‹ Intermèdes espagnols (entremeses) du xviie siècle, traduits, avec une préface et des notesChapitre 3 sur 36 · Anales de la corona de Aragon, Yih. XII, cap. xxxiv · texte numérisé non relu

Anales de la corona de Aragon, Yih. XII, cap. xxxiv

caractères de Y entremés. Pour ce qui est de Zurita, son récit, — postérieur de cent soixante ans environ aux faits qu'il relaie, — fait allusion, je crois, à ces entremeses ou chars qui, dès le début du xiv^ siècle, parcourent, aux jours de fête, les rues de certaines villes, et servent de théâtre à des représentations allégoriques ou religieuses (1).

On pourrait citer encore plusieurs exemples de mêrne nature. Mais de tels documents, précieux pour l'histoire de l'art dramatique en général, ne nous apprennent que peu de choses sur l'origine et les progrès des intermèdes. Notre but, ne l'oublions pas, est de suivre révolution d'un genre bien déterminé, composé d'éléments essentiels dont les principaux sont la bouffonnerie et la satire. Chaque fois que ces éléments ne se dégagent pas pour former un tout, chaque fois qu'ils se trouvent mêlés comme accessoires à des actions allégoriques ou religieuses, sentimentales ou tragiques, l'œuvre doit se ranger parmi les autos ouïes comedias, et ne saurait entrer dans le cadre de cette étude. Aussi laisserons-nous de côté un période assez obscur, pour établir enfin nos observations sur des textes irrécusables.

1. Consulter à ce sujet la très remarquable préface de D. Eduardo Gonzalez Pedroso, dans le recueil á'Autos sacramentales de la Biblioteca de autores españoles. Notamment p. xv.

C'est dans le Cancionero àQ Juan del Encina que se manifeste authentiquement, pour la première fois sans doute, la forme dramatique connue plus tard sous le nom à^ntremes.

Au déclin de ce Moyen Age espagnol où la poésie, aux gages des grands seigneurs et sous des influences provençales et italiennes, ne produisait guère plus que des œuvres d'un symbolisme pédant ou d'une froide galanterie, Juan del Encina se distingue parmi les écrivains qui contribuèrent à l'avènement de la Renaissance. 11 retrempe son art aux plus pures sources de l'antiquité et traduit en vers les Bucoliques de Virgile. S'il n'est pas exempt des défauts communs à ses contemporains, il faut constater toutefois, dans ses idées comme dans son style, un efl'ort vers le naturel, une sorte de grâce champêtre et certaine bonhommie narquoise, due assurément à sa connaissance des villancicos populaires qu'il imita avec habileté. Une de ses œuvres, citée par Gallardo (1), nous le montre doué d'une imagination franchement burlesque et d'une verve singulière. Ce n'est, sous le titre de Almoneda (Vente à l'encan), qu'une longue énumération d'objets disparates ; mais elle rappelle, toutes proportions gardées, un chef-d'œuvre du genre : La chambre du débauché, de Saint-Amant. L'on y voit « un lit

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