LIV. VII, SECT. I, CttAP. XVII
II. Vers. 3. — Et il me transporta en esprit dans le désert, et je ris une femme assise sur une bête de couleur d'écarlate, pleine de noms de blasphème, laquelle avait sept têtes et dix cornes. 1" L'ange transporta saint Jean en esprit dans le désert, c'est-à-dire, hors de l'Eglise de Dieu, qui est la terre arrosée par les eaux de ses grâces et fécondée par le soleil de justice et de vérité. Dans le désert, c'est-à-dire, dans le lieu des abominations et de la stérilité, où il y a absence complète de bonnes œuvres. Dans le désert, où les plantes des justes ont séché, et la terre de l'Église est devenue aride. Daîis le désert, où l'on ne trouve que des pierres, qui sont les cœurs des hommes endurcis par le péché. Dans le désert, où les hommes enflammés par leurs passions, sont aussi nombreux que le sable brûlant qui en couvre la surface. Dans le désert, habité par les bêtes féroces, par les monstres, par les impies, par les méchants, par les tyrans, par les oppresseurs des veuves et des orphelins. Dans le désert, le repaire des reptiles, des fourbes, des corrupteurs et des séducteurs. Dans le désert, habité par les démons, les injustes, les rebelles, les impies, les pécheurs, les scélérats, les profanes, les meurtriers de leur père et de leur mère, les homicides, les fornicateurs, les abominables, les voleurs d'esclaves, les menteurs, les parjures et tous ceux qui sont opposés à la saine doctrine. Voir. I. Tim., I, 9. Or, c'est dans ce désert qu'habite la prostituée, parce qu'elle fuit la lumière douce et bienfaisante de la terre fertile, pour sécher et pâlir au soleil brûlant des passions. Elle recherche la solitude et le secret pour cacher sa honte, et se livrer à ses abominations en toute sécurité. Le désert est donc le lieu de sa retraite et de son séjour habituel ; c'est là que les apos-
tats, qui quittent la terre de fécondité, vont la trouver et cette femme ne sort de sa retraite que pour chercher des victimes à dévorer, surtout si elle se sent abandonnée par ses courtisans habituels. Et je vis une femme assise sur une bête de couleur d'écarlate. Cette femme, c'est donc la prostituée dont nous venons de parler, et que l'apôtre continue de décrire avec des couleurs telles qu'il est impossible de s'y méprendre. Cette femme ne doit point être confondue avec celle qui représente l'Église, et dont il est parlé en ces termes, au chap. XII, 6 : « Et la femme s'enfuit dans le désert d'Occident, où elle avait une retraite que Dieu lui avait préparée, pour y être nourrie pendant mille deux cent soixante jours. » Car, bien que l'Église et le monde soient figurés l'un et l'autre par deux femmes, et bien que ces femmes aient chacune une retraite dans le désert, on voit très-clairement la différence de l'une et de l'autre par le contexte, et particulièrement par ces passages, où il est dit que l'une de ces femmes est une prostituée assise sur une bête (le couleur d'écarlate ; tandis que l'autre femme, qui représente l'Église, s'enfuit dans le désert, qui n'était pas sa demeure, mais seulement un lieu de retraite que Dieu lui prépara. -Cette différence devient beaucoup plus claire encore, et même jusqu'à l'évidence, par le texte qui suit : « Et il y eut un grand combat dans le ciel (c'est-à-dire, dans l'Église militante, lorsque celle-ci s'enfuit dans le désert). Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon combattait avec ses anges. Mais ceux-ci furent les plus faibles, et leur place ne se trouva plus dans le ciel ; » c'est-à-dire, dans l'Église, qui s'était emparée du désert d'Occident. Voir plus haut, chap, XII. Ainsi donc Dieu prépara cette retraite à son