‹ Intermèdes espagnols (entremeses) du XVIIe siècleChapitre 35 sur 43 · INTER31EDES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

INTER31EDES ESPAGNOLS

Pères du tribunal, réparateurs des « déclarons », je n'obtiendrai pas, je suppose, la moindre réparation.

LE GREFFIER. Scio^ueur 2:eôlier, un mot à l'oreille.

(Il lui parle bas et sort.i

LE GEÔLIER, à Paisano. Frère^ ça se gâte. Je dois, d'après les instructions du greffier, vous faire monter à l'infirmerie pour endosser l'habit de la Charité '\

PAISANO. Il n"y a pas autre chose à faire, seigneur geôlier?

LE GEÔLIER. Xou, frèrc. Mandez ici votre procureur et dites-lui que vous faites appel, dans le cas où ces messieurs voudraient vous entendre. Je m'en réjouirais de grand cœur.

PAISANO. Que Votre Grâce, seigneur geôlier, me fasse donc la faveur de ne pas me mettre le froc qui a servi au pendu de l'autre jour. Il était si vieux et si rongé des vers que je ne l'endosserais pour rien au monde. A faire tant que de sortir, j'entends sortir comme un honnête homme, et non pas fait comme un gueux. Je resterais plutôt à la prison.

LE GEÔLIER. Jc VOUS donnerai satisfaction en cela.

PAISANO, aux prisonniers. Quant à Yos Gràces, elles me feront la faveur de me visiter à l'infirmerie et de réciter pour moi les litanies que l'on récite pour les prisonniers de distinction. En passant l'on préviendra laBeltrana, pour voir s'il y a quel que remède à ce malheur. Je me recommande,

mes rois. Qu'il n'y ait ni larmes, ni sanglots, ni tumulte; car je vais me mettre bien avec le seinpi-

terne. JI sort, accompagné du geôlier.)

SOLAPO. Parbleu! seigneur Barragan, si le Paisano meurt, il n'y a plus un homme capable de pratiquer selon les règles ime agression nocturne. Ai-je raison, monsieur?

BARRAGAN. Gcrtes, seigueur Solapo, si Paisano meurt, Barragan perd le meilleur ami du monde. C'était, pour les pauvres diables, un répertoire inépuisable et un vrai nid de /?^?//'5 '^ Ecoutez ce qui va disparaître, s'il meurt : la chronique des rufians les plus accrédités, des murciem;, des matiiv'ux, des couteaux, des rossignols, des ruses, des eiTractions, des valets de prostituées,

Et, pour augmenter notre douleur Et la rendre inconsolable, Nous perdrons en lui un arbitre De la vie violente et des bretteurs.

SOLAPO. Le Paisano mort, il n'y a plus au monde d'honnête homme.

Entrent Beltrana et Torbellina, filles publiques. Elles portent leurs manteaux plies sur le bras et des tabliers blancs. Un procureur les accompagne.

BELTRANA. Laisseuioi avec ce bandit de procureur; je lui égratignerai toute la figure.

* Flores, fleurs, ruses de filou.

TORBELLiNA. SœuF, calme-toi, je t'en prie, et avisons au plus pressé.

BELTRANA. Ah! sŒur, c'est bien de ma faute. Je me suis laissé entortiller par ce bandit de procureur. II s'est joué de moi en me promettant d'introduire un écrit. Et, à force de l'introduire et de le retirer, voilà le Paisano condamné à mort... Laisse-moi Técharper de mes propres mains I

LE PROCUREUR. Nc bouge pas, satanée femme, où je te casse la tète avec cette écriloire.

BELTRA^■A. Ah! ma sœur, que m'arrive-t-il ? Je me meurs 1 (EUe sévaoouit.)

TORBELLiNA. Souteuez-la, seigneur procureur. >'e voyez- vous pas qu'elle s'évanouit ?

LE PROCUREUR. Rcvicns à toi, femme du diable. JN'est-ce pas assez d'avoir à soutenir pareille cause, sans te servir encore de cavalier servant?

Entre PaÍ3aao, sous sa robe de condamaé à mort. Il tient à la main un crucifix. Le geôlier l'accompagne.

LE GEÔLIER, x^llous, Paisauo, iuvoquez Dieu pour qu'il vous assiste en cette extrémité.

BELTRA> A. Ah 1 condamué de mes yeux !

LE GEÔLIER. Holà ! holà ! qui a laissé entrer ces femmes ici? Mettez-les dehors; sinon, par la vie de qui je suis ! je les retiens prisonnières.

BELTRANA. Ah! coudamué de mon âme et de ma

vie ! (Elle pleiii-e.

PAISANO. Qui ma gratifié de ces frais supplémentaires de la mort ?

TORBELLiNA. Hélas ! Paisano de mes yeux. (Elle

pleure.)

PAISANO. Qui m'a amené ici ces théatins '' infernaux ?

BELTRAXA. Ah ! tout bonheuF est fini pour moi désormais !

TORBELLixA, Nous n'auFous plus persouue pour nous consoler dans nos bouri'asques et nos naufrages î

PAISANO. Eh! bougresses, cessez de m'aboyer aux oreilles.

LE GEÔLIER. Sortez d'ici à la maie heure.

PAiSAxo. Beltrana, ne m'interromps pas. Je te recommande mon âme, puisque mon corps t'a servi en tant d'occasions. Que l'une de tes amies,

— ne le fais pas toi-même, pour éviter le scandale,

— vienne m'essuyer le visage, après que l'on m'aura pendu. Je ne voudrais pas rester exposé, aussi laid que tous ces pauvres diables. Pour toi, tu me feras le plaisir de mettre un col amidonné, plus large qu'il n'est permis, bien ouvert, avec des dentelles et tout ce qu'il y a de plus cossu. Je veux voir, avant de quitter ce monde, si quelqu'un osera te dénoncer*.

BELTRANA. Mou amour aura été coquet jusque dans la mort. Je parierais que jamais pendu n'eût meilleure grâce que lui.

* Allusion à une des nombreuses premo ticas ou ordonnances somptualres qui, vers la fin du xvi» siècle, cherchèrent à restreindre le luxe des vêlements, des voitures, etc.

29 4 I>'TERMÈDES ESPAGNOLS

TORBELLiNA. Ah 1 qiiG d'envieux il va faire.

PAISANO. Señora Torbelliiia, soyez témoin — ou témoine, si vous préférez, — que je fais cette femme héritière de tous les biens, meubles et immeubles, qu'il y a dans ma cellule. Item, de quatre ou cinq plats et acuelles, d'une tarière, d'un foret, d'un chandelier d'argile, d'une poêle et d'une broche. Item, d'une mante et d'une paillasse, d'un pot de chambre et d'un polissoir.

Qui t'en dépouillerait, ma fille, Encoure ma malédiction*.

TORBELLiNA. Scigueur Paisauo, c'est agir en galant homme.

PAISANO. Beltrana, je veux avant de quitter ce monde te laisser pourvue. Solapo est mon ami ; il m'a prié de te parler en sa faveur. C'est un brave, qui saura en découdre pour te protéger, et te protégera. Dès que j'aurai rendu Tàme, tu lui livreras ton corps.

BELTRANA. Frèrc de ma vie, je le ferais avec grand plaisir pour me conformer à ta volonté, mais j'ai déjà engagé ma parole.

PAISANO. Quoi ! basane, je ne suis pas encore sorti de ce monde que tu donnes ta parole à un autre ? Ça ne te réussira pas. Sais-tu bien que ce n'est pas moins qu'un mariage clandestin ?

* Ce sont les paroles que, sur son lit de mort, le roi Fernando I adressa à sa fille, doña Uri-aca, en la faisant héritière de Zamora. — Voir le Romancero.

LE GEÔLIER. AUons, qu'oii me mette ces femmes

à la porte. (Elles sortent.)

PAISANO. Seigneur procureur, que ferions-nous si ce juge tenait à me pendre séance tenante et sans écouter mon appel ?

LE PROCUREUR. Talsez-vous douc ; il ne fera pas cela. Ne vous mettez pas en peine, il n'a jamais fait faux bond au Droit. Je voudrais bien voir qu'il vous pendit, je le ferais...

PAISANO. Mais, enfin, s'il me pendait?

LE PROCUREUR. Eh bien, seigneur Paisano, laissez-vous pendre. Je reste là, moi...

PAISANO. Humph ! quel bon coup de poignard!...

Ou entend chanter les litanies.

LE GEÔLIER. Voilà, il 1116 scmblc, ce qui importe pour le moment. Vos camarades viennent réciter les litanies à votre intention.

PAISANO. C'est à ["heure de la mort que l'on connaît les vrais amis.

Entrent en procession le plus de piisonniers possible, des cierges à la main et chantant les litanies.

PAISANO. Me voyez-vous, entouré de geais galiciens!

GARAY. C'est au seigneur Barragan à parler. Il est le plus notable et le plus ancien.

BARRAGAN. Nc comptcz pas sur moi. Que le seigneur Solapo prenne la parole.

SALAPO. Puissè-je me voir en liberté, dans la rue, aussi vrai que je ne dirai pas un mot. Que le seigneur Cuatro prenne la parole.

29G INTLÍIMEDES ESPAGNOLS

CUATRO. Le Cuatro n'en fera rien. Que le seigneur Garay prenne la parole.

GAP.AY. Garay n'en fera rien ; inutile d'insister.

PAISANO. Trêve de cérémonies et de discussions; ce n'est pas le moment. De ces divers compétiteurs à la chaire de la mort, la parole est au plus proche; respectez les prérogatives.

SOLAPO. Pour me conformer à l'antique usage que l'on observe envers les prisonniers de distinction, je dis ceci : ces vêtements de deuil témoignent assez à Votre Grâce tous les regrets qu'éprouvent ses camarades. Plût à Dieu que nous le fussions au ciel I J'ai déjà encouru deux condamnations à mort, que diable ne m'a-t-on signifié la troisième ! J'aurais tenu compagnie à Votre Grâce.

PAISANO. Maudit soit le diable! c'est jouer de malheur. Nous eussions été d'auberge en auberge, buvant de droite et de gauche, et ce m'eût été un grand plaisir de partager ma destinée avec une paire de compagnons dans le genre de Votre Grâce.

SOLAPO. Quant au recors qui a arrêté Votre Grâce, si je sors... je n'en dis pas plus,

PAISANO. Ce recors a fait son office de limier. Votre Grâce aura l'obligeance de lui enfouir un poignard dans les entrailles. Comme ça, je m'en irai de cette vie sans regret.

BARRAGAN. Scigueur Paisauo , dites-vous bien pour vous consoler que tout ceci est l'œuvre de la Justice. Personne au monde n'aurait rien pu contre

VOUS. Mais elle^ elle peut causer des ennuis à Votre Grâce et à tout le monde. Qae Votre Grâce laisse faire... je n'en dis pas plus.

PAISANO. Que nul, sous couleur de camaraderie, ne s'avise de me dénigrer, en prenant congé de moi. Je désire savoir si c'est par diffamation que le seigneur Barragan vient de dire que la Justice peut me causer des ennuis ''-.

GAJ5AY. Barragan ne Ta point dit par diffamation ; je le garantis sur mon honneur.

PAISANO. Puisse-t-il aller grandissant... Puisque vous vous chargez des témoins, faites-moi le plaisir de couper à l'un le nez et à l'autre les oreilles. Les autres, vous leur gribouillerez la figure à coups de dague. Comme ça, je partirai pour l'autre monde sans regret.

EscARRAMAN. La vie de Votre Grâce ne va pas être démentie par sa mort; nul ne se sera attaqué à elle qu'il ne Fait payé.

PAISANO. Certes, Votre Grâce est là pour témoigner des prouesses et des meurtres dont je me fais honneur, sans tenir compte des estropiés et des manchots, qui sont innombrables.

EscARRAMAN. Si lorsque vous descendrez dans la rue, A'ous apercevez des gens qui pleurent, ne v()us laissez pas gagner par l'émotion. Gardez- ^ ous aussi àe prêcher sur le lieu de 1 épreuve. Vous êtes un fils de Se vil le et ne devez pas manifester la moindre poltronnerie.

PAISANO. Qu'il n'en soit pas question. Ce n'est pas moi qui irai dire : «Mères qui avez des enfants,

veillez aux leçons et aux exemples que vous leur donnez, » Ce ne sont là que vains fatras et bavardages d'ivrogne.

EscARRAMAX. Quant à ce bourreau, qui a serré les cordes au point de faire avouer à Votre Grâce ce qu'elle n'avait pas fait, si je sors... je n'en dis pas plus.

PAISANO. Ce bourreau ? Votre Grâce aura l'obligeance de vendanger sa vie avec un autre bourreau *.

ESC ARR AMAN. Avcc Ic plus grand plaisir.

CUATRO. La Beltrana vient de me faire peine en se déchirant la figure en ma présence.

PAISANO. Puisqu'elle s'est egratigné le retable. Votre Grâce peut être certaine que la femme est profondément affligée de cet ennui que veut me causer la justice.

CUATRO. Elle prie Votre Grâce de diriger ses regards vers elle, en passant devant les Degrés ^'^ Elle se sentira plus fière de lui voir au col une corde qu'une chaîne d'or à quatre tours.

PAISANO. Je le crois volontiers. C'est une femme de grand mérite et qui a toujours aimé le chanvre. Je la faisais coucher avec une corde de chanvre et ses amies l'appelait la Chanvrière. C'est assez dire qu'elle porte le chanvre dans son cœur.

CUATRO. Quant au secrétaire, si je sors... je n'en

* Le mot verdugo, bourreau, désigne aussi une sorte d'épée très mince.

dis pas plus. Mais, de vous à moi^ cet homme qu'a tué Votre Grâce, était-ce un homme de qualité?

PAISANO. C'était un pauvre diable de béjaune. 11 crut que j'étais homme à me laisser tondre et se fendit en seconde. Votre Grâce connaît ma botte ^\.. Je pare, et bonsoir mon freluquet, chétif agneau qui venait se jeter dans la bouche du lion!

CUATRO. Seigneur Paisano, ne vous escrimez pas de ce crucifix comme d'une dague; cest inconvenant.

PAISANO. Je n'y faisais pas attention.

Entrent le geôlier, les femmes et des musiciens.

LE GEÔLIER. Boune nouvelle, Paisano! Ces messieurs ont entendu favorablement votre appel.

PAISANO. Ils l'ont entendu? C'est insensé.

BELTRANA. Il scuible quc cette bonne nouvelle ne te fasse aucun plaisir.

PAISANO. J'ai mes raisons pour cela.

BELTRANA. Quellcs peuveut être ces raisons, dis, cœur de chien?

PAISANO. Sache que j'en suis content pour toi, qui allais rester orpheline et abandonnée. Mais je le regrette pour ces messieurs, qui s'étaient mis en frais de cire et de vêtements de deuil. Je ne sais plus quel plaisir j'aurai à circuler dans la prison.

BELTRANA. Va, les occasions ne te manqueront pas de recommencer.

PAISANO. Seigneur geôlier, prenez cette croix et replacez-la sur Fautel, en attendant une nouvelle occasion.(Aux prisonniers.) Que Yos Seigneuries se livrent à la joie, et dépensons tout ce qui m'appartient.

BELTRANA chante.

Puisque voilà libre Mon condamné, Dépensons jusqu'à ma jupe Et tout ce que j'ai gagné.

Dépensons tout ce que j'ai chez moi,

Dussé-je rester à la rue,

Puisqu'à mon désir s'accommode

Mon navire * et mon bouclier **.

Secouons poussière et boue;

Que le Mellado *** et Garrampiés ****

Aient leur part de cette joie;

Ils en sont dignes par leur bravoure.

Puisque voilà libre Mon condamné, etc.

Allez porter à la Helipa • La nouvelle de cette sentence, Et que l'on consomme devant moi Deux jambons et une pipe de yin.

Qu'elle boive, puisqu'elle participe A ce bien si précieux.

Puisque voilà libre Mon condamné, etc

* Navio, navire, corps.

** Rodancha, bouclier, souteneur.

*** El Mellado, l'édenté.

**** Garrampiés, griffe-au-pieds.

Les tailleurs étaijnt surtout réputés pour leurs m nsoiiges, « Je me demande, dit Quevedo, lequel, du mensonge ou du tailleur, a existé le premier. Si ce fut le mensonge, — qui a pu l'inventer, hormis les tailleurs? Si ce furent les tailleurs, — comment ont-ils pu vivre, sans mensonge ? ?> Visita de los chistes,

2. Le comédien Cosme Pérez, — Juan Rana, de son nom de théâtre, — jouissait au xvii^ siècle de la plus grande célébrité. Il fut assez influent pour sauver sa nièce, Barbara Coronel, accusée, non sans raison paraît-il, d'avoir empoisonné son mari. — Voir la préface, p. 38.

3. Quien tal hace, que tal pague. On promenait, dans les rues les plus fréquentées de la ville, les comdamnés. à califourchon sur un âne, et précédés d'un crieur. Celui-ci après avoir publié les circonstances de leur délit ou de leur crime et la sentence prononcée par les juges, ajoutait : « Tel crime mérite tel

châtiment. > Les écrivains espagnols font souvent allusion à cette formule.

4. Cet interrnède a été traduit par Linguet, mais avec tant de suppressions, que je n'ai pas cru faire double emploi en le donnant ici intégralement.

5. Les galants qui voulaient offrir à leur maîtresse un fin repas allaient eux-mêmes au marché faire leurs emplettes, dont ils chargeaient un esportillero ou portefaix. Une nouvelle de Cervantes, entre autres, Rinconete et Cortadillo, nous donne des détails précis sur cette ancienne coutume.

6. Esta el moro en campaña. Cette locution dut être primitivement un cri d'alarme que se transmettaient les habitants des côtes méditerranéennes, lorsque les guetteurs, du haut de leurs tours ou atalayas signalaient au loin des corsaires barbaresques. On peut consulter, au sujet de ces irruptions de pirates qui ont fourni tant d'épisodes aux romanciers et aux dramaturges espagnols, la troisième journée de El prado de Valencia, comédie du chanoine Tàrrega.

7. L'intermède finit sur une séguedille impossible à traduire sans commentaire, et dans laquelle doña Esquina fait par deux fois allusion aux cornes de son amant. En voici la traduction littérale:

« LE GRACIOSO. Aujourd'hui, je sors pour toi un vêtement — de ma tête.

ESQUINA. Ecoute, ñls, je ne veux pas — si dure toile GRACIOSO. Venant de ma tête — il sera très joli. ESQUINA. Ils ne sont plus de mode — les escargols. »

Caracolillo est employé ici dans le double sens d'escargot (animal à coraes) et de passementerie ou galon que l'on cousait au bord des vêtements. Si j'ai su débrouiller tant d'équivoques enchevêtrées, les deux premiers vers, outre leur sens littéral, doivent signiiier : « Aujourd'hui, je me suis laissé emporter à une jalousie imaginaire. » En effet, l'expression cortar un vestido — mot à mot : CQuper un vêtement, — veut dire : être en colère contre quelqu'un ; et sacar de la cabeza, imaginer, sortir de sa tête. — La plupart des séguedilles qui terminent les intermèdes sont, disons-le une fois pour toutes, à peu près intraduisibles, à cause des équivoques et des allusions qu'elles contiennent.

8. L'estrade était la place d'honneur de la salle où les dames recevaient leurs visites. Cette place était ornée de tapis, de coussins, et de tabourets. Pendant longtemps, les Espagnoles regardèrent comme une inconvenance la coutume, — venue plus tard de France, — de s'asseoir sur des sièges élevés. M"^^ d'Aulnoy, dans ses ^Jénloires de la cour d'Espagne, raconte que, ayant été reçue par la reine, en 1680, elle la trouva « sur un carreau proche de la fenêtre, qui faisait un ouvrage de lacis d'or. »

9. Mentidero, lieu où l'on ment. Il y en avait deux à Madrid. Le mentidero de la calle del Lean était une petite place plantée d'arbres, entre la calle del Léon et la calle del Prado, où se réunissaient les poètes etles comédiens, qui habitaient presque tous ce quartier, aux environs du corral de la Pacheca, ou del Principe^ aujourd'hui Théâtre EspagnoL II y avaitaussi le meniiûiero delaPuerta del 5o/,qui se tenaitsurlesdegrésde l'église

de San Felipe el Real, gradas de San Felipe. « Voici, dit le diable boiteux, les degrés de San Felipe, couvent de religieux augustins. C'est le mentidero des soldats; l'on y apprend les nouvelles avant même que les évéments aient eu lieu. » Vêlez de Guevara, El diablo cojuelo.Tv. Vin. — On peut dire que cette coutume s'est continuée jusqu'à nos jours, et les groupes d'oisifs qui bavardent à demeure sur les trottoirs de la Puerta del Soi constituent aujourd'hui encore un véritable meniidero.

10. Ces derniers vers pourraient laisser supposer que Ventremes de La guitarra fut représenté pour la première fois entre deux actes de la comédie de Juan Ruiz de Âlarcon, Las paredes oyen, Les murs entendent.

11. Juan Rana joue ici sur le mot agudeza, finesse, vivacité d'esprit. On traitait souvent les juifs de narigudos {nari-agudo) long-nez, nez pointu. Une curieuse légende avait donné lieu à ce sobriquet. On prétendait que le nez des juifs s'était allongé à la suite des efforts qu'ils firent en reniflant pour cracher sur le Christ. « Comme, pour lui faire afifront, vous avez souillé son visage de vos immondes et cruels crachats, vous êtes tousrestésdepuislorslabouchetordue, tenez allongé. » Luis Hurtado de Toledo, Las cortes de la muerte. — Je dois ces renseignements à l'érudition de M. MorelFatio.

12. Un vieux mot français, marjolet, reproduirait lettre à lettre pour ainsi dire le titre espagnol. Mais il est aujourd'hui tellement inusité que je n'ai pas cru devoir en faire usage.

13. La verbena ou veillée de Saint-Jean a toujours été et est encore célébrée, en Espagne, par des réjouissances populaires. Lope de Yega a écrit sur ce sujet une comédie qui fut représentée, la nuit de Saint-Jean de 1631, devant Philippe IV et sa cour, dans les jardins du comte-duc d'Oiivares. Les intermèdes étaient de Benavente lui-même.

14. Chaque pays a ses superstitions relatives à la nuit de Saint-Jean. Voir, par exemple, pour ne parler que de l'Espagne, une scène dans le premier acte de Pedro de irdemalas de Cervantes.

15. La plupart des aventurières avaient auprès d'elles de vieilles femmes qui, se donnant pour leurs tantes, les aidaient de leurs conseils et de leur expérience. Quevedo n'a pas assez de traits pour en accabler ces harpies. Voir aussi La tia fingida, de Cervantes, et les édifiantes admonestations qu'elle adresse à sa nièce supposée. ^

16. L'on donne quelquefois, mais, le plus souvent on cherche à prendre. Allusions aux 5¿¿sco?za5,íomoyias, pidonas, aventurières de tout genre qui sont une des figures favorites des entremeses.

17. Tate, Abraham. C'est par ces mots que l'Ange s'oppose à la mort d'Isaac, dans ÏAiito de! sacrificio de Abrahamyoïv Bibliolecade autores españoles, {.hy\\\.

Page 1