LIV. VII, SECT. I, CHAP XVI
en petit nombre, sont aussi sans cesse battus par les orages des persécutions et comme rongés par les eaux des tribulations. Et ces îles, c'est-à-dire, les seuls hommes qui n'auront pas pris part aux abominations de Babylone, sachant par les prophéties ce qui doit arriver, s'éloigneront de ce lieu de désastres. C'est d'eux qu'il est parlé en saint Matthieu, XXIV, 15 : « Quand donc vous verrez dans le lieu saint l'abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel, que celui qui lit entende : Alors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient sur les montagnes : que celui qui sera sur le toit ne descende point pour emporter quelque chose de sa maison ; que celui qui sera dans les champs ne retourne point pour prendre son vêtement. » Outre ces prophéties, ceux que Dieu voudra épargner seront avertis par une voix du ciel qui leur dira : Sortez de Babylone, mon peuple, de peur que vous n'ayez part à ses péchés et que vous ne soyez enveloppés dans ses plaies. Apoc, XVIII, 4. Ce passage doit s'entendre dans un sens moral et littéral tout à la fois. On trouve d'ailleurs l'exemple d'un avertissement semblable, donné avant la ruine de Jérusalem ; car Josèphe, De bello jiid., lib. 7. cap. XII, raconte, qu'il sortit une voix du temple
qui disait : « Allons-nous-en d'ici » Et les montagnes
disparurent. Ces montagnes sont la figure des puissances du siècle, et tout le contexte confirme la vérité de cette interprétation. C'est ce qu'on verra plus clairement expliqué dans le chapitre qui suit. Ainsi les nations seront anéanties dans ce terrible drame, et leur puissance sera brisée ; car elles disparaîtront pour toujours, par l'etïet de cet horrible tremblement de terre. Pline, lib. 2. cap. 4, XXXIII, raconte l'effet d'un sem-
blable tremblement de terre. Les trois évangélistes que nous citons ici font tous mention de tremblements de terre qui arriveront vers la fin des temps. Voir Matth.^ XXI, 7 ; Marc, XIII, 8, et Luc, XXI, 11 ; Et une grande grêle comme le poids d'un talent descendit du ciel sur les hommes. Philostorgius, lib. II, cap. VII, raconte, que l'an 404, il tomba à Constantinople une grêle qui pesait jusqu'à huit livres.
En terminant ce chapitre, il est bon de dire pourquoi saint Jean raconte cette grande catastrophe de la ruine de Jérusalem en deux chapitres différents : Chap. XI, 13, et chap. XVI, 18, 19. La raison en est, que comme un historien raconte le même fait plus d'une fois pour le présenter sous ses diverses faces et ses différents rapports et circonstances, comme par exemple la Passion de Jésus- Christ qui est rapportée par trois évangélistes d'une manière variée quant à la forme et aux détails, mais parfaitement conforme quant au fond ; ainsi saint Jean, dans son chapitre XI, nous représente la chute de Jérusalem et celle de l'Antéchrist en opposition à la mort des deux prophètes Enoch et Élie ; tandis qu'au chapitre XVI, il l'a répète pour la faire contraster avec le triomphe de Babylone, ou du monde assemblé pour le grand combat, au grand jour du Dieu tout-puissant. Enfin nous trouvons un autre motif pour lequel saint Jean répète cette description si importante de la fin des temps : et ce motif était de faire figurer cette catastrophe, la plus grande qui ait jamais eu lieu, comme la dernière des plaies de la fin du monde ; c'est-à-dire, comme la plaie de la consommation. Et c'est seulement après cette dernière plaie que les restes des hommes pourront entrer dans le temple du Seigneur, c'est-à-dire.