INTER31ÈDES ESPAGNOLS
l'œil. Il y aura piqûre de poinçon, comme il convient à des barbes.
LE GEÔLIER. C'est bon. Pour le moment, soyez tranquilles et paisibles, (il sort.)
PAISANO. Qui a des bœufs "^^ pour oublier cet ennui?
BARRAGAN. J'en ai daus ma cellule... Hé îCoplilla!
coPLiLLA, entrant. Qu'y a-t-il pouF le seivice de Votre Grâce ?
BARRAGAN. Par ici, le livre royal imprimé avec privilège de Sa Majesté ^*^î
C0PLILL\. Le voici. (11 lui donne un jeu de cartes.)
BARRAGAN. Quoi I voleur, tu l'avais en main? — Qui a des grains à jouer?
PAISANO. J'en ai six et je les joue, (ils se mettent à
jouer.)
BARRAGAN. Voyous qui donne. Que Votre Grâce coupe.
PAISANO. C'est moi.
BARRAGAN. NoU, c'est mOÍ.
PAISANO. Que Votre Grâce me laisse battre les cartes, afin de détruire ces séquences.
BARRAGAN. Que Votrc Grâce coupe.
PAISANO. Je joue.
BARRAGAN. A cŒur. Lcs barbes. Et j'attends venir Qu'est-ce que ça dit?
PAISANO. Ah ! putassier de valet. A l'avantage de se revoir!
* Bueyes^ bœufg, cartes à jouep.
Entrent Garay, portant la souquenille de Sonpo, qu'il vient de lui gagner, et Solapo.
SOLAPO. Seigneur Garay, Votre Grâce est dans l'obligation de jouer jusqu'à ce qu'elle na'ait gagné tout ce qiieje possède encore. Si vous en doutez, demandez au seigneur Paisano, qui est un brelandier emérita.
PAISANO, à Garay. Votre Grâcc a joué?
GARAY. Oui, monsieur,
PAISANO. Et elle a gagné ?
GARAY. Oui, monsieur.
PAISANO. Que le seigneur Barragan prononce donc la sentence. Il est homme, en matière de jeu, à en remontrer au monde entier.
BARRAGAN, à Garay. Y allàt-il de mes propres deniers, Votre Grâce est dans l'obligation de jouer avec lui jusqu'à ce qu'il reste dans le costume d'Adam.
SOLAPO. Je joue donc mes dernières bardes.
GARAY. S'il me gagne, je n'ai plus qu'à rentrer dans ma cellule et à me couvrir la devanture avec une feuille de figuier ''.
Entrent le L'^eôlier et un greffier.
LE GEÔLIER. Paisauo, OU vieut vous notifier une sentence qui, j'ai le regret de vous le dire, est un 3 sentence de mort.
LE GREFFIER. Ecoutez, frère, ce que j^ai à vous notifier.
PAISANO, cunlinuaot à jouer avec Garay. QuG Yotre
Grâce mêle pour détruire ces séquences.
LE GREFFIER. Entendez- VOUS, frère, ce que je vous dis?
PAISANO, au greffier. Qqc Votre Grâce attende. (Montrant les cartes.) Ceci m'iiitéresse plus que le reste.
LE GREFFIER. Si VOUS saviez ce dont il s'agit! — Messieurs, soyez témoins que le juge qui a instruit sa cause le condamne à mort.
PAISANO. Qui ça? moi?
LE GREFFIER. Non, moi, peut-être!
PAISANO, à Garay. Je dis : mon reste!
LE GREFFIER. Ecoutcz, frère, ce que je viens vous notifier.
PAISANO. Voyons ce fatras. Que pouvez-vous bien avoir de bon à me notifier?
LE GREFFIER, lisant. «... Déclarous que Paisano, sa culpabilité étant dûment établie, doit être condamné, et le condamnons à être extrait de la prison où il se trouve, en public et sur un âne, avec un crieur par devant, qui proclame son crime; à être conduit par les rues accoutumées jusqu'à la place où sera dressée une potence; et là, à être pendu par son cou, jusqu'à ce que mort s'ensuive comme il est naturel. Et que nul nose se permettre de l'enlever sans notre autorisation ^\ Ordonnons, sous peine de la vie, etc.. »
PAISANO. Qui a rendu cette sentence?
LE GREFFIER. Le juge qui a connu de votre cause.
PAISANO. Il peut le faire ; il est mon juge. Mais priez-le de m'accorder l'honneur d'une entrevue
en rase campagne, seul à seul, lui armé de son « déclarons » et moi d"une épée longue de sept palmes ; nous verrons lequel des deux tuera Tautre. Ces freluquets de juges ne tiennent pas plus tôt un homme dans la nasse qu'ils le lardent de « déclarons » comme avec une épée de la longueur réglementaire ^''. « Déclarons qu'il doit être condamné et le condamnons à èlre conduit par les rues accoutumées, sur un àne qui proclame tout ce qu'il a fait... » Au diable le salmigondis de sentence ! iN 'est-il pas plus simple de dire. « Que cet homme meure! » et d'épargner toutes ces garnitures ?
LE GREFFIER. Je uc sais, devaut tant d'impudence, ce qui me retient de prendre acte de vos paroles sans y rien changer.
LE GEÔLIER. Que Votrc Grâce se retire, seigneur greffier, et ne fasse aucun cas de gens aussi dénaturés.
GARAY. Rappelez-le, seigneur Paisano, pour lui dire que vous faites appel.
PAISANO. Hé ! seigneur greffier. Que Votre Grâce vienne un peu par ici.
LE GREFFIER. Quc désirez-vous, frère?
PAISANO. Comment Votre Grâce peut-elle se retirer en laissant un homme dans l'embarras jusqu'aux oreilles?... Ecrivez là que j'en appelle trente fois.
LE GREFFIER. C'cst assez d'uiic. Et devaut qui dirons-nous que vous faites appel?
PAISANO. Devant Dieu. Car devant les seigneurs