‹ Interprétation de l'ApocalypseChapitre 115 sur 211 · LIV. VII, SECT. I, CHAP. XVII · texte numérisé non relu

LIV. VII, SECT. I, CHAP. XVII

chefs de sectes, etc., qui auront été les appuis, les grands meneurs ou les directeurs des méchants, et les ministres de Satan sur la terre de la prostitution. 2° Ces sept têtes représentent aussi les sept principaux ennemis qui auront fait la guerre à l'Église de Jérsus-Christ, c'est-à-dire, les Juifs, les tyrans du paganisme, les hérétiques, tels que les ariens, les nestoriens, les pélagiens, les protestants, les faux prophètes, qui banniront la foi de Jésus de Nazareth, pour préparer les voies à l'Antéchrist, et l'Antéchrist lui-même. 3° Enfin, ces sept têtes figurent à la lettre les sept principales dynasties et les sept principales époques, qu'on distingue dans l'histoire générale du monde impie et corrompu. Car ces sept têtes sont sept rois ou chefs, chacun desquels représente l'une de ces grandes époques, et l'une des dynasties principales qui régnèrent à chacune de ces époques. C'est ce qu'on verra plus bas, lorsque le prophète luimême donne l'explication de ces sept tètes et des dix cornes.

III. Vers. 4. — Et la femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, parée d'or, de pierres précieuses et de perles, portant eu sa main un vase d'or, plein d'abominations et des impuretés de sa fornicalion. Ce vêtement de pourpre et d'écarlate représente le luxe, la vanité, le faste et la pompe du monde ; car ici, l'écarlate n'est plus citée pour sa couleur de sang, comme plus haut ; mais elle est mise avec la pourpre, à cause de l'éclat et de la richesse de ces deux étoffes dont on fait les manteaux des rois et les riches vêtements. Cette parure d'or, de pierres précieuses et de perles, est ajoutée par le prophète, pour rendre plus claire sa pensée, et mieux expliquer ce que signifie ce vêtement

de la prostituée. Portant en sa main un vase d'or, plein d'abominations et des impuretés de sa fornication. Ces mots représentent les tentations par lesquelles cette prostituée empoisonne ses victimes. Car lorsqu'elle présente aux hommes le venin et le poison mortel des abominations, qui sont, selon saint Ambroise, in Psal. I : « les erreurs et les fausses doctrines contre la foi, et les impuretés, » c'est-à-dire, ses enseignements contre la morale et la pureté des mœurs. « Ce calice est d'or, ajoute le même saint Père, mais les sots, qui s'en servent, n'y boivent qu'impureté et abomination. » Ce calice renferme le poison des injustices, des fraudes, des larcins, de l'usure, de la vengeance, de l'ivrognerie, du libertinage, de l'impureté, de la cupidité, en un mot de tous les vices. Or la prostituée a soin de dorer la pillule, et de cacher l'amertume, le fiel et le venin de ces horreurs, en les présentant dans un vase d'or, pour mieux réussir à tromper et à séduire les hommes. Car si le démon, qui est le père de la prostituée, et si la prostituée elle-même n'avaient pas soin d'agir ainsi, les hommes ne trouveraient aucun attrait dans le vice, et n'en concevraient qu'une juste horreur.

IV. Vers. 5. — Et ce nom était écrit sur son front : Mystère ; la grande Babylone, la mère des fornications et des abominations de la terre. 1° Cette femme portait le nom de Mystère ; or un mystère, c'est un vérité cachée et secrète. En religion, c'est une vérité que nous ne comprenons pas, mais que nous croyons, parce que Dieu l'a révélée. Nos pères appelaient mystères la représentation de certaines pièces de théâtre, dont le sujet était tiré de la Bible, et où ils faisaient intervenir les anges et les diables, etc. On dit par extension : les mys-

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tères de la politique, mystères d'iniquité ; c'est dans ce dernier sens qu'on a écrit depuis peu les mystères de Paris, les mystères de Vienne, etc. Or, c'est aussi dans la même idée qu'il faut entendre ici ce nom de Mystère. Car l'iniquité des méchants est pleine de mystères qui ne seront connus et dévoilés qu'au dernier jour, au jour du jugement. 2° La grande Babylone. On a déjà dit que ce mot signifie confusion, et c'est dans cette confusion que sont cachés les secrets des méchants et des injustices de leurs iniquités. Babylone était la capitale de la Chaldée et du royaume des Assyriens. Cette ville est généralement citée dans l'Écriture, pour représenter le monde pervers, à cause de la signification de son nom, et à cause aussi de la grande corruption de cette ville En outre, ces mots : Mystère, la grande Babylone^ ne sont pas cités par saint Jean pour la chose elle-même, mais pour ce qu'elle représente ; car il dit expressément que c'est le nom qu'il cite, et non pas la ville. Et ce nom était écrit sur son front, sur le front de cette femme : Mystère ; la grande Babylone. Puis il ajoute ce qu'elle est, c'est-à-dire. : La mère des fornications et des abominations de la terre. On doit remarquer que saint Jean appelle cette prostitués la grande Babylone, pour mieux faire comprendre que, par cette femme, on doit entendre l'universalité des impies de tous les temps et de tous les lieux.

V. Vers. Q. — Et je vis la femme enivrée du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus, et à son aspect.^ je fus rempli d'un grand étonnement. 1° Il est impossible de peindre plus vivement la fureur des tyrans idolâtres et des impies de tous les siècles, contre les saints et les amis de Dieu, que ne le fait saint Jean, lorsqu'il

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dit que la femme était enivrée du sang des saiiits et du sang des martyrs de Jésus ; puisqu'ils poussèrent la soif du sang et de la vengeance jusqu'à l'ivresse. Après cela il ajoute : Et à son aspect^ je fus rempli d'un grand étonnement, de voir cette femme, si cruelle et si féroce, élevée néanmoins à un si haut degré de grandeur, nageant dans les délices, et entourée de tant de courtisans. 2° On remarquera que saint Jean ne parle pas du sang de Jésus-Christ même ; il le fait à dessein, pour nous faire comprendre que la cause des martyrs et des fidèles est la même que celle de Jésus. Et lorsque l'apôtre omet le principal, il le fait pour mieux exprimer l'union étroite entre les amis de Jésus et Jésus-Christ lui-même, dont le sang est confondu pour ainsi dire avec celui des martyrs, de manière qu'on ne puisse pas nommer l'un, sans exprimer l'autre. Une autre raison pour laquelle saint Jean ne dit pas que la femme fut enivrée du sang de Jésus-Christ, c'est que ce sang ne lui servit pas pour sa rédemption, malgré ses mérites infinis. Car la prostituée eut, par la permission de Dieu, le pouvoir de répandre ce sang précieux : mais elle n'eut pas le bonheur de le boire. Ce bonheur était réservé pour les seuls enfants d'Abraham, selon la foi ; et ce sang retombera sur la prostituée et sur ses enfants, selon que les Juifs osèrent le demander en blasphémant; Matth., XXVII, 25 : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. » Or, c'est pour se venger que le père de la prostituée l'a inspirée de s enivrer du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus, ne pouvant plus se venger autrement sur celui de Dieu même, qui lui arrache d'innombrables victimes par ses mérites infinis. Dieu permet que la prostituée puisse ainsi s'enivrer du sang

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