrière une portion de vérité. Il faudrait admettre, en religion, la supériorité des tiers partis. Or, on sait ce qu'ils

produisent en politique. On sait qui gagne le plus d'esprits incertains au système conservateur, d'un ministère faible , dont les allures semblent propres à les attirer» ou d'un ministère ferme et résolu, dont les allures semblent devoir les repousser vers l'opposition.

Ce n'est pas en cachant ou en décolorant son drapeau qu'on se fait suivre et qu'on gagne les grandes batailles. A la masse incrédule surtout, il faut offrir la doctrine du salut dans toute sa saveur. Aux hésitants eux-mêmes, il faut offrir le spectacle de la résolution. Ce qui favorise l'hésitation, c'est le pêle-mêle.

Ne nous étonnons pas trop de voir quelques hommes respectables, mais que frappe d'abord le côté négatif des choses, se tenir à l'écart et critiquer. S'il Jeur faut du temps pour s'habituer aux créations nouvelles, celles qui sont utiles finissent toujours par recevoir leur appui. Nous saurons les attendre.

Nous saurons aussi supporter les injustes reproches de ceux qui voudraient subordonner nos devoirs à nos affections, et nous contraindre, par exemple, à ménager lâchement ce que nous trouvons de mauvais dans Genève, à cause de ce que nous y admirons d'excellent.

Rien ne m'a surpris comme la surprise excitée par les paroles de méfiance dont sa faculté théologique a été l'objet.

Quoi ! une école» qui enseigne le rationalisme, qui confie ses principales chaires à des adversaires déclarés de l'orthodoxie, trouverait mauvais que les chrétiens orthodoxes de cette église française dont elle forme les futurs pasteurs, se montrassent quelque peu inquiets de ses tendances et de son esprit ! Quoi I il nous serait défendu de dénoncer à nos oonsis-

toîres, non le défaut de vigilance Ou de moralité (nous n'avons jamais rien dit de semblable), mais le défaut de fidélité èvangélique que nous remarquons avec douleur dans son ensei* gnement! Quoi! nous n'aurions pas le droit d'agir vis-à-vis du séminaire de Genève de la même manière que d'autres agissent vis-à-vis du séminaire de Montauban ! Quoi ! le respect des convenances et les sentiments tolérants seraient tous du côté de ceux qui ne veulent pas que, sur trois séminaires, il y en ait un seul où les doctrines vitales du christianisme soient professées ! Quoi ! notre cri d'alarme est un signal d'agression contre une ville entière, une marque d'ingratitude ou d'hostilité !

C'est précisément parce que je tiens à ne pa^ faiblir, à signaler le mal tant qu'il existera, à répéter constamment aux églises de France :« Prenez garde aux ministres que forme Genève. • C'est précisément en raison de cela, que je tiens aussi à parler de mon attachement profond et sincère pour celte noble cité.

Ah ! quand nous sera-t-il permis enfin de ne plus redouter une école, fondation admirable des temps de pei*sécution, la seule qui, sous Louis XY encore, fournit à la France des pasteurs ayant vocation pour le martyre^ une école qui nous donnait tant de ministres , de colporteurs , de confesseurs courageux, au temps où Lyon guettait ses disciples au passage et s'enivrait de leur sang? Quand nos prières serontelles exaucées? •

Nousaimons véritablement Genève, nous qui lui voulons ce principe de sainteté et de vie, qui, de la. ville des Khertins^ fit la ville austère de l'Évangile; qui, de la ville dépendante.

exposée entre Berne, la Savoie et la France, fil une capitale religieuse, révérée du monde entier, et pour laquelle dix pays se seraient levés en cas de péril ; qui y du petit état inconnu, fit une grande puissance , puissance encore soutenue aujourd'hui par le glorieux souvenir de ce qu'elle rejette et de ce qu'elle combat.

J'avais à cœur de donner ces courtes explications sur ma participation à l'œuvre nouvelle, que tant de liens rattachent à mon livre, bien que la responsabilité du livre ne doive peser que sur moi seul.

On voit que .les niotifs de simple prudence n'ont pas maii* que, pour justifier les bases qui ont été adoptées lors de sa fondation, et adoptées avec l'approbation explicite de l'im* mense majorité des pasteurs composant la conférence de Paris. Est-il nécessaire d'ajouter (Jtie d'autres motifs , d'un ordre plus élevé, auraient suffi à déterminer ma conduite? Avant tout, une société religieuse a besoin des bénédictions d'en haut. Or, comment les espérerait-elle, quand elle attache moins d'importance à la confession du Seigneur qu'au concours de quelques hommes , qui contestent son éternelle déité ? Ce que nous devons à ces hommes, à ces frères, c'est une affection tendre et véritable, ce sont des prières ardentes. Le comité de la Société des intérêts généraux n'a cessé de les recommander aux miséricordes infinies de Celui qui tient nos cœurs dans sa main. Nous les aimons ; nous désirons les aimer chaque jour davantage, et chasser de nos âmes tout sentiment contraire à la charité. Nous espérons, oui, nous espérons fermement, que le moment viendra où nous travaillerons partout ensemble, parce que partout nous implorerons en-

semble le Dieu trois fois saint» le Père, le Fils et le Saint- Esprit.

Je viens de répondre à quelques reproches. — Hé bien ! une crainte me reste, et je dois l'exprimer en finissant» la crainte de ne pas les mériter assez. J'ai peur qu'on ne me croie plus fidèle, plus décidé, plus courageux que je ne le suis réellement. 11 me semble que, de toutes ces pages que je viens de tracer» s'élève contre moi une accusation d'hypocrisiep

11 faut au moins que je le déclare : je n'ai jamais parlé de foi» d'œuvres, de charité, de vigilance, de fermeté, sans éveiller en moi le sentiment intime et profond de mon incrédulité, de mon inaction, de ma dureté, de mon engourdissement, de ma faiblesse. Qui suis-je^ pour enseigner les autres? Qui suisje, pour mériter, à un degré quelconque , les honneurs de eetU eitime et de cette ignominie , de cette calomnie et de cette bonne réputation dont parle saint Paul ?

pieu veuille faire servir mon faible travail à l'édification de ceux qui vont lire, comme il l'a fait servir à l'humiliation de celui qui a écrit )

Paris, 15 avril 1843.

-ot!?«>-

Cette publication est un acte dont j'ai mesuré la gravité. Je l'accomplis avec réflexion. J'obéis, après de longs combats , à un sentiment irrésistible de devoir.

Oui , j'ai lutté longtemps contre une de ces convictions si puissantes et si profondes , qu'on se juge coupable de les discuter. Au moment où mes autres croyances s'ébranlaient l'une après l'autre, (comme s'ébranlent aujourd'hui toutes les croyances qui n'ont pour objet que des hommes , que des intérêts purement humains) , celle-là grandissait incessamment dans mon âme , et je lui ai imposé silence. J'ai refoulé en moi-même mes pensées les plus chères , les plus éprouvées , et (pourquoi ne pas le dire ,

quand j'en suis certain? ) les plus vraies. J'ai voulu laisser à l'évidence le temps de se compléter encore. J'ai espéré que quelqu'un de plus digne prendrait en main cette cause à laquelle je me sentais si disproportionné. J'ai attendu le signal des circonstances décisives qui ne permettent plus d'hésiter.

Ceux qui savent ce que l'on souffre , quand on a le cœur et la tête pleins de choses auxquelles on n'ose livrer passage ; quand on voit décrier , maltraiter ou négliger tout au moins, la vérité dont on connaît l'importance, et qu'on n'ose pas s'élancer à son secours; ceux-là me sauront peut-être quelque gré de mes efforts pour me précautionner contre un premier entraînement. Ils y trouveront peut-être une garantie du désir que j'ai d'allier une grande modération à une grande fermeté , une sincère charité envers les personnes à une entière inflexibilité de doctrines; et, alors même que les pages que je vais tracer à la hâte heurteraient de front quelques-unes de leurs opinions les plus respectées , ils voudront bien les parcourir jusqu'au bout avec l'intérêt qui s'attache, malgré l'imperfection de la forme , à une pensée consciencieuse et mûrie.

Je dois craindre, en effet, d'éveiller des susceptibi* lités de plus d'un genre.

Quand je dirai que le remède au mal affreux qui nous travaille , c'est le protestantisme , c'est-à-dire l'Évangile débarrassé de tout alliage humain , qui le contient seul ; quand je tiendrai un langage sévère (le langage de la Bible) à cette hérésie romaine , qui a déjà perdu tant de peuples et précipité tant d'âmes

dans la perdition ; je dois craindre que mes paroles n'affligent quelques-uns des catholiques qui les liront, quelques-uns de ceux auxquels je les aurai commu* niquées moi-même. Je crains qu'elles jie les affligent; je ne crains pas qu'ils en soient blessés.

Ce que j'éprouverais en recevant un écrit catholique , où ma foi serait explicitement condamnée , mais oii tout serait grave, convenable, sérieux ; où n'apparaîtraient (qu'on me passe cette expression consacrée) aucune des calonmies de la question, aucun de ces grossiers mensonges sur les Bibles falsifiées, sur l'impureté de Luther , sur la condamnation encourue par Calvin, ou autres infamies que les gens qui se respectait ne ramassent plus; ils l'éprouveront, eux aussi, en entendant l'expression , profondément légitime dans ma bouche , des sentiments qu'implique la sinh» pie profession du protestantisme, le simple fait d'être séparé de l'église romaine.

Ce que m'inspirerait celui qui m'aurait assez estimé et assez aimé en même temps , pour me Êdre connaître son hostilitité contre mes croyances , ce ne serait assurément pas de l'aigreur ou de la haine. J'espère n'exciter chez personne ni haine ni aigreur. J'espérerais même n'exciter aucune surprise, si nous étions plus rompus à la pratique de la liberté et de l'égalité religieuses , si la longue prudence des protestants français , si les souvenirs d'un autre temps et les habitudes qu'il nous a léguées , n'avaient établi parmi nous une sorte d'inviolabilité catholique , à laquelle on ne me verra pas attenter sans étonnement. Je me résigne donc à étonner ; mais je tiens beaucoup à ne

ï INTRODUCTION.

pas aller au-delà. Je tiens beaucoup à déclarer, que, s'il m'est impossible d'exprimer autre chose que ce que je sens , impossible d'être à la fois protestant et catholique 9 impossible d'admettre l'Évangile et le Concile de Trente, impossible de connaître les enseignements et les prophéties bibliques sans repousser hautement la papauté ; il m'est doux , au contraire, d'admirer parmi les catholiques des chrétiens fervents et sincères , dont je voudrais égaler la foi , les œuvres et l'humilité ; il m'est doux d'estimer, de vénérer un grand nombre de ces hommes dont je déplore et dénonce les erreurs. Il y a plus. En attaquant cette tendance à la domination qui a déjà plus d'une fois compromis l'église de Rome, je crois lui rendre un service véritable. Je serais le premier, dans. l'occasion; à proclamer tous ses droits réels, à provoquer la satisfaction de tous ses besoins légitimes ; et, à mon tour, pour assurer le succès de nos réclamations protestantes, j'aime à ne pas moins compter sur l'impartialité des catholiques , que sur la sympathie des réformés.

Mais cette sympathie elle-même , est-il permis d'y compter entièrement?

Quand je dirai que notre église n'est pas ce qu'elle doit être , ne fait pas tout ce qu'elle doit faire, n'a pas l'attitude qui lui convient; quand je dirai qu'elle aurait meilleure grâce à réclamer des droits qu'à solliciter des faveurs ; qu'elle se souvient trop du passé pour en craindre le retour, et pas assez pour se confier au Dieu qui l'a si miraculeusement préservée ; quand je la supplierai d'adopter l'allure qui sied aux grandes

causes , aux causes qui ont le sentiment de leur dignité , de leur avenir ; ne dois-je pas craindre, que du sein même de cette église , des voix justement vénérées ne s'élèvent et n'accusent mon imprudence? S'il en est ainsi , j'accepterai cette épreuve , quelque douloureuse qu'elle soit , et j'en appellerai à la lecture de ce qui va suivre. Je demanderai à ces hommes timides , mais pieux , si leur zèle pour la vérité ne s'enflamme pas à cette vue (même incomplète) des besoins et des misères de notre église. Je leur demanderai si cette question est de celles qu'on ajourne ou qu'on enterre. Je leur demanderai s'ils ne sentent pas qu'il y a là de grands devoirs auxquels il vaut la peine de se consacrer tout entier , et qui sont faits pour dédommager des petitesses qui dévorent une si grande partie de nos vies. Quand ils invoqueront le passé , je répondrai que je ne l'accuse pas. Autre est le rôle d'une église tolérée ; autre celui d'une église libre. Autre est le langage de la mort; autre celui de la vie. La place qui suffisait au cadavre ne suffit plus à l'homme ressuscité. Tant que Lazare est couché au sépulcre , on lui laisse ses bandelettes , et on a raison; mais dès que la voix du Fils de Dieu s'est fait entendre : « Lazare , sors de là ! i> Il faut bien qu'on brise les liens de ses mains et de ses pieds ; il faut qu'on déchire le linge qui enveloppait son visage. Nous l'avons tous entendue, cette voix amie et puissante, cette voix du Dieu Sauveur , quand il a rappelé à la vie son église bien-aimée de France, l'église des confesseurs, l'église des martyrs , l'église éprouvée au feu séculaire des persécutions ; et à présent qu'elle s'est le-

vée , qu'elle marche , que nous la voyons vivre , que nous la sentons palpiter sous notre main , nous res* pecterions l'indigne suaire dans lequel on l'avait enveloppée !

Ah! sans doute, on s'écriera qu'il est trop tôt. Parole dangereuse, et qui a déjà perdu bien des causes. On dit : « Il est trop tôt, » jusqu'au moment où l'on est forcé de dire : « Il est trop tard. » Il était trop tôt, en 1830 , pour prendre la grande et patriotique résolution d'abandonner l'Algérie ou de réduire notre occupation à quelques comptoirs. On n'avait pas encore eu le temps d'examiner le pays , d'essayer la colonisation, de vaincre les obstacles. En 1 831 , 32, 33, 34, il était toujours trop tôt. En 1840, il était trop tard. Nous n'étions plus les maîtres d'abandonner ce sol peuplé de nos colons, engraissé des ossements de nos soldats, ce sol illustré par nos travaux et par nos victoires. On ne peut délaisser sans honte ce qu'on a gardé si longtemps. Il en serait ainsi de notre émancipation religieuse. Aujourd'hui, il est trop tôt, parce que notre position n'est pas encore assez faite, parce qu'on n'a pas encore pris l'habitude de compter assez avec nous , parce que nos prétentions pourraient surprendre et révolter encore ^ parce que notre église, à peine éveillée de son sommeil de mort, n'est pas encore pëïiétrée tout entière de cette vie nouvelle qui vient d'en haut. Dans quelques années, il sera trop tard; on ne pourra attenter sans sacrilège aux abus que le temps aura consacrés ; chaque pratique se sera transformée en droit , et nous comprendrons qu'il y a une jMrescription politique, comme une prescription civile,

une prescription contre les églises , comme 11 y en a une contre les particuliers.

Et quand je dirai que les lois , leur interprétation , les actes de Tadministration ou des tribunaux s'accordent à nous refuser ce qui nous est nécessaire et ce qui nous est dû ; quand je dirai que les pouvoirs publics nous ont enlevé depuis 40 ans notre gouvernement central ecclésiastique , et nous condamnent à vivre ainsi à l'état d'églises éparses, sans lien, sans action commune , sans doctrines , sans discipline ; que le parquet prétend assujétir les actes de notre culte à l'autorisation préalable ; qu'une multitude de faits officiels tendent à reconstituer la religion d'État, solennellement abolie en 1830; que les lois de finances ne nous accordent pas notre part proportionnelle; qu'elles laissent tous les pasteurs dans la misère , et beaucoup de troupeaux sans pasteurs; que nulle part, ni dans les facultés, ni dans les collèges , ni dans les écoles normales ou primaires , ni dans les bagnes , ni dans les prisons , ni dans les hôpitaux , ni dans l'armée , ni dans la marine , notre culte n'est entouré des garanties qui lui sont indispensables; quand je dirai tout cela, ne dois-je pas craindre que le gouvernement ne s'alarme, et ne m'accuse , sinon de malveillance (c'est impossible) , du moins de maladresse et de légèreté?

J'ai hâte de protester contre une telle accusation. J'ai hâte de déclarer qu'un des motifs qui m'ont déterminé à prendre la plume , c'est précisément mon attachement sincère et notoire pour les institutions et les hommes qui nous régissent. Il n'était que tro[)

8 INTROUUCTION.

aisé de traasfonner les réclamalioiis en griefs. Il n'était que trop facile d'abuser de notre sainte et pacifique cause pour en faire une machine de guerre auservice des partis. Je tremblais que quelque ennemi ne s'emparât de tout ce qui s'est amassé depuis quelque temps dans le cœur de nos réformés français, de défiances vagues, de mécontentements secrets, de jalousies qui n'ont pas pleine conscience d'elles-mêmes; je tremblais qu'on ne donnât à ces sentiments légitimes, mais aveugles encore et irraisonnés, une direction fatale et coupable. J'ai cru faire acte de bon citoyen en prévenant un tel malheiu*, en écrivant au bas de la pétition que notre église protestante ne pouvait tarder à présenter, un nom si étroitement uni aux destinées de notre gouvernement, que chacun comprit en le voyant, qu'il ne s'agissait pas d'attaquer ce gouvernement , mais d'en appeler avec confiance à sa bienveillante équité ; qu'il ne s'agissait pas de signaler ses torts, mais de réparer les nôtres.

Et en effet, ce qu'un ami doit dire , et ce qu'un ennemi ne dirait pas , c'est que la guérison de nos maux est très-praticable ; qu'elle axu-a lieu ; que le gouvernement la désire, et que, mieux éclairé sur nos besoins , il travaillera k leur doimer une satisfaction qui ne peut blesser en rien les intérêts l^ilimes de l'église romaine. Ce qu'un ami doit dire, et Vf <[u'un ennemi ne diraitpas, c'est que toutnepourra s'accomplir à la fois ; c'est qu'il y faudra du temps , (1(; la patience ; c'est qu'il faudra tenir compte des (iifticultés qu'entraîne tout changement; c'est qu'il laudia être heureux et reconnaissant , si le but à at-

teindre est nettement défini , et si , chaque jour, on fait quelques pas pour y arriver. Ce qu'un ami doit dire enfin, et ce qu'un ennemi ne dirait point, c'est qu'aujourd'hui, la responsabilité de l'état de choses dont nous nous plaignons, doit peser, non sur le gouvernement, mais sur nous-mêmes. Dans un régime de débats publics et contradictoires , comme celui où nous vivons , tout intérêt, tout droit est tenu de se produire , de se faire valoir, de se défendre ; et cela, sous peine de périr, de périr sans pouvoir s'en prendre à personne qu'à lui. Nul n'a le temps ou la mission d'aller chercher les causes qui se cachent et qui se taisent. Quand donc, placé entre une église organisée, habile, nombreuse, agissante, en possession d'un prédominance récemment effacée des lois , mais encore écrite dans les faits, et une autre église démantelée, muette, timide , le gouvernement s'est laissé aller à favoriser la première ; quand il a laissé renaître des habitudes contre lesquelles nous ne protestions pas ; quand, après la suppression de la religion d'État, en 1830, il n'a pas réalisé dans les lois, dans les budgets, dans les divers établissements publics, les conséquences de cette suppression , conséquences que nous ne savions pas réclamer ; il a fait ce qu'il devait faire, ce qu'il était obligé de faire. Ce n'est pas à hii, c'est à nous que tous les reproches doivent s'adresser.

Je viens de dire quelles sont les craintes que j'ai éprouvées, avant de commencer ce travail. Ce n'était pas la crainte vague et absurde de ne pas plaire à tout le monde. Je sais que, quand on prétend à l'es-

10 IMTKOmiCTlON.

time universelle, il faut ne rien croire, ne rien dire, et par dessus tout , ne rien faire. Car si le monde hait les paroles qui gourmandent ses vices , il hait enc(Hre plus les actes qui inquiètent et accusent son repos. Il hait les sentiments énergiques, décidés, qui menacent sans cesse de faire explosion, au milieil de sa fausse paix. Le monde est toujours prêt à poursuivre les hommes dévoués et convaincus , de cette accusation banale , mais si populaire dans tous les temps , qu'il élevait contre Paul et Silas devant les magistrats de Philippes : « Ces hommes-ci troublent notre ville. > Je sais, par expérience, qu'il est imposable de faire un pas (si petit soit-il) en dehors de la voie tracée, en dehors des intérêts périssables, des considérations de fortune, de carrière, de réputation ; qu'il est impossible d'entrer sur le terrain des intérêts étemels , sans ameuter immédiatement contre soi toute l'armée des roués , des habiles qui ne sont qu'habiles , et qu'un infaillible instinct avertit dès qu'il apparaît quelque chose, qui procède d'un autre principe que le leur. Je sais même tout ce que des hommes qui ne sont pas roués , tant s'en faut , mais qui ont concentré leurs principales affections ici-bas, des hommes qui ont fait honorablement leur chemin, et qui veulent qu'on s'occupe avant tout de faire le sien, des hommes honnêtes, sages, prudents et cités pour tels, trouvent de colère, d'indignation et d'éloquence contre toute tendance nettement chrétienne. Je n'aspire pas à leur approbation. La crainte de les mécontenter ne m'aurait pas arrêté un seul instant. Mais, je le répète , les craintes qui m'ont arrêté , re-

tenu, sont celles que fait naître la pensée d'offenser, au premier moment, des sentiments dignes de sympathie et de respect. Les catholiques sincères, les protestants timides, les amis d'un gouyemement que personne n'aime plus que moi, auront compris, je l'espère, qu'après avoir hésité à cause d'eux , j'aie passé outre à cause de l'importance du sujet, dès le jour où ont apparu les circonstances graves qui ne permettaient plus d'ajournement.

Ces circonstances se sont produites à la fois dans l'ordre religieux et dans l'ordre politique.

Dans l'ordre religieux, un mouvement général de rénovation des formes de nos églises protestantes, mouvement qui se manifeste en France comme en Suisse, en Allemagne comme en Angleterre ou en Ecosse, dans les églises épiscopales comme dans les églises presbytériennes; mouvement qui s'attaque partout aux traditions humaines, aux confessions de foi, aux idées de nationalité allemande, anglaise, française qui séparaient les églises, surtout au principe de l'autorité du gouvernement civil en matière de religion; mouvement qui ne peut que réaliser dans l'organisation extérieure ce qui existe déjà dans les faits : la substitution d'une grande unité biblique à ces vieilles distinctions usées que les accidents de leurs origines historiques avaient imprimées aux divers produits de la même réformation. (1) C'est

(I) Qtiiand f ai publié cette introduction dans l'EspérancBy comme premier fragment détaché de mon travail, la phrase à laquelle se rapporte la note que j'écris, n'a pas été comprise par tout le monde, et il ne pouvait en être autrement» car elle résume un ensemble

surtout un acte récent, la création de Tévêché protestant à Jérusalem, qui, par lui-onème, et plus encore par les débats animés auxquels il a donné lieu, a mis en pleine lumière toute la gravité de ce mouvement. On a pu y voir, pour les signaler et les combattre, les prétentions de l'église anglicane. On a pu y soupçonner, pour la signaler et la combattre encore, une disposition du roi de Prusse à accueillir une partie de ces prétentions. Mais ce qu'on n'a pas pu ne pas y reconnaître, ce qu'il y a de grand, de nouveau, de caractéristique dans cette affaire, c'est l'union (inégale, je le veux), mais enfin, l'union de deux églises protestantes pour une seule et même fondation protestante, c'est l'éclatante condamnation des confessions de foi par l'acceptation simultanée de deux confessions, c'est la révélation du désir si honorable et si chrétien qui pousse un souverain protestant à se décharger, par l'organisation nouvelle qu'il médite, de ce reste de pouvoir ecclésiastique qui lui pèse, et dont il sent qu'il ne peut pas rester dépositaire. Voilà le grand événement. Voilà l'immense travail qui s'est commencé et qui se poursuit dans le sein du protestantisme tout entier, contre le principe de la sécularisation des églises. Voilà le fait qui prend une voix pour nous crier : « Protestants frau-

de faits et de preuves qu'il ne m'était pas loisible de soumettre alors à l'appréciation des lecteurs.

Je suis plus heureux aujourd'hui ; et j'ose prier ceux qui seraient surpris ou choqués par mon expression : grande unité biblique^ d'en chercher la justiGcatioii dans la troisième partie, où je m'occupe avec quelque détail de cet important sujet.

çais, c'est à cette heure, à l'heure où tombent tous les uniformes du XV!** siècle, où chacun dépouille les tristes haillons des nationalités religieuses, où chacun, souverains et sujets, brise les derniers vestiges du pouvoir ecclésiastique des souverains, où tous regardent autour d'eux pour chercher les formes qui exprimeront le mieux la grande unité biblique, c'est à cette heure qu'il faut faire effort pour reconstituer dans sa simple et évangélique organisation, cette église protestante de France, qui a dû à ses longues souffrances de se dégager plus complètement qu'une autre de tout compromis avec les pouvoirs civils. C'est à cette heure qu'il faut qu'elle reparaisse, non plus morte ou mourante, privée de la foi qui donne la vie ou des institutions qui la manifestent, mais rentrée en possession de toutes ses forces, revêtue de toutes ses armes, et combattant le bon combat. > Dans l'ordre politique, que sont pour nous ces projets de loi qui se préparent sur l'instruction secondaire, sur la réforme des prisons, si ce n*est un avertissement solennel de la nécessité de nous rendre enfin compte de notre situation, de nos droits, de notre avenir, et d'éviter le sort qui menace dans les grandes discussions, ceux qui se laissent prendre au dépourvu, et qui ne savent ni ce qu'ils ont à réclamer, ni ce qu'ils auront à faire? et surtout, que sont pour nous les élections générales qui vont avoir lieu, si ce n'est un avertissement plus solennel encore de la nécessité de nous recueillir enfin, et de ne pas traverser cette nouvelle lutte avec la même imprévoyance, le même décousu, la même ignorance de

14 INTfiODUCTION.

nos besoins, le même oubli de nos devoirs, que nous avons portés dans les précédentes? (1) Malheur k

(1) J'ai été sur le point de retrancher ce passage, qui pourait être utile au mois de mars 1S42, lors de sa première publication, et qui ne Test plus, ce semble, au mois de janvier 1S43, quand les élections sont terminées.

Ce^qui m'a décidé à le maintenir, c'est le désir de ne modifier que le moins possible les fragments qui ont déjà paru. Cest aussi le besoin de prémunir mes coreligionnaires contre des habitudes d'indolence et de légèreté qui perdent les meilleures causes.

Il ne suffit pas d'exercer ses troupes, de préparer ses armes et de travailler à fermer ses brèches, au moment où la guerre est déclarée. Il faut vivre toujours, comme si le lendemain devait être le jour de la bataille. C'est le seul moyen ne n'élre pas surpris ; et ce que le Seigneur nous a dit dans un sens tout spirituel, peut s'appliquer également à notre activité extérieure : « Que vos reins soienl ceints et vos lampes allumées.... Vous savez que si un père de famille était averti de Vkeure à laquelle un larron doit venir, il veillerait et ne laisserait pm piller sa maison. Vous donc aussi soyez prêts... w

Qu'il s'agisse du dedans ou du dehors, de nos âmes ou de notre Eglise, il sera éternellement vrai de quiconque profère ces imprudentes paroles : « Mon maître ne viendra pas sitôt , » que le maître de ce servileur4à viendra au jour qu*il ne s'y attend pas, et à Vheure qu*il ne sait pas.

Soyons vigilants. Si les élections de 1842 sont achevées , songeons aux prochaines élections, aux élections qui se feront en 1846, en 1845, en 1844, peut-être en 1843. Si quelques progrès ont marqué celles qui viennent d'avoir lieu ; si, tout en conservant vis-à-vis du gouvernement cette attitude pacifique et amie qui seule convient à des chrétiens, les protestants de France ont commencé à stipuler dans quelques collèges en faveur de leur église ; s'ils ont mis au service de ses intérêts une partie de ce zèle que les intérêts matériels avaient absorbé jusqu'ici ; espérons qu'à la première rencontre, leurs devoirs seront encore mieux remplis, et que, sans contester à la question politique son importance dominante, ils sauront enfin assurer une place à des questions, telles que la liberté religieuse, l'indépendance de l'Eglise dans les matières ecclésiastiques, i'éga* lité des cultes, la satisfaction du besoin religieux des minorités, à côté du sucre indigène ou colonial, des chemins de fer ou des canaux, des droits protecteurs ou des alliances commerciales.

nous , si nous abordions cette épreuve, sans nous y être préparés ! Si, au moment où tous les intérêts, tous les principes s'assurent de leurs forces, précisent leur but, complètent leurs moyens d'y parvenir, nous seuls ne savions pas faire usage du droit commun pour défendre un intérêt, un principe plus élevés; si nous ne savions pas profiter de cette occasion pour nous montrer tous aussi préoccupés de nos besoins religieux, aussi fermes dans nos exigences légitimes, qu'étrangers à l'esprit de parti, éloignés des intrigues, et fidèles à la doctrine évangélique qui repousse le désordre et veut qu'on se soumette aux puissances !

Telles sont les circonstances qui ont achevé de me déterminer. J'espère qu'elles détermineront l'église entière. Car il importe qu'ici l'individu disparaisse, et que l'église prenne sa place. Ces pages ne sont pas, ne peuvent pas être une œuvre individuelle. C'est l'œuvre de tous ; il faut que tous s'y associent, il y faut la signature de tous, la coopération de tous. Alors seulement, elles prendront un sens sérieux, une portée véritable. (1)

(1) Od s'est efforcé de donner à ces paroles et à celles qui suivent un sens qu'elles n'avaient pas, qu'elles ne pouvaient avoir.

J'avais dit qu'il fallait que les réclamations du protestantisme français eussent derrière elles, non pas un individu, non pas quelques-uns, mais tous les protestants de France, ecclésiastiques et laïques.

On m'a fait dire qu'il fallait condenser ces réclamations an sein d'un comité impossible, d'un comité où toutes les opinions religieuses seraient représentées, où elles seraient plus occupées de leur lutte que de leurs intérêts communs.

Il fallait bien trouver une contradiction entre les /ra^mm/^ qu'on

Je m'adresse donc à chacun de mes coreligionnaires, et surtout à chacun de nos vénérables pasteurs. Qu'ils relèvent mes erreurs, qu'ils complètent mes renseignements, qu'ils continuent cette enquête, si insuffisante encore, de nos misères, de nos devoirs,

avait approuvés, et la société destinée à en appliquer les principo<;, société qu'on attaquait avec tant de violence.

Mais les faits se sont chargés de prouver que cette contradiction n'existait pas.

En effet, le comité mixte n'a pas été formé. La Société des intérêts généraux du protestantisme français s*est établie sur la base de Tbomogénéité dogmatique ; et cependant, Tappel que j'avais adressé à mes coreligionnaires, a été entendu par les ennemis comme par les amis de l'orthodoxie. Selon mon désir, Yindividu a disparu, et />'glise a pris sa place. Fidèles et pasteurs, conférences et consistoires onl pris une voix, une voix ferme et respectueuse pour exprimer les senti' menls communs.

Qu'on lise toutes ces délibérations adoptées depuis huit mois ; qu'on lise toute cette énorme correspondance; qu'on y lise ce qui est hostile à la société , comme ce qui lui est favorable ; partout on trouvera l'expression d'une énergique sympathie pour l'œuvre que nous avons entreprise. La pétition que j'avais proposée a été couverte de signatures; et si jamais le gouvernement voulait contester la valeur de nos demandes, uous pourrioas appeller son attention sur cette manifestation significative de tous nos troupeaux ; nous pourrions lui faire remarquer leur unanimité sur la question du but , rendue plus frappante peut-être par leur désunion sur la question des moyens.

Oui, grâce à Dieu, il n'est pas un refus d'adhésion à la société, qui n'ait été en même temps un acte d'adhésion à l'œuvre. Oui, nous pourrons nous armer au besoin des paroles de nos adversaires comme de celles de nos partisans. Oui, la grande et solennelle enquête qui vient de se faire au sein de l'église protestante a constaté d'immenses besoins, universellement sentis, une tendance générale à secouer les vieilles traditions de silence et de lâcheté, une forte unité vis-à-vis du gouvernement et de l'église romaine. Oui, j'ai reçu la réponse que j'avais sollicitée, et désormais, rien ne saurait l'affaiblir.

Qu'on forme une société hétérodoxe à côté de la nôtre. Cette

et de nos droits ; mais qu'ils n'en laisse rien tomber à terre. Que tous les fidèles, que tous les consistoires, prennent une voix, une voix ferme et respectueuse, pour exprimer les sentiments communs; que les conférences de pasteurs , qui se multiplient depuis quelque temps, et qui ne sont pas un des symptômes lès moins frappants de notre vie nouvelle et des besoins qu'elle réveille ; que les conférences mettent le même objet à l'ordre du jour; qu'elles apportent leur tribut de lumière, d'énergie et d'activité. Elles n'ont pas encore tenu tout ce qu'elles semblaient promettre. A Paris, à Strasbourg, en Languedoc, en Poitou, en Agenois, partout elles semblent avoir reculé devant les grandes questions, et s'être réfiigiées dans des détails de liturgie ou de prudence pastorale, dont je ne conteste pas l'importance, mais qui, à une époque comme la nôtre, ne peuvent occuper que le second rang. Qu'elles se relèvent, qu'elles comprennent toute la grandeur de leur rôle, et toute leur responsabilité. Leur devoir est de tenir, jusqu'à un certain point, lieu des synodes qui nous manquent. Leur avenir est d'y conduire ; et le jour n'est peut-être* pas éloigné, où nous retrouverons notre premier synode dans la dernière de nos conférences.

J'ose espérer que , dès cette année , l'occasion des

société ne pourra qu'agir comme nous agissons nous-mêmes. Elle ne pourra que s'associer à nos vœux, à nos tendances, à nos démarches.

Que notre Société demeure seule, les fidèles, les consistoires et les pasteurs ne pourront bientôt qu'applaudir à ses efforts, pour faire triompher les droits de tous.

assemblées religieuses qui vont avoir lieu, ne sera pas perdue pour nous. La pensée de leur prochaine convocation précipite ma plume ; car je voudrais auparavant faire parvenir à tous mes frères Fhumble prière que je leur adresse, de chercher à s'y rendre'. Il faut, qu'après les paroles, vienne Faction. Il faut qtf il y ait sur-le-champ des résolutions prises, et que Texécution suive de près. (1)

Tâchons donc de nous rassembler en grand nombre et dans un même esprit. Tâchons surtout de nous rencontrer tous aux pieds de Celui dont les bénédictions seules peuvent faire prospérer nos entreprises ; et, à la vue de tant d'obstacles qu'il faudra vaincre^ à la vue de ces masses inertes et colossales qu'il nous semble impossible de remuer, n'oublions pas le levier de la prière.

Paris, 14 mars 1842.

(1) Le vœu que j'exprimais tel a été eiaucé, et plus promptement et plus complètement que je n'aurais osé l'espérer. Quand je traçais les lignes qu'on vient de lire, j'étais loin d'avoir conçu alors la pensée de cette société, dont j'aime à reporter la création (sous la bénédiction de Dieu) aux dignes pasteurs qui composaient, en avril dernier, la majorité de la conférence de Paris.

Je renvoie, pour plus de détails, aux considérations préliminaires placées en tète de ce volume.

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